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POÈMES À LA SUITE
LXVII
LES GISANTS
Dans ces temps de misère où la mort frôle et rôde,
Rien n’est plus apaisant que l’Angélus du soir
Dont le bourdon de bronze appelle du perchoir
D’un clocher isolé que la fin du jour brode.
Dans la modeste nef, les croyants se recueillent
En songeant aux gisants confinés sous la dalle,
Sondent la vacuité du siècle qui s’emballe,
Comme leur propre vie que les chagrins endeuillent.
Sous le marbre pesant, les défunts se souviennent
Quand leurs mines d’antan pomponnées et joyeuses,
Respiraient le bonheur des époques heureuses,
Alors qu’ils veillent là, aux rythmes des antiennes,
En pensée, déroulant les fastes du passé,
Où les mots, les parfums et le charme des choses
Tournaient au doux vertige hors des heures moroses.
Coincés dans un réduit, étroit, mais surclassé,
Ils aimeraient encor retrouver de la chair,
Arrondir doucement cette ligne affaissée
D’une joue désirant se sentir embrassée …
Ô combien douce était la caresse de l’air !
Vos visages ont gagné, des cierges, la pâleur,
Et quelques uns souffert d’une affreuse douleur.
Votre œil a disparu au fond d’une caverne,
Et le sourire, hélas, presque toujours en berne.
La mort vous a tranché le nez, laissant deux creux,
Posé sur votre bouche un long rictus affreux.
Camarde a châtié l’adorable beauté,
Flétri vos traits charmants, banale cruauté !
Puis les vers ont rongé vos habits de dentelles,
Croqué vos chairs à vif et raclé tous vos os
À l’élégance fine et griffés au couteau.
Squelettes endormis d’architectures belles.
Près de vos crânes blancs, quelques fleurs luxueuses,
Posées là, pour le jour du dernier sacrement,
Par une aimante main, avant l’enterrement,
Et des lèvres baisé vos paupières creuses.
Comme vous étiez forts, et vous Dame si belle
En vos atours choisis, élégante et rebelle,
Vos cheveux et rubans, vos linges les plus doux,
De la mort, attisé, froide haine et courroux.
Elle s’acharna bien, sur vous, affreusement,
Pour vos grâces punir de tout enchantement.
Mais rassurés, soyez, gent Dame, beaux Messieurs,
Vos beautés en chagrin demeurent en maints lieux.
Palais, folies, châteaux qui ont connu vos vies,
Dont les murs foisonnent de toutes vos envies,
Tentures et tableaux, sculptures et miroirs,
Montrent aux visiteurs le lustre de vos gloires.
Pages 72/73
Cannes, le 10 Décembre 2013
M.A.B.M.
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