Balle Perdue

BALLE PERDUE
Projectile qu’on sème en un brouillard profond,
Un plomb d’homme se noie, ricoche, et parfois blesse ;
Oublié le baptême : au sortir du canon,
La balle allait plus droit qu’en ce vol sans noblesse.
Le bruit se fait muet, n’est plus qu’un souvenir
S’absentant lentement ; c’est sur l’aile d’un souffle,
Un son si désuet qu’on ne l’entend frémir,
Que le point noir se rend au blanc qui l’emmitoufle.
Passent les monts, les mers et les ports entrevus,
Passent les plaines d’or comme passent les rêves ;
Et l'élan est amer, lorsque nul ne peut plus
Altérer son essor et demander les trêves ;
Car le chaos décide, impassible, impartial,
Sur quelle âme frapper aux portes de la brume,
De quel miroir acide effacer le glacial
Sans pourtant se couper aux éclats d’amertume
Et mourir de se voir. Puisque le vent du large
Ne se lasse de tordre un par un les rameaux
Offerts à l’abattoir sous sa pesante charge,
L’esprit doit forcer l’ordre en dépit de ses maux.
Mais c’est le même vent qui, mordant le brouillard,
Préférant le cyclone à la brise insipide,
Accorde autant qu’il prend à l’éternel fuyard
Surpris par une aumône au carrefour du vide ;
Et de tours en détours, sur des ailes de fer,
La balle trouve et perd les landes lumineuses ;
Mais il se peut qu’un jour, en sachant toucher l’air,
Elle tire un chant clair de ses violes brumeuses.
Lun 6 –Dim 13 Juin 2011
Projectile qu’on sème en un brouillard profond,
Un plomb d’homme se noie, ricoche, et parfois blesse ;
Oublié le baptême : au sortir du canon,
La balle allait plus droit qu’en ce vol sans noblesse.
Le bruit se fait muet, n’est plus qu’un souvenir
S’absentant lentement ; c’est sur l’aile d’un souffle,
Un son si désuet qu’on ne l’entend frémir,
Que le point noir se rend au blanc qui l’emmitoufle.
Passent les monts, les mers et les ports entrevus,
Passent les plaines d’or comme passent les rêves ;
Et l'élan est amer, lorsque nul ne peut plus
Altérer son essor et demander les trêves ;
Car le chaos décide, impassible, impartial,
Sur quelle âme frapper aux portes de la brume,
De quel miroir acide effacer le glacial
Sans pourtant se couper aux éclats d’amertume
Et mourir de se voir. Puisque le vent du large
Ne se lasse de tordre un par un les rameaux
Offerts à l’abattoir sous sa pesante charge,
L’esprit doit forcer l’ordre en dépit de ses maux.
Mais c’est le même vent qui, mordant le brouillard,
Préférant le cyclone à la brise insipide,
Accorde autant qu’il prend à l’éternel fuyard
Surpris par une aumône au carrefour du vide ;
Et de tours en détours, sur des ailes de fer,
La balle trouve et perd les landes lumineuses ;
Mais il se peut qu’un jour, en sachant toucher l’air,
Elle tire un chant clair de ses violes brumeuses.
Lun 6 –Dim 13 Juin 2011
27 commentaires
Nieustanny · le dimanche 12 juin 2011 à 18:43
Amitiés.
imparfaitlibre · le dimanche 12 juin 2011 à 21:35
Elle ne choisit pas, elle est juste là, libre de se perdre ou de donner la mort.
Un sujet sur lequel j'avais écrit un jour "la mort comme une fleur au canon d'un fusil"...
un très beau poème avec de belles métaphores mais qui réveille en moi de bien tristes souvenirs provoqués par une balle perdue.
Amitiés sincères Loïc----
http://www.mespoemes.net/imparfaitlibre
worrell02 · le lundi 13 juin 2011 à 07:43
Amitiés
Ivy
http://www.mespoemes.net/worrell02
merenvue · le lundi 13 juin 2011 à 10:35
une suberbe plume que vous avez là
bonne journé
merci pour ce doux partage poétique
mimi
Loïc · le lundi 13 juin 2011 à 13:49
Imparfait et Ivy : Attention, "la balle" n'est pas un instrument, mais une personne, y compris nous-même. On est lâchés plus ou moins à l'aveuglette, avec au début les certitudes illusoires de l'enfance (le "tir droit") qui se mue en ricochets assez peu contrôlés. Quant aux autres balles perdues qu'on prend, j'avais commencé à en parler, mais ça commençait à faire vraiment fouillis.
Mimi : Triste ? Un peu mélancolique peut-être, mais j'ai essayé d'équilibrer.
Merci à tous de votre passage !
Ivy · le lundi 13 juin 2011 à 14:53
Cela dit, une personne peut faire bien des dégats, avec ou sans balle, ou sans dire un mot!
Loïc · le lundi 13 juin 2011 à 15:01
perceneige · le lundi 13 juin 2011 à 15:36
Superbe écrit bravo
Béatrice
Loïc · le lundi 13 juin 2011 à 17:33
Merci de ton passage !
perceneige · le lundi 13 juin 2011 à 19:32
amitiés Béa
imparfaitlibre · le lundi 13 juin 2011 à 21:05
amitiés sincères Loïc.--
http://www.mespoemes.net/imparfaitlibre
poesie101 · le lundi 13 juin 2011 à 21:51
Belle balade avec cette balle « perdue » qui ne perd sans nul doute les paysages évoqués en ce poème!
Note : préfèrant = é, glacial = diérèse, mais je connais tes libertés prosodiques.
Maxime
Loïc · le mardi 14 juin 2011 à 00:25
Imparfait : C'est comme pour les "Mouztiques" sur cellox2, à la fin je ne te cache pas que j'en avais un peu marre ! Mais je trouve que c'est un bon exercice d'imagination, et qu'en plus ça donne du rythme. Je l'avais déjà fait sur "Icebergs Mouvants" il y a un an. Je crois d'ailleurs que c'est fini pour 12 mois de plus !
Maxime : Il y a les paysages que l'on passe sans pouvoir/savoir s'arrêter, et ceux dans lesquels on séjourne. Merci pour l'accent, il vient du fait que c'était "préfère" avant retouche... Quand à la diérèse sur glacial, en effet je ne la respecte plus depuis longtemps, mais j'essaie autant que possible de limiter l'emploi des mots à diérèse, comme ça tout le monde est content ; là, j'ai fait une exception (comme à "vi-oles" au dernier vers). Comme autre entorse, il y a aussi "noie" au vers 2, non suivi d'une voyelle (l'autre micro-règle que je ne respecte plus).
Amitiés à tous !
domidom · le mardi 14 juin 2011 à 11:04
C'est très bien fait , et ceci prouve combien des mots lâchés au hasard sont dangereux et peuvent avoir des résonances percutantes...
Une petite chose...
(Dans les deux premiers vers du troisième quatrain, tu répètes trois fois le mot passent, je croyais que c'était interdis, tu peux m'éclairer?.
Mes amitiés...
Domie
Loïc · le mardi 14 juin 2011 à 13:05
Quant au cheminement de "la balle", je ne le vois pas (ici) irréfléchi, mais incontrôlé. Qui peut vraiment dire qu'il maîtrise ce qui lui arrive ? On peut atteindre une certaine mesure de contrôle, c'est certain, mais son confort est en fait illusoire.
Amitiés Domi !
larose · le mardi 14 juin 2011 à 13:12
Bonne et belle journée
amitiés
domidom · le mardi 14 juin 2011 à 13:39
En ce qui concerne (irréfléchi) (incontrôlé), c'est curieux, il est une expression que l'on emploi souvent chez nous...
(Il suffit de réfléchir pour contrôler ses émotions)...
Pour moi, ces deux mots ont pratiquement la même résonance, ceci ne veut pas dire que l'on peut, ou ne peut pas, maîtriser son destin...
Amitiés...Domie...
Loïc · le mardi 14 juin 2011 à 14:38
Domi : Tu as raison, j'aurais sans doute dû dire "incontrôlable", pas "incontrôlé". Parce que finalement, la réflexion a forcément ses limites, et si on dit qu'elle peut influer légèrement sur "le vol de la balle", il n'en reste pas moins qu'elle ne peut rien contre les forces du hasard.
Amitiés à toutes deux.
Goug · le lundi 20 juin 2011 à 18:50
A bientôt et au plaisir de te lire.
http://www.mespoemes.net/myworld
addycti0npoemes · le lundi 20 juin 2011 à 19:28
----
http://www.mespoemes.net/addycti0npoemes
Loïc · le mardi 21 juin 2011 à 00:08
Addycti0n : Pas de quoi, j'ai vu que tu te plaisais chez nous, alors ça m'a fait plaisir. Bonne route !
Amitiés à toutes deux !
salus · le jeudi 20 juin 2013 à 16:15
Ça se coule sans heurt, comme un Vigny, à la métaphore hugolienne !
décidément tu gagne à être relu.
Écoute, il y a un poème superbe sur les coms des "tombes"
poème du Zutiste (lemecducercle..), il s’appelle BARBARIE
Tu pourrais, par exemple, le filer à "COLLECTIF", dont c'est le karma, pour qu'il profite à tous ?
Amitié,
Salus
salus · le jeudi 20 juin 2013 à 17:37
BARBARIE, il est sur les com de
A SUIVRE, chez Salus !
(Mais bon, le propos est le même !)
Loïc · le vendredi 21 juin 2013 à 17:51
Quant au poème de Zutique, il faut le proposer en com à Collectif, car je n'ai pas de contact avec ce dernier, mais également demander la permission préalable de Zutique, évidemment.
Amitiés Salus !
http://www.mespoemes.net/cellox
salus · le vendredi 21 juin 2013 à 20:42
Venu, lu, et compris !
Merci,
Salus
salus · le dimanche 23 juin 2013 à 14:48
Pardon, me suis mal exprimé !
C'est un poème de L'Amercenaire !
Confusions,
Salus
Loïc · le lundi 24 juin 2013 à 12:35
J'ai vu (avec beaucoup de retard) que tu cherchais son contact mail. Pourquoi ne pas m'avoir demandé directement ? Le réflexe, c'est "question = Loïc" ; les membres ne sauront en général pas te répondre ni sur le côté technique ni sur la question des adresses mail, puisque je suis le seul à les avoir sauf dans le rare cas où deux membres se les sont échangées.
Pareil pour ton poète de la SPF ; comme mon ami personnel Philip en fait partie, je lui ai demandé d'essayer de te dégotter son contact, mais avec du retard parce que je n'ai pas vu la question tout de suite. Ecris-moi pour toute question !
Bonne journée Salus.
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