Mes poèmes - Livre d'or - Liens - Moi

 

Balle Perdue

le dimanche 12 juin 2011, à 18:07. Posté par Loïc




BALLE PERDUE


Projectile qu’on sème en un brouillard profond,
Un plomb d’homme se noie, ricoche, et parfois blesse ;
Oublié le baptême : au sortir du canon,
La balle allait plus droit qu’en ce vol sans noblesse.

Le bruit se fait muet, n’est plus qu’un souvenir
S’absentant lentement ; c’est sur l’aile d’un souffle,
Un son si désuet qu’on ne l’entend frémir,
Que le point noir se rend au blanc qui l’emmitoufle.

Passent les monts, les mers et les ports entrevus,
Passent les plaines d’or comme passent les rêves ;
Et l'élan est amer, lorsque nul ne peut plus
Altérer son essor et demander les trêves ;

Car le chaos décide, impassible, impartial,
Sur quelle âme frapper aux portes de la brume,
De quel miroir acide effacer le glacial
Sans pourtant se couper aux éclats d’amertume

Et mourir de se voir. Puisque le vent du large
Ne se lasse de tordre un par un les rameaux
Offerts à l’abattoir sous sa pesante charge,
L’esprit doit forcer l’ordre en dépit de ses maux.

Mais c’est le même vent qui, mordant le brouillard,
Préférant le cyclone à la brise insipide,
Accorde autant qu’il prend à l’éternel fuyard
Surpris par une aumône au carrefour du vide ;


Et de tours en détours, sur des ailes de fer,
La balle trouve et perd les landes lumineuses ;
Mais il se peut qu’un jour, en sachant toucher l’air,
Elle tire un chant clair de ses violes brumeuses.




Lun 6 –Dim 13 Juin 2011

<< Retour aux poèmes

 

commentaires ( 27 ) (Ajouter un commentaire)
Nieustanny le dimanche 12 juin 2011, à 18:43
Quel beau texte, aussi étrange cela puisse paraître, il invoque en moi un sentiment bien atypique, à dire vrai je suis hagard... En le lisant je me sentais partir, aux abords des vertiges . Merci pour ce partage.

Amitiés.

imparfaitlibre le dimanche 12 juin 2011, à 21:35
Une façon très poètique de voir le voyage parcouru par cette balle perdue au sortir du canon jusqu'à la rencontre d'une cible au croisement d'un chemin.
Elle ne choisit pas, elle est juste là, libre de se perdre ou de donner la mort.
Un sujet sur lequel j'avais écrit un jour "la mort comme une fleur au canon d'un fusil"...
un très beau poème avec de belles métaphores mais qui réveille en moi de bien tristes souvenirs provoqués par une balle perdue.
Amitiés sincères Loïc----
http://www.mespoemes.net/imparfaitlibre

worrell02 le lundi 13 juin 2011, à 07:43
Balle perdue, mots perdus, le résultat est parfois le même!
Amitiés
Ivy
http://www.mespoemes.net/worrell02

merenvue le lundi 13 juin 2011, à 10:35
sublime poème,triste mais trés beau
une suberbe plume que vous avez là
bonne journé
merci pour ce doux partage poétique
mimi

Loïc le lundi 13 juin 2011, à 13:49
Nieustanny : Hagard, intéressant ça. Quant à "vertiges", j'ai raté une belle occasion de l'employer. C'est en effet ce qu'on ressent souvent quand on essaie de comprendre les choses et les êtres (y compris soi-même).

Imparfait et Ivy : Attention, "la balle" n'est pas un instrument, mais une personne, y compris nous-même. On est lâchés plus ou moins à l'aveuglette, avec au début les certitudes illusoires de l'enfance (le "tir droit") qui se mue en ricochets assez peu contrôlés. Quant aux autres balles perdues qu'on prend, j'avais commencé à en parler, mais ça commençait à faire vraiment fouillis.

Mimi : Triste ? Un peu mélancolique peut-être, mais j'ai essayé d'équilibrer.

Merci à tous de votre passage !

Ivy le lundi 13 juin 2011, à 14:53
Merci pour la précision Loïc!
Cela dit, une personne peut faire bien des dégats, avec ou sans balle, ou sans dire un mot!

Loïc le lundi 13 juin 2011, à 15:01
Eh bien oui, c'est exactement ce que je disais : la "balle" du poème est une personne ; il ne s'agit pas d'une arme quelconque, juste d'un être et de son parcours inexorable. Et comme tu dis, le simple fait d'exister peut créer des problèmes à soi ou aux autres, mais ce n'était pas sur ça que je me concentrais ici, plutôt le chaos de la vie (qui, comme j'ai eu l'occasion de le dire d'autres fois, n'est pas pour moi un terme négatif, mais neutre).

perceneige le lundi 13 juin 2011, à 15:36
Sourire, en vous lisant je me suis rappelée une vieille chanson du groupe téléphone "flipper"...
Superbe écrit bravo
Béatrice

Loïc le lundi 13 juin 2011, à 17:33
En effet, je suis allé voir les paroles ; les "trois balles" du flipper utilisent une métaphore semblable. Mais toute ressemblance avec une chanson existant ou ayant existé n'est que pure coïncidence ! Je désteste la copie autant que le plagiat. Enfin, ça prouve encore une fois à quel point il est difficile d'être vraiment original après tout ce qui a déjà été fait...

Merci de ton passage !

perceneige le lundi 13 juin 2011, à 19:32
En aucun cas je ne pensais à du plagiat. Surtout que votre style est très particulier et très différent de cette chanson, mais la source est la même pour nous tous et elle nous inspirent encore et toujours indéfiniment...
amitiés Béa

imparfaitlibre le lundi 13 juin 2011, à 21:05
--en tout cas, BRAVO pour les rimes à la césure, déjà que c'est difficile en fin de vers, mais là, nous avons le plaisir des deux!!!
amitiés sincères Loïc.--
http://www.mespoemes.net/imparfaitlibre

poesie101 le lundi 13 juin 2011, à 21:51
Excellent! Peut-être l’un de tes meilleures descriptions!

Belle balade avec cette balle « perdue » qui ne perd sans nul doute les paysages évoqués en ce poème!

Note : préfèrant = é, glacial = diérèse, mais je connais tes libertés prosodiques.

Maxime

Loïc le mardi 14 juin 2011, à 00:25
Perceneige : Je n'ai pas cru que tu m'accusais de quoi que ce soit, bien sûr. Mais j'aime bien radoter sur ma haine du plagiat.

Imparfait : C'est comme pour les "Mouztiques" sur cellox2, à la fin je ne te cache pas que j'en avais un peu marre ! Mais je trouve que c'est un bon exercice d'imagination, et qu'en plus ça donne du rythme. Je l'avais déjà fait sur "Icebergs Mouvants" il y a un an. Je crois d'ailleurs que c'est fini pour 12 mois de plus !

Maxime : Il y a les paysages que l'on passe sans pouvoir/savoir s'arrêter, et ceux dans lesquels on séjourne. Merci pour l'accent, il vient du fait que c'était "préfère" avant retouche... Quand à la diérèse sur glacial, en effet je ne la respecte plus depuis longtemps, mais j'essaie autant que possible de limiter l'emploi des mots à diérèse, comme ça tout le monde est content ; là, j'ai fait une exception (comme à "vi-oles" au dernier vers). Comme autre entorse, il y a aussi "noie" au vers 2, non suivi d'une voyelle (l'autre micro-règle que je ne respecte plus).

Amitiés à tous !

domidom le mardi 14 juin 2011, à 11:04
Trop bien écrit, c'est avec beaucoup de subtilité que tu as fais la comparaison, entre cette balle et l'homme, il fallait y penser, chaque vers est profondément réfléchi, et j'avoue qu'il fait vraiment double emploi, cette balle perdue peut faire beaucoup de mal, et portait par le temps, elle peut un jour ou l'autre vous exploser en pleine figure, son acheminement irréfléchi peut causer beaucoup de dégâts....
C'est très bien fait , et ceci prouve combien des mots lâchés au hasard sont dangereux et peuvent avoir des résonances percutantes...
Une petite chose...
(Dans les deux premiers vers du troisième quatrain, tu répètes trois fois le mot passent, je croyais que c'était interdis, tu peux m'éclairer?.
Mes amitiés...
Domie

Loïc le mardi 14 juin 2011, à 13:05
Bien sûr que c'est interdit... sauf pour un effet de style ! Là, c'était évidemment voulu pour donner un rythme à ces deux vers. C'est vraiment quand il s'agit manifestement d'une maladresse sans aucun but poétique qu'il faut déplorer la répétition d'un mot.

Quant au cheminement de "la balle", je ne le vois pas (ici) irréfléchi, mais incontrôlé. Qui peut vraiment dire qu'il maîtrise ce qui lui arrive ? On peut atteindre une certaine mesure de contrôle, c'est certain, mais son confort est en fait illusoire.

Amitiés Domi !

larose le mardi 14 juin 2011, à 13:12
Bonjour Loïc!! Une belle envolée de mot d'or, une comparaison subtile!!!!!
Bonne et belle journée
amitiés

domidom le mardi 14 juin 2011, à 13:39
Merci pour ta réponse...
En ce qui concerne (irréfléchi) (incontrôlé), c'est curieux, il est une expression que l'on emploi souvent chez nous...
(Il suffit de réfléchir pour contrôler ses émotions)...
Pour moi, ces deux mots ont pratiquement la même résonance, ceci ne veut pas dire que l'on peut, ou ne peut pas, maîtriser son destin...
Amitiés...Domie...

Loïc le mardi 14 juin 2011, à 14:38
Bonjour Larose, sympa de passer ! J'ai moi-même du retard à rattraper en coms, mais aussi pas mal de boulot : j'ai mis une semaine à écrire ce poème tant je suis crevé. A bientôt !

Domi : Tu as raison, j'aurais sans doute dû dire "incontrôlable", pas "incontrôlé". Parce que finalement, la réflexion a forcément ses limites, et si on dit qu'elle peut influer légèrement sur "le vol de la balle", il n'en reste pas moins qu'elle ne peut rien contre les forces du hasard.

Amitiés à toutes deux.

Goug le lundi 20 juin 2011, à 18:50
----Une balle perdue dont le trajet est amertume, et l'image exprime très bien la confusion dans laquelle on peut être après un mot perdu, chapeau bas Loïc, mais autant qu'un mot perdu puisse faire mal, autant des mots doux et sincère peuvent faire du bien , je me répète peut-être mais c'est très réussi.

A bientôt et au plaisir de te lire.

http://www.mespoemes.net/myworld

addycti0npoemes le lundi 20 juin 2011, à 19:28
Whaoouuw !Merci pour votre généreux commentaire
----
http://www.mespoemes.net/addycti0npoemes

Loïc le mardi 21 juin 2011, à 00:08
Goug : comme je le disais à Ivy, la "balle perdue" n'est pas un mot malheureux de la part de quelqu'un, mais la métaphore d'un être humain tout entier. Cela dit, j'ai aussi reconnu que les "mots perdus" puissent être concernés par le vers 2. Mais ce n'est qu'une toute petite partie du poème.

Addycti0n : Pas de quoi, j'ai vu que tu te plaisais chez nous, alors ça m'a fait plaisir. Bonne route !

Amitiés à toutes deux !

salus le jeudi 20 juin 2013, à 16:15
Nom de nom, Loïc !
Ça se coule sans heurt, comme un Vigny, à la métaphore hugolienne !
décidément tu gagne à être relu.

Écoute, il y a un poème superbe sur les coms des "tombes"
poème du Zutiste (lemecducercle..), il s’appelle BARBARIE
Tu pourrais, par exemple, le filer à "COLLECTIF", dont c'est le karma, pour qu'il profite à tous ?

Amitié,
Salus



salus le jeudi 20 juin 2013, à 17:37
Mince ! je me suis planté !
BARBARIE, il est sur les com de
A SUIVRE, chez Salus !
(Mais bon, le propos est le même !)

Loïc le vendredi 21 juin 2013, à 17:51
Si ça coule, c'est sans doute le résultat des rimes aux césures (un pur cauchemar à l'écriture, mais ça en vaut le coup). Après, en ce qui concerne la qualité globale du poème, je suis sceptique.

Quant au poème de Zutique, il faut le proposer en com à Collectif, car je n'ai pas de contact avec ce dernier, mais également demander la permission préalable de Zutique, évidemment.

Amitiés Salus !

http://www.mespoemes.net/cellox

salus le vendredi 21 juin 2013, à 20:42
----
Venu, lu, et compris !
Merci,
Salus

salus le dimanche 23 juin 2013, à 14:48
----...!!
Pardon, me suis mal exprimé !
C'est un poème de L'Amercenaire !
Confusions,
Salus

Loïc le lundi 24 juin 2013, à 12:35
A ce propos, très dommage ce qui s'est passé avec L'Amercenaire. Pendant un an il a posté 60-70 poèmes, était parfaitement intégré sur le site et avait des tonnes de coms, et on s'appréciait grandement mutuellement. Et puis un jour, pouf, il a tout effacé et il est parti ; pour revenir 6 mois plus tard mais sans grande conviction, après un problème personnel. Si tu avais vu ce qu'il faisait ! De la grande poésie (surtout pour ses 16 ans)... C'était généralement de l'imitation baudelairienne sans grande touche personnelle, mais quand la copie est faite avec autant de talent, on pardonne !

J'ai vu (avec beaucoup de retard) que tu cherchais son contact mail. Pourquoi ne pas m'avoir demandé directement ? Le réflexe, c'est "question = Loïc" ; les membres ne sauront en général pas te répondre ni sur le côté technique ni sur la question des adresses mail, puisque je suis le seul à les avoir sauf dans le rare cas où deux membres se les sont échangées.

Pareil pour ton poète de la SPF ; comme mon ami personnel Philip en fait partie, je lui ai demandé d'essayer de te dégotter son contact, mais avec du retard parce que je n'ai pas vu la question tout de suite. Ecris-moi pour toute question !

Bonne journée Salus.

Ajouter un commentaire à ce poème en tant que :

Vous devez être connecté sur Mespoemes.net pour poster un commentaire.

 

 

Mes poèmes - Livre d'or - Liens - Moi

 

Hébergé gracieusement par MesPoemes.net - Créer un site internet