Mélancolies

 

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Les Mouettes

le lundi 22 août 2022, à 19:02. Posté par Micheline


CRÉPUSCULES


VI


LES MOUETTES



Dans un ciel noir d’orage ou clairsemé d’azur,
Sous un vibrant soleil ou dans un clair obscur,
Les mouettes tournoient, prises de déraison,
Criaillant sans relâche au-dessus du pignon.

Chassées des hôtels et plages de la Croisette
Où, s’enhardissant, elles chipaient aux helvètes
Leurs en-cas de baignade et pans bagnats de luxe,
Ces volatiles frondeurs, mauvais et sans cœur,
Ont croqué sans état d’âme les passereaux
Des bosquets et jardins de nos fraîches pinèdes…

Le boulevard d’Oxford s’en trouva déserté,
Le Parc de la Villa soudainement muet,
Privé de ses oiseaux enchanteurs et joyeux.

Jamais plus ne roucoule ici la tourterelle,
Ne se voient le pigeon, la turbulente pie,
Comme aussi ne pépient le moineau, la mésange,
Et ne croasse plus la gentille grenouille
Affublée de son crapaud et allant ensemble
En sauts rebondissants tout autour du bassin,
Sous un beau clair de lune ami des amoureux.

Dans le même temps disparurent les insectes
Sur les bougainvillées et les lauriers roses,
Le mimosa bluffant, les cycas foisonnants,
Les parterres d'iris, les glycines dolentes.

Butineurs affairés et combien diligents
Ils valsaient à plaisir dès le soleil levé.

S’y fixaient aussi pour un court instant de pause
De légers papillons aux ailes transparentes,
Des coccinelles au vol court, brutal et lourd,
L’élégante guêpe, un précieux bijou d’ambre,
Et le puissant bourdon vrombissant sans sourdine…

Or, tout ce petit monde avide de recherches
Visitait quelques fois le salon et ses fleurs,
Les tableaux aux natures mortes rutilantes
Descendant en cascades des hautes cimaises,
Toutes assoupies en la discrète pénombre.

Il s’invitait aussi sur la vaste tenture
À large perspective entrecoupée d’arcades,
Représentant des chasseurs en mode repos,
Entourés de chiens fous attendant le départ.
Totale illusion d’un site à la campagne…

Et tout cela volait, se posait, repartait,
Sans obérer les ivoires et pierres dures,
Les jades, les onyx et les bronzes dorés
Dont il prenait les mesures en touche à touche…

Je déplore aussi la perte du rossignol
Qui chantait le matin au nord de la Villa,
Avec force ténacité, et sans relâche,
S’égosillant encor en fin d’après-midi
Perché tout au fait de l’immense araucaria,
Profitant bien au sud du fabuleux spectacle
D’un soleil agonisant dans l’incandescence,
Embrasant pour mourir tout le ciel et la mer.
Ô magiques instants, beautés pures du soir…

C’est alors que ses trilles roulaient de plus belle.
En clair écho répondait son frère de plumes
Juché sur le cèdre de la Villa voisine,
Et les entendre ainsi donnait un pur frisson,
Faisant monter en soi le froid qu’apporte l’ombre.

La Villa Paradis a perdu ses concerts
Heureux et permanents du bel enchantement
Des chants mélodieux, doux et combien charmants,
D’une époque bénie qui, las, ne reviendra.
Aussi ne reverrais-je la gente plumée
Sautiller d’arbre en arbre en pépiements chantants,
N’éprouverais-je encor ce bel art de l’écoute,
Apportant avec ravissement cher à l'âme
L’apaisement certain à mon chagrin premier,
Celui du grand désert et son éternité.

Et l’oreille engrisaillée de regrets se peine,
Me laissant en mémoire un goût de doux amer,
Pour cet irréparable et malheureux gâchis
Causé par ces mouettes gloutonnes en diable
De nos mignons amis combien chers à mon cœur,
Faisant que je regrette, au silence imposé,
Cette autre vie heureuse et notre Éden perdu...


M.A.B.M.



Prose Alexandrine


Cannes, le 14 Février 2022

Pages 7, 8 & 9


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commentaires ( 7 ) (Ajouter un commentaire)
capucine812 le mardi 23 août 2022, à 08:29
Bonjour ma très chère Micheline
Je viens de relire votre texte et je vous remercie pour ce nouveau partage et je m'aperçois que beaucoup d espèces d'animaux ont disparus sans que personne s en soucis
Quelle tristesse
Je vous souhaite une agréable journée
Je vous embrasse bien affectueusement
Votre amie
Maryse

rivaudais le mardi 23 août 2022, à 11:16
Chere Micheline, il me vient deux pensees a l'immediatete de ma lecture. Trois car bien evidemment je suis ravi de ces ''retrouvailles'', il y a longtemps que je n'avais eu ce bonheur de vous lire. La premiere est ce constat que souligne Capucine dont le speudo fleuri ne cesse de m'enchante.
La seconde est que vous avez un joli talent de description. Un genre un peu inhabituel chez vous
Aui decrivait plutot des etats d'ame. Ce qui est encore le cas mais de facon plus impersonnelle ou plus exactement plus collective m un ppeu comme la porte parle de tous ceux qui sont prives de ces merveilles que vous racontez si bien
Une fois de plus 'ao pri grand plaisiret interet a vous lire. Devais-je preciser que cette disparition inquietante de toute cette richesse de nos petits compgnons et voisins volants ou rampants me preoccupe comme vous au plus haut point.Et malheureusement ce n'est pas fini Combien d'especes sont encore menacees de disparaotre a breve echeance. Quelel tristess ! et quel dommage ! Quelle perte pour l'humanite et la terre toute entiere ! Portez- vous bien .Pour ma part je m'interroge Cela me devient si difficile de pouvoir venir sur le site que je me demande si je ne vais pa sceser d'y ecrire

rivaudais le mardi 23 août 2022, à 11:27
Pardon pour toutes ces fautes d'impression qui rendent mon laius parfois imcomprehensible. Ainsi la porte parle.. Je voulais ecrire porte parole.. Le texte est parti avant que je puisse le corriger. Pour le site, il me faut maintenant faire toute une gymnastique avant pouvoir y acceder. Et je crains que, comme ce m'est deja arrive sur un autre site, qu'il soit supprime un matin sans crier gare. J'y ai perdu quelques poemes inedits auxquels j'avais la faiblesse de tenir.

henridurtal le mardi 23 août 2022, à 19:20
Bonsoir Micheline. Comme vous je regrette la disparition de nombreuses espèces , moins du fait des mouettes que des pesticides sans doute.
Pour ce qui est du style, j’ai bien aimé «l’oreille engrisaillée de
regrets ». ( errata ? « Quelquefois », « araucaria »?)

micheline1940 le mercredi 24 août 2022, à 18:42
Combien il est vrai, chère Maryse, que la faune disparait, comme les insectes, décimés par les engrais et le traitement annuel des cultures, des arbres des parcs. Même les cigales n'ont pas tenu le coup cette année. Elles se sont tues en août sans plus rechanter. La chaleur, probablement, doit en être la regrettable cause... Dans tous les cas, tout le vivant a beaucoup souffert !
Quelle catastrophe !!!
Je vous remercie de votre sentiment de lecture chère amie, et vous dis à bientôt sur votre page ?
Je vous embrasse bien affectueusement,
et combien amicalement,
Micheline.

micheline1940 le mercredi 24 août 2022, à 19:37
Cher René, pourriez-vous sans une pointe au cœur nous abandonner ? Nous laisser dériver, esseulés sur ce Site, alors que par vagues successives nous avons perdu bon nombre d'amis ?
Je tremble à cette idée, mais vite, très vite, rassurez-nous !
Comme je l'écrivais à notre amie Maryse qui, comme nous s'en inquiète aussi, tout s'étiole et s'en va... La France entière brûle, les fleuves et les rivières s'assèchent, les nappes phréatiques agonisent... C'est un immense drame aux multiples conséquences dont certaines apparaîtront plus tard avec une acuité renversante..
Je vous souhaite le bonsoir ami Poète, et de plus, m'en irai au plus vite vous rejoindre sur votre Page.
Bisous de tendresse,
À vous lire très vite cher ami, Micheline.

micheline1940 le mercredi 24 août 2022, à 20:22
Bonsoir Henri et flattée de votre visite sur ma page. Ici les mouettes sont voraces, et, les laissant proliférer, elles trouvent plus de confort à croquer nos oiseaux qu'à pêcher les maigres poissons de la mer. Leur culture dans des fermes aquacoles sont hyper protégées, et contre mauvaise fortune elles pillent les nids sans autre forme de procès, les affreuses vilaines...
Je me suis arrêtée sur votre perspicace interrogation de " quelques fois" en deux mots, la locution qui exprime plusieurs fois, à un petit nombre de reprises...
Et l'adverbe écrit en un seul mot :
" quelquefois" signifiant à un moment donné, ou, par hasard... enfin, c'est ce que j'en sais.
Pour araucaria, je me range à votre orthographe, et je me demande comment j'ai pu l'écrire de cette curieuse façon ! Ah! Mes menottes s'en sont allées en divagation ... Merci de me signaler mes erreurs, car il n'y a que comme cela que l'on progresse !
Et merci aussi d'avoir relevé le terme
"oreilles engrisaillées " qui est, comme vous le savez, une formulation toute personnelle...
Bonne soirée à vous cher Henri, et croyez-moi bien votre amie.
Micheline

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