L' Homme Et Le Chien

L’HOMME ET LE CHIEN
La fin du jour approche et la lune se lève
Sur la mer de rochers que battent les embruns ;
Au pied de la falaise un vieil homme et son chien
Prennent le frais du soir qui tombe sur la grève.
Le vieux grommelle après une vie de tourmente ;
Reposant son corps lourd à l’appui d’un bâton,
Courbé contre le vent, il avance à tâtons ;
Le chien court frétillant vers la marée montante.
L’homme se sent semé comme du pain rassis :
Quel compagnon fidèle est-ce là, qui cajole
Quand son auge est en jeu, et puis qui caracole
En laissant à cent lieues celui qui l’a nourri ?
Il essaie de siffler, mais c’est peine perdue,
Il agite les mains, triste pantin de bois ;
Il se veut souverain mais c’est lui qui aboie
La rage inexpliquée qu’il ne contrôle plus.
Le chien ne l’entend pas, il est déjà en lice,
Escaladant les rocs, glissant dans le varech,
Courant comme un perdu en direction des mouettes
Dont l’essaim blanc explose en un feu d’artifice.
L’homme rugit en vain, traite l’animal fourbe
De race de bâtard, puis s’élance en grondant ;
Mais âge et gravité ont un pacte adamant
Et l’envoient s’affaler dans un carré de tourbe.
Les oiseaux criblent l’air, s’égaillent en zigzag ;
Le chien fixe ce ciel que ses proies ont gagné :
Arrimé à la terre, il ne peut que pester,
Claquant des aboiements avalés par les vagues.
Quand son maître se lève, étreignant un bras raide,
Le chien est près de lui et agite la queue ;
Sa gaieté est hideuse à l’homme bien trop vieux
Qui veut rentrer chez lui : il connaît un remède.
Une fois dans son fief, l’homme égale les rois ;
Ici sa bête attend qu’on lui ouvre les portes.
Il la tire au grenier : « Nous verrons de la sorte
Si tu es aussi libre, étouffé sous un toit ! »
Il se retrouve seul face au tic-tac austère
De la pendule en toc ornant la cheminée
Où un feu chuintant meurt ; il tend sa main ridée
Mais il n’est plus gardien que d’un cachot désert.
Il n’y a plus de vie dans le moindre détail.
L’horloge frappe encore au rythme de la nuit
Et aiguillonne l’homme à regretter ses cris :
Il veut aimer son traître, embrasser sa canaille !
Il gravit en soufflant les marches une à une :
Soudain son compagnon devient sa raison d’être ;
Mais c’est trop tard, le chien a crevé la fenêtre
Et s’enfuit par les toits pour attraper la lune.
Samedi 3 Janvier 2004
La fin du jour approche et la lune se lève
Sur la mer de rochers que battent les embruns ;
Au pied de la falaise un vieil homme et son chien
Prennent le frais du soir qui tombe sur la grève.
Le vieux grommelle après une vie de tourmente ;
Reposant son corps lourd à l’appui d’un bâton,
Courbé contre le vent, il avance à tâtons ;
Le chien court frétillant vers la marée montante.
L’homme se sent semé comme du pain rassis :
Quel compagnon fidèle est-ce là, qui cajole
Quand son auge est en jeu, et puis qui caracole
En laissant à cent lieues celui qui l’a nourri ?
Il essaie de siffler, mais c’est peine perdue,
Il agite les mains, triste pantin de bois ;
Il se veut souverain mais c’est lui qui aboie
La rage inexpliquée qu’il ne contrôle plus.
Le chien ne l’entend pas, il est déjà en lice,
Escaladant les rocs, glissant dans le varech,
Courant comme un perdu en direction des mouettes
Dont l’essaim blanc explose en un feu d’artifice.
L’homme rugit en vain, traite l’animal fourbe
De race de bâtard, puis s’élance en grondant ;
Mais âge et gravité ont un pacte adamant
Et l’envoient s’affaler dans un carré de tourbe.
Les oiseaux criblent l’air, s’égaillent en zigzag ;
Le chien fixe ce ciel que ses proies ont gagné :
Arrimé à la terre, il ne peut que pester,
Claquant des aboiements avalés par les vagues.
Quand son maître se lève, étreignant un bras raide,
Le chien est près de lui et agite la queue ;
Sa gaieté est hideuse à l’homme bien trop vieux
Qui veut rentrer chez lui : il connaît un remède.
Une fois dans son fief, l’homme égale les rois ;
Ici sa bête attend qu’on lui ouvre les portes.
Il la tire au grenier : « Nous verrons de la sorte
Si tu es aussi libre, étouffé sous un toit ! »
Il se retrouve seul face au tic-tac austère
De la pendule en toc ornant la cheminée
Où un feu chuintant meurt ; il tend sa main ridée
Mais il n’est plus gardien que d’un cachot désert.
Il n’y a plus de vie dans le moindre détail.
L’horloge frappe encore au rythme de la nuit
Et aiguillonne l’homme à regretter ses cris :
Il veut aimer son traître, embrasser sa canaille !
Il gravit en soufflant les marches une à une :
Soudain son compagnon devient sa raison d’être ;
Mais c’est trop tard, le chien a crevé la fenêtre
Et s’enfuit par les toits pour attraper la lune.
Samedi 3 Janvier 2004
13 commentaires
Patrice · le samedi 27 mars 2010 à 22:11
J'ai bien aimé ce que vous avez écrit dans la rubrique "libre expression", la satisfaction est une fleur très fragile, jamais définitive.
www.mespoemes.net/patrice
alto · le dimanche 28 mars 2010 à 11:15
peu...Salut!
http://www.mespoemes.net/alto
dagolaborel · le lundi 23 août 2010 à 01:50
http://www.mespoemes.net/dagolaborel
voicileure · le lundi 23 août 2010 à 01:51
Bravo !
http://www.mespoemes.net/voicileure
Libelle/Calibellule · le lundi 23 août 2010 à 01:53
Je suis restée accrochée à la "chute", moi aussi. ;-)
C'est un très beau poème, et j'aime ton Art, cher Loïc !
imparfaitlibre · le dimanche 26 septembre 2010 à 18:06
même s'ils nous font crier, on les aime toujours, et quand ils ne sont plus, on les cherche encore.
amitiés sincères.
http://www.mespoemes.net/imparfaitlibre
imparfaitlibre · le dimanche 26 septembre 2010 à 18:08
je lis rarement les poèmes aussi long, problème de concentration, quand j'arrive à la fin, j'ai oublié le début! je suis tête en l'air!!!!
http://www.mespoemes.net/imparfaitlibre
fanfan23 · le samedi 12 mars 2011 à 23:04
http://www.mespoemes.net/fanfan23
Bonsoir mon ami Loîc,
Que de belles images,on dirait les scènes d'un film.Très beau poème.
Un chien têtu et son maitre aigri.Tu as parfaitement illustré les différences de l'animal et de son maitre.Amitiés.Au plaisir de te lire..Ton ami fanfan23
Loïc · le dimanche 13 mars 2011 à 16:31
Merci de ton passage !
oliverjane1950 · le mercredi 8 février 2012 à 08:14
Oliverjane.
http://www.mespoemes.net/oliverjane1950
Loïc · le jeudi 9 février 2012 à 13:08
Mais de toutes façons, il n'était pas vraiment question d'un chien ici ; le poème est une métaphore que j'ai mis plusieurs années à comprendre moi-même. Comme je ne l'ai jamais expliqué à l'époque du post (où pourtant j'avais déjà compris), je vais le faire ici :
Le vieil homme et le chien sont deux facettes conflictuelles de ma personne à l'époque où le poème a été écrit (2004). Je venais d'avoir mon diplôme de prof, et la perspective d'entrer dans la vie active, avec un vrai métier, et d'être sur des rails jusqu'à la fin de ma vie m'a traumatisé sur le moment. Pour moi c'était la fin de la jeunesse. Quand j'ai écrit le poème( qui m'est venu naturellement), je ne savais pas ce que j'y disais ; mais j'ai fini par comprendre que le vieil homme symbolisait l'immobilisme ou la fin d'une vie, tandis que la facette "chien fou" tentait de lui échapper et de retrouver la liberté qui était la mienne avant 2004.
Ecrire sans réfléchir donne souvent des résultats étonnants et révélateurs...
Amitiés !
oliverjane1950 · le jeudi 9 février 2012 à 20:53
http://www.mespoemes.net/oliverjane1950
Loïc (coms sur le repost de 2016) · le mardi 15 mars 2016 à 12:19
bonsoir loic.il est super ce poème!!!!émouvant et triste,mais bien écrit,ce rapport entre l'homme et l'animal.y'a des passages magnifiques!!l'homme et le chien,face a la mer,les rochers.tous les deux sont seuls face a l'immensité de la mer,de la nature.ils s'aiment bien tous les deux,et puis,a la fin,c'est l'incommunicabilité ,la solitude chacun de son côté.c'est ce que j'ai perçu.merci loic pour cette lecture.amitiès.
Philip (JARDIN DE LUNE) le mardi 08 mars 2016, à 10:28
Un poème intéressant Loïc, presque une nouvelle mise en poésie.
Ton poème me fait penser à cette poésie en prose de Baudelaire,tirée du "Spleen de Paris", le Désespoir de la Vieille.
Grinçant. Mais ton écrit est encore plus grinçant, car il est évoqué la privation de liberté pour ce qui est jeune, vivant, vigoureux, que ce fût un simple animal.
De belles formulations, classieuses à mon goût, dans l'écriture, à l'instar de ton :
"la gaîté est hideuse à l'homme bien trop vieux".
Une fin presque "attendue", à la Loïc.
(la musique : ben oui, je sais, ce morceau de VH est un peu kitsh, pas à la hauteur de ce qu'a fait de mieux le groupe. T'inquiète, comme tout le monde, j'ai souvent écouté "Dreams"....en attendant mieux. Amitiés. Philip
(www.mespoemes.net/philipchevalier)
Cerise le mardi 08 mars 2016, à 18:20
Coucou Loïc !
Oh le voyou ! Hi hi ça sent le vécu...non ?
J'ai beaucoup aimé ton poème qui me rappelle tes nouvelles...
Et j'ai eu de la peine pour ce pauvre monsieur...sourire.
Au fait...si si j'ai bien vu Marillion deux fois avec Fish...à quelques mois d'intervalles dans l'est de la France et en Allemagne si ma mémoire est bonne.
Bises et belle soirée surtout...sourire
Béatrice
Loïc le mardi 08 mars 2016, à 23:41
GUILLAUME : En fait, comme je le disais sur les coms de la version d'origine, ce poème est particulier. Non, je ne suis pas vieux, et non, je n'ai pas de chien, et quand j'en avais, je ne l'aurais pas brutalisé... mais les deux, le vieux et le chien, sont des facettes de MA personnalité à l'époque. Je me sentais piégé par le fait que je venais d'avoir mon diplôme de prof et que ça me mettait sur des rails pour le reste de ma vie, et je résistais au changement en écrivant cette fable.
Il m'a fallu des années pour comprendre ce poème.
Finalement, dans la réalité, ni le vieux ni le chien n'ont gagné.Ils cohabitent.
Merci Guillaume !
Loïc le mardi 08 mars 2016, à 23:55
PHILIP : Ne me parle pas de Baudelaire, tu sais que je ne l'aime pas. Moi c'est Rimbaud. C'est le chien.
Et dans ce poème, ma ligne préférée, c'est "Il n'y a plus de vie dans le moindre détail". Faut dire que ça a été écrit dans un contexte pas drôle. Tu sais.
En ce qui concerne Van Halen, leur musique (pré ou post-Hagar) a toujours été hyper-énergétique, et m'a aidé à traversé des périodes difficiles. Quand j'ai raté ma Maîtrise (parce que je ne foutais rien... heureusement qu'à l'époque une License suffisait pour tenter le CAPES), la déprime de ce premier et seul échec académique de ma vie a été soutenu par Van Halen en boucle. Rien ne dépassera leur premier album... mais pour la période Hagar, "5150" (qui contient "Dreams") était mon favori. J'étais fasciné par la ballade "Love Walks In" aussi. Dans tous les cas, VH ne seraient pas capable de faire du triste, même quand ils essaient !!
Allez, bye et merci !
Loïc le mardi 08 mars 2016, à 23:58
CERISE : Oui, bon, ces histoires de Fish, va falloir arrêter de retourner le couteau, non ? Espèce de coquinoute, va. Si tu poursuis, un terrible malheur va s'abattre sur toi et ta famille. Comme disait Gelück, ta maison va brûler, ou tu vas gagner l'intégrale de Pierre Bachelet.
Bon passons ! Pour le "côté vécu", vois ma réponse à Guillaume !
Bises et merci ! (de ta cruauté.)
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