Venise Engloutie

VENISE ENGLOUTIE
Sous la torche et la lune, au son des tambourins,
La Venise des fous bouscule son sommeil,
Tourbillon de volants, de musique et de vin
Apportant la chaleur de soirées sans pareilles.
Un loup d’or et sa mie, belle au masque de gypse
Ajoutent leur éclat au duos de la ronde
Où la robe et l’épée, la topaze et l’onyx,
Mêlent dans leur brasier feux noirs et fumées blondes.
Une rancœur les suit parmi les étincelles,
Goutte sombre noyée dans des remous d’argent,
Brûlant d’ôter la vie à la femme infidèle
Hors d’atteinte ; il faut donc s’occuper de l’amant.
Celui-ci hume l’air, de parfum en parfum,
Croit revoir un loup rouge et une longue cape ;
Mais sa belle de gypse aux ailes de satin
L’entraîne dans la danse et la vision s’échappe.
Elle vibre, elle rit, ses dents blanches s’animent,
Son pied vole et défait l’entrelacs des rosaces,
Guidant le loup doré vers le bord de l’abîme
Le long d’un fil perdu en son Palais des Glaces.
Il pivote en cadence, écoutant l’émotion
Du corps sous les gants bruns et la robe d’argent.
Son cœur s’emballe alors : parcouru d’un frisson,
Il sent soudain le poids d’un malheur imminent.
Un fantôme surgit dans un relent de tombe
Et aspire l’espace entre l’or et le gypse :
Un reflet de folie, une étoile qui sombre,
La lumière vacille ; un choc, et c’est l’éclipse.
« Etrange, songe l’or, la ronde des rosaces
Ralentit ; et pourtant, nous n’avions pas fini… »
Mais les yeux perlés d’ombre ont transpercé son masque
Et la main parée d’ocre a transpercé sa vie.
Des mots doux s’insinuent à travers le silence,
Sur les flancs d’un brouillard de couleurs ils tournoient ;
« Tu as manqué un pas, tu as brisé la danse,
Mais mon amour est tel que je pars avec toi. »
Une dame au loup rouge fend la foule en délire
Et s’abat près du couple habillé de carmin ;
La belle au masque blanc rend son dernier soupir,
Des larmes sur les joues, un stylet dans la main.
Dimanche 1er Février 2004
Sous la torche et la lune, au son des tambourins,
La Venise des fous bouscule son sommeil,
Tourbillon de volants, de musique et de vin
Apportant la chaleur de soirées sans pareilles.
Un loup d’or et sa mie, belle au masque de gypse
Ajoutent leur éclat au duos de la ronde
Où la robe et l’épée, la topaze et l’onyx,
Mêlent dans leur brasier feux noirs et fumées blondes.
Une rancœur les suit parmi les étincelles,
Goutte sombre noyée dans des remous d’argent,
Brûlant d’ôter la vie à la femme infidèle
Hors d’atteinte ; il faut donc s’occuper de l’amant.
Celui-ci hume l’air, de parfum en parfum,
Croit revoir un loup rouge et une longue cape ;
Mais sa belle de gypse aux ailes de satin
L’entraîne dans la danse et la vision s’échappe.
Elle vibre, elle rit, ses dents blanches s’animent,
Son pied vole et défait l’entrelacs des rosaces,
Guidant le loup doré vers le bord de l’abîme
Le long d’un fil perdu en son Palais des Glaces.
Il pivote en cadence, écoutant l’émotion
Du corps sous les gants bruns et la robe d’argent.
Son cœur s’emballe alors : parcouru d’un frisson,
Il sent soudain le poids d’un malheur imminent.
Un fantôme surgit dans un relent de tombe
Et aspire l’espace entre l’or et le gypse :
Un reflet de folie, une étoile qui sombre,
La lumière vacille ; un choc, et c’est l’éclipse.
« Etrange, songe l’or, la ronde des rosaces
Ralentit ; et pourtant, nous n’avions pas fini… »
Mais les yeux perlés d’ombre ont transpercé son masque
Et la main parée d’ocre a transpercé sa vie.
Des mots doux s’insinuent à travers le silence,
Sur les flancs d’un brouillard de couleurs ils tournoient ;
« Tu as manqué un pas, tu as brisé la danse,
Mais mon amour est tel que je pars avec toi. »
Une dame au loup rouge fend la foule en délire
Et s’abat près du couple habillé de carmin ;
La belle au masque blanc rend son dernier soupir,
Des larmes sur les joues, un stylet dans la main.
Dimanche 1er Février 2004
14 commentaires
voicileure · le vendredi 9 avril 2010 à 12:51
Très belle écriture, jolis quatrains, tout y est, même le suspense !!
Bravo à vous
Amicalement
http://www.mespoemes.net/voicileure
voicileure · le vendredi 9 avril 2010 à 12:52
--
http://www.mespoemes.net/voicileure
Loïc · le vendredi 9 avril 2010 à 18:21
Den Hall · le lundi 24 mai 2010 à 23:51
Un vocabulaire soigné, une intrigue, un rythme, juste une toute petite chose, les trois gypses qui doivent être voulus, me taquinent!
Mais les deux dernières strophes: un bonheur!
Loïc · le mardi 25 mai 2010 à 01:46
Bien entendu, la triple occurrence de gypse est voulue : elle participe à l'intrigue, car la manière de déterminer qui a fait quoi et surtout pourquoi est basée sur la compréhension du "code-couleurs" !
Amitiés
nemo · le jeudi 26 août 2010 à 21:53
Nemo · le samedi 28 août 2010 à 14:22
Loïc · le samedi 28 août 2010 à 14:23
Si le film "Les Amants de Vérone" était censé apporter une solution, malheureusement je ne l'ai pas vu... J'ai 30 ans, pour ma misérable défense, et le nombre de films pré-sixties que j'ai vus se comptent sur les doigts d'une main... Mais je me procurerai le film par curiosité.
Nemo · le samedi 28 août 2010 à 14:23
Voici le dénouement du film :
Angelo (=Roméo) rencontre Georgia (=Juliette). Georgia habite un étonnant palais vénitien ... Raffaelo convoite Georgia... Angelo et Georgia s'aiment : leur histoire ressemble étrangement à celle des héros de Shakespeare : les deux jeunes amants vivent un amour impossible. Georgia, rentre à Venise, Angelo est attiré dans le palais. Raffaelo tente de faire tuer Angelo qui, grièvement blessé va mourir dans les bras de Georgia. La jeune fille s'ouvre les veines sur son cadavre...
Ce n'est probablement pas la solution, mais il faut avouer qu'il y a une curieuse ressemblance entre les deux histoires, n'est-il pas vrai ?
Le jaloux (la rancoeur) épie le couple et fait tuer l'amant (le loup doré) par le loup rouge et la jeune fille (le masque blanc) se tue (en s'ouvrant les veines avec le stylet)...
La question que je me pose, c'est pourquoi Venise ENGLOUTIE ?
Affaire à suivre...
Loïc · le samedi 28 août 2010 à 14:30
En ce qui concerne le film, je vois le rapport à présent. Mais... non, ce n'est pas ce qui se passe dans le poème, même s'il y a évidemment un triangle amoureux... Car il n'y est pas fait mention d'un "loup doré" après tout, la couleur a été mal interprétée. Mais je suis sûr qu'une relecture sans trop de maux de tête suffira pour révéler ma fourberie...
Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) · le lundi 19 mars 2012 à 08:36
Non seulement ton poème m'interpelle, car Venise est un endroit magique que j'adore, mais ton écrit est fluide, parfait en écriture, ce qui permet au lecteur d'être bercé comme au rythme d'une musique qui ondoie en cadence. Autre réflexion : je pense que l'on peut écrire à satiété sur la Ville des Doges, sans jamais se lasser. Mon récent poème sur Venise et même mes "Cimaises défuntes" postée en décembre s'imbriquent dans ta Venise engloutie, comme dans tant d'autres tableaux poétiques que sauraient faire nos amis poètes. Amitiés. Philip.
http://www.mespoemes.net/philipchevalier
Loïc · le lundi 19 mars 2012 à 12:32
Quant aux recoupements entre les poèmes de divers membres, ils arrivent souvent. De temps en temps, on trouve même des poèmes quasiment jumeaux ! ou encore, un thème très précis abordé de façon complètement différente. Les comparaisons sont toujours enrichissantes...
Amitiés !
Salus · le vendredi 31 mai 2013 à 16:40
et enlevé !
une ondulation presque sans heurt
Bravo.
Petits détails ?
Je pense qu'il y a un gypse de trop, et que son féminin, même s'il est justifié, sonne un peu "plâtreux"
- Toujours ce "et" qui me tarabuste !
- les 13 "pieds" au premier vers du dernier quatrain doivent être intentionnels, du reste, ils passent PRESQUE, mais...qu'est ce qui les justifient ?
Gypse/onyx, je trouve ça très bien !
Ce poème est excellent - on y trouve même une pincée de cette folie que j’espère de vous !
Chapeau !
amitiés,
Tofe
Loïc · le vendredi 31 mai 2013 à 18:25
Eeeet je n'avais jamais remarqué, en 9 ans, qu'il y avait 13 pieds au vers indiqué ! C'est TRES ennuyeux à cette césure-là parce que j'ai absolument besoin de "loup rouge"...
Il y a des hiatus, je sais ; ce poème date d'une époque où je ne connaissais même pas le mot "classique". J'écrivais des alexandrins en respectant seulement le nombre de pieds et la rime (et encore ! cf "rosaces/masques"...).
Merci pour cet échange ! Amitiés.
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