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Nouvelle : Les Meringues

le mercredi 26 août 2015, à 17:31. Posté par Loïc



    Comme tous les matins depuis une semaine, Elise s’éveille avec une faim de loup. Elle s’étire, soupire et pèse ses options en contemplant une tache de soleil qui dérive lentement sur le mur blanc. Elle sait que le placard est quasiment vide ; hier elle a mangé les cinq croissants qui lui restaient du dernier passage de Maman. Elle se tâte pour lui passer un coup de fil, mais l’impression de trop en demander ces derniers jours l’arrête ; et puis des « ça va, ma puce ? », elle va en entendre bien assez tout à l’heure.

    Bon, alors. Un raid sur la boulangerie ? Oui, mais il aurait fallu mettre une alarme, maintenant c’est un peu tard, et le temps qu’elle soit prête à sortir… Allez, elle va plutôt taper dans les cookies des enfants, de toutes façons ils ne sont pas là, et il y a encore un gros paquet de meringues d’Eric caché quelque part, oublié depuis des mois. Ça vieillit bien, les meringues.

    Elise s’extrait des draps en bâillant, enfile des pantoufles et part à la cuisine en exploration. Certaines choses à nettoyer crissent sous ses pieds, mais le soleil radieux qui enflamme les voiles de la fenêtre améliore aussitôt son humeur. Une journée magnifique, en effet ; si la cérémonie ne dure pas trop longtemps, elle trouvera bien le moyen d’aller faire une balade dans les champs. Les blés sont hauts et parsemés de coquelicots qui ne durent pas, eux. Pas comme les meringues. Il faudrait inventer des coquelicots meringues.

    Elle se passe de l’eau sur le visage à l’évier de la cuisine, puis revient à la chambre avec un paquet d’Oreos et un de Pailles d’Or (c’est de circonstance !). Pas besoin de traquer les meringues. Elle déballe sur le lit gaillardement. En fait, c’est ce qu’elle fait tous les matins depuis une semaine, mais d’habitude elle ouvre en même temps l’ordinateur portable qui siège sur la partie gauche du lit ; seulement depuis hier, elle ne peut même plus aller sur Facebook. Juste parce qu’elle a mis « Virée shopping !!! », elle a attiré des commentaires inquiets, et même Maman n’était pas trop contente au téléphone. Bande de rabat-joie. Elise est censurée. Voilà !

    Elle allume son smartphone à la place, pour reparler à Marie du défilé de Londres. Mais le téléphone l’assaille instantanément de notifications. Quinze appels en absence, des tonnes de SMS… Sans commentaire ! Excédée, elle éteint le téléphone. Puisque c’est ainsi elle mangera seule. Elle le ferait bien à la fenêtre en contemplant les toits du village et les zigzags des hirondelles, mais si on la voit, on va encore jaser. Il faut absolument qu’elle soit triste et ne profite de rien. Elle festoie donc en tête-à-tête avec le point de soleil sur le mur ; lui au moins, il brille et ne critique personne.

    Midi. Il serait temps de se préparer pour la Grande Occasion ! Elise hausse les épaules et balaie rapidement les miettes de gâteau pour les faire tomber au sol. Ça, on verra plus tard. Elle va à la salle de bains, elle aussi baignée d’une joyeuse lumière, ôte son pyjama et le bourre dans la panière archi-pleine. Ça aussi, ça attendra. Elle n’est pas pressée d’en explorer le contenu.

    Elle va à la glace, arrange un peu ses cheveux défaits, soupèse ses seins, vérifie son profil. Tout va bien sur le front de l’Ouest. A trente ans ce serait dommage, mais il faudra quand même ralentir sur les gâteaux ; bah, en échange elle ne prendra pas de lunch, ça équilibrera. Elle adresse à la glace son plus beau sourire de vendeuse et se glisse dans la cabine de douche. Au moment où, sous le torrent de lave, ses cheveux exultant sous le poids divin d’un quart de bouteille de shampooing, Elise se met à chanter ce qu’elle connaît de « Brand New Day » de Sting, elle se surprend à s’arrêter une seconde en se demandant si quelqu’un l’entend être heureuse. Mais même les enfants sont chez ses parents depuis cinq jours, alors elle reprend, plus fort. « Turn the clock to zero honey »…

    En sortant de la douche, la fête est finie. Maintenant il faut s’habiller, et, bien que tous ses instincts lui hurlent de passer la petite robe à fleurs qu’elle a achetée la veille avec 500 euros d’autres choses très mignonnes aussi pour le printemps, elle sait qu’elle n’a pas le droit ; sauf bien entendu si elle veut entrer en fanfare dans l’Histoire des scandales de deux familles et du village, et en entendre parler jusqu’à la fin de ses jours, même en déménageant. Alors elle trouve une vengeance ; elle déterre ce qu’elle a de plus sombre, de plus laid et de plus informe à porter, probablement arraché au siècle dernier dans un instant de pure démence. Vous voulez ma peau les gars ? Vous n’aurez qu’elle, pas ce qu’il y a dessous.

    Pour se consoler, elle retourne au lit où l’ordi l’attend. Facebook, niet, et on évite les mails évidemment ; mais s’attarder longuement sur l’inventaire de printemps de sa boutique la ravit. Et comme elle voudrait y être aujourd’hui… mais toujours dans la même logique, il était impossible d’éviter de prendre un congé. Personne n’aurait compris, à part Marie. Et encore, au retour il faudra faire la gueule toute la journée pendant une période décente, sauf face aux clients bien sûr, mais ça, ce sera pardonné. Navrant.

    13h30. Les meilleures choses ont une fin, et les pires un début ; il faut sortir et affronter le monde, celui qui serait si parfait aujourd’hui s’il n’y avait pas de gens dedans. Tout commence dans une demi-heure, mais Elise n’est pas stressée par son arrivée de dernière minute. Papa et la famille d’Eric se sont occupés de toute la logistique : la MJC est réservée, les tables sont sans doute déjà mises avec des couverts pour 40 personnes, goûters et boissons inclus, pour après. Tout le monde a saisi que cette organisation ne la passionnait pas, et l’a mis facilement sur le compte du chagrin. Finalement, elle n’a été vraiment consultée que pour le choix du cercueil et de l’épitaphe (elle a pris les deux dans le catalogue en moins de cinq minutes) ; même l’oraison qu’elle prononcera elle-même a été déléguée aux talents littéraires de sa mère, qui ne viendra pas puisqu’elle garde les enfants, trop petits pour cette mascarade. Et Maman n’adorait pas Eric.

    En montant dans la Clio, Elise se blinde. Bon : ils vont tous défiler devant elle avec des faces de carême en présentant leurs sincères condoléances, il faudra juste dire merci, même pas besoin de se souvenir du prénom de tous les gens dont elle s’est toujours fichue comme de sa première chaussette (vraiment la première, pas la « première qu’elle ait choisie », qui était très jolie). Depuis une semaine c’est déjà comme ça de toutes façons ; à la limite, on aurait pu se passer du spectacle final, tant les répétitions étaient déjà au point. Elle a pris avec elle des gouttes pour les yeux, ça ne sera pas de trop au moment crucial, s’il faut montrer une fausse larme. Après, on met la boîte dans le sol, et encore après, tout le monde se bourre au vin de campagne en essayant de ne pas rigoler trop fort (sauf les parents d’Eric, eux ne feront pas semblant d’être malheureux, ils ont l’excuse de l’être).

    Elise met la radio, espérant ACDC, mais personne ne veut lui faire plaisir. Alors elle coupe, crie « Choix des auditeurs !!! » et organise la bande son du jour elle-même, comme sous la douche. « I’m on the highway to hell… ta da da da da da… Highway to hell !! ». Elle baisse la vitre et rit. Sans témoins, il est autorisé de faire une bonne session de surf sur les tsunamis qui couchent les villes.

    Arrivant devant la MJC, elle constate qu’il y a déjà foule. Peut-être que quelques fêtards mal réveillés sont encore en route, mais globalement la moitié de la France est déjà là, habillée comme la famille Addams. Une grande famille Addams. Elise pouffe. Surtout, surtout ne pas faire de blagues sur l’oncle Fétide. Ni sur le bébé. (« Où avez-vous caché ce bébé ? » – « Quel morceau ? »). Non. Où sont les gouttes ? Un petit coup dans les yeux avant de descendre. Et on ne rit pas ! Mais elle ne répond de rien si quelqu’un l’appelle cara mia.

    Finalement, il n’y a pas de quoi rire. C’est tellement ennuyeux… Tout le monde l’étouffe en copier-coller, chacun essayant de passer le premier pour présenter des mots convenus avec de vagues sourires de mort. Parfois Elise regarde le soleil qui l’appelle vers des champs de vêtements rouge et or, tout en ânonnant mécaniquement ses remerciements. Ce n’est pas très différent de ce qu’elle fait depuis une semaine. Quand pourra-t-elle dire autre chose sur Facebook que « Merci » ? Pfff. Elle ne veut plus jamais dire merci de sa vie. A personne.

    Il n’y en a qu’un dans la meute qui retient son attention : probablement un jeune gars du village connaissant un membre de la famille, et qui essaie de rester constamment dans son orbite en lui adressant des sourires qui ne sont pas que compatissants. Il est assez bien, pour qui aime les paysans pas compliqués. Elise reste sagement dans son rôle mais le garde en mémoire. On verra plus tard.

    La voiture noire avec la boîte arrive assez vite, respectant un timing remarquable : tout le monde a pile eu le temps de finir de la soûler jusqu’à épuisement. Les parents d’Eric, au moins, lui ont épargné l’accolade émue ; elle n’a jamais pu les supporter. Sentiment réciproque. Ils l’ont toujours prise pour une ratée et une opportuniste ; pas la peine d’essayer de leur expliquer la valeur du soleil et de l’argent.

    Alors on suit le truc noir, comme du bétail. Le coffre a été ouvert sur demande, et Elise regarde le cercueil. Ça brille, et ça peut, pour 2000 euros ! Tu sais ce que j’aurais pu me payer pour ce prix ? Quel gâchis. C’était bien pour faire plaisir. Et il fallait même un curé, pour les parents d’Eric, alors on a aussi pris un curé. Il dit des choses, et Elise, qui s’ennuie toujours à mourir, écoute le soleil. Elle lit son oraison, qui est bête. Sa mère aussi devait s’ennuyer. Elise se souvient d’un passage dans un livre de Camus.

    Puis, à un moment la boîte descend dans un trou, comme c’était prévu à la base, et son père s’avance pour lui passer un bras autour des épaules. Comme les autres il remplit un rôle et veut bien faire. « Tu sais où il est, hein ? ». Elise se dégage et dit distraitement : « Oui. Il est dans mon magasin en train d’acheter des vêtements, il y a sept ans ». Elle croise le regard de son père, qui semble désolé-d’entendre-ça-mais-elle-est-en état-de-choc-il-ne-faut-pas-la-contrarier. Elise soupire intérieurement. Il ne comprend pas. Eric était là, il est passé, il est parti, et alors ? Ce sont des choses qui se font entre humains.

    Enfin il y a le goûter-apéro. Etrange tout de même : c’est à peu près l’unique instant où la logique reprend ses droits, et pourtant personne ne voudrait l’avouer. C’est l’épiphanie entendue où tout le monde tient à montrer que même la mort se fête et que tout continue, mais elle, la veuve, n’en a pas le droit. Elle boit un peu de punch maison, et regarde l’heure régulièrement sur son téléphone. Peu de gens lui parlent cette fois, mais, parce qu’elle a le dos tourné, ils pensent qu’elle ne les entend pas à travers le brouhaha bon enfant. « Elle s’en fout vraiment », dit quelqu’un. On lui répond « En même temps, si tu les avais vus ensemble, il n’y avait aucune ambiance. Deux glaçons. Et plus superficiel qu’elle, c’est un défi ; donne-lui à peine une heure pour se remettre à la chasse à l’homme ».

    Les derniers mots se veulent blessants, mais Elise les apprécie pour leur vérité. Depuis une semaine, elle ne pense qu’à ça. Dans quelques jours, elle prend Londres d’assaut avec Marie pour assister à un des défilés de mode du siècle, et il est tacitement prévu de décoincer de l’Anglais. Comme lorsqu’elles sortaient du lycée. Personne n’est encore au courant, bien entendu. Un monument à la vie se construit à côté des morts et de leurs serviteurs. Mais pourquoi attendre ? Son état civil l'abrite du destin d'Hester Prynne. Elise cherche le paysan pas compliqué en fredonnant doucement au village sans prétention...Evidemment il n’est pas parti, elle s’en doutait bien. Elle finit un verre de plus, va à lui et leurs sourires mesurés s’affrontent. Il ne s’en tire pas mal, et Elise n’a jamais douté du sien.

    Mais comme rien ne pourra aboutir en un tel endroit à pareil moment, il ne repartira qu’avec son numéro, cette fois. Elise aura au moins une chance de revoir la vie en SMS ou en songe. Le forfait accompli, elle annonce qu’elle est très lasse, et bien sûr est excusée par-devant, laissant derrière elle se poursuivre la foire aux têtes secouées négativement. Elle reprend la voiture, radio éteinte, et sitôt chez elle se déshabille de sa fausse peau. Elle aimerait s’être humiliée pour la dernière fois.

    Il n’est que 17 heures ; pour passer le temps jusqu’à la tombée de la nuit, elle a le choix entre mettre la robe à fleurs pour un mariage avec les champs de blé, ou rester nue et traquer les meringues d’Eric, achetées il y a deux mois, celles qu’il n’a jamais finies et qui devraient encore être là quelque part. Elle met la robe à fleurs, monte sur une chaise et vide entièrement les placards, par brassées qui s’éventrent sur le sol ou se brisent en mille morceaux au milieu de toutes les choses qu’elle a déjà cassées depuis que leurs enfants – ses enfants, maintenant – ne sont plus là pour la voir casser des choses. Elle retourne ce qui reste de l’appartement, du congélateur aux toilettes, mais ne trouve pas les meringues. Le couvercle de la chasse s’envole au travers d’un simple vitrage qui explose en un peuple d’étoiles de verre, et l’ensemble va décorer un toit en contrebas ; mais ça n’avance à rien. Soudain la pensée lui vient que sa mère a dû emporter les meringues lorsqu’elle est venue chercher les gosses. Ce qui est très vite confirmé lors d’une violente crise de nerfs au téléphone, dans laquelle Elise en profite pour annoncer avec fracas qu’elle part à Londres avec Marie pour une durée indéterminée, et que le monde entier peut aller se faire foutre.

    Elle se couche enfin sur le lit dont elle n’a plus changé les draps, et comme chaque soir depuis une semaine, elle ne s’endort qu’après avoir pleuré toutes les larmes de son corps.







    Sting, "Fields Of Gold" : https://www.youtube.com/watch?v=sUv7pZxwST0




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commentaires ( 14 ) (Ajouter un commentaire)
Philip (JARDIN DE LUNE) le mercredi 26 août 2015, à 19:15
Yesss, buddy ! Du grand Art, sincèrement. Et je ne flatte pas. Scènes de la vie (presque) quotidienne. Et c'est long une vie. Lumière, immaculée lumière des wedding dresses vs noirceur apprêtée des funeral hearses ! Bah, la Family Addams n'est pas bien loin.

Tes spotlights ont suivi, implacables, chaque pas d’Elise sur la scène de sa vie, l’espace d’un instant figé, pour préparer ses après de rage, de dérision, pour vivre encore.
Elise, en ces instants inventés par ta plume, m’a paru authentique, entière, sur Terre. C’est ce que j’ai ressenti profondément à la lecture de ta nouvelle. Une Elise rêvée, au cheveux d’or, comme ces « champs d’Or », qui coûte que coûte pensait prendre la Grand Voie pour l’Enfer, comme mesmérisée par les hurlances fameuse d’un groupe de rock australien vomies par l’auto-radio. Mais au rendez-vous était le dérisoire et grinçant rituel, banal, tellement banal des honneurs aux chers disparus.
Alors, pour Elise, ses envies de meringues soudainement envolée, sortir, partir, courir et avant de traverser le Channel, s’étendre une fois encore parmi les blés d’or, en oubliant le soleil et le ciel jaloux. Il est des soleils noirs qui portent la noirceur des vies absurdes. So….. « we’ll forget the sun and his jealous sky » !

Elise et la vraie vie ! J’ai en mémoire le film de Michel Drach tiré du roman éponyme (que je n’ai pas lu). Cette Elise-là est noire. La tienne, eh bien non !

Et puis, me semble-t-il beaucoup d’understatements, comme un jeu de piste pour trouver des indices, dans cette nouvelle. Délaissant les expressway speedés, Elise ira-t-elle sur les traces d’une Mary Quant qui n’exsite plus que dans le souvenir collectif ou la légende d’un swinging London qui n’est plus que le décor délabré d’une pièce de théâtre. Au cimetière, il y avait tout Hollywood, revisité par ta plume. Une sorte de Comédie Humaine, relookée un peu classy – fake, man ! – un peu hype. Mais ton Elise n’est pas concernée. Je lui ferai peut-être juste une lettre….au piano !

Voilà, Loïc. Les autres se chargeront de rappeler le plaisir qu’ils ont à te retrouver –enfin – sur les pages de mespoèmes.
Tu me connais, tu sais que la tournure de ce com’ est la marque du compliment et de mon admiration qui me sied le mieux, en jouant les « critiques littéraires un peu déjantés ». Et merci d’avoir fait que je puisse être avant l’heure, avec « the few ones », au courant de l’imminent post de cette superbe nouvelle. Amitiés, Loïc. J’ai appris beaucoup de plaisir à te lire. Philip.

Ivy le mercredi 26 août 2015, à 21:30
Tiens, tiens! Les meringues, j'en ai acheté une grosse boite de cet après-midi..à la framboise !
Bon retour, avant la rentrée, teacher !
Je pars samedi pour quelques jours, avant ma rentrée à moi...j'emporterai ces magnifiques scènes de vie à lire.

Bises

bluegirl le jeudi 27 août 2015, à 23:23

Les meringues ? ça crise et ça colle doucement...un peu comme l'attachement !!!
Or, il ne manque pas d'attachement cet écrit, à commencer par la description minutieuse d'Elise. Je me la représente comme une personne tantôt banale par ses cotés superficiels, ses comportements et réflexions couvrant juste ce qu'il faut pour rester dans les codes de la société, mais aussi intériorisant pour ne pas craquer, sauf quand elle se retrouve seule, plutôt désœuvrée ou allant jusqu'à péter un câble.

Comme quoi, il n'y a pas de "profil type" pour avoir la capacité à s'attacher, que ce soit à l'apparence physique, le plaisir qu'on peut avoir à être remarqué ou à l'inverse passer incognito, tout ce qui peut paraître futile ou qui l'est..l'attachement qu'Elise a pour Eric compris.

Indéniablement Elise souffre pour l'être qu'elle vient de perdre, mais que fera-t-elle de cette souffrance, en tirera-t-elle une quelconque dignité ?
Toutes ces questions me mènent à penser que l'attachement qu'on peut avoir d'être en couple, avec une personne rassurante car on se connait et accepte l'autre dans sa globalité, veut-il pour autant dire que l'on aime vraiment cette personne pour ce qu'elle est ?
...
J'ai bien aimé comme tu as amené le lecteur à aborder Elise dans son intimité, et aussi cette référence à la lumière tout le long de ta nouvelle - tache de soleil, coquelicots dans un champs de blé, la joyeuse lumière de la salle de bain qui la met plutôt de bonne humeur -
...
Quand à l'atmosphère décalée que vit Elise quand elle participe à l'enterrement, c'est vachement bien traduit !

Bref, une lecture vraiment plaisante pour un sujet grave qui laisse songeur...
Bisous, à plus !
Lola.
mespoemes.net/bluegirl

Claude le vendredi 28 août 2015, à 00:22
salut Loïc, tu as écrit une nouvelle, et ça c' est une bonne nouvelle !
La lettre à Elise, à côté c' est nul.
Bon vu que c' est long, je me suis permis
de l' imprimer pour lire ton texte plus tranquillement car j' avoue que des textes longs, sur un ordi, je ne peux pas les lire, je ne prend pas le même plaisir que lorsque j' ai le papier en main.Pour moi le livre virtuel que l' on peut feuilleter sur l' écran c' est de la cochonnerie.Un poème oui ça peut se lire sur un ordi car ça ne demande pas la même concentration et le même suivi mais des nouvelles, des romans, bref un livre où des passages longs, ça demande que l'on s'y arrête, qu' on ne saute ni mots ni phrases.
Je ne me lancerai as dans des analyses aussi brillantes( et même techniques pour moi ) que celles de Philip ou Lola car je n' ai pas leur faculté d' avoir cette profondeur d' étude d' un texte.
Je te dirai simplement que hier soir, je l' ai lu calmement au lit et que cela a été aussi agréable pour moi à lire qu' un passage de Proust que j' aime bien.Disons que j' ai retrouvé a certains passages cette atmosphère.Ca peut sembler bizarre en tout cas c' est mon ressenti. Pourquoi ? je ne le sais pas mais en tout cas, si j' ai éprouvé cette sensation c' est qu' il doit bien y avoir un rapprochement.
C' est fou ce que nos sens peuvent libérer de choses bizarres quand on lit.Chacun s' approprie certainement la valeur et l' intérêt qu'il veut donner à l' oeuvre.
A quand un bouquin entier Loïc ?
Je te l' ai déja dit mais je le répète.Il y a des gens qui sont capables d' écrire des livres.Toi tu en fait partie.
Moi, j' ai essayé mais au bout de deux pages j' ai tout laissé tomber c' est trop difficile d' écrire des nouvelles et un livre alors ??? je te dis pas
La poésie c' est trop fastoche en tout cas pour moi car c' est pas des vrais poèmes, ce sont des mots et des phrases lachèes comme ça en pâture que j' écris.La poésie certes la vraie de certains auteurs du site ou de Marceline desbordes Valmore, Aragon et autres oui ! mais pas la mienne donc je tire mon chapeau à ceux qui arrivent à faire un bouquin même de 100 pages. La ce serait un travail dont je suis incapable.
Bon mes excuses j' ai encore été confus dans mon com j' écris vite ce qui me passe comme ça, sans trop réfléchir, c' est du brut de décoffrage qui sort et c' est bourré de fautes d' ortho.Certaines parceque je vais trop vite et d' autres parceque je suis mauvais en ortho.
Bon en tout ca j' ai eu du plaisir à te lire et à t' écrire et ça c' est le plus important.
Sincèrement à toi

Loïc le vendredi 28 août 2015, à 17:41
PHILIP : "Entière", mon Elise ? Ça dépend comment on voit la chose. La fin indique sans ambiguité que ça ne tourne pas rond du tout dans sa tête. "Entière", elle veut l'être mais sans y parvenir. Oui, elle veut vivre, mais elle est également dans un déni total de sa souffrance, ce qui est indiqué dès les premières lignes par une légion de références à un comportement pas tout à fait normal !

Jeu de piste donc, tu as raison. Déjà, je trouve ça amusant personnellement, mais en plus tu connais une de mes devises préférées, celle du cinéma, puisqu'on en a parlé x fois : "Show, don't tell". On montre, on n'explique rien. Dans le cas précis de cette nouvelle, c'était la première fois que je faisais cet exercice à l'état pur (alors que d'habitude je le fais oui, mais avec de l'extra-diégétique quand même. Une bonne dose). Là, on a Elise, et seulement elle. Et pour blinder le focus j'ai même effacé toutes les références précises concernant ses enfants et son pauvre Eric, qui figuraient dans la version d'origine. Cette fois rien. Mais ça ajoute bien à la distanciation.

Quant aux chansons, surtout les deux premières (pas "La Mauvaise Réputation" de Brassens en 3e), je les ai prises pour illustrer des choses. Tu as parfaitement compris que ce n'était pas fait au hasard. De toutes façons absolument rien ici n'a été fait au hasard. Ce qui ne veut pas dire que c'est *bien* fait au final. Je m'arrache les cheveux comme d'hab.

Merci de ton excellent com fouillé, qui montre, comme l'indique Claude dans le sien, que tu tires des choses qui sont personnelles (rien que ta reprise des paroles de Sting...)

See you !

Loïc le vendredi 28 août 2015, à 17:57
IVY : Merci de ton passage. Je profite des derniers jours ! Bonne chance à toi.

LOLA : Oui, j'ai mis beaucoup d'énergie à sous-entendre à tout moment qu'Elise est un monstre de superficialité. Quelques références littéraires sont venues de temps en temps relever le niveau pour préparer les dernières lignes (la plus importante étant la mention d'un livre de Camus, qui aura été immanquablement identifié par les connaisseurs comme étant "L'Etranger", puisqu'il s'y trouve un passage mémorable où le personnage, qui est un sociopathe accompli, n'a pas envie de pleurer pendant tout l'enterrement de sa mère, et la société le lui fait payer cher plus tard ; vu les similitudes avec ma nouvelle, j'étais obligé d'y faire allusion. Bien que je ne me sois absolument pas appuyé dessus...)

Donc pas si superficielle que ça, et bien entendu tout à fait capable d'amour et de sentiment de perte. Ces faux paradoxes volontairement encouragés ont probablement leurs racines dans ma haine des préjugés (et je déteste les pressions sociales qui font des gens des automates. Entre Elise, qui VEUT être superficielle sans l'être, et les gens qui l'entourent en l'étant, il y a une vaste différence...).

Quant à tes interrogations sur la vraie nature du chagrin et de l'attachement, malheureusement rien ne peut la résoudre : ce qui est certain, c'est qu'il y a chagrin, mais pourquoi, ça dépend de tout un chacun. Personnellement ma fin se voulait romantique, comme l'appuyait la chanson de Sting "Fields Of Gold", qui parle d'une histoire d'amour depuis la cour jusqu'aux enfants "de nombreuses années plus tard" en passant par le mariage.).

Merci pour ton analyse, bises !

Loïc le vendredi 28 août 2015, à 18:11
CLAUDE : Hello ! Je connais aussi ce sentiment qu'un écran est inadapté au feeling "je-suis-en-train-de-lire-une-histoire". Bon, ici, j'en étais conscient et je me suis astreint à respecter un petit format (2500 mots, c'est 7 pages en format de poche classique).

Proust, Proust... comment on en arrive à Proust ? Ah ben oui, "Meringues" = "Madeleine", chuis bête. Bon, on voit quand même qu'il n'y a aucun rapport à part la pâtisserie ! Mais elle était bonne. La pâtisserie.

Alors en effet tu as parfaitement raison quand tu évoques ce que le lecteur "prend" à un écrit en le lisant, en le transformant, en le faisant sien. Enfin, "écrit" ou autre ; récemment je disais à une amie à propos de la fin totalement surréaliste de 2001 de Kubrick que je ne voudrais jamais lire d'analyse officielle, et toujours y revenir avec uniquement ma propre vision, probablement changeante avec les années. Donc, prends ce que tu veux dans ce texte même si ça ne va pas avec ce que j'explique. C'est super.

"A quand un bouquin entier ?" Malheureux, sache que j'en écris depuis l'âge de 9 ans, et que j'en ai notamment un de 200 pages (très inachevé) et un autre, mon plus récent, quasi-fini à 340 pages ! Mais c'est pas le tout d'écrire un roman ; encore faut-il en écrire un qui soit lisible. Et la, mon esprit critique n'est pas près d'y trouver son compte.

C'est comme ici : je sais qu'avec plusieurs milliers de pages écrites en 20 ans, je sais aujourd'hui fabriquer un personnage. Mais je n'aime pas mon style.

Quoi qu'il en soit, content que ça t'ait plu !

Mes amitiés Claude !

Philip (JARDIN DE LUNE) le samedi 29 août 2015, à 12:03
Je repasse un court instant. Ben moi, je persiste à dire qu'Elise, malgré que le fait qu'elle soit circonstantiellement bien dérangée, me parait "entière". C'est ça la magie de l'écriture subtilement pensée. Elle laisse une porte ouverte vers le subjectif du lecteur qui peut se permettre de détourner un peu le "character" du personnage qui vit sous ses pages. C'est comme le-la-les personnage(s) de Predestination, que j'ai enfin dégusté avec délice.
Les compléments d'analyses de Lola et Claude sont bienvenus dans cette approches sauf d'autres facettes, pas si différentes d'Elise. Good shot, man !
(PS : Pour CLAUDE, si tu repasses ici : arrête de dire des c...., Claude, ne te sous-estime pas. Tu as la même faculté d'analyse que tout le monde. Mais tu ne t'en rends pas compte, peut-être. Oui, il y a les mots qui sont différents, mais le ressenti on le perçoit. Alors, comme M. Jourdain faisait de la prose sans le savoir, tu fait de l'analyse sans le savoir ! Sourire)
Amitiés, Loïc.
Amitiés à tous et à toutes. Philip.

Claude le samedi 29 août 2015, à 14:39
Loïc je reconnais bien là ton trait d' humour. Je n' y avais pas pensé.Passer de la meringue à la madeleine c' est certainement ça qui a du me mener à Proust.
Bon tu comprends que je puisse souvent me sous estimer comme le dit Philip car de ton côté tu n' as pas l' air emballé pour tes livres et tu crituques ton style.
Ce n' est pas à toi que je vais apprendre qu' il est souvent de mauvais conseil de s' auto critiquer car on se censure et on peut passer à côté du but c' est à dire plaire au lecteur.Ce n' est pas parceque tu juges tes romans pas assez mâture qu' ils ne méritent pas d' être lus et qu' ils ne pourraient pas obtenir un prix.
Je suis sur que si l'on posait la question a beaucoup d' auteurs, ils diraient au plus grand nombre qu'ils ne sont pas satisfaits de leur style où autre manière de s' exprimer et je dirai tant mieux car l' auto satisfaction c' est ce qu' il peut y avoir de pire pour un écrivain.

claude le samedi 29 août 2015, à 14:52
je continue car ça a bugué( je sais pas si ça s' écrit comme ça )
En tout cas tu m ' impressionne d' avoir écrit autant de pages car je le répète même si on écrit pas parfaitement et si le sujet n' est pas maîtrisé c' est déjà pour moi un exploit de noircir autant de pages ( avec talent car sans te passer la brosse à reluire ) j' ai lu beaucoup de tes poèmes et quelques textes et je peux te dire que c' est un régal de te lire. Je me suis imprimé presque tout tes poèmes anciens et pour moi c' est très agréable de les feuilleter souvent.
Enfin cela aura permis d' avoir cette joie de re-dialoguer avec toi.
Merci pour tes réponses-Merci aussi à l' ami Philip dont j' apprécie toujours les analyses. Me comparer à Mr Jourdan, alors là Philippe je te donne le Molière de l' appréciation.
Sincèrement à vous.

Don Kameleon le samedi 05 septembre 2015, à 02:05
Ce n'est pas la philosophie qui manque dans ta nouvelle cher Loic...
Je l'ai lue avec grand plaisir et attention, l'intrigue est passionante et on ne peut plus s'en défaire une fois qu'on a commencé...
Petite pensée personelle : je n'aimerais pas figurer sur sa liste cette Elise...Ce genre de femmes incomprises me fait peur...
Amicalement

Don Kameleon

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Loïc le samedi 05 septembre 2015, à 16:27
PHILIP : Bon. Le truc, c'est qu'avec une histoire aussi courte, tu ne peux pas ancrer un personnage dans une réalité complète. Bien qu'acteur, il reste avant tout "fonction". Donc, en effet, suivant ce qu'on comprend du récit, alors on comprend le personnage/fonction en conséquence. OK, make it your own !

CLAUDE : Tu vois bien, quand on est quelqu'un de sérieux (mais si, toi aussi), on en revient toujours à se sous-estimer. Et, en effet, tu en donnes la meilleure des raisons : l'autosatisfaction est ce qu'il y a de pire pour un auteur. Rassure-toi, je suis toujours content de QUELQUE CHOSE dans ce que je poste sinon je le garderais sur mon disque dur (et je le fais parfois), mais bon, autant critiquer ce qui est critiquable.

Je suis également honoré bien entendu que tu lises mes poèmes régulièrement (ah, c'est toi, alors ??) mais n'oublie jamais que par le passé je t'ai aussi exprimé mon admiration et que je dois t'impressionner tout autant que tu m'impressionne. Le problème, c'est que ben... depuis 2011 je ne pouvais plus te le dire !!

Philip a raison, au passage.


DON : Salut et bon retour ! Ah, cette Elise, je t'avoue que moi-même elle ne me fait pas rêver. Elle servait simplement, par son caractère profondément imparfait (disait Lola plus haut je crois !) et pourtant attrayant par certains côtés, à démontrer des choses. Malgré la scène du miroir au début, je n'ai vraiment pas fantasmé ! C'était un exercice.

Merci de ton passage, bonne continuation !

Amitiés à tous !

Philip (JARDIN DE LUNE) le mardi 08 septembre 2015, à 09:43
Si l'auteur et les autres repassent sur cette page com' :
Ah, que j'aime tous les commentaires qui ont été faits à Loïc et ses réponses.
Avant tout parce que ce n'était pas des coms "passage de pommade".
Dans tout ça - ah ah ! - ça fait presque passer l'auteur, ce cher Loïc - au second plan en mettant en lumière, en valorisant les contours d'Elise. On a l'impression de la connaître un peu mieux (meuh, non, Loïc, je déconne, t'es pas en "arrière-plan" !)
Pour CLAUDE :
Ouiiiiiii, l'ami, continue à faire des coms-critiques, comme ça. Yes il faut pointer les sous-estimations que se font les amis. Bien joué avec ce que tu as rajouté à Loïc. Et par-là même, tu viens de démontrer que, contrairement à ce que tu dis, tu SAIS parfaitement commenter, critiquer, souligner ! Mais, t'inquiète, nous sommes tous des "sous-estimateurs" de nos qualités. Et c'est bon signe. A plus l'ami. Philip.

Cerise le mercredi 07 octobre 2015, à 20:21
Bonsoir Loïc,
Je l'ai lu il y a quelques jours déjà...sourire
Tu as un talent de conteur indéniable.
Comme pour les autres nouvelles je me suis prise au jeu.
Petit à petit on découvre le décor, ton personnage et les circonstances de sa vie.
Le fuite en avant d'Elise qui est dans un déni total face à perte de son compagnon. La colère et la mise à distance de la douleur.
Encore une fois bravo et merci pour ce partage.
Bises et belle soirée à toi.
Béatrice

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