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POÈMES À LA SUITE
XXIII
UN NOUVEAU JOUR
Voici l’heure où le songe, en rêve malfaisant,
Vous empoigne l’esprit, et verse lentement
Une image horrible qui inflige et vous place
La perle sur le front d'une sueur qui glace.
C’est l’heure de la nuit où la lueur grandit,
Que la confuse aurore au bas du ciel rosit,
Où râlent au petit jour les agonisants
Qui s’en vont, hoquetant, rallier les gisants.
Mystérieuse aurore et qui lance sur eux
L’antique géhenne brûlant des pires feux,
Se consumant toujours, infiniment vivaces,
Se plaisant à ronger ces fragiles carcasses.
L’innommable souffrance en déchire les masques,
Torturés et pétris de grimaces fantasques,
Et l’horrible douleur entrouve dans leurs yeux
Des gouffres abyssaux éternels et affreux
Qu’offrent tous ces regards au grand vide funèbre,
Quand le cou vient se tendre et raidir la vertèbre.
Et la Mort se pâmer du plaisir de les voir
Arrêter le combat, perdre là tout espoir.
Dans l’humide caveau dégoulinant d’ennui,
Familles et parents reposant dans l’oubli
Attendent, pour faire les honneurs de la place,
Et prier de concert pour implorer leur grâce.
C’est l’heure du premier chant du coq dans la plaine,
Déchirant la fraîcheur de cette aube incertaine.
Voilà le doux matin d’un beau jour sans souffrance,
Pour le souffle dernier d’une vie en partance.
Page 26
Le 03 Janvier 2013
M.A.B.M.
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