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Nouvelle : Le Contact

le jeudi 08 octobre 2015, à 18:38. Posté par Loïc





    Hélène scrute la rue à travers le petit trou percé dans le verre dépoli de son soupirail. La rue s’éveille à peine sous l’aube blafarde ; c’est l’instant magique où rien de grave ne peut arriver. Quelques passants matinaux croisent les rares voitures se rendant au travail avant la masse. Bientôt les camions de livraisons arriveront, puis les éboueurs, puis la rue se fera vraiment entendre, et Hélène ne mettra plus le nez dehors. Même dans les petites villes, la police passe.

    Donc il faut y aller maintenant.

    Hélène va au lit neuf que M. Crispin lui a offert pour son 17e anniversaire, passe la main sous l’oreiller et en sort les clés de la boulangerie. En remontant l’escalier de la cave, elle entend le patron et son apprenti s’affairer aux fours. Eux, ils n’attendent pas l’aube. Elle ne les dérangera pas ; elle évite le contact au maximum.

    Elle débouche dans la boutique, inspecte machinalement le sol : bon, tout est resplendissant, elle n’aura pas à travailler tout de suite. M. Crispin a déjà levé le volet roulant, mais la porte est toujours verrouillée. Il n’enlève le rideau que pour qu’elle puisse sortir, de toutes façons, pas pour indiquer qu’on est ouverts. C’est encore trop tôt.

    Hélène déverrouille la porte et sort avec précaution dans la fraîcheur du matin. C’est toujours un moment brutal, et pourtant elle connaît bien cette rue. C’est à deux pas qu’elle a mendié pendant trois mois, tête baissée, essayant de se fondre dans le paysage. Personne ne remarque les sans-abri, sauf dans les centres-villes très fréquentés d’où la police les chasse parfois. Hélène l’a vite appris, et a abandonné les endroits trop publics pour des rues plus tranquilles. La dernière fois que des gens en bleu ont tenté de l’emmener, elle leur a échappé d’une façon qui ne leur a pas plu, et elle a été obligée de faire profil bas hors de son ancienne ville tandis qu’on la recherchait. Mais on ne peut pas survivre longtemps dans les bois, peu importe ce qu’en disait Thoreau.

    Elle a voyagé par ses propres moyens, trouvé un endroit où reprendre sa vie sans être inquiétée. Elle a posé son chapeau près de la boulangerie. Pendant un temps, elle a vécu sur quelques pièces, volé parfois, et puis le gros homme perpétuellement en sueur a fini par la remarquer pour de bon. Au début il ne lui apportait que des croissants ou d’autres pâtisseries dont elle ignorait tout, mais un jour il lui a demandé si elle voulait travailler. Non, elle ne voulait pas travailler, mais elle avait faim et il lui promettait gîte et couvert. Et elle s’est retrouvée dans la cave de la boulangerie, son premier vrai logis depuis des années, qu’elle a aménagé avec le petit salaire que M. Crispin lui donnait. Mais ce n’était jamais elle qui faisait les boutiques ; le boulanger et ses apprentis prenaient la commande.

    Hélène avance le long du mur jusqu’à son soupirail. Jour avec, jour sans ? Jour avec. La petite boîte en papier blanc plié est là, placée exprès dans l’angle mort du trou de la fenêtre. Pour l’obliger à sortir voir. Elle prend la boîte, bat en retraite jusqu’à la boulangerie, verrouille la porte.

    Elle déplie délicatement le papier. Comme toujours, elle trouve une fleur sans tige ; cette fois-ci, un hibiscus. Hélène a demandé à M. Crispin de lui acheter un livre afin d’apprendre les noms ; ce n’est pas dans son école spéciale qu’on enseignait ce genre de choses.

    « Alors, ma pitchoune ? Jour avec, jour sans ? »

    La voix puissante du gros homme la fait sursauter, et les étagères tremblent. M. Crispin a surgi de l’arrière-boutique. Il lève un poing fermé. Leur signe.

    « Calme, pépette ! C’est bien, tu as une bonne nouvelle. Il n’a pas encore abandonné ! » Il s’approche et lui envoie un baiser à quelques mètres. « Mais tu sais, il va falloir faire quelque chose, sinon tu vas le tuer, ce pauvre, et toi aussi tu vas te tuer !
    – Vous savez que je ne peux pas.
    – Allez, pépette ! » L’imposant boulanger met une claque sur son comptoir et poursuit avec son fort accent provençal : « Mais comment on va te décoincer, peuchère ? Tu vas pas vivre dans ma cave toute ta vie comme un vampire !
    – Mais je suis malade, dit-elle misérablement.
    – Mais oui, tu es malade, fan de lune, et alors, c’est une raison pour crever ? » Il s’approche davantage et tend les bras. « Je peux, sans que tu me pètes un câble ?
    – Non. » Hélène recule.

    Le boulanger fait un grand geste fataliste. « Ecoute-moi, ma pitchoune. Le gars, là-bas de l’autre côté, c’est peut-être juste un fleuriste, mais il a pris pour lui toute la motivation de ses ancêtres, et il devait y en avoir dont le boulot était de casser des murs. Tu sais d’où ça vient, ton prénom ? Pourquoi il continue à exister ?
    – Hélène, dit Hélène, était la reine de Troie dans l’Iliade.
    – Tu vois ! Même moi je sais. Je lis tes livres avant de te les donner. Alors le minot d’en face, je te dis, il gratte la muraille depuis des mois, et un jour il va faire la guerre. Et ça va bien péter. Tu es sûre que tu veux ça ?
    – Ça ne se passe pas comme ça dans l’Iliade. Et je suis malade. Il ne doit pas approcher. »

    Le boulanger éclate d’un grand rire et agite vigoureusement l’index dans sa direction. « Comme moi je ne dois pas approcher. Et tu m’aimes bien, hein pitchoune ? Ça me dit que tu l’aimes bien aussi.
    – Mais ils disaient que c’était incurable, et que ça empirait.
    – Et pourquoi tu les écoutes, eux, et pas moi ? Est-ce qu’on ne s’amuse pas bien, tous les deux, le week-end dans la campagne ? Moi, je suis un autre genre de docteur. Ta mort, elle viendra de ta tête, pas de ton corps. » Il mime vers la tête d’Hélène le geste de toquer à une porte. « Tu te souviens comment tu t’es échappée de leur prison ? C’était de la beauté, ça, pas de la honte. »

    C’est dans ce genre de moment qu’Hélène s’en veut d’avoir trop parlé. Cette évasion (facile, il suffisait d’être motivée et en pleine possession de ses moyens) était bien une honte. Ces gens, quelles qu’aient été leurs motivations profondes, avaient aussi voulu l’aider. Ils avaient essayé tant de choses, tout en poursuivant son éducation pendant des années. C’était louable, même s'ils visaient probablement un Prix Nobel. Et elle était partie trop tôt pour eux.

    « M. Crispin, je vais dans ma chambre. Si vous avez besoin de moi aujourd’hui…
    – Non, je n’ai pas besoin de toi, mais toi ma pitchoune, tu as besoin de toi. Tu vas aller conter fleurette au fleuriste. » Il rit. « Sinon tes livres, tu devras aller les acheter toi-même, moi je croise les bras.
    – Mais je ne vais pas lui parler en plein jour !
    – Comme je disais, tu es une graine de vampire. Si, « en plein jour ». Et je te regarderai. C’est facile, c’est juste en face.
    – Non !! » Elle traverse la pièce en coup de vent, et des plateaux tombent des étagères, certains chargés de pâtisseries qui s’écrasent au sol.

    « Hélène ! » La voix du boulanger gronde et l’arrête net. Il a ce ton qui stopperait un train. « Maintenant j’ai besoin de toi. Tu me remets tout ça comme c’était, et vite fait encore. On ouvre dans dix minutes. Ensuite tu te calmes, tu te prends en main et tu vas parler au garçon. Je ne ferai pas tout à ta place, figure-toi. »

    Hélène ferme les yeux, inspire, et puise dans ses forces. Dix minutes ? Il lui en faut deux pour que tout ait regagné sa place d’origine. Détruire, reconstruire : elle en a l’habitude depuis aussi longtemps qu’elle se souvienne. Reconstituer des quatre-quarts n’est rien. Si reconstituer une enfance normale était aussi simple… Ses parents lui ont dit que dès les premiers jours, ses cris faisaient trembler la maison. Avec le recul, elle sait que tous les parents disent ce genre de choses. Elle a lu. Malheureusement pour elle, sa maladie n’a fait qu’aggraver la situation, au fur et à mesure qu’elle grandissait. A quatre ans, les médecins classiques n’avaient plus de mots, et à cinq on l’a retirée de la maternelle. A six, elle a demandé le sens du mot « incurable ». A partir de sept, elle a été placée dans un centre spécial où toutes les activités proposées étaient certes stimulantes, elle s’en souvient comme si c’était hier, mais où même les sourires les plus invitants étaient des camouflets. Et ses parents ne venaient plus la voir. Il a fallu partir.

    « C’est bon. File. »

    Hélène descend lentement l’escalier, l’hibiscus toujours vissé à sa main droite. Elle pénètre dans sa chambre, va à son bureau, prend une épingle dans un pot et fixe l’hibiscus au Mur. Le Mur est une beauté mouvante : les 102 fleurs qui l’ornent sont pour la plupart fanées depuis longtemps, mais même les natures mortes entretiennent la vie. Elle touche la rose, la première, celle dont la boîte en papier plié bouchait le trou de sa fenêtre six mois plus tôt. Un pétale tombe. Hélène retire sa main.

    Quelques minutes plus tard, elle revient dans la boutique. Elle n’a mis qu’un jean et un T-shirt ; lorsqu’on ne sort jamais, on ne donne pas dans le luxe. M. Crispin vient d’ouvrir la porte.

    « Ça n’ira pas, dit-elle.
    – Tu plaisantes ! clame-t-il. Tu es jolie comme une de mes charlottes à la framboise, et ça, c’est un compliment.
    – « La framme-boiseu » ? répète Hélène avec un petit sourire.
    – C’est ça, moque-toi, on parlera plus tard de ton accent parigot ! Dégage.
    – Mais il ne faut pas au moins du rouge à lèvres dans ce genre de circonstances ? Dans les livres, on se fait belle, non ?
    – Pfff ! Tu veux l’achever, le pauvre ? Vas-y. Il te met des fleurs depuis six mois alors qu’il ne t’a vue que trois fois en vêtements de travail. Tu crois quoi ?
    – Bon. Il n’y a pas de police ?
    – Mais arrête une seconde avec ta police ! Allez, dehors ! Et ma fille … » Il tend un poing fermé vers elle. « … Calme. »

    Hélène ressort dans la rue. Deux fois dans la même journée, c’est un exploit. Le soleil est plus haut maintenant, et les gens sont vraiment là. Oui, elle a fait la manche toute la journée dans cette rue jadis, mais elle était à moitié cachée dans un coin et baissait la tête. Aujourd’hui elle est debout, et tout le monde la voit. Heureusement qu’il ne s’agit que de traverser la chaussée.

    Calme.

    Elle s’avance sur le bitume sans vérifier. Une voiture arrive à grande vitesse et ne montre pas l’intention de s’arrêter à son passage ; mais Hélène lève une main amicale et le lourd véhicule, les roues bloquées, stoppe net en quelques mètres avec un hurlement de pneus, laissant des traces noires sur l’asphalte. Hélène passe. Le conducteur de la voiture, penché sur son volant, reste hébété et ne redémarre que lorsque des coups de klaxon se font entendre derrière lui.

    Et l’apprenti fleuriste est là, en train d’arranger les étals. Elle l’a rarement vu d’aussi près, sauf lorsqu’il venait à la boulangerie et qu’elle était en train de nettoyer. Il a les cheveux bruns, les yeux bruns, la peau brune, enfin tout est brun. Il est sans doute beau, du moins c’est son avis ; elle n’a aucune base de comparaison, et les livres ne peuvent pas l’aider là-dessus.

    Elle s’approche, les mains nerveusement enfoncées dans les poches. Il la voit du coin de l’œil et se tourne.

    « Mademoi… oh.
    – Bonjour, dit-elle fermement.
    – Bonjour, bonjour. » Il s’essuie les mains et en tend une. Hélène ne bouge pas. « Je… je peux vous aider ?
    – Je m’appelle Hélène, dit-elle.
    – Je sais… Je… Enfin Crispin me l’a dit.
    – Et vous ?
    – Moi, Arnaud. Nono, si vous voulez. Non, c’est crétin bien sûr, les filles disent Arnaud. Non ! Quand je dis « les filles », je veux dire « les amies », hein ? Parce que sinon… hé ! »

    Hélène a fait demi-tour et retraversé la rue, le trafic s’immobilisant sur son passage. Un fracas de métal contre métal retentit.

    Elle entre en coup de vent dans la boutique en essayant de retenir des larmes. Elle ne sait pas pourquoi. Mais il n’y a que dans sa chambre que tout ira bien. Le boulanger, qui est en train de servir la première cliente de la journée, l’interpelle :

    « Ben pépette, qu’est-ce qui se passe ? Tu as fait quelque chose ?
    – C’était une mauvaise idée, lâche-t-elle en claquant la porte de l’escalier.
    – Et mes pains ? grince la vieille dame qui patiente au comptoir.
    – Oui, madame Chiski, on s’en occupe… Oh non, voilà l’autre !!
    – C’est Cherski, râle la cliente. Les pains ?
    – Oui, oui… ils sont là, hop. Non, laissez le porte-monnaie, on va dire que vous me paierez demain, et passez une bonne journée, madame Chic…Cherski. »

    La dame sort en affichant une moue réprobatrice, partageant l’espace avec l’apprenti fleuriste qui tente de passer le chambranle avec un bouquet de fleurs sous plastique plus haut que lui, et, de toute évidence, plus large que la porte. Le boulanger le regarde en soupirant. Lorsqu’Arnaud parvient enfin à entrer, il prononce :

    « Bonjour M. Crispin.
    – Avé Junior. Tu es où ? Je te vois mal.
    – J’ai des fleurs pour Hélène, M. Crispin.
    – Et rien pour moi. Merci. Qu’est-ce que tu lui as fait, à la petiote ? »

    Le bouquet se dandine. « J’ai juste dit une bêtise quand elle m’a surpris. Je suis venu m’excuser. Je peux poser ça quelque part ?
    – Non. Porte ta croix, jeune. Je vais convier au parloir la comtesse de Monte-Cristo. »

    Le gros boulanger ouvre la porte des escaliers et hurle :

    « Hélène !! Ici tout de suite. J’ai dans la boutique une jungle avec un type caché dedans. Moi je gère des clients, OK ? Toi tu vas faire le Viêt-Nam. C’est ta guerre.
    – NON !! clame la cave.
    – Vous ne pouvez pas aller la chercher ? demande faiblement l’apprenti.
    – Telle que je la connais, elle a verrouillé la porte de sa chambre, et il n’y a pas de clé.
    – Pas de clé ? Mais alors comment…
    – Elle est bricoleuse. » Le gros homme lève un doigt. « T’inquiète, je vais te sortir la taupe de son terrier sans douleur. » Il se retourne vers l’escalier et crie : « Pitchoune ?? Tu te souviens de Paulin ? Il m’a dit hier qu’il savait où avoir une édition originale du « Grand Meaulnes ». Ça se vend dans deux jours. Si tu quittes ta tanière maintenant, je peux te la prendre avec mes propres sous, peu importe le prix. »

    Un long silence lui répond, suivi de : « L’édition originale ?
    – C’est comme je te le dis. Montre-toi et on a un marché. Juré. »

    Un cliquètement métallique retentit dans l’escalier, et le boulanger se tourne vers le bouquet de fleurs avec un sourire fourbe. « Pour information, le chantage fonctionne très bien avec elle. Allez, donne-moi ce bazar et parle-lui. »

    Hélène apparaît dans les escaliers, le visage fermé, et pointe l’apprenti du doigt.

    « Il a dit qu’il avait des filles.
    – Pitchoune, arrête. Tu crois qu’il a combien de filles, depuis six mois qu’il t’amène des fleurs un jour sur deux ?
    – Non, intervient l’apprenti. M. Crispin, laissez-moi lui expliquer. 
    – Si tu veux, jeune, mais ne me l’énerve pas ici. On sort d’en prendre. »

    Le jeune homme s’avance, Hélène recule dans la cage d’escalier.

    « Hélène, j’ai 19 ans, j’ai quitté l’école à 16, je ne connais pas les livres, je suis nul là-dessus. Mais pour le reste, je sais quand je fais quelque chose qui marche : je vous ai vue ramasser mes fleurs chaque fois que je vous en laissais, depuis le premier jour. Pas du vol, hein : à chaque fois je les paie au patron, et vous commencez à coûter cher… enfin je veux dire, c’est dommage à la fin. Alors je me demande juste si on ne peut pas juste arrêter tout ça… enfin non, on peut continuer, mais pourquoi pas aussi traverser la rue une bonne fois ? Et on pourrait faire des choses plus intéressantes, un film, un restaurant ? Ou bien j’ai des amis….»

    Le boulanger lui claque l’épaule. « C’est bien, gamin, tu peux t’arrêter maintenant. Tu es un imbécile fini qui vient de faire la pire déclaration possible, c’est un genre de brouillon du brouillon ; mais que le diable m’en croque une, à voir mon Hélène rouge comme un nez de clown, tu as touché où ça compte. Elle va dire oui, et de toutes façons, si elle ne dit pas oui, elle n’aura pas l’édition originale du « Grand Meaulnes », alors remercie-moi d’être là. »

    Hélène reste pétrifiée, mais les énergies montent. Calme !

    « Qu’est-ce que vous voulez ?
    – Je ne sais pas, c’est vous qui voyez, balbutie l’apprenti. Juste… se rencontrer hors du travail, au moins une fois ? Comme aujourd’hui, mais en mieux ?
    – Dans la journée ?
    – Dans la journée, le soir, la nuit, avant l’aube, ça va ; juste… se voir ?
    – Arrête de dire « juste », gronde le boulanger. Elle a compris. Elle fait l’andouille.
    – Trois heures, lance Hélène.
    – Trois heures ? A trois heures ? Dans trois heures ?
    – Non, trois heures du matin. Cette nuit. »

    L’apprenti est abasourdi. « Trois heures du matin ? Mais pourquoi ?
    – Parce que je sais ce qui va arriver. » Hélène secoue la tête. « C’est dit. Si vous vouliez votre chance, elle est là : à trois heures dans la rue. »

    Elle claque la porte et ils entendent ses pas décroître dans l’escalier.

    « Elle est complètement sauvage ? balbutie le jeune homme.
    – Junior, on va blaguer un peu, toi et moi. » Le boulanger passe son bras gros comme une poutre autour de l’épaule de l’apprenti. « Tu ouvres grand, tu captes l’univers ? Bon. D’abord, tu parles pas de ma p’tite comme ça. C’est le numéro un. Si tu veux apprendre à la connaître, apprends vraiment à la connaître. Regarde et écoute.
    – Oui… M. Crispin, mais c’est…
    – Attends. Je t’ai aidé dans toute cette histoire parce que j’ai cru que tu étais quelqu’un de bien. Vrai ?
    – Oui, M. Crispin, mais…
    – On est d’accord sur le principe alors. Numéro deux : elle a moins de 18 ans, pas toi. Et je viens d’une famille assez conservatrice. Ça veut dire que tu en as pour presque un an à galérer. Tu me suis toujours ?
    – Oui M. Crispin, je vous assure que…
    – Atteeends ! Tu es impatient comme un poulain. Ensuite, en trois, j’ai une théorie qui m’est venue comme ça, presque par hasard. » L’étreinte du bras se resserre. « Imaginons, juste pour rire, que tu lui fasses du mal…
    – Mais M. Crispin, je ne… l’attaquerais pas !
    – Attaquer Hélène ?! » Le rire roule dans la boutique. « Mon pauvre, tu verras. Non. Je voulais dire : si tu lui fais du mal ICI » (il frappe deux fois le côté gauche de sa poitrine), « si tu lui fais du mal ICI mon minot, alors ma vilaine trogne sera la dernière chose que tu verras de ton vivant, et personne ne sera capable d’identifier ton corps.
    – Mais je vous jure que… je… » L’apprenti déglutit. « Je n’ai…
    – Aaaaah, petiot !! Je galèje ! » Le boulanger pose sa main sur la nuque du jeune homme et la referme comme un étau. « Mais non, t’inquiète, va. Ton corps, on le retrouvera même pas. »



    Trois heures. A vrai dire, Hélène est sur le trottoir depuis une demi-heure, cachée dans un coin sombre. Elle sonde les environs totalement déserts, les voitures garées dans la rue, les fenêtres des appartements. Personne n’est aux balcons, et les seules lumières sont celles des deux lampadaires faiblards qui baignent la scène sans trop y croire. En résumé, elle ne peut trouver aucune excuse pour se défiler. Alors elle attend.

    A l’heure prévue, elle perçoit le grincement d’une chaine de vélo mal huilée, et voit l’apprenti descendre la rue sur son destrier rouillé. Pas exactement Don Quichotte, mais elle n’est pas exactement Hélène de Troie non plus. Il freine, pose son vélo contre un mur, et s’approche. Hélène sent les énergies se mettre petit à petit en place. On lui a longuement appris comment les faire taire ; cette nuit elle les laissera libres. Elle sort de l’ombre.

    « Ah, Hélène…
    – Je ne touche pas les gens. »

    Il se raidit.

    « Oui, M. Crispin m’a déjà averti il y a longtemps… C’est quelqu’un d’intense, non ? » Il se gratte la tête. « Enfin, je veux dire, je vous respecte tous les deux.
    – Ce n’est pas juste. Pour vous. Pour personne de toutes façons.
    – Que… quoi ?
    – Tout. Vous avez lu « Le Passe-Muraille » ? » Devant son hésitation, Hélène poursuit : « C’est l’histoire d’un homme qui a le don de franchir les obstacles. Il s’en sert mal, il faiblit, et à la fin il fusionne avec son dernier mur.
    – Je suis désolé, je ne comprends pas.
    – Il meurt enfermé par sa propre stupidité. » Elle tend sa main et lui sourit maladroitement. « Je ne veux pas finir comme lui. M. Crispin ne veut pas non plus que je finisse de cette façon. Ni vous. »

    Il ne prend pas sa main, mais ses joues et l’embrasse.

    Ce n’est pas comme si c’était une grande surprise. L’électricité croît et se répand. Tout est comme prévu, le Contact sort, brûle les limites, et plante ses racines dans le monde. Hélène se connecte aux molécules et aux astres, en cette vieille entente qu’ils ont toujours eue, parfois intime, parfois lointaine. Les fleuves s’étirent, les mers reculent et reviennent, et la structure des choses se divise pour lui rendre la vision des mécanismes. Elle reconnaît les chaînes d’atomes, la puissance et la malléabilité de la matière, ainsi que tous les flux qui ne se quantifient pas. Ils passent simplement, et elle en joue comme d’un instrument de musique. Il n’y a aucune vision, aucun rêve ; son corps et son esprit savent autrement. Et ils font trembler la terre.

    Mais il faut en finir. Elle n’est pas seule.

    Elle se sépare de l’apprenti, les sens en feu, et saisit son bras. Elle n’a pas voulu être calme ; tant pis. Tout est joué.

    « Regarde. »

    Dans les premières secondes il ne comprend pas, puis il émerge de l’hypnose du baiser et voit.

    Toutes les voitures de la rue oscillent doucement à trois ou quatre mètres du sol, entourées de graviers, de détritus et de tout ce qui n’était pas fermement ancré. Dans la pâle lumière jaune des deux lampadaires qui vacillent, on pourrait presque croire à une illusion d’optique, ou à une peinture mouvante.

    Hélène le regarde avec une moue un peu triste.

    « Tu vois ? Toi, tu peux faire des bouquets. Moi, je peux faire ça. »

    Un 4x4 BMW massif se met à pivoter lentement de côté, jusqu’à ce que son toit surplombe l’asphalte. Les portes et le coffre s’ouvrent, se referment. Les clignotants flashent frénétiquement, mais Hélène a fait taire l’alarme. Un instant, elle laisse le véhicule dans cette position, puis la rotation reprend, cette fois en un mouvement de valse.

    « Quand j’étais bébé, tous les petits objets de la maison s’envolaient dès que je pleurais ou que je riais. Alors mes parents ont tout fait pour ne pas me contrarier… ils ont aussi arrêté d’essayer de me faire rire. » Haussement d’épaules fataliste. « Pendant un temps, rien n’était voulu. Mais à moins de 4 ans, j’ai envoyé voler le chat des voisins parce qu’il essayait de forcer la cage de nos perruches, et mes parents m’ont vue. Après ça, c’était le début de la fin. Hôpitaux, centres, et puis l’évasion et la rue. L'important est que M. Crispin m’ait trouvée. Je lui ai compliqué la vie, parce qu’à 14 ans le temps des « petits objets » était passé ; avant de venir ici, une fois j’ai posé une voiture de police sur un immeuble, avec ses occupants. Mais il n’a pas eu peur de moi, et c’est lui qui m’a appris à être calme. Puis il a fini par voir la faille dans son système. Il t’a aidé. » Hélène touche les lèvres d’Arnaud. « Toi, tu as peur de moi ?
    – Oui, mais… pas pour ça. Moi, je ne sais pas faire de magie.
    – Si, tu sais. Regarde, tu as fait ça. Ou la nature… mais c’est la même chose. »

    Hélène reporte son attention vers les voitures et, avec soin, les fait redescendre à leur emplacement initial. Les amortisseurs grincent, les déchets roulent dans la rue avant de s’immobiliser.

    « Et… c’est dur ? demande le garçon.
    – Non. Quand je contrôle, c’est aussi simple que de respirer. Ce qui est difficile est de l’éviter. C’est le Contact. Du moins c’est ainsi que l’appelaient mes médecins de l’armée, quand ils ont été fatigués de dire télékinésie. » Elle sourit. « Je n’ai jamais autant parlé de ma vie, à part avec M. Crispin. On pourrait parler encore, plus tard, si tu veux. Et si tu ne t’enfuis pas, on ira dans la campagne comme avec lui. Je peux faire des choses magnifiques avec l’eau d’un étang, ou avec les feuilles mortes en automne. Ce sera peut-être ce que tu auras vu de plus beau. 
    – Ça m’étonnerait. »

    Les énergies sont toujours là. Hélène les sent à l’intérieur, à l’extérieur, et dans les passerelles tendues entre les deux.

    « Bon, dit-elle. Tu veux faire voler des voitures encore une fois ? »








    Nick Drake, "Northern Sky" : https://www.youtube.com/watch?v=6T7ZGZjyxLI






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commentaires ( 28 ) (Ajouter un commentaire)
bluegirl le jeudi 08 octobre 2015, à 22:21

De la tendresse, plein de tendresses...et plein de magie...J'ai le cœur en fleur !

Superbes dialogues, et narration bien ficelée !
Bon rythme.
...Du travail d'artisan quoi !

Et à propos d’hibiscus, en connais-tu la décoction ?
Il m'en reste surement..j'vais voir. Tu trinques ?

Bises, Lola.
mespoemes.net/bluegirl


Ivy le jeudi 08 octobre 2015, à 23:50
Lola, l’hibiscus avec un soupçon de gingembre c'est encore mieux !

Loïc, je repasserai te lire à tête reposée... le temps que le gingembre fasse effet ! Rires !
Bizz à tous deux

domidom le vendredi 09 octobre 2015, à 21:58
(La magie)!!!
Pouvoir en user pourrais quelquefois nous être bien utile...
Ton style de dialogue m'a rappelé ma jeunesse, lorsque je jouais Fanny dans la trilogie du grand Pagnol...
Je reconnais que si tes nouvelles sont un peu longues elles n'en sont pas moins captivantes...
Au plaisir...
Bises, Domie...

cerise le dimanche 11 octobre 2015, à 21:59
Flûte ! Je viens de t écrire un long commentaire qui a été effacé à cause du temps que j y ai mis...pfff
Bon je recommencerai demain...sourire
Bonne nuit
Béatrice

Cerise le lundi 12 octobre 2015, à 19:28
Bonsoir Loïc,
Comme le dit Domie, tes nouvelles sont longues mais c'est tout bonus pour le lecteur...sourire
J'ai plongé dans ton histoire très facilement.
L'écriture est fluide agréable.
Tout y est : l'ambiance, les détails, l'intrigue. Et j'ai bien aimé la personnalité de M. Crispin...bougon au grand cœur.
Hélène est bonne pour rejoindre la fameuse école des X-Men...sourire
Si je puis me permettre il n'y a qu'au passage de l'aménagement de sa chambre que j'ai dû relire...
En effet à la première lecture j'ai cru que M. Crispin lui "donnait"... les meubles.
Mais c'est tout...
Un grand bravo et merci pour la lecture.
Belle soirée
Béatrice

Loïc le mardi 13 octobre 2015, à 00:00
LOLA : Je ne connais pas la décoction. J'en ai connues d'autres, avec des effets un peu magiques, mais je me soigne.

Pour ce qui est de la tendresse, bon : à part dans ma nouvelle "Dimanche au Parc", où tous les persos n'étaient que "fonctions du récit" (principe des contes de fées, exemple parfait), tout le monde y a eu un peu droit. Même Papy ! Mais dans cette nouvelle, j'ai voulu trancher un peu avec le caractère brutal des 5 autres écrits, et renouer avec ma part fleur bleue. Car je suis gentil et sensible, c'est juste qu'il ne faut pas me faire chier.

Bises et merci !

Loïc le mardi 13 octobre 2015, à 00:09
DOMIE : "Magie"... Le terme est employé une fois, mais pas dans le sens littéral : plutôt dans la magie du Contact, avec un grand C ou pas. Dans l'histoire, Hélène ne fait pas de magie ; elle hérite juste d'une capacité naturelle d'interaction avec son environnement, capacité qui n'a en fait rien de rigolo. C'est d'ailleurs pourquoi j'ai limité au maximum les démonstrations théâtrales à la Hollywood : le côté impressionnant n'était pas censé être le centre de l'histoire. S'il y avait un message à saisir au passage, c'est celui d'Hélène qui l'accorde à son soupirant : la magie, on la produit nous-mêmes sans avoir le moindre super-pouvoir.

Bises Domie !

Loïc le mardi 13 octobre 2015, à 18:39
BEATRICE : Première chose importante : le cas des déconnexions intempestives (et comment y parer) à été couvert sur Avisdesmembres, page "Comment ne pas perdre les coms" ou un titre de ce style ; tu trouveras. Bref, quand tu as cru que ton premier com était fichu, en fait il ne l'était pas........ Oui. C'est le moment de casser ton écran avec quelque chose de très lourd. Aïe

Pour la nouvelle maintenant :

L'aménagement de la chambre ? En fait il est bien dit qu'Hélène paie certaines choses que d'autres vont chercher sur demande, et que d'autres sont offertes. Dans l'idée d'origine, j'avais prévu un descriptif physique de la chambre bien plus complet, notamment avec la présence d'une étagère bourrée de livres, et même la présence de posters d'évasion (images du monde). Mais j'ai fait des coupes ; c'est déjà en soi ma nouvelle la plus longue, et j'ai préféré suggérer ces aspects de la personnalité d'Hélène de manière plus détournée.

Le personnage de Crispin (ainsi d'ailleurs que sa relation avec Hélène) est très vaguement un auto-plagiat d'un passage d'un roman que j'ai écrit ; dans un "chapitre" de 76 pages au lieu de 7, c'était d'ailleurs évidemment bien mieux fait grâce au confort du format étendu. Cela dit, les personnages ici sont quand même différents et ont une vie propre...

Quant à X-Men ou assimilés, j'allais de toutes façons y venir en répondant à mes coms, j'en parlais avec Lola. Tu me donnes l'occasion ! Comme je disais à Domie, je n'ai pas voulu faire d'un "pouvoir" le centre de l'intrigue : c'était tout au plus un facteur d'explication des raisons d'Hélène de se cacher du monde et d'avoir peur d'elle-même. Mais sinon bien entendu, le principe de la personne "différente parce qu'elle est vraiment trop forte et que ça lui pourrit la vie parce qu'elle n'a rien demandé", c'est un ultra-classique et je n'ai rien inventé. J'ai toutes les références, X-Men et autres films ou séries ; donc comme d'hab, j'essaie de ne pas tomber dans le piège de la bête répétition. Tout a été dit depuis les tragédies grecques ; ce qui compte est de le redire d'une autre façon... On essaie !

Bises et merci !

Loïc le jeudi 15 octobre 2015, à 02:29
CERISE : En me relisant, j'ai eu un éclair de lucidité (ça m'arrive) et j'ai repéré exactement pourquoi tu as eu du mal à comprendre ce qui était acheté ou pas par Hélène dans sa chambre. La phrase était très mal tournée ; je vais changer ça tout de suite.

Merci !

Philip (JARDIN DE LUNE) le vendredi 16 octobre 2015, à 10:36
Wow ! Du grand Art dans l'Imaginaire, Loïc et pour magnifier le tout, comme Lola j'ai remarqué toute la tendresse et forcément la beauté qui se dégage de ta nouvelle. Et tendresse pour CHACUN de tes personnages. Crispin, dans son "second rôle" incarne à lui seul l'humanité que chacun devrait porter en soi, et le bon sens. Oh, il n'a pas fait d'études, il ne sait faire que du bon pain et des bons gâteaux….mais son humanité il se l’est faite lui-même, pas dans les livres. Arnaud, le simple et tendre Arnaud en queste de toute la douceur et toute la beauté du monde. Oh, je le comprends, la vue des fleurs, et je ne suis pas le seul, me fait prendre la mesure de la Beauté dans une essence métaphysique. Arnaud, encore un être simple. Mais, c’est sans doute un message, Loïc, tous tes « characters » sont des âmes simples, donc peu touchées par les scories et les salissures du monde ; pas celui des fleurs, l’autre monde qui hurle, qui grimace, qui souffre finalement.
Et Hélène. Wow, Hélène.
Ah, tu m’as, à la fin de ta nouvelle, enlevé le pain de la bouche : j’avais compris que son secret, son « power » était d’ordre télékinésique. Je m’étais imaginé au fur et à mesure de la lecture, une personne souffrant de lycantropie ou, plus classiquement de vampirisme (dame, elle est souvent dans la nuit ou dans les endroits sombres). Et puis, et puis….il y a tant de choses à découvrir dans cette nouvelle. Son encombrant power, l’a fait se marginaliser. Pour ne pas bouleverser l’état du monde.
Sincèrement, Loïc, c’est fort, car, par exemple, je pense aux pouvoirs télékinétiques de Carrie, de S. King, on sait que Carrie a développé ces pouvoirs-colères en raison d’une mère tarée possessive. Là on ne sait d’où Hélène tire sa marginalité, ou bien l’on peut penser que tout simplement, elle a connu la Souffrance, a perçu la souffrance du monde, et, magicienne des sens, elle sait faire « danser le monde » !
Car, je ne sais pourquoi, je sens l’allégorie présente dans ta nouvelle.
Alors, je sais bien que pour toi un poème, un écrit c’est très perso. Mais tu sais combien, en sincérité, je sais, à ma manière faire des hommages.
Voici le mien, et ne voit nullement une incursion « unauthorized » dans ta nouvelle.
Dans ma petite tête, j’y mets cette séquence introductive en prenant quelques phrases de ma chanson, Fugitif :
« Il y a des ombres, ombres de la nuit,
Dans les décombres de ma vie.
Des émotions trop ordinaires,
Qui sont mon seul itinéraire »
Toujours se cacher, toujours fuir,
Savoir tenir, jamais faiblir »
Ca c’est pour l’errance passée que tu nous fait deviner, chez Hélène.
Et puis, amigo, dans ma tête (toujours pleine d’étoiles et de merveilleux, comme tu le sais) voici les quelques lignes que je rajoute :
« THE POWER : Alors, malgré le ciel que l’on devine lourd de nuages épais, Hélène se met à danser, à tourner sur elle-même. Et le ciel leva son voile. Et, une à une, les milliards d’étoiles que contient l’Univers s’allumèrent ».
Wow, putain de nouvelle, buddy. Et il y a les précédentes à lire. Je sens que je vais me régaler. So long, Loïc. Philip.

Loïc le samedi 17 octobre 2015, à 14:33
Paradoxalement, la personne qui m'a pris le plus de temps à concevoir, c'est bien Crispin, pas Hélène, parce que lui il n'a pas de background décrit, donc il fallait le faire vivre entièrement à travers les dialogues. Comme l'apprenti d'ailleurs, mais lui je ne l'ai pas travaillé du tout. Il est juste une fonction, un catalyseur de l'histoire, bien qu'on puisse imaginer bien des choses à travers le peu qui est montré de sa personne.

Hélène, elle, n'est pas Carrie. D'ailleurs quand je disais à Béatrice que j'avais toutes les références, je croyais me souvenir que le pouvoir de Carrie était la pyrokinésie, pas la télékinésie ; tu as rectifié. Mais Carrie est une ado frustrée que le monde tabasse et pousse à mal utiliser son don : mon Hélène résiste à la tentation de s'en servir quelles que soient les circonstances, et le fait de manière non-violente quand c'est le cas.

Bien vu pour ta "suite" : après tout je dis bien que les capacités conscientes et inconscientes d'Hélène augmentaient avec l'âge. Alors, être capable d'écarter un jour les nuages, pourquoi pas ? Mais pas "allumer les étoiles", quand même : elles le sont toujours !

Bah, de toutes façons, parler en long et en large de cette histoire de pouvoir est futile : ce n'était qu'un élément surprenant de la fin, pas l'essentiel qui est tout le reste.

See you soon !

Don Kameleon le dimanche 18 octobre 2015, à 01:30
J'adore ton écriture mon cher ami, j'ai l'impression de lire un grand écrivain, tu devrais essayer de publier ça, et de faire des bénéfices...
La puissance peut être perçue comme une maladie, car tout ce qui nous rend différent nous emprisonne en quelques sortes...
Enfin j'ai adoré la chute et toute l'histoire d'Hélène...Bonne continuation cher Loïc et à bientôt !

Amicalement

Don

bluegirl le dimanche 18 octobre 2015, à 15:26

Très classe cette nouvelle illustration, et puis ça élargit ta page, ce qui ne gâche rien !

Je te relis, émue.

C'est ma deuxième lecture à 10 jours d'intervalle, alors j'y vois que du feu des passages que t'as condensé, et en redécouvre d'autres qui m'avaient probablement échappé.

Sinon,
..."elle a vécu de quelques pièces, voléES", (non ?)
..."qui faisait les boutiques", ou qui tenait ?

Bises amicales, Lola.
mespoemes.net/bluegirl

ps : t'as connu la datura ?





Loïc le dimanche 18 octobre 2015, à 16:21
DON : Merci de ton appréciation ! Oui, ce que je suis en train de faire, en profitant actuellement d'un temps libre providentiel, est bien de construire un recueil de nouvelles à publier éventuellement. Mais ce sera à compte d'éditeur ou rien du tout.

Cela dit il n'y a aucune logique mercantile dans la démarche. Au cas (improbable) où on me trouverait passable, l'argent serait juste un bonus. Pour l'instant je fais ce que j'aime, tout simplement. La prochaine nouvelle est en route, d'ailleurs. Mais ça sera... euh... un poil différent. Il faudra même calculer l'affaire pour que ce soit autorisé par les règles du site.

Mes amitiés !

Loïc le dimanche 18 octobre 2015, à 19:56

LOLA : L'illustration est une capture que j'ai faite d'une belle scène d'un film complètement inconnu, "Another Earth". Je le conseille malgré des défauts flagrants.

Fautes ? Là non. "VolÉ", c'est parce que "elle a volé" (au sens large. Pas les pièces dont il est question juste avant.)

"Faisait les boutiques", c'est le passage où il est question de comment H a aménagé sa chambre. Elle ne sort pas, alors ce sont les autres qui font les boutiques à sa place pour son shopping !

Bises et bonnes relectures !

Philip (JARDIN DE LUNE) le lundi 19 octobre 2015, à 12:26
Je reviens pour confirmer ce que dis Don Kameleon et confirme que tu as de réels talents d'écrivain de grand niveau.
Et comme Lola, je peux te confirmer que pour avoir lu plusieurs fois cette nouvelle, à chaque passage on y trouve de nouvelles choses, au détour d'un mot, d'une phrase qui donnent une autre couleur aux émotions initiales. Et pis..... n'en jeter plus, la cours est pleine (de compliments, bien sûr !). Philip.

Stella le mardi 20 octobre 2015, à 23:39
Bonjour Loïc,
J'aime beaucoup, je me suis laissée prendre au jeu... on suppose... mais en lisant on se trompe... jusqu'à la fin on reste suspendu a chaque mot... quel talent... bravo... je te souhaite une bel réussite dans la publication de tes nouvelles...
Merci de m'avoir bluffée jusqu'à la fin...
Amitiés.
Stella.
http://www.mespoemes.net/stella

Loïc le mercredi 21 octobre 2015, à 23:59
PHILIP : "Grand écrivain", pas du tout, les termes ne sont pas les bons. Côté bonnes nouvelles, des centaines et des centaines de pages écrites depuis que j'ai 10 ans m'ont ENFIN appris à structurer un récit, créer des personnages qui s'expriment de façon crédible, et inventer des situations potables qui n'ont pas l'air d'avoir été conjurées sous LSD. Ouf. Mais si la conception est potable (allons, je me le dis... Mais pas toujours), après il y a l'écriture proprement dite, la transcription des idées donc, la mise en forme.

Et là..... Après de multiples changements de styles au cours des ans, on n'y est toujours pas. J'ai mes moments, selon moi, mais à 90% je n'aime pas ma façon de dire les choses, même si l'histoire est exactement telle que je la veux dans le FOND. Je retouche x fois et ça ne va toujours pas. Tu sais ce que c'est qu'un vrai grand écrivain : tu sais donc que je n'en suis pas un.

Ceux qui aiment mes histoires sont simplement des gens sympa qui voient ce qu'il y a de qualités en mettant de côté les défauts d'expression. Moi, je ne les mets pas de côté. Rien que pour cette nouvelle, je pourrais en dire des tonnes sur les défauts de style ou d'exposition, notamment au début et à la fin.

Bref, entre deux auto-jetages de fleurs, je suis tout à fait conscient de mes cruelles limites, et si je présente un recueil à des pros je sais qu'il le seront aussi. En attendant je suis heureux de faire plaisir à mes amis ! Merci Philip.

Loïc le jeudi 22 octobre 2015, à 00:05
STELLA : D'après ce qu'on
m'a dit en discussion privée, il apparaît que je suis tellement fort que j'amène même le lecteur sur de fausses pistes que je n'avais même pas envisagées. Ce qui signifie de facto qu'il y a un défaut de maîtrise dans la présentation. Ce n'est pas très grave, ÇA, mais bon, ça se rajoute à la liste de mes problèmes.

Quoi qu'il en soit, merci de ta lecture et de tes encouragements ! Bises.

Don Kameleon le mercredi 28 octobre 2015, à 21:17
Cher Loïc

Je te contacte une seconde fois sur la même page pour voir avec toi une possibilité qui me traverse l'esprit...Vois-tu je pense à éditer mes poèmes pour en faire un recueil matériel que je pourrais vendre, sur internet et dans les librairies...Sauf que voilà je ne connais pas d'éditeurs...Merci de me communiquer ton adresse mail pour en discuter plus amplement, si cela est possible bien sûr !

Amicalement.

Don.

www.mespoemes.net/kameleon

Loïc le mercredi 28 octobre 2015, à 23:39
En ce qui concerne mes contacts sur le site, j'utilise l'adresse de l'administration, donc [email protected] .

Mais en ce qui concerne les éditeurs, je n'en sais pas plus que toi. Mon plan est simple : proposer une liste de nouvelles à certains, et si c'est refusé, c'est refusé.

Si toi en revanche es prêt à payer (donc "à compte d'auteur") pour te faire publier, je garantis que c'est facile. Du moment que tu as les sous, quasiment n'importe qui te fera le plaisir de t'éditer. Pour moi, comme ce n'est pas un impératif, je ne publierai jamais à compte d'auteur. Mais je tenterai ma chance à compte d'éditeur, oui. Dès que j'aurai suffisamment de matériau pour un recueil de nouvelles. J'écris en ce moment même la suivante !

Mes amitiés !

Don Kameleon le jeudi 29 octobre 2015, à 01:02
Merci d'avoir répondu aussi vite...Je te souhaite bonne chance pour la suite j'abandonne l'idée, je voudrais moi aussi tenter ma chance à compte d'éditeur mais voilà je n'en connais aucun...Merci tout de même...

Amicalement

Don

Kariane le mardi 03 novembre 2015, à 21:33
Bonjour Loïc !

Je ne savais pas trop où te "joindre" (le livre d'or je n'aurais pas été certaine d'être lue..)
Je viens tout d'abord car je n'ai pas tout à fait saisi pourquoi tu l'avais envoyée vers ce poème, je pense que je n'ai pas vraiment compris pourquoi tu avais commencé ta réponse en me citant, en quoi est-ce que tu penses que Le contact est lié à mon poème ?

Et deuxièmement, j'aimerais connaitre la chute de ton histoire, "il y a deux loups qui se battent en toi"

Merci beaucoup pour tes éclaircissements
Tu peux apporter la réponse sur mon poème
Amitiés poétiques !
Kariane

euphonie0 le jeudi 07 janvier 2016, à 18:44
Coucou Loïc
J'ai adoré
Quelle imagination
ça j'aime
Bise
Marie mespoemes.net/euphonie0

Loïc le vendredi 08 janvier 2016, à 00:46
MARIE : Côté imagination, je n'ai rien inventé avec cette histoire ; mais côté mise en scène, je me suis bien amusé avec mes personnages.

Merci de ton passage ! Bises.


spinal le jeudi 11 février 2016, à 17:35
je ne m'attendais pas à cette fin magique!
je me suis facilement imprégnée de l’ambiance, bon en même temps ça sentait chez moi, les cigales, je pouvais presque sentir le ricard et la fougasse aux olives^^! par contre l'expression "je galéje" je connais pas du tout.
sinon j'ai bien aimé le suspens sur sa "maladie" au début on pense truc médical genre cancer, puis on élargit le cercle sur l'agoraphobie pour finir en dehors de la coquille vers la telekinesie de l'amour! whaou c'est tout ce que j'aime! j'ai vu que tu pense que ta façon de placer les mot est inaboutie; tu as surement raison d'un côté mais en tout cas cela ne dégrade pas le fond et c'est déjà ça! peut être que tu devrais te permettre d'un peu plus le dégrader justement en corrélation avec des mots plus instinctif, ça élargirait encore ton cercle et donnerait une dimension différente à tes mot (peut-être...des fois ça fonctionne) le fond serait peut-être transcendé qui sait? toi qui pratique l'écriture automatique, se serait amusant que tout se mélange en toi! c'est peut-être ce que tu attends.....
ah oui il y a une phrase qui a percuté dans ma tête par rapport à ce que tu ma dit à propos du "cadeau" c'est :« C’est l’histoire d’un homme qui a le don de franchir les obstacles. Il s’en sert mal, il faiblit, et à la fin il fusionne avec son dernier mur."
alors je ne sais pas vraiment dans quel sens tu l'a écrite mais elle a résonné en moi.!!
merci en tout cas! en effet ça m'a bien ressourcée ;)

Loïc le jeudi 11 février 2016, à 19:51

Ben tu connais pas "galéjer", petiote ? Tu n'as jamais rien lu ou vu de Pagnol, alors. Dans le Sud-Est, ça veut dire "plaisanter". Pas comme "blaguer", juste au-dessus, qui, lui, veut dire "bavarder", par chez nous.

La fille n'est pas vraiment agoraphobe ; ce qui la bloque, c'est qu'elle a peur de son pouvoir qui se déclenche en cas d'émotions fortes. C'est expliqué dans un com plus haut ; on a l'impression que ça ne se manifeste qu'à la fin, mais en réalité, ça se voit pas moins de QUATRE fois dans l'histoire, de manière très directe ; sauf que c'est maquillé par les mots. Relis bien, tu vas trouver.

Ecriture instinctive ? Sujet complexe. Si on prend cette histoire : alors bien sûr on voit qu'elle est construite, amenée, pensée ; mais POURQUOI j'ai CHOISI d'écrire ça plutôt qu'autre chose ? Pourquoi mes personnages sont ce qu'ils sont ? Pourquoi leurs rapports ? Pourquoi la fin ? Pourquoi les références littéraires ? ÇA, c'est du ressort de l'écriture automatique, en ce sens où on sait ce qu'on aime écrire, mais pas forcément pourquoi.

En ce qui concerne le monologue d'Hélène à propos du "Passe-Muraille", c'est au premier degré VRAIMENT ce que raconte cette nouvelle de Marcel Aymé. Au second degré, pourquoi en parler dans MON histoire et à ce moment-là ? Il y a des interprétations infinies. Mais en ce qui concerne Hélène, elle est en train de faire un parallèle avec le fait qu'elle peut tout faire, mais qu'elle a peur de le faire, et aussi qu'elle a peur que cette peur (faut suivre !) la confine à jamais dans sa cave. Le parallèle avec l'histoire du Passe-Muraille est loin d'être parfait, mais... c'est celui qu'elle fait. Et à la fin, elle surmonte sa peur, sachant "ce qui va se passer" comme elle le dit à un moment.

A bientôt !

Elise le lundi 16 mai 2016, à 21:13
Hello!!
Contact...
Partir d'un tout petit rien d'histoire banale du quotidien... qui nous emmène on ne sait pas où .... et qui nous tient en haleine... très bien menés les allers et retours entre la vie d'Hélène avant et maintenant.
La rencontre si Simple et si compliquée à la fois : le contact qui est un pouvoir surnaturel et qui l'empêche de vivre au contact des autres et du quotidien, fiction et réalité comme fil rouge en filigrane dans mon interprétation.
Cette Hélène est touchante, mystérieuse et fragile à la fois. J'aime ce récit qui est bien mené. La chute donne libre court et donne envie d'écrire la suite ou pas...
Bravo à toi... je découvre ton talent de romancier dans cette nouvelle.
Elise

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