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POÈMES EN PROSE
II
SOUVENIRS
Au calme, le pays endormait ses vallons,
Silencieux en la prière faite au ciel,
Et qui le regardait comme ferait la mère,
Avec un doux sourire de contentement.
La chaumière se recroquevillait au centre
D’un espace envahi par des ronces tenaces,
Que les charmilles ne pouvaient plus contenir,
Et d’où partaient quatre champs inégaux, plantés
L’un de folle avoine tremblant à moindre brise,
Vibrant et blondissant au clair et chaud soleil,
L’autre, de blé charnu défiant de ses barbes
Raides et hirsutes, celle du doux Seigneur.
Le troisième, en maïs craquant et chevelu,
Et le quatrième ! Ah ! Le plus beau à mes yeux,
S’offrait à perte de vue sous le firmament,
En un éblouissant et vaste drap mouvant
De coquelicots rouges comme des blessures,
À corolles fragiles, certaines fripées,
Emmêlées de bleuets cloutant de leurs stylets
Drus et froids aux bleus profonds et sourds aux suppliques
Que ce vaste champ faisait au ciel, afin qu’il
Lui offrit le pouvoir de se fondre en la mer,
Pour y mêler ses feux au saphir non pareil
Qui ondoyait au loin. Un bleu divin, céleste,
Un bleu à crever l’œil, comme à couper le souffle,
À vous laisser tremblant de ce trop de beauté,
Vous figeant sur place comme pierre levée !
Derrière la maison, un jardin potager
Avait certainement connu dans le passé
Son époque de gloire. Abandonné depuis
Aux pires ronces griffues, il en émergeaient
De pauvres groseilliers surprenant par leurs fruits
Ensauvagés et durs, d'un vermillon brillant,
Au jus acide et vert pareil à du vinaigre.
Ce qui réellement paraissait surprenant
Dans ce paysage attachant, comme secret,
Mi abandonné, et mi travaillé par l’homme,
C’était le pur silence, un vaporeux silence,
Traversé par quelques chants de chardonnerets,
De grives et tourterelles dans les cultures,
Par l'envolée au loin d’une cloche qui veille...
Un merveilleux silence empreint de rêveries,
Se voyant contrarié aux labours de printemps,
Par de lourdes machines remplissant tout l’air
De leurs cortèges de vacarmes et d’odeurs,
Polluant et tuant désagréablement
Le calme habituel et sa belle quiétude
Qui me ravissaient l’âme éblouie de bonheur.
L’homme en somme venait éventrer cette terre,
La remuer, la déranger pour en extraire
Sa nourriture, dont il ne lui en était,
Hélas, que fort bien peu reconnaissant…L’ingrat !
Et petit à petit disparurent pâtures,
Comme les blés, aussi les très folles avoines,
Comme les hauts maïs, craquants et chevelus,
Et par-dessus tout mon champ de coquelicots
Parsemé de bleuets, aussi bleus que la mer,
Qui descendait en pente douce vers la plage
De sable blond et fin s'offrant au plein soleil…
La permanence n’est point courante en nos cours.
Grande folie d’y croire ou vous en pleurerez !
Un bâtisseur s'en vint, un jour de déraison,
Poser des mas construits sur un quasi modèle,
Tous flanqués de piscines et détruisant, las,
Définitivement le charme bucolique
De ce coin fort précieux, ma campagne magique,
Coincée au creux de vallons si doux au regard,
Bien rassurants dans leurs modelés de velours,
Que caressait le vent, doucement, en amour.
La vie est passée là. J'en sais les souvenirs.
Pourtant me seront-ils fidèles pour long temps ?
Prose Alexandrine
M.A.B.M.
Cannes le 16 Août 2017
Page 82
Droits Réservés.
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