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ÉLÉGIES
XXII
LAS, CROIS-TU ?
Tes pas feutrés sont comme ceux des chats, allant,
Telle une ombre, discret, secret, miaulant à peine,
Offrant, ô triste Sire, un minois de carême,
Et je cherche en vain ce qui te ferait content.
Comme le chat tu vis en grand indépendant,
Réservé, solitaire avec peu de parole,
En toute chose mesuré, comme une obole,
Un bien pâle portrait à ton corps défendant…
Tu croissais en ascète, ô combien tristement !
Et depuis certain temps tu glorifies l’assiette
En ne laissant de miette en la blanche serviette.
Or, les mots tu les manges, tout pareillement !
Pour te sentir heureux, tout à fait épatant,
Il te fallût sortir de ton corset, ta gangue,
T’ébrouer, t’extirper d’une existence exsangue,
Quand ton atone vie coulait bringuebalant…
Les années sont passées et tu vas, ronronnant,
Te gavant de plaisirs, chérissant la caresse,
Mais de parole, point, pour charmer ta maîtresse…
Las, crois-tu qu’encor elle t’aimera longtemps ?
MA.B.M
Cannes, le 30 Juillet 2021
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