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Icebergs Mouvants

le jeudi 08 avril 2010, à 19:32. Posté par Loïc


Quand les choses qu'on croyait ne jamais oublier ne se manifestent plus qu'en rêve.



ICEBERGS MOUVANTS


Si j’ai rêvé d’un ange au chaos du sommeil
C’est qu’un songe se plaît à piquer ma mémoire
– Cette banquise étrange assoupie au soleil
Gardant mes feux scellés pour éteindre l’Histoire :

Je frissonne, endurant un désert insipide
Aux quais de froid drapés ; parfois un monde mort
Craque et vogue aux courants sur une mer aride ;
Est-ce ainsi que la paix éconduit le remords ?

Un train blanc, semble-t-il, emporte sans sifflets
Les immortels d’airain ; car tandis que les âges
En mensonges subtils aveuglent de reflets,
Mots, dates et parfums qui s’échouent sur nos plages,

Les prairies du passé sont prises sous les glaces :
Le vrai son de ta voix, le vrai ton de tes yeux
Pâlissent éclipsés par ces éclairs fugaces ;
Tout est devenu plat, bien trop loin, bien trop vieux…

Les rêves d’autrefois sont si peu ces jours-ci ;
Chaque enfant des vécus a détrôné son père,
Déchu tel ancien roi vieillissant, obscurci ;
L’ombre des jours perdus n’est plus triste, au contraire,

Mais au lit des anneaux de serpents oniriques
Revivent tes sapins, bulles bleues au cœur vert,
Tes gouttes de piano dans les flots électriques
Jouant l’air de demain au chevet de l’hiver.



Dim 24 Janvier 2010
Remanié Jeu 8 Avril 2010

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commentaires ( 16 ) (Ajouter un commentaire)
Loïc le jeudi 08 avril 2010, à 19:41
Alto: voilà la version (sans doute) finale, tenant compte de tes éclaircissements. A deux exceptions:
-- "piano", qui reste prononcé en deux syllabes (d'après mes recherches des poètes confirmés ne se privent pas de le prononcer sans diérèse)
-- "bleues": restera. Comparer les sapins à des "bulles bleues" est une référence personnelle impossible à reformuler.
Par contre, "prairies" t'a-t-il échappé ou reste-t-il possible d'après une exception que j'ignore.
Merci pour tes remarques initiales (et à venir!).

alto le jeudi 08 avril 2010, à 21:31
----alto"bleues",prairies",même interdiction dans le vers,autorisé à la rime !Il existe toujours des exceptions...!Tu n'écris pas si mal,
continue,si tu en as le loisir!Tu choisiras!Salut!
http://www.mespoemes.net/alto

Loïc le vendredi 09 avril 2010, à 00:37
"Prairies" changé. Oui, j'ai fini par trouver une liste des règles classiques, et donc je suis paré maintenant.
Merci de ton appréciation. De la part d'autres, elle aurait pu être perçue avec un degré de liesse fluctuant, mais je m'incline devant le Maître Yoda de l'alexandrin classique!
Maintenant si tu as (ou qui que ce soit) des réserves sur certaines formulations ou images, fais-m'en part, je serai heureux de les défendre ou de les réexaminer avec un oeil nouveau.

Lien vers les EXPLICATIONS (car il y en a, même si elle font parfois un peu mal à la tête) de certaines règles tatillonnes:

http://darius.hyperion.over-blog.com/article-21379341-6.html


Patrice le vendredi 09 avril 2010, à 10:22
Ca, c'est un sujet qui me touche, la mémoire, l'oubli, l'oubli total si je puis dire et puis celui qui vide le souvenir de tout son sens, de toute sensation. Et puis parfois tout remonte, dans un rêve, oui, ou durant une nuit d'insomnie, par exemple. Pour les rêves disparus, cela me rappelle une chanson de Michel jonasz qui s'appelle "où vont les rêves" - la seule que j'aime de lui, écoute là si tu peux.
Pour ce qui est des images, je trouve "les serpents oniriques" très réussie. Les deux derniers vers sont biens aussi, "les gouttes de piano dans les flots..." est très personnel mais le chant lexical de l'eau est parlant -et puis je suis musicien ! J'aime bcp le dernier aussi, l'air de demain au chevet de l'hiver, c'est une image forte et "condensée", c'est là sa force. Je suis en train d'écrire (corriger plutôt) un texte qui parle de la douleur de repenser à sa jeunesse ambitieuse et pleine d'espoir alors que l'on n'attend plus grand chose de l'avenir.
Je suppose que c'est le mot plaine qui remplace prairie, c'est dommage, le second à mon avis est mieux, car il renvoie a quelque chose de plus fertile, de plus vivant.

voicileure le vendredi 09 avril 2010, à 13:00
----Je continue ma visite et me suis arrêtée ici...
Lecture aisée (sauf à piano où j'ai butté) mais c'est une déformation !! Je pense que l'auteur est maître de son œuvre et qu'il peut, s'il le souhaite, et si l'image est jolie, faire des pieds de nez au classicisme !
J'aime !

http://www.mespoemes.net/voicileure

dagolaborel le vendredi 09 avril 2010, à 16:41
----belle écriture !
http://www.mespoemes.net/dagolaborel

Patrice le samedi 10 avril 2010, à 15:16
"Les gouttes de piano...", le sens qui je donnais était tout autre.
Tu devrais l'écouter aussi, la chanson de Jonasz, moi je l'aime bcp.
le son est nul, mais...
http://www.youtube.com/watch?v=-98OuB7HibA
(oublier les images qui l'accompagnent...).
Et puis, dans mon com. précédent, c'est bien sûr champ (et non chant) lexical.

Loïc le samedi 10 avril 2010, à 18:44
N'oublie pas que comme je le disais plus haut, le fait que cet épisode "concret" m'ait autant marqué laisse le champ libre à toute interprétation de sa symbolique.
J'ai suivi le lien. Jazzy, moody... Une chanson des coeurs de nuits.
...
Ah oui, "le chant lexical de l'eau", mais c'est en fait un jeu de mots tout poétique, ça!
Moi aussi, "j'aime le bruit blanc de l'eau"!

worrell02 le dimanche 22 août 2010, à 18:06
Il y aussi des choses que l'on croyait oubliées, qui se manifestent toujours en rêve!
http://www.mespoemes.net/worrell02

Loïc le dimanche 22 août 2010, à 23:43
Bien sûr Ivy, je disais "ne se manifestent plus QU'en rêve", pas "plus en rêve", donc on pense la même chose.
Merci de ton passage sur ce "vieux" poème !
Amitiés

sylvio le lundi 21 février 2011, à 11:09
très beau poème . Plein d'images très fortes . L'image du train qui emporte.......
Du piano......Tu donne un gout au désert ( image étonnante) sans parler du vers de mer aride.
J'ai lu ce poème plusieurs fois pour l'apprécier à sa juste mesure .
Je l'aime beaucoup; Amitiés Silvio

Loïc le lundi 21 février 2011, à 18:25
La banquise est celle des souvenirs qui s'en s'en vont un par un sous forme d'icebergs, tels les wagons d'un train.
Je sais qu'il y a pas mal de choses difficilement compréhensibles ; à l'époque, je n'étais pas inscrit sur le site et je n'écrivais que pour moi-même. De plus il y a ici des références personnelles. Pas facile !

Amitiés, et merci de ton passage !

Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) le mardi 23 octobre 2012, à 19:50
Bon, cher Loïc, je vais essayer de reconstituer ce que j'avais écrit.
Tout d'abord, il est préférable d'annoncer que ce que l'on va dire, ne procèdent pas de flatteries, lorsque vont pleuvoir les compliments.
Qu'est ce qui m'a le plus séduit dans tes Icebergs ?
- une ambiance. Crée à la fois par le fond et la forme. Comme tu le sais, je suis sensible à la musique des mots.
Tiens, dès les deux premiers vers, que je relis à voix haute (oui, à voix haute il faut le lire, ce poème !)
Si j’ai rêvé d’un ange au chaos du sommeil/C’est qu’un songe se plaît à piquer ma mémoire ", ils donnent le ton.
Le ton ? Une sorte de filigrane un peu "fantasy" à mon sens. Une touche de mystique et d'hermétisme a-religieux. "Les serpents oniriques", j'aime beaucoup. On voit tout de suite, et te connaissant un peu, que tu as passé énormément de temps à la construction de ce poème, pour lui donner un "seuil d'impeccabilité" maximum. Tiens, un commentateur évoque un "chant lexical" que moi, je me permettrai de qualifier d'harmonieux. Mais une harmonie très particulière qui doit s'intégrer à l'ambiance du poème. J'ai, dan ma tête un concerto du musicien finlandais Raautaravaa, qui compose de la musique contemporaine, non pas dysharmonique mais envoûtante. Envoûtant ! C'est un autre qualificatif qui peut être donné à ton poème et, dans le poème, à tes mots. On finit, passé l'onirisme,, par voir pointer, sous un aspect alégorique l'histoire perso derrière tout ça (tu m'en as dit quelque mots dans ton mail).
Je n'ai, hélas, pas encore lu TOUS tes poèmes. En tout cas, de ceux que j'ai lu, c'est un beau coup de coeur, c'est sans doute un de tes plus beaux poèmes.
Une autre remarque, en marge de ce ressenti du poème même : je trouve, qu'à l'époque où tu as posté ce poème (il y a deux ans et demie), eh bien les coms étaient vachement approfondis, d'un niveau d'analyse et de ressenti très intéressant (et là je ne parle même pas de ceux du cher Alto, que je n'ai pas connu).
Voilà, master ! Amitiés sincères. Philip.

http://www.mespoemes.net/philipchevalier

Loïc le mercredi 07 novembre 2012, à 16:03
Bon, même si on en a parlé en mail, je fais une réponse officielle ici.

Tant mieux si les deux premiers vers t'ont plu ! A moi, pas tellement ; la plupart de mes débuts de poèmes sont maladroits, et celui-là ne fait pas exception. Mais, oui, au moins il donne le ton.

L'hérmétisme est dû au fait que j'écris pour moi, en utilisant les images qui me viennent à l'esprit, et dont je ne rends pas toujours la symbolique évidente, soit parce que je sais ce qu'elles veulent dire et que je n'ai pas besoin de m'en parler, soit parce que je ne sais pas pourquoi elles me viennent. Mais dans ce poème, toutes les images sont maîtrisées et explicables, contrairement à d'autres de mes poèmes.

Fantasy et onirisme sont liés à mon style d'expression visuelle. Parfois c'est reposant, parfois ça donne des délires sous LSD ("La Chambre de l'Oiseau Noir", "Les Salons Rouges", "Aquarelles Ecarlates"... tiens, des couleurs dans les trois titres).

Quant à la qualité des coms évoquée, elle était plus technique que poétique. Je n'emploierais pas le terme de "qualité" dans ce contexte, juste d' "utilité" très terre-à-terre adressée uniquement à ceux que ça intéresse. C'est bien, mais on préfèrera toujours un com qui exprime un ressenti à un com qui discute de la forme. Après, on peut bien sûr marier les deux en un seul com si l'occasion se présente.

Amitiés Philip !

bluegirl le lundi 25 janvier 2016, à 20:29

Je suis venue te relire après avoir écrit mon "apostasie", et je crois bien que les rapports que je fais ici avec mon poème, le sont juste pour moi.
Il faut dire que si la lecture de celui ci m'a inspiré, écrire sur un de mes rêves répétitifs était déjà en projet avant.

J'aime surtout les quatrième et cinquième quatrains ici, (formulation et philosophie), et aussi la limpidité du message.

Par contre, pas évident de saisir le fil des coms, comme si certains d'entre eux ont été effacé.

Voilou, bisous.
Lola
mespoemes.net/bluegirl

Loïc le mardi 26 janvier 2016, à 01:06
J'ai eu effacé des coms sur d'autres poèmes, ce qui a doné des effilochages de conversations, mais ici, non. Tout est là ; par contre les coms "d'époque" datent d'un temps où je répondais mal, voir pas du tout.

En effet, le 5e quatrain est le meilleur. Rattaché au 6e qui parle de références très personnelles que personne d'autre ne pouvait comprendre. De toutes façons, avec moi c'est la règle : si on cherche de la qualité, on la trouve rarement au début de mes poèmes !

Ne t'en fais pas pour "Apostasie", j'ai bien compris toutes tes honnêtes explications, et je ne t'en veux pas du tout de m'avoir plagié.

Bises !


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