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POÈMES À LA SUITE
LXVIII
ENFANTS ET DIEUX
Du Temps où la Nature était frivole et libre,
Où folle déraison n'en gênait l’équilibre,
J’eusse aimé vivre auprès des montagnes pleureuses
De diamants et d’or de leurs eaux généreuses,
Au pays où les Dieux à trompe d’éléphant,
Sont honorés, fleuris aux sons de l’olifant,
Singes malicieux régnant sur des Palais,
Où l’on porte à des rats en offrande du lait,
Pavanes en langueur de ces vaches sacrées
Au fleuve souverain baignant leurs déités …
Ce féerique État du Désordre des Choses
Eût pu changer, pour lors, les tristesses moroses
Que vivent ses enfants, errant de par ce monde,
Souffrant l’adversité, la mort et autre fronde …
Malgré les éclats vifs des couleurs fulgurantes,
Leur pauvreté côtoie effluences stagnantes
De dépotoirs impurs où ces grands miséreux
Fouissent, titubant, un fumet nauséeux.
Et du matin au soir, grimpés sur ces montagnes,
Vacillants et pieds nus, portant de vagues pagnes,
Disputent aux oiseaux leur pitance, toujours,
Triant des oripeaux qu’ils useront d’atours.
Et rien n’est plus poignant que de voir ces enfants,
Rêveurs crucifiés aux larges yeux absents.
Prose Alexandrine.
Page 74
15 Décembre 2013
M.A.B.M.
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