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Les Lumières Nocturnes (Contes)

Absence

Le vendredi 8 février 2013 à 15:31, posté par Maxime · 168 lectures

Illustration du poème « Absence »
Absence


Chapitre 1

8 juillet ― La Pocatière. L'aube matinale fait son rayonnement quotidien.

― Belle journée en perspective! dis-je de façon sarcastique...

J'ai longtemps lorgné cette aube à travers la fenêtre de la maisonnée; presque humaine, on eût dit qu'elle est spectatrice de moi-même. Mes frères se préparent à déjeuner pour partir chez la famille immédiate, à une "fête" semble-t-il.

― Dépêche-toi, Maxime, on va être en retard, dit mon père.
― Lâche cette satanée fenêtre et grouille-toi! dit-il encore.

Je n'ai jamais aimé les fêtes, surtout familiales, où l'on doit faire semblant d'être heureux pour bien paraître devant ses proches. Autant que je sache, c'est toujours la même chose : beuverie mondaine des oncles et des tantes, et par-dessus tout, ce sempiternel lavage de linges sales; de vieilles vicissitudes, dont moi le premier ne veux entendre. C'est véritablement une corvée pour moi. J'y préfère le songe et l'abstraction à tout autre genre d'activité.

Les éclats lumineux de l'aurore me suivent jusques à la destination finale, lieu du rassemblement, chez ma grand-mère maternelle. Ils sont si puissants que j'en oublie la raison principale à laquelle je suis venu. Je me voudrais ailleurs, oui, je sais, devant les rebords fenêtrés à rêvasser, l'œil contemplateur.

À notre arrivée ― comme à l'habitude ―, je me fais tout petit, gêné, voire embarrassé de me mêler à ma seule famille, que je qualifierais d'hypocrite.

Vêtu de blanc, je suis bien mis. Ma mère, dit :

― Maxime, essaie de dire quelque chose, du moins! C'est impoli!

Aucun bruissement de mon corps ne se fait entendre à ce moment-là, sinon qu'un simple salut éminemment évasif. Je me sens comme prisonnier de mes mouvements.

Chapitre 2

8 juillet ― 5h00. De ma chambre, je contemple avec admiration ce qui me semble un lever matinal des plus banals. La fixité de mon regard m'inquiète. Mes bras et mes jambes sont lourds comme du béton; je suis maintenant apte à ressentir et à voir des choses que l'homme moyen ne peut percevoir.

8 juillet ― 6h00. La pluie de la veille avait gorgé le gazon d'alentour d'une fine couche d'eau. Je me vois, du haut de la montagne, amaigri et hanté, par la fenêtre du deuxième étage de la maison. Sans répit, je n'ai pu dormir, alerté par un besoin conscient d'être debout à une heure de la journée si précoce. J'ai écrit la nuit durant, et trop fatigué, l'esprit encore agité et pénétré par la réflexion, je reste éveillé, mu par une sorte de manie bipolaire.

Je ne tarde pas à avoir des frissons partout sur le corps, tellement j'ai chaud. J'ai l'impression que mon cœur va exploser. Je m'assieds devant ma table de chevet et je respire profondément : soudain, transporté dans un soupirail d'émotions, je me retrouve dans un drôle et lugubre endroit, pourtant très familier.

8 juillet ― 7h00. La chaleur qui y règne, digne du morcellement, dans toutes ces palettes de couleurs, me fait craindre le pire.

― Suis-je mort? dis-je tonitruant.
― Non! me répond une voix monocorde, mais dont la tonalité me rappelle quelqu'un : c'est-à-dire moi!

Apeuré, je me demande bien pourquoi je parle avec moi-même et je tente en vain de sortir de cet endroit minuscule et bizarre.

Je dis d'un ton nerveux : « que fais-je ici et pourquoi? »

L'endroit est désertique; il n'y a qu'une espèce de sablier qui s'écoule, mais plus j'essaie de m'en approcher, plus il s'éloigne. Je sens tout à coup mon paraître s'évanouir : je perds peu à peu l'usage de la parole; des images floues apparaissent en moi en boucle à une vitesse fulgurante à un point tel qu'il m'est impossible de les raccrocher à une réalité.

8 juillet ― 10 h 10. Puis, en échos, des cris et une femme. Je ne puis dire à cet instant présent par quels liens ils s'y rattachent.

8 juillet ― 11h00. Et vient l'heure fatidique de se rendre chez ma grand-mère pour le goûter.

Véritablement, je ne figure point à la mystérieuse fête ― pas plus que ma famille. L'endroit est vide et en décrépitude totale, de telle façon qu'on eût dit que le foyer de mes grands-parents était inoccupé depuis plusieurs années. Il pleut fortement. Je scrute les lieux avec intérêt : je remarque cependant deux choses; il y a beaucoup de terre en la vieille demeure ainsi qu'une blanche lumière devant l'une des fenêtres du solarium, comme s'il avait un quart de siècle qui s'était écoulé dans l'oubli.

Je m'approche, inquisiteur, à cette fameuse glace emplie d'un halo solaire. D'un coup, je suis projeté contre ce corps spectral, lequel est mon propre reflet : j'y vois, sous l'enfermement, ma famille fêter dans le plus grand des malheurs, dans un monde que je n'ai jamais connu et dont je ne figurerai jamais.

Chapitre 3

La veille, l'on m'avait vu pour la dernière fois chez moi avec mon frère jumeau à jouer au basketball dans l'entrée de cour. Mes parents avaient relaté que ce jour-là, j'avais l'attitude bizarre et l'air irritable : je dormais très mal.

Selon les enquêteurs de l'époque, cette affaire ne fut jamais résolue et nulle trace du jeune homme ne fut recensée depuis ce jour. Mais, vingt-cinq ans plus tard, la police retrouva une lettre de son cru, presque illisible de par la cendre qu'il y entourait dans cette vieille maison abandonnée :

8 juillet 2013 ― midi.

Bonjour,


Je m'appelle Maxime Courcy, et c'est mon anniversaire; je viens d'avoir mes vingt-cinq ans. Si vous lisez cette lettre, c'est qu'un retour éventuel n'est plus possible. À trop rêvasser d'un futur meilleur, je me suis perdu dans l'au-delà inaccessible. Sachez que je ne suis pas encore mort. Je passe, çà et là, chez mes grands-parents ainsi qu'au nid familial pour éveiller les contrastes d'antan des résidences chaque matin et midi. Recroquevillé en pensées, devant les immenses barreaux de mon existence qui entourent le cadrage de la fenêtre desquels je suis soumis, je suis constamment en quête de couleurs, d'harmonie et de renouveau domestique devant le regard impassible de l'infirmière passant devant moi...

Maxime



Sainte-Foy (Québec), 7 février 2013
Recueil : Les Lumières Nocturnes
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2 commentaires

domidom · le vendredi 8 février 2013 à 23:25

Un magnifique texte, j'espère qu'il y aura une suite!!!
Amitiés....Domie...

poesie101 · le vendredi 8 février 2013 à 23:35

Merci à toi!

Malheureusement, il n'y aura pas de suite, en tout cas, pas pour le moment.

Merci,

Maxime

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