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La Mille- Et- Unième Histoire

le dimanche 26 décembre 2010, à 16:15. Posté par Loïc




Un vieux poème de 2003 retrouvé... Il est en néo, donc avis à.



LA 1001e HISTOIRE


Schéhérazade, allant un beau soir contempler
Le monde, de sa tour à tous les vents offerte,
Avise une colombe échouée à ses pieds,
Les ailes déchirées et d’huile recouvertes.

« Approche, dit l’oiseau, je t’offre ma mémoire.
Je n’irai pas plus loin, car le ciel me relâche
Et le sol m’aura bue quand tombera le soir ;
C’est à toi qu’il revient de poursuivre ma tâche.

« J’apporte les leçons des mythes et des contes
D’une époque à venir que tu ne verras pas,
Où de hauts faits coulés dans la plus basse honte
Font la fierté des chiens, des fous et des prélats.

« J’ai vu de hautes tours d’où des djinns fous de rage
Commandaient sans effort aux pluies de météores,
Lames de corail feu transperçant les nuages
Pour raser des contrées en écho d’un seul sort.

« Cent fois j’ai vu voler de glorieux éphémères,
Voulant aller plus haut sur des ailes de cire
Qu’ils ne pouvaient aller sur des ailes de fer :
Pas un ne survécut à son propre délire.

« J’ai vu l’ultime instant où les âmes s’écroulent,
Quand la torche noircit un mur souillé d’ordures
Au son de mots haineux qui entraînent les foules
Et promettent l'amour au milieu des injures.

« Cent fois des voix usées brandirent des récits,
Des contes de sagesse exposant mille erreurs,
Tachés du sang des mains qui les avaient écrits ;
Mais chacun d’eux brûla au bûcher de la peur.

« J’ai vu des charognards se disputer le ciel,
Des derviches déçus quitter la farandole,
Des rêves étranglés se soumettre à l’appel
De faux dieux incarnés par de fausses idoles.

« Cent fois j’ai attendu que l’on tire un couteau,
Non pour tuer son pair, mais pour oser inscrire
Des lettres enlacées sur le tronc d’un bouleau,
Avant que l’amertume étende son empire.

« J’ai espéré en vain ; les étoiles se voilent,
Et rien ne leur rendra leur éclat de jadis.
Chaque jour le soleil se fait un peu plus pâle
Et cèdera un soir à l’éternelle nuit. »

Sur cette prophétie, le vent saisit l’oiseau
Qui tombe de la tour telle une feuille blanche.
Du doigt, Schéhérazade esquisse quelques mots :
« Quant à moi, si je pleure à la chute d’un ange,

« Cent fois j’ai oublié la fin d’une colombe :
Car pour chaque oiseau mort d’avoir perdu espoir
Dix autres chanteront, avant que la nuit tombe,
Les vertiges d’une mille-et-unième histoire. »




Lundi 22 Décembre 2003

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commentaires ( 16 ) (Ajouter un commentaire)
aristio le dimanche 26 décembre 2010, à 18:16
----Un fond apocalyptique si bien écrit!
L'espoir est éternel mon ami Loic comme tu le décris si bien!
Bravo à toi pour ces instants de lecture magnifique!
Toute mon amitié!
Thierry
http://www.mespoemes.net/aristio

alto le dimanche 26 décembre 2010, à 18:25
----L'histoire"ancienne"(7 ans )use et abuse!!
des tolérances que"tolère", mais n'impose pas l'école "néo-classique "!Elle ne fut pas composée sur le verglas!car(je crois bien qu')aucun alexandrin ne boite ! (et ça donne encore envie de danser même à un éclopé...)De beaux restes ! Salut !
http://www.mespoemes.net/alto

Loïc le dimanche 26 décembre 2010, à 20:54
Aristio : comme la 1001e Histoire est celle qui permet à Schéhérazade de se tirer d'affaire, elle symbolise en effet le bout du tunnel.

Alto : Pas de problème de métrique, non, mais un alexandrin "boiteux" tout de même : le dernier, avec un E prononcé à la césure. Mais ce poème devait être mon 4e ou 5e... erreur de jeunesse !

Amitiés à vous, merci de votre passage !

imparfaitlibre le dimanche 26 décembre 2010, à 21:13
--Pas le joli conte d'une fée brandissant sa baguette magique, mais la mémoire d'une colombe messagère d'amour et de paix qui raconte le monde d'aujourd'hui. Chaque quatrain est l'agonie d'un beau, souillé par la réalité. L'éphémère de l'éclat que le temps patine trop vite et qui transforme doucement le blanc en gris. Ta colombe est partie emportant sa sagesse sous l'oeil indifférent de ce monde vivant qui, un jour comprendra, a son tour, les messages de la colombe. Le sage parle, le disciple entend mais n'écoute pas, plus tard , mais souvent trop tard, il finit par se dire, le sage avait raison...
Un long et trés beau néo mon cher Loïc que j'ai réussi à lire jusqu'au bout!!! un exploit quand on connait mes soucis de concentration....
amitié !! héhé--
http://www.mespoemes.net/imparfaitlibre

worrell02 le dimanche 26 décembre 2010, à 21:29
Un alexandrin 'boiteux? Pour un vieux poème, je trouve qu'il tient assez bien sur ses pieds! lol!
Amitiés
Ivy
http://www.mespoemes.net/worrell02

Loïc le lundi 27 décembre 2010, à 00:32
Imparfait : bien beau com ! Mais la colombe qui décrit avec ses mots la société du futur est moins importante que l'impassible Schéhérazade, inspirée de celle qui se bat soir après soir pour échapper à la mort dans les "1001 Nuits"... ici, une sorte d'esprit de la vie qui en a vu d'autres... Merci de ton effort de concentration !

Ivy : mes poèmes faisaient leurs premiers pas, rien d'étonnant alors s'ils vacillaient un peu ! Et il reste encore de la route au bébé, plus dans la métrique, mais tout le reste.

Merci de votre passage !

orbel le lundi 27 décembre 2010, à 06:18
Excellent poème vivant par sa lucidité et sa vérité.
Amitié

estrella28 le lundi 27 décembre 2010, à 08:32
----je trouve ce poème ,très beau, je suis toujours sous le charme quand il s'agit d'un conte! bonne fête de fin d'année, je dois m'absenter quelques jours, j'essairai de faire un joli poème!
amitiés estrella
http://www.mespoemes.net/estrella28

Loïc le lundi 27 décembre 2010, à 15:16
Orbel : lucidité, n'exagérons rien, j'enfonçais des portes grandes ouvertes, mais j'ai essayé de le faire avec un peu d'originalité (?).

Estrella : j'espère que tu as profité, car ma période "fables" s'est finie en 2009. On attend ton poème... un conte de nouvel an ?

Amitiés

----
http://www.mespoemes.net/cellox

claude le lundi 27 décembre 2010, à 18:57
je me suis enivré des rasades que nous verse " l'impassible" Schéhérazade.La vie même humiliée,blasphémée essaye toujours de prendre sa revanche sur les pièges qui lui sont tendus Disons qu'au bout du conte,on se rend compte que l'humanité va quand même s'en titrer à bon compte.Chacun y trouvera son conte et on pourra ainsi regler son compte à l'odieux compte cheikh qui fait 1001 bénéfices sur le dos du pauvre cheptel humain que nous sommes.Trés subtil ton poème un vrai enchantement sur la vision de ce monde qui ne cesse de me désenchanter.Amitiés

Balladin84 le mardi 28 décembre 2010, à 09:07
C'est peut-être la 1001me histoire mais j'attends quand même la prochaine... du moment que c'est toi qui l'écris! (Ton poème est peut-être un peu long)
Amitiés.

www.mespoemes.net/palaisroyal84

Loïc le mardi 28 décembre 2010, à 14:16
Claude : Tiens, tu n'as pas fait "chère rasade" ? Tu baisses. L'humanité s'en tirera peut-être comme elle l'a toujours fait jusqu'ici (70 ans avec la bombe, c'est peu mais ça surprend quand même, et ça laisse de l'espoir), mais ça ne sera pas faute d'avoir essayé de trouver toutes sortes de justifications originales pour se mettre sur la tronche.
Un sheikh ? où ça ? Ah pardon, il faut se baisser. Quant à la subtilité sur ce genre de sujet, j'ai fait un peu mieux depuis, heureusement.

Balladin : ce n'est pas la 1001e Histoire... elle n'est que prédite (enfin... espérée...). Quant à la longueur, pas de doute, 12 quatrains, ça pèse. C'était ce que je faisais à l'époque ("L'Homme et le Chien", "Venise Engloutie"...). Les fables sont difficiles à boucler en 6 quatrains.

Merci de votre passage !

domidom le mercredi 29 décembre 2010, à 16:44
Pour un boiteux, il tient quand même plutôt bien sur ces pieds.
Magnifique ce poème, bien inspiré et surtout très bien écrit...
La colombe dite de la paix, et aussi la colombe de l'espoir.
Le fond de ce poème est génial...
Bien qu'un peu long, j'ai adoré te lire...
Amitiés..

Loïc le jeudi 30 décembre 2010, à 13:31
En fait, la colombe est plutôt sinistre ici ! on ne l'inviterait pas à un réveillon. C'est Schéhérazade qui entretient l'espoir...
Désolé pour la longueur.
Merci de ton passage !

----
http://www.mespoemes.net/cellox

Goug le lundi 10 janvier 2011, à 19:24
J'ai rarement été captivé par un aussi long poème, venant de moi c'est un sacrée compliment, le voyage dans l'histoire, l'hallusion à Icar, nous conte une mille et unième histoire de Sherazade, merci pour ce magnifique partage.

http://www.mespoemes.net/myworld/

Loïc le jeudi 13 janvier 2011, à 23:33
Je sais bien pour la longueur, c'était ce que je faisais à l'époque... Malgré tout il est représentatif de la majeure partie de mes poèmes : une vision souvent sombre de ceci ou cela teintée d'indécrottable optimisme.
Merci de ton passage Goug !

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