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IL FAUT QUE JE VOUS DISE
Bonjour à vous Lectrice, Lecteur, qui en ce jour prenez ce recueil entre vos mains. Bonjour à vous, et surtout merci, car ce ne sera pas en vain que j’aurai couvert d’écritures toutes ces pages qui me restent chères. Ce sont des souvenirs qui, ici réunis, pourront donner peut-être, plaisir à qui s’y intéressera.
Enfant, déjà, j’aimais les Fées, et Grand-mère, véritable conteuse, subjuguait mon esprit qui n’avait pas besoin de cela pour vagabonder dans des contrées connues de moi seule, et qui positivement m’enchantaient. Je regardais souvent le ciel, et j’y rencontrais dans les nuages, un bestiaire extraordinaire qui me fascinait. J’étais pensive, peu expansive, rêveuse, timide, et j’entendais dire de moi que je n’avais pas les pieds sur terre, que je prenais mes rêves pour des réalités, et que la vie, d’elle-même, remettrait tout cela en place. Je ne comprenais pas très bien ce « tout cela », mais enfin, je l’entendais dire. Il y avait beaucoup d’animaux chez nous, bien que nous n’en faisions pas commerce.
Mon cher Papa les adorait, et son plaisir était tout simplement de les contempler. C’était un homme d'une grande beauté physique tout comme de bonté d'âme, qui ne buvait, ni ne fumait, ne jouait pas aux cartes, et ne courrait pas la prétentaine. Sa seule passion était sa très chère femme, l’amour qu’il portait à ses trois petites filles, et le plaisir d’aimer sans condition ses chères petites Bêtes !
L’Amour prospérait dans notre maison.
Dès rentré de ses occupations d’Industriel, à midi, comme le soir et, au grand dam de Maman qui voyait la chaleur de ses plats baisser au grand tiède, Papa filait au poulailler admirer ses pintades, canards, dindons, poules et lapins, puis rendait visite aux six très jolis et plantureux cochons roses, avec leur drôle de frimousse brillante, leur queue tirebouchonnée, et qui me ravissaient le cœur au plus haut point.
Il y avait à l’écurie, un cheval de robe brune, très doux, à l’œil tendre de velours, qui me portait benoîtement sur son dos, et sans la moindre velléité de caracoler en pareille circonstance. Songez ! Je n’avais que trois ans !
Des chats blancs tigrés de noir, sauvages à souhait, crachant comme de beaux diables dès que nous leur tendions leurs écuelles de pâtée, attendaient avec une condescendance souveraine leur pitance sur le toit du local du transformateur, qui produisait de l’électricité pour les divers bâtiments de la propriété.
Notre chien de berger Buck, était turbulent mais, adorablement affectueux. Or, jamais maman ne l’autorisa à la maison. Ni chat ni chien ne passera la porte, disait-elle, et cet interdit m’a toujours laissé, de cette époque bénie, une large ombre de regret.
Je suis née en 1940, et dans ces temps, il était rare de s’attacher à nos petits amis à quatre pattes au point de les accepter, comme aujourd’hui, dans nos foyers et plus encore, sur nos fauteuils et parfois même sur nos lits ! Je me suis bien rattrapée depuis, car mes petits compagnons par la taille, mais si grands dans mon cœur, faisaient preuve eux même de tant d’affect ! Ils m’ont accompagnée pour mon plus grand bonheur durant de longues années de ma vie.
Mais revenons à cet état dit de l’enfance, qui m’a laissé un amour immodéré pour la gent animale, et pour laquelle l’homme est aussi peu respectueux ou du moins compassionnel.
Il m’est difficile de visionner un reportage sur les Grands Singes, sans pouvoir retenir mes larmes. Leur souffrance est tellement ressentie et visible dans leur yeux, plus qu’humains, de l’affreux saccage des forêts, leur unique habitat et source de nourriture, qu’un brin de réflexion devrait nous faire prendre, et très rapidement, la décision de renverser cette course à la disparition des forêts et des espèces…qui ne fera qu’accélérer celle de l’homme lui-même.
Ah ! Si vous saviez combien j’aime profondément mes très chères amies les Bêtes !
J’adorais les lapins, et bien naturellement Pan-Pan, le fidèle compagnon de jeu de Bambi qui fut un révélateur lorsque je découvris avec émerveillement le film de Walt Disney.
Je dessinais à m’en tordre les mains, d'innombrables Bambis, des Pan-Pans à la chaîne, et rien ni personne ne pouvait arrêter cette passion du dessin qui m’envahissait totalement.
Le piano occupait aussi mes doigts, et j’ai toujours aimé la musique. Les gammes ne me rebutaient pas. Bien au contraire ! Et lorsque mon professeur m’annonçait doctement, que je jouais avec sentiment le Petit laboureur ou la Lettre à Élise de Beethoven, comme aussi le Marché Persan de Mozart, le mot sentiment me paraissait bien joli, mais ne le comprenant pas tout à fait dans ce contexte précis, par ce que beaucoup trop jeune alors, je ne pouvais en mesurer l'exacte portée ni la satisfaction qui aurait pu être mienne en recevant ce compliment, pour en savourer somme toute, la délicate finesse.
En classe, mes matières préférées ont toujours été le français, la littérature, la poésie et l’histoire. Le latin m’épouvantait avec ses interminables déclinaisons, et je persistais à traduire mot à mot ma version, ce qui provoquait parfois une incompréhension totale du texte initial. C’était affreux ! Je n’étais donc ni une latiniste convaincue ni même une matheuse acharnée comme le fut plus tard ma fille dans ces deux importantes matières. J’étais l’enfant de l’ailleurs, de la calme douceur, de la beauté des sons et des choses qui vous bercent l’âme et vous emportent dans des rêves à vous faire sourire béatement de bonheur, comme çà, pour rien, simplement de bonheur !
M.A.B.M.
Cannes le 23 Janvier 2017
Droits Réservés.
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