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MÉLANCOLIES
XLVI
ÉMOTIONS
Mon cœur était si grand, que je le sentais battre
Et s’émouvoir d’un mot, d’un regard ou d’un signe.
L’ondoiement d’une palme, un cri d’oiseau de proie,
Le murmure du ruisseau, le vol d’un passereau,
Tout le bouleversait et me tirait des larmes.
J’ai levé, bien souvent, mes yeux au ciel d’opale,
Décrypté les contours emprisonnant les nues,
Vu le bestiaire d’anciens contes de fées
Faire saute-mouton sous le globe azuré …
Ressenti le printemps exploser les bourgeons
Poussant hors de leur gangue éblouissantes fleurs,
Ces promesses de fruits aux infinies saveurs,
Aux arômes subtils à nous tourner les sens … .
L’arc-en-ciel scintillant après la franche ondée
Me rapproche de Dieu, de sa miséricorde.
Perfection de l’Arche en vibrantes couleurs,
Alliance terrestre au divin Paradis,
Miracle merveilleux du bel Ordre du Monde !
J’ai vu la maladie engendrer la souffrance,
Ouï l’ultime râle en tragique soupir.
Le vif déchirement cruel de la pupille
Qui étonnée, se fige et s’éteint à jamais.
Puis le chagrin qui ronge, arrachant les entrailles !
Mon cœur, tu étais grand, et je te sentais battre,
Tu t’émouvais d’un mot, d’un regard ou d’un signe …
Or, tu pulses, aujourd’hui, de façon anarchique
D’éparses émotions sur un souffle qui manque,
Comme manque l’envie de vivre cette vie.
Prose Alexandrine
Page 76
Cannes, le 18 Octobre 2008
M.A.B.M.
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