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LES NEFS II : L' ABIME
Les nefs glissaient sans bruit dans l’agonie sereine
De leurs voiles crachant le courroux des enfers;
Leur passager coulait, au bras de la sirène,
Les cieux s'échappant de ses yeux grands ouverts.
L'étoile était plus belle au revers de la mer,
Quand son feu s'abîmait dans l’âtre du silence
Dont il parait les fonds de son linceul amer
De lumière envoûtante et dépourvue d’essence.
Mais l'abîme approchait, du fond de l’existence,
Et la moindre lueur se perdit dans la nuit;
"Fuis donc l'air", souffla l'ombre, "et l’espoir qui t’élance:
Viens où nous chuchotons; nul n'y souffre d’un bruit."
"Les hurlements d'un rêve au fond de nos batailles
Ravagent la douceur du plus secret instant;
Un cauchemar alors s'insinue dans les failles
Sous un croissant de lune au sourire sanglant."
"Mais ici dans l'abîme, au cœur du noir velours,
Les cris louvoient au ciel, enlevés par les bulles;
Un paradis pour eux les attend loin du jour,
Loin des rêves dormant enfin dans leurs cellules."
"Laisser partir le son", dit l'ombre au passager,
"Noiera à tout jamais l'âme de l'ennemie :
Crains la passion qui croit pouvoir tout exiger,
En faisant de ta vie une épreuve infinie ."
"L'abîme est cathédrale, et nous seront ses prêtres.
Nous prierons pour le froid sur le rêve et la peau,
Nous prendrons comme éden le sort de nos ancêtres;
Jamais plus un désir ne troublera cette eau."
“Tes nefs suivront le vent jusqu’aux confins de l'onde,
Combattront, brûleront, couleront, renaîtront,
Chargeront les glaciers qui enferment le monde;
Quant à toi, dors en paix, à cent lieux sous leurs ponts.”
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Le plafond chatoyant souleva les vaisseaux.
Le passager sombra vers la noirceur sublime,
Silencieux amen du soir sur les tombeaux,
Emportant dans ses bras une ombre de l'abîme.
Merc 10 Juin - Dim 21 Juin 2009
Retouché Jeu 1er Avril 2010
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