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MÉLANCOLIE
XLIV
L'ENVIE
Déambulant le long de la rue de Bourgogne,
Je me souviens d’un jour, fait de pâle lumière,
M’être arrêtée, saisie par la grande beauté
D’une œuvre en bois sculpté, superbe de génie.
Somptueux polychrome enrichi d’or et pourpre,
Éclairant tel un phare, la galerie cosy
D’un heureux antiquaire au goût très fin et sûr.
De ce lieu inspiré exposant l’œuvre rare,
Je ne pus résister à en pousser la porte.
Voyais-je Ange déchu? Ou Faune maniéré?
D’une belle stature et d’un mètre cinquante,
Bien campé sur ses pieds aux orteils vigoureux,
Aux mollets longs et fins, étirés par l’élan
Dans la course improbable en la fuite éperdue,
Les bras musculeux en gestuelle gracieuse
Et rondeur de pose, camouflait dans sa main
Crispée, mais entrouverte en offrande à sa faim,
Saignante et fort turbide en culpabilité,
Un cœur humain tout palpitant, tout pantelant …
La tête s'inclinant sur ce précieux organe
S’auréolait en lourde crinière flammée
De mèches torsadées en coup de vent furieux,
Ombrageant un visage à la grimace avide.
Le front contrarié d’une profonde ride
Laissait apercevoir une vague inquiétude.
Un vil regard, cruel, coulait des yeux plissés
Sous des sourcils épais en accents circonflexes.
Un rictus carminé découvrait des dents pâles,
Faunesques et aigües, plantées en rangs serrés.
Las, elles s’entrouvraient sur une longue langue
Vermillonnée, crochue, et prête à savourer
Les délices de chair interdite et sacrée.
Le forfait dans la main, le crime dans les yeux,
Le Démon s’esquivait pour enfin se repaître !
Agile et maniérée, puissamment surprenante,
Cruelle et dérangeante et transpirant l' Enfer,
Création monstrueuse aux accents du divin...
Quel nom porte l'œuvre de l'artiste inconnu
Demandais-je intriguée, à ce jeune antiquaire ?
Et celui-ci lança, comme on jette un défi :
Cette œuvre est « L’Envie ... dévorant le cœur de l’homme ! »
Prose Alexandrine
Page 73
Cannes, le 29 Septembre 2008
M.A.B.M.
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