Le Théâtre (prose)
Il était déjà tard. La lumière blafarde des projecteurs tremblotait au-dessus de la scène. Il n’y avait personne dans la salle. Les rangées des sièges vides semblaient humbles et inutiles. Au fond de la scène des coups de marteau monotones se faisaient entendre: quelqu’un devait démonter les derniers décors.
Assise au bord de la scène, Ella avait plongé son regard dans le trou noir qu’était devenue la salle. Elle se demandait à quoi servaient ces sièges en l’absence de tout spectateur et pourquoi elle devait jouer chaque soir devant cette salle vide… Elle ne pouvait plus accepter cette vie absurde, cette vie sans but, sans souvenirs.
Ella voulait quitter la troupe au plus vite mais s’expliquer sur ce désir l’embarrassait fort.
Sa méditation fut soudainement interrompue par l’apparition sur la scène du Garçon de Verre. Sous son regard indifférent, il traversa prudemment la scène et s’arrêta devant elle.
Comme toujours, il avait l’air effrayé et triste. Ella essaya de lui toucher le bras mais le Garçon de Verre recula immédiatement. En effet, il avait peur d’être cassé. De toute sa vie, il n’avait jamais embrassé personne; il n’avait jamais serré la main de qui que ce soit. Sa fragilité l’avait isolé des gens. Seuls les spectacles le rendaient encore heureux.
Ella s’approcha du Garçon de Verre mais il la fuit. La fille aurait aimé le caresser, lui parler pour l’encourager. Pourtant, elle savait bien qu’il l’aurait évitée, tout soucieux de sa fragilité.
Le Garçon de Verre descendit dans la salle et s’assit sur un siège tandis qu’Ella se promenait de long en large de la scène. À un moment donné, elle lui demanda: “Tu es heureux?” Il répondit: “Non.” Ella enchaîna: “Veux-tu parler un peu avec moi?”. La réponse fut la même : “Non”. Déçue, Ella se tut.
Fâché et en proie à une sorte d’agitation, Le Garçon de Glace, revint des coulisses de son pas lourd, marmonnant des mots confus. Comme personne ne semblait lui prêter attention, il se mit à crier: “Imbéciles! Bande d’imbéciles! Il fait trop chaud dans ma chambre! Vous voulez que je fonde, n’est-ce pas?! Ah! un jour je quitterai ce pauvre théâtre!” Ella s’approcha de lui, essayant de l’apaiser. Mais il explosa à nouveau: “Tu es folle?! Ne me touche pas, tes mains sont chaudes!”
Timidement, Ella murmura: “Écoute, Glace, je voudrais partir …” Mais Glace ne l’écoutait pas.il continuait son soliloque: “Je retournerai chez moi, chez ma famille, au Pôle Nord. J’arrêterai ma carrière artistique…oui, oui! Je l’arrêterai bientôt!”. Il descendit de la scène et sa silhouette disparut dans le trou noir de la salle.
Ella se sentait intimidée. Son départ n’intéressait personne. Sa présence encombrait tout le monde. Des larmes s’écoulèrent sur son visage. De nouvelles voix s’entendaient dans les coulisses. C’était la Fille de Carton, accompagnée par son ami, le Bouffon. Après chaque spectacle ils avaient l’habitude de se promener ensemble partout dans le théâtre et ce soir-là ne faisait pas exception.
Ella, un peu surprise de les voir venir, les salua amicalement. Ils ne l’observèrent même pas, tout à leur partie de rigolade. Seulement après quelques tours de scène, le Bouffon s’aperçut de la présence d’une troisième personne. Il lui lança d’un ton indifférent : “ Qu’est-ce que tu fiches là ? Il est très tard!”. Elle répondit: “Rien. En fait, je voudrais vous annoncer mon départ…”
La nouvelle fit sourire les deux amis. Le Bouffon dit ironiquement: “ Tu manques de courage. Tu penses qu’ailleurs, ce sera mieux?! Moi, un seul espoir me fait vivre…l’espoir qu’un jour cette salle sombre sera remplie de gens qui riront à chacun de mes gestes! Je garde encore cet espoir! Mais toi, tu pars parce que tu n’es plus à même de former des rêves, de nourrir des espoirs…”
Ella le regardait, muette. Déjà, elle ne savait que trop que là-bas, personne ne l’aimait, personne ne la comprenait.
“Je partirai…..je partirai parce que…” fit Ella. Ne faisant plus attention à elle, le Bouffon sortit de la scène en gambadant comme un singe pour faire rire la Fille en Carton qui, pendant quelques minutes, demeura désemparée.
Ella lui tendit la main pour faire ses adieux mais la Fille ne répondit pas à son geste.
“Excuse-moi, mais je ne peux pas te serer la main. Je risque de chiffonner la mienne. Un jour, je compte faire grossir l’enveloppe de carton de mon corps; ce n’est qu’alors que je pourrai serrer la main des autres.” La Fille de Carton s’éloigna, un petit sourire discret aux lèvres.
Ella se sentait une étrangère sur cette scène. Elle ne pouvait plus supporter son incompatibilité avec ce théâtre et ses acteurs. Ella voulait trouver des amis qui n’auraient pas peur de fondre ni de se chiffonner. Elle voulait trouver des gens disposés à l’écouter.
Les projecteurs s’éteignirent l’un après l’autre. Tout plongea dans l’obscurité. Et alors, Ella entendit la voix triste du Garçon de Verre qui était resté assis sur son siège.
“Si je savais que je ne casserais pas, je viendrais avec toi; on partirait ensemble et, qui sait, un jour on bâtirait un autre théâtre, ailleurs”.
“Tu ne veux pas prendre des risques!”
“Je veux vivre, c’est tout!”répliqua le Garçon.
Ella ne dit plus rien. Elle sortit de la salle, en se faufilant à travers les rangées de sieges.
Dehors, la nuit noire baignait le desert de sable. Des milliers d’étoiles scintillaient dans le ciel. Ce n’étaient que les pas d’Ella qui troublaient le silence du désert. Elle ne savait pas encore quel était son rôle sur la Terre. Mais elle souhaitait ardemment le découvrir, au point qu’elle aurait pris tous les risques. Elle voulait jouer dans un autre spectacle dont le scénario serait écrit par elle- même. Enfin, elle souhaitait trouver ses propres spectateurs.
Bientôt, le théâtre ne fut qu’un un simple point à l’horizon.
Je sais que ce n'est pas un poème mais je veux beaucoup ajouter ce récit sur le site,
Assise au bord de la scène, Ella avait plongé son regard dans le trou noir qu’était devenue la salle. Elle se demandait à quoi servaient ces sièges en l’absence de tout spectateur et pourquoi elle devait jouer chaque soir devant cette salle vide… Elle ne pouvait plus accepter cette vie absurde, cette vie sans but, sans souvenirs.
Ella voulait quitter la troupe au plus vite mais s’expliquer sur ce désir l’embarrassait fort.
Sa méditation fut soudainement interrompue par l’apparition sur la scène du Garçon de Verre. Sous son regard indifférent, il traversa prudemment la scène et s’arrêta devant elle.
Comme toujours, il avait l’air effrayé et triste. Ella essaya de lui toucher le bras mais le Garçon de Verre recula immédiatement. En effet, il avait peur d’être cassé. De toute sa vie, il n’avait jamais embrassé personne; il n’avait jamais serré la main de qui que ce soit. Sa fragilité l’avait isolé des gens. Seuls les spectacles le rendaient encore heureux.
Ella s’approcha du Garçon de Verre mais il la fuit. La fille aurait aimé le caresser, lui parler pour l’encourager. Pourtant, elle savait bien qu’il l’aurait évitée, tout soucieux de sa fragilité.
Le Garçon de Verre descendit dans la salle et s’assit sur un siège tandis qu’Ella se promenait de long en large de la scène. À un moment donné, elle lui demanda: “Tu es heureux?” Il répondit: “Non.” Ella enchaîna: “Veux-tu parler un peu avec moi?”. La réponse fut la même : “Non”. Déçue, Ella se tut.
Fâché et en proie à une sorte d’agitation, Le Garçon de Glace, revint des coulisses de son pas lourd, marmonnant des mots confus. Comme personne ne semblait lui prêter attention, il se mit à crier: “Imbéciles! Bande d’imbéciles! Il fait trop chaud dans ma chambre! Vous voulez que je fonde, n’est-ce pas?! Ah! un jour je quitterai ce pauvre théâtre!” Ella s’approcha de lui, essayant de l’apaiser. Mais il explosa à nouveau: “Tu es folle?! Ne me touche pas, tes mains sont chaudes!”
Timidement, Ella murmura: “Écoute, Glace, je voudrais partir …” Mais Glace ne l’écoutait pas.il continuait son soliloque: “Je retournerai chez moi, chez ma famille, au Pôle Nord. J’arrêterai ma carrière artistique…oui, oui! Je l’arrêterai bientôt!”. Il descendit de la scène et sa silhouette disparut dans le trou noir de la salle.
Ella se sentait intimidée. Son départ n’intéressait personne. Sa présence encombrait tout le monde. Des larmes s’écoulèrent sur son visage. De nouvelles voix s’entendaient dans les coulisses. C’était la Fille de Carton, accompagnée par son ami, le Bouffon. Après chaque spectacle ils avaient l’habitude de se promener ensemble partout dans le théâtre et ce soir-là ne faisait pas exception.
Ella, un peu surprise de les voir venir, les salua amicalement. Ils ne l’observèrent même pas, tout à leur partie de rigolade. Seulement après quelques tours de scène, le Bouffon s’aperçut de la présence d’une troisième personne. Il lui lança d’un ton indifférent : “ Qu’est-ce que tu fiches là ? Il est très tard!”. Elle répondit: “Rien. En fait, je voudrais vous annoncer mon départ…”
La nouvelle fit sourire les deux amis. Le Bouffon dit ironiquement: “ Tu manques de courage. Tu penses qu’ailleurs, ce sera mieux?! Moi, un seul espoir me fait vivre…l’espoir qu’un jour cette salle sombre sera remplie de gens qui riront à chacun de mes gestes! Je garde encore cet espoir! Mais toi, tu pars parce que tu n’es plus à même de former des rêves, de nourrir des espoirs…”
Ella le regardait, muette. Déjà, elle ne savait que trop que là-bas, personne ne l’aimait, personne ne la comprenait.
“Je partirai…..je partirai parce que…” fit Ella. Ne faisant plus attention à elle, le Bouffon sortit de la scène en gambadant comme un singe pour faire rire la Fille en Carton qui, pendant quelques minutes, demeura désemparée.
Ella lui tendit la main pour faire ses adieux mais la Fille ne répondit pas à son geste.
“Excuse-moi, mais je ne peux pas te serer la main. Je risque de chiffonner la mienne. Un jour, je compte faire grossir l’enveloppe de carton de mon corps; ce n’est qu’alors que je pourrai serrer la main des autres.” La Fille de Carton s’éloigna, un petit sourire discret aux lèvres.
Ella se sentait une étrangère sur cette scène. Elle ne pouvait plus supporter son incompatibilité avec ce théâtre et ses acteurs. Ella voulait trouver des amis qui n’auraient pas peur de fondre ni de se chiffonner. Elle voulait trouver des gens disposés à l’écouter.
Les projecteurs s’éteignirent l’un après l’autre. Tout plongea dans l’obscurité. Et alors, Ella entendit la voix triste du Garçon de Verre qui était resté assis sur son siège.
“Si je savais que je ne casserais pas, je viendrais avec toi; on partirait ensemble et, qui sait, un jour on bâtirait un autre théâtre, ailleurs”.
“Tu ne veux pas prendre des risques!”
“Je veux vivre, c’est tout!”répliqua le Garçon.
Ella ne dit plus rien. Elle sortit de la salle, en se faufilant à travers les rangées de sieges.
Dehors, la nuit noire baignait le desert de sable. Des milliers d’étoiles scintillaient dans le ciel. Ce n’étaient que les pas d’Ella qui troublaient le silence du désert. Elle ne savait pas encore quel était son rôle sur la Terre. Mais elle souhaitait ardemment le découvrir, au point qu’elle aurait pris tous les risques. Elle voulait jouer dans un autre spectacle dont le scénario serait écrit par elle- même. Enfin, elle souhaitait trouver ses propres spectateurs.
Bientôt, le théâtre ne fut qu’un un simple point à l’horizon.
Je sais que ce n'est pas un poème mais je veux beaucoup ajouter ce récit sur le site,
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3 commentaires
imparfaitlibre · le lundi 7 mars 2011 à 01:46
amitiés sincères chère Anna--
domidom · le lundi 7 mars 2011 à 11:39
Quel séduisant dialogue entre ce trio, belle imagination ma chère amie, et même si ce n'est pas un poème ce récit est captivant....
Au plaisir de te lire...
Amitiés...
annette · le lundi 7 mars 2011 à 17:57
http://www.mespoemes.net/annette
Merci beaucoup! ;-D
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