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POÈMES EN PROSE
VI
IL FAUT QUE JE VOUS DISE...
Bonjour à vous, Lectrice, Lecteur, qui à l’instant
prenez ce recueil en vos mains.
Bonjour à vous, et surtout merci,
car ce ne sera pas en vain ,
que j’aurai couvert d’écritures toutes ces pages,
qui me resteront chères.
Ce sont des souvenirs qui, réunis ici,
pourront donner, peut-être, plaisir à qui voudra.
Enfant, déjà, j’aimais les Fées,
quand Mère-grand, véritable conteuse, subjuguait mon esprit
qui n’avait nul besoin de cela pour s’évader,
et s’en aller vagabonder dans des contrées connues de moi seule,
et qui, positivement m’enchantaient,
petite fille, donc, je regardais souvent le ciel,
pour y rencontrer dans les nuages,
un fabuleux bestiaire qui me fascinait.
J’étais pensive, peu expansive, rêveuse et timide.
Or, j’entendais dire de moi, que je n’avais pas les pieds sur terre,
que je vivais dans mes rêves, les prenant, hélas, pour des réalités,
et que la vie, d’elle-même, remettrait tout cela en place.
Je ne comprenais pas très bien ce « tout cela » très mystérieux,
mais enfin, je l’entendais dire.
Il y avait beaucoup d’animaux chez nous,
bien que nous n’en faisions pas commerce.
Mon cher Papa les adorait,
et son plaisir était tout simplement de les contempler.
C’était un homme d'une grande beauté physique,
tout comme de bonté d'âme, qui ne buvait ni ne fumait,
ne jouant pas aux cartes, et ne courant pas la prétentaine.
Sa seule passion était sa très chère femme,
l’amour qu’il portait à ses trois petites filles,
et le plaisir infini d’aimer, sans condition, ses chères petites Bêtes !
L’Amour prospérait dans notre maison.
Dès rentré de ses occupations, à midi,
comme le soir et, au grand dam de Maman
qui voyait la chaleur de ses plats baisser au grand tiède,
Papa filait au poulailler admirer ses pintades,
ses canards et dindons, poules et lapins,
puis rendait visite aux six très jolis et plantureux cochons roses,
avec leur drôle de queue tirebouchonnée,
leurs museaux plats dégoulinants de pâtée,
et qui me ravissaient le cœur au plus haut point.
Il y avait un cheval de robe brune à l’écurie,
gentil, à l’œil tendre de velours,
qui me portait benoîtement sur son dos, et cela,
sans la moindre velléité de caracoler en pareille circonstance.
Songez ! Je n’avais que trois ans !
Des chats blancs tigrés de noir, sauvages à souhait,
crachant comme de beaux diables
dès que nous leur tendions leurs écuelles de soupe,
attendaient avec une condescendance souveraine
leur pitance sur le toit du local du transformateur,
qui produisait de l’électricité
pour les divers bâtiments de la propriété.
Notre chien de berger, Buck, était turbulent,
mais adorablement fripon.
Or, jamais maman ne l’autorisa à la maison.
Ni chat ni chien ne passait la porte,
et cet interdit m’a toujours laissé, de cette époque bénie,
une large ombre de regret.
Je suis née en 1940, et dans ces temps,
il était rare de s’attarder sur nos petits amis à quatre pattes,
au point de les accepter, comme nous le faisons aujourd’hui,
dans nos foyers et plus encore,
sur nos fauteuils et dans nos bras !
Je me suis bien rattrapée depuis, car,
mes adorables compagnons, petits par la taille, certes,
mais si grands dans mon cœur,
faisaient preuve, eux même, d'un immense affect !
Ils m’ont toujours accompagnée avec bonheur,
durant de longues années de ma vie.
Mais revenons à cet état dit de l’enfance,
qui m’a laissé un amour immodéré pour la gent animale,
et pour laquelle l’homme est aussi peu respectueux,
ou du moins compassionnel.
Il m’est difficile de visionner un reportage sur les Grands Singes,
sans en être émue aux larmes.
Leur souffrance est tellement ressentie,
et visible dans leur yeux, plus qu’humains,
de l’affreux saccage des forêts,
leur unique habitat et source de nourriture,
qu’un brin de réflexion devrait nous en faire
très rapidement prendre conscience,
et sans tergiverser, décider d’emblée
de renverser cette course à la disparition des forêts
et des espèces…qui ne fera qu’accélérer
celle de l’homme lui-même, ce qu’il ne veut point
considérer encore sérieusement aujourd'hui...
Ah ! Si vous saviez !
Combien je les aime profondément, mes doux amis !
Enfant, j’adorais les lapins, et bien naturellement Pan-Pan,
le fidèle compagnon de jeux de Bambi ,
qui me fut un révélateur puissant lorsque je découvris,
avec émerveillement, le film de Walt Disney.
Je dessinais à m’en tordre les mains, d'innombrables Bambis,
des Pan-Pans à la chaîne,
et rien, ni personne, ne pouvait arrêter cette passion du dessin
qui m’envahissait totalement.
Le piano occupait aussi mes doigts,
et j’ai toujours aimé la musique.
Les gammes ne me rebutaient pas. Bien au contraire !
Et lorsque mon professeur m’annonçait doctement,
que je jouais avec sentiment le Petit laboureur,
ou la Lettre à Élise de Beethoven,
comme aussi le Marché Persan de Mozart,
le mot, sentiment, me paraissait bien joli,
mais ne le comprenant pas tout à fait dans ce contexte précis,
par ce que beaucoup trop jeune alors,
je ne pouvais en mesurer l'exacte portée,
et la satisfaction que doit procurer ce compliment,
pour savoir en savourer, somme toute,
la précieuse quintessence et la délicate finesse.
En classe, mes matières préférées ont toujours été
le français, la littérature, la poésie et l’histoire.
Le latin, au début, m’épouvantait
avec ses interminables déclinaisons.
Et je persistais à traduire mot à mot ma version,
ce qui provoquait une incompréhension totale du texte initial.
C’était affreux ! Je n’étais donc ni une latiniste convaincue,
ni même une matheuse acharnée de chiffres,
comme le fut plus tard ma fille,
dans ces deux importantes matières.
J’étais l’enfant de l’ailleurs, de la calme douceur,
de la beauté des sons et des choses qui vous bercent l’âme,
et vous emportent dans des rêves,
à vous faire sourire béatement de bonheur,
comme çà, pour rien, simplement de bonheur !
MA.B.M .
Cannes le 1er Septembre 2017
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