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POÈMES MÉLANCOLIQUES
XXVIII
CE DOUX MATIN DE JUILLET
En ce tout premier jour d’un matin de juillet,
Je me souviens de ce doux moment merveilleux
Quand j’ouvris doucement les volets de la chambre
Sur l’espace enchanté de notre jardin clos,
Où les oiseaux joyeux sifflaient à perdre haleine,
M’envahissant le cœur d’une émotion charmante.
Comme il m’en souvient bien ! Le soleil scintillait,
L’air sentait bon le frais, le pur, le vrai bonheur,
Le Vésinet, pour nous, chantait le Paradis,
Et je me demandais combien d’autres matins
Nous seraient accordés d’aussi jolie manière.
Un superbe buisson de roses anciennes
Au ton si délicat de dragée de baptême,
Surprit, on ne peut mieux, mon œil et ma narine !
Un lilas sauvageon paraissait reverdir.
Et trois abricotiers promettaient des merveilles,
Comme trois cerisiers, que les merles gourmands
Pilleraient sans cesser de déjouer nos pièges,
Certainement peu sûrs, et qu’ils circonviendraient.
Un vieil houx argenté, tout piqueté de roux,
S’appuyait sur les vitraux du jardin d’hiver.
L’imposant cèdre bleu, aux branches en berceau,
Diffusait une note odorante et divine.
La glycine pleurait sous la longue marquise,
De lourds pétales bleus, aussi bleus que tes yeux.
En milieu de pelouse, un majestueux chêne
Étendait sa vaste ombre au-delà de ses branches,
Et les rhododendrons aux palettes de mauves,
Nous illuminaient l’œil et le cœur sans réserve.
Au pied d’un ancien mur de communs oubliés,
Un vigoureux bouquet d’acanthes verdoyait.
S'élevant en silence, et ne ménageant peine,
Il disputait l’espace aux teigneuses rhubarbes
Qui poussaient vers le ciel leurs tiges turgescentes.
Les jours coulaient heureux et nos cœurs s’enchantaient.
Aucune ombre au tableau, ni nuage en visite.
Je ne savais que je vivais mon plus doux rêve,
Alors que se cachait, en coulisse assassine,
L’inconcevable, qui, d’un trait détruirait tout !
Pressentir la désastreuse fatalité
Qui, las, nous sépareraient dans trente cinq mois ?
Ce cataclysme qui dévorerait Ta vie !
Comment en détecter l'importune imminence !
Ô malheur qui traçait le sillon d’infortune !
Il me faudra du temps, je le pense, et je sais,
Qu’après cette attente, mon heure aussi viendra…
J'ai connu le Printemps et grelotte d’Hiver,
Adoré les Étés sous des soleils fougueux,
Moi qui m’en fus allée aux confins d’Espérance,
Poser mes pauvres mains sur tes paumes glacées,
Te serrer dans mes bras, tenter de réchauffer
Ton corps roide d’où la vie s’en était allée…
Les volets ont été refermés pour longtemps.
Puis, d’autres mains les ont poussés sur ce jardin,
Qui lui, me restera très précieux encor.
Quelquefois j’y reviens en surfant sur Google.
Le chêne a disparu, comme Toi, à jamais !
Cependant j’y ai vu seaux et pelles d’enfants…
La vie a refleuri dans la chère maison,
Le Bonheur a repris la place dans ses murs.
Sûr qu'il ne pouvait en être tout autrement
Car nous nous y sommes aimés sincèrement.
Prose Alexandrine
M.A.B.M.
Cannes le 1er Janvier 2016
Pages 30 et 31
Droits Réservés.
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