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MÉLANCOLIES
LVIII
UNE MORT ANNONCÉE
Pour Toi, j’aurais voulu m’emparer de la lune,
Tes rêves les fixer sur ses monts opalins,
M’employer à voler au soleil flamboyant
Des rayons chaleureux, pour en tisser l’habit
Qui t’aurait protégé de ce froid si cruel,
Te glaçant tout le sang depuis de si longs mois !
J’entends encor ta voix me souffler à l’oreille
- Je ne crains pas la mort, mais, pour toi, j’ai si peur !
- Je ne serai plus là pour bien te protéger,
- Mon cœur flanche et panique à force d’y songer !
- Que vas-tu devenir dans ce monde brutal
- Contre lequel je n’ai pas pu te préparer?
Ta perpétuelle et déchirante inquiétude
Sublimait tout l’amour qui me portait vers Toi.
Je ne savais comment apaiser ton tourment,
Et ne devais donner libre cours au chagrin,
Étouffant dans mon sein les angoisses et larmes
Pour offrir à ta crainte un visage serein.
Je n’osais t’avouer ô combien je t’aimais !
Montrer l’épouvante qui me déchirait l’âme,
Craignant de m’effondrer en sanglots sur ton cœur !
Faiblesse à éviter pour ne pas t’alarmer …
Et cette force dont je fus enfin capable,
De toujours m’imposer de ne jamais montrer
Ma détresse en panique, et l’effroi de te perdre.
Gisant livide sur ton grand lit d’hôpital,
Décharné, bras en croix, transfusé jours et nuits,
Tu souffrais dans tes os, dans ta chair, dans tes veines.
Et scrutant mon regard, cherchais au fond de moi
La moindre inflexion, la plus petite alarme,
Tandis que j’occultais l’horrible vérité …
Cherchant à te convaincre que tu allais guérir
Et te persuader de garder bon espoir,
J’ai tu mon affliction, me montrant enjouée,
Sourires engrangeant dans mon cœur dévasté.
Tu t’agaçais, disant que je ne voyais pas
Ton dépérissement et ta fin très prochaine !
Un soir, tu murmuras: « comme j’ai mal à l’Âme ! »
Éperdue je pressais très doucement tes mains,
Posant sur ton doux cœur chancelant de chagrin,
Mon front endolori par l’indicible adieu …
Et dans un long inspir, tu partais pour les Cieux.
Saint Pierre te recevait, l’Enfer m’engloutissait …
Je n’ai jamais reçu, non plus jamais donné
D’aussi doux, d’aussi longs, d’aussi tendres baisers,
Alors que, lentement, tes paupières baissaient
Sur tes yeux s’endormant pour leur éternité.
Prose Alexandrine
Pages 89 et 90
Cannes, le 3 Février 2009
M.A.B.M.
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