Mélancolies

 

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Une Nouvelle

le dimanche 12 février 2017, à 08:24. Posté par Micheline


ET PUIS … DE LA PROSE


X


UNE NOUVELLE



Sans l’ombre d’un doute, Madame Eugénie était d’un abord bien peu facile.
D’aspect longiligne et sec, semblable à l’ajonc en tourment,
Elle ne favorisait nullement le contact.
Loin s’en faut ! Elle parlait de façon péremptoire,
Lâchant ses phrases comme on tire le canon,
Sans aucune préciosité, abrupte dans ses propos,
Ne se donnant nulle possibilité de les rattraper,
De les accommoder en quelque sorte,
En les adoucissant un tant soit peu d’un trait de miel…

Non ! Il n’était pas possible de l’interrompre.
Elle assénait ses phrases en bourrasque, comme viendrait une armée peu disciplinée
Dans une bataille brouillonne,
Sans le moindre intérêt pour la susceptibilité d’autrui !
Et après ? Mon Dieu ! À Dieu vat !

Madame Eugénie n’était pas grande, mais la sècheresse de sa constitution
Lui donnait une apparence de hauteur. Une apparence seulement.
Quelques fois, elle semblait chargée d’un poids incommensurable,
Qui la faisait ployer vers l’avant, dos voûté en demi-cercle,
Et sa silhouette maigre ressemblait dans ces moments, à un arc bandé,
Prêt à propulser quelques assassines flèches.
Elle semblait, alors, supporter une infirmité douloureuse et secrète,
Jamais révélée, qui lui faisait le pas traînant, claudiquant même,
Et qui, du jour au lendemain, disparaissait sans crier gare.
Par un extraordinaire miracle, incompris de chacun, ce qui est le fait et
L’essence même d’un miracle,
Elle reprenait brusquement de sa hauteur, redressée comme un i,
Vaquant à ses occupations, sans plus de formalités,
Comme si tout cela était chose normale, habituelle,
Et l’intéressée, elle même, n’y trouvait à redire.
Madame Eugénie demeurait au village depuis longtemps,
D’aucuns diront depuis toujours.
C’était une figure.

Par le passé, demoiselle Eugénie était personne gracieuse,
Et son statut d’enfant unique,
Fait assez rare dans nos provinces pour le signaler ici,
Donnait à ce petit être, une valeur exceptionnelle aux yeux de ses parents,
Qui ne savaient que faire pour la protéger et l’aimer autant qu’ils le pouvaient.
Aussi, ne lui incombait-il aucune tâche déplaisante ou forcée,
Rien qui, de près ou de loin, aurait de quelque façon
Pu salir ses jolies petites mains, comme entacher ses plus doux rêves.

C’était, il faut le dire, une enfant sage et mesurée, sans propension aux caprices,
Bien affectueuse, et vouant aux animaux de la maison
Une permanente et indéfectible tendresse.
Les naissances dans la propriété, étaient un réel bonheur
Pour cette enfant privée d’une compagnie de son âge,
Et chacune d’elle, lui apportait un petit frère ou une petite sœur
Qu’elle cajolait avec un tendre amour,
Les nourrissant même entre les tétées avec un biberon
Qui profitait joliment bien aux intéressés !

Quand le temps fut venu de mieux percevoir les choses,
Elle se rendit compte que des bêtes quittaient les champs pour ne jamais y revenir.
Et, comme elle s’en inquiétait, il lui était répondu, avec douceur,
Et ce, pour ne point trop heurter et fragiliser son doux cœur,
Que ses amies à quatre pattes étaient allées se reposer dans de grasses prairies,
Susceptibles de leur offrir un herbage et un air incomparablement meilleurs,
Et qu’elles s’en retourneraient bientôt, revivifiées et heureuses
De ces longues vacances, en quelque sorte bien méritées !
La petite Eugénie ne manquait pas de demander des nouvelles de ses protégées,
S’impatientant de pouvoir leur parler et de les dorloter à nouveau.

Le temps passant, devenue grandette, elle ne voyait revenir ses amies,
Et, bien pire encore, d’autres s’en allaient, toujours pour de salutaires vacances,
Vers ces campagnes idylliques dont on ne revenait jamais !
Aussi, un matin, s’en ouvrant au jeune garçon qui menait les oies à la mare,
Avait-elle reçu de plein fouet, sans la moindre circonvolution propice à en adoucir l’inquiétude pressante de son petit cœur, l’atrocité de l’implacable vérité !
L’abattoir était la destination des villégiatures revigorantes,
Et non point de cette prise de bon air
Qui devait tant récompenser ses amies à quatre pattes…

Le choc fut affreusement terrible, l’immanence du chagrin immense
Et incommensurable, et l’amour qu’elle vouait à ses parents,
Retomba d’un coup, comme un soufflé qui brusquement a pris grand froid,
Perdant ainsi tout de sa joliesse et de son bel attrait.

Eugénie prenait alors conscience de l’horreur
Que couvrait cet accommodement parental,
Et, telle une pierre, lui tombait sur le cœur un brutal désamour
Pour ses géniteurs, comme aussi, une impétueuse vague écœurante
D’odeur de sang qui la submergeait,
Au point d’en imprégner toutes les fibres de son corps.

C’est à partir de ce triste matin qu’Eugénie cessa de sourire,
De croire aux belles choses, et de vivre normalement.
Son monde enchanté s’était écroulé, précipité dans un enfer qui l’étouffait,
Un abysse tortueux de dédales dantesques,
Habité de formes humanoïdes à masques, toutes hurlantes,
Et dans une atmosphère pestilentielle de Fin du Monde,
Où vagissaient en se tordant dans d’affreuses et continuelles douleurs,
Ses pauvres et chères amies à quatre pattes !

De ce jour, plus aucun babillage ne vint enchanter la maison.
Eugénie ne parlait plus ni ne mangeait, et de même,
Pleurant sans cesse à gros sanglots,
Elle devenait une toute petite ombre fiévreuse
Dans ses draps blancs qu’elle ne quittait plus.

Le médecin dépêché, conseilla la pension,
Qui, du fait de l’éloignement du lieu de la source du chagrin,
Porterait à l’enfant une heureuse compagnie de fillettes de son âge,
Compagnie fort agréable et profitant largement au dérivatif
Qui ne pourrait que la distraire efficacement
De son actuel tourment.

Il fut donc décidé d’aller au plus vite,
Et de se mettre sérieusement en quête
D’un riant pensionnat de jeunes filles,
Pour leur très chère et tendre et très précieuse enfant.


M.A.B.M.
Cannes le 24 Mai 2016

Pages 21 à 23
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commentaires ( 4 ) (Ajouter un commentaire)
Philip (Jardin de Lune) le mardi 14 février 2017, à 11:40
Bonjour, bien chère Micheline. Je viens vous lire avec retard, après une escapade en Normandie. Une longue histoire, presque une nouvelle que votre récit !
Avec votre écriture élégante, vous tracer d'abord un portrait un peu amer de cette Eugénie qui semble souffrir de ce la nature ne lui ait pas donné toute la grâce souhaitée. Et de là, une sorte d'errance intérieure, sans amis, sans réconfort. Et puis, au final, une petite touche d'espoir. Réflexion sur la solitude puis le miracle d'un changement d'horizon. Quel fut votre inspiration pour cet écrit un peu insolite mais agréable à lire, à méditer surout ? Il importe peu. L'essentiel est de nous livrer vos mots pour le bonheur de les partager ensemble. Avec ma toujours bien vive amitié, Micheline. Philip.
(www.mespoemes.net/philipchevalier)

Pierre le mardi 14 février 2017, à 12:06
Chère Micheline, c'est avec grand plaisir que j'ai lu votre nouvelle au vocabulaire très riche ! A ce propos, je tiens à vous dire que j'admire vos commentaires qui sont toujours ma
gnifiques , d'une élégance rare !!! J'ai
une surprise pour Vous dans mon po
ème "Firestone Special !" !!! Amitiés
Pierre ( Dreampoems )

Micheline 1940 le vendredi 17 février 2017, à 06:28
Bonjour cher Philip,
J'ai perdu l'habitude de vous retrouver sur ma ligne d'horizon, et le temps qui passe me fait craindre un autre départ pour quelque lointaine destination dont la durée indéterminée me fait toujours penser à votre abandon du Site pour une autre pléiade plus rutilante sans doute, plus émouvante, et certainement plus amoureuse de votre talent. Votre fusée interstellaire passe quelquefois par chez nous, mais juste le temps de reprendre souffle, et la voilà qui repart pour d'autres Étoiles ! Pas pour toujours, ce que j'espère fort pour ma part !
Enfin, savoir que ma mini nouvelle vous a plu, m'est un bien large et grand contentement, et vous m'honorez de votre amical passage, ce dont je vous remercie, tout aussi amicalement. Vous savez, cher ami, que mon inspiration ne me vient que de mon Ange, qui est, certes et curieusement, habile dans tous les genres. Je pense qu'en certaines occasions, il doit s'adjoindre certains autres confrères ailés, et s'y mettent à plusieurs pour largement nourrir mon imaginaire en guidant ma plume assez souvent avec bonheur ... Merci encore d'être passé me lire !
Bien à vous, comme amicalement cher Philip, et sachez qu'il me fut plaisir de vous lire ici.
Micheline.

Micheline 1940 le vendredi 17 février 2017, à 06:45
Bonjour Pierre,
Je me suis amusée à votre "Firestone Special ", et il m'a semblé assister en le lisant, à un rodéo de voitures comme les pratiquaient la jeunesse Américaine dans les années 50 ! Le P.P.S. lui, me fit rire, d'autant qu'il me fut une blague courante dans ma lointaine jeunesse !
: " De toute façon, je ferai cadeau du Guide MICHELIN à Micheline !!! "
Croyez à mes remerciements, Pierre, pour votre appréciation de mes commentaires. J'adore écrire, et j'espère que ce plaisir ne me quittera pas !
Bien amicalement,
Micheline.

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