Eléments Pt.3 : La Falaise Des Vents

ELEMENTS Pt III :
LA FALAISE DES VENTS
Fracas, ire et passion, en un chaudron brûlant,
Soufflent leur vain tonnerre sous le mur imprenable
D’une falaise dont les flots clament le flanc ;
A son faîte, un enfant que la fureur accable
A l’oreille des vents dépose une prière.
« Si l’un de mes soupirs peut égaler vos chants,
Je veux qu’il couvre enfin cette rage guerrière
Et ramène la paix ; mais les rocs sont tranchants,
L’onde fière et puissante, et le cor du combat
Impossible à noyer ». Or la brise réplique :
« Que le flot s’assagît ou que le roc tombât,
L’issue, dès l’origine, excluait la supplique…
Veux-tu la fin du bruit ? Veux-tu que plie le monde ?
Ne mendie rien, mais prends, prends sans plus souhaiter,
Comme la pierre et l’eau, parle fort, saille ou gronde ;
Inspire-nous l’instant que nous pourrions fêter. »
Puisant alors en lui cette troisième voix,
L’enfant expulse l’air de ses poumons de braise
En un cri salvateur ? ébranle les convois
Des typhons assoupis posés sur la falaise.
Quand le ciel fond sur lui, répondant sans attendre
A coups d’ombres sans nom vomissant des éclairs
Plus brutaux que le feu né d’une seule cendre,
Et qui frappent sans fin où s’acharnaient les mers,
Il est déjà trop tard pour retenir les bêtes,
Car la terre a trouvé un ennemi fervent
En l’orgueil implacable et les joies imparfaites
D’un point noir qui ne veut lâcher la main du vent…
Et lorsque cède enfin la muraille mourante
Sous la foudre grondant à travers sa prison
De noirceur, et qu’au bout de son agonie lente
Elle reçoit de l’onde une amère oraison,
Un enfant siège encore où se dressait la pierre,
Juché sur le radeau d'un zéphyr si ténu
Qu’il n’est presque qu’un rêve, et sa main droite enserre
Ces impalpables doigts qui seuls l’ont retenu.
« Ce royaume de vent ne sera pas pour toi »,
Murmure l’air, « ta foi trouvera sa mesure :
On ne vole qu’un temps. Le ciel peut être un toit,
Mais ne pourra rester ce plancher qui t’assure.
Voudras-tu d’un vallon ? » « Mais la terre est décombres. »
« La mer te tend les bras. » « Mais la mer veut mon corps. »
« Elle soulagerait ce poids dont tu t’encombres ! »
« Le corail sur les os soulage-t-il les morts ?
Si vous ne m’aimez pas, lâchez-moi maintenant. »
Mais les vents et les flots ont commune frontière,
Et parlers d’ambassade en concert bouillonnant ;
Un concile se tient bientôt sur l’onde altière.
Or, la falaise ouverte, et l’humain son sésame,
La dette est sans appel : la mer prête ses reins
Pour que vive l’enfant, cavalier de la lame
Entre deux éléments, chevauchant les embruns.
Dim 14 - Ven 19 Août 2011
LA FALAISE DES VENTS
Fracas, ire et passion, en un chaudron brûlant,
Soufflent leur vain tonnerre sous le mur imprenable
D’une falaise dont les flots clament le flanc ;
A son faîte, un enfant que la fureur accable
A l’oreille des vents dépose une prière.
« Si l’un de mes soupirs peut égaler vos chants,
Je veux qu’il couvre enfin cette rage guerrière
Et ramène la paix ; mais les rocs sont tranchants,
L’onde fière et puissante, et le cor du combat
Impossible à noyer ». Or la brise réplique :
« Que le flot s’assagît ou que le roc tombât,
L’issue, dès l’origine, excluait la supplique…
Veux-tu la fin du bruit ? Veux-tu que plie le monde ?
Ne mendie rien, mais prends, prends sans plus souhaiter,
Comme la pierre et l’eau, parle fort, saille ou gronde ;
Inspire-nous l’instant que nous pourrions fêter. »
Puisant alors en lui cette troisième voix,
L’enfant expulse l’air de ses poumons de braise
En un cri salvateur ? ébranle les convois
Des typhons assoupis posés sur la falaise.
Quand le ciel fond sur lui, répondant sans attendre
A coups d’ombres sans nom vomissant des éclairs
Plus brutaux que le feu né d’une seule cendre,
Et qui frappent sans fin où s’acharnaient les mers,
Il est déjà trop tard pour retenir les bêtes,
Car la terre a trouvé un ennemi fervent
En l’orgueil implacable et les joies imparfaites
D’un point noir qui ne veut lâcher la main du vent…
Et lorsque cède enfin la muraille mourante
Sous la foudre grondant à travers sa prison
De noirceur, et qu’au bout de son agonie lente
Elle reçoit de l’onde une amère oraison,
Un enfant siège encore où se dressait la pierre,
Juché sur le radeau d'un zéphyr si ténu
Qu’il n’est presque qu’un rêve, et sa main droite enserre
Ces impalpables doigts qui seuls l’ont retenu.
« Ce royaume de vent ne sera pas pour toi »,
Murmure l’air, « ta foi trouvera sa mesure :
On ne vole qu’un temps. Le ciel peut être un toit,
Mais ne pourra rester ce plancher qui t’assure.
Voudras-tu d’un vallon ? » « Mais la terre est décombres. »
« La mer te tend les bras. » « Mais la mer veut mon corps. »
« Elle soulagerait ce poids dont tu t’encombres ! »
« Le corail sur les os soulage-t-il les morts ?
Si vous ne m’aimez pas, lâchez-moi maintenant. »
Mais les vents et les flots ont commune frontière,
Et parlers d’ambassade en concert bouillonnant ;
Un concile se tient bientôt sur l’onde altière.
Or, la falaise ouverte, et l’humain son sésame,
La dette est sans appel : la mer prête ses reins
Pour que vive l’enfant, cavalier de la lame
Entre deux éléments, chevauchant les embruns.
Dim 14 - Ven 19 Août 2011
14 commentaires
worrell02 · le vendredi 19 août 2011 à 08:51
Je me suis 'amusée' à lire du bas vers le haut, en partant de l'avant dernier strophe!
Amitiés
Ivy
http://www.mespoemes.net/worrell02
aouina · le vendredi 19 août 2011 à 12:16
j'aime beaucoups
Rosa
http://www.mespoemes.net/mamine
Loïc · le vendredi 19 août 2011 à 20:46
Aouina : Merci de ton passage !
Amitiés à toutes deux.
imparfaitlibre · le vendredi 19 août 2011 à 22:58
Ce vent de colère qui entraine tout sur son passage et qui ne peut provoquer que la colère en réponse mais qui parfois soulage pendant un court instant, et ce vent de sagesse qui murmure doucement dans lequel on entend les questions fondamentales sur la vraie raison de l'existence et qui essaie d'apaiser nos fureurs parfois inutiles et incompréhensibles.
Le vent peut nous emporter très loin mais il peut aussi nous retenir en nous enfermant dans une sorte de tourbillon nous privant de nos gestes les plus élémentaires.
le vent de L'air, le troisième élément qu'on ne peut contrôler lorsqu'il lache toute sa rage et qui par d'autre moment semble une mélodie si douce à notre oreille.
On retrouve dans ce poéme la légende de l'eau, la dureté de la pierre et le souffle du vent comme de quoi les trois poémes sont liés et ont une suite logique.
J'attends le feu pour le quatrième volet.
Amitié sincère Loïc.--
http://www.mespoemes.net/imparfaitlibre
Loïc · le vendredi 19 août 2011 à 23:21
Merci de ton excellent commentaire ; je me mets au Feu demain !
Sincères amitiés !
Agrippa (Thierry Demercastel) · le samedi 20 août 2011 à 10:08
foliedouce · le samedi 20 août 2011 à 13:15
domidom · le samedi 20 août 2011 à 14:25
Ceci dit, voguer avec les caprices du vent, de l'eau et de la pierre n'est pas donner à tout le monde, tes vers sont profonds, et ce poème me
rappelle tes nefs, c'est magnifique et l'on se sent porté, voir emporté par ton enthousiasme et ton délire poétique...
J'adore ce vers...
(Lâcher la main du vent) pas facile lorsque l'on est sous son emprise, le vent est une force de la nature auquel rien ne résiste, au même titre que l'eau et le feu, des éléments incontrôlables...
Merveilleuse poésie, j'ai adoré, bien que trop bien écrit pour moi, mais bon, lire de l'excellente poésie nous permet de d'enrichir notre esprit..
Ceci dit...7em quatrain...
Je croyais que (ies) ne devait être utiliser qu'à la rime, ai-je encore compris de travers???
Je vais d'ailleurs en profiter pour te poser une question grammaticale , je n'ai pas compris pourquoi ( Et parlerS d'ambassade) s'écrivait avec (RS) pourquoi y a t'il un (S) à parler)...
Merci de bien vouloir m'expliquer cette règle....
Toutes mes amitiés....
Domie...
domidom · le samedi 20 août 2011 à 14:29
Excuse la grosse faute dans mon commentaire(N'est pas donné)me semble plus correct...
Amitiés....Domie...
Loïc · le samedi 20 août 2011 à 15:09
Kernath : Quand je fais dans le lyrique, je n'y vais pas avec le dos de la truelle. Je suis content que tu n'aies pas trouvé ce poème et les autres trop pompeux... Quant à la mise en musique, c'est prévu, je contacte l'Opéra de Paris lundi (pour avoir le standardiste, qui joue de l'accordéon).
Domi : Tes poèmes ne sont pas moins bons que les miens, ils sont très différents ; la preuve, c'est que beaucoup de gens apprécient ce que tu fais mais pas ce que je fais. Tout ce que j'ai à dire, c'est qu'il faut faire de son mieux pour soi, et si on fait plaisir à quelques lecteurs en passant, c'est tant mieux !
Intéressant que tu aies relevé "lâcher la main du vent" : ce sont exactement les 6 premiers pieds que j'ai écrits (je compose les vers d'un poème dans le désordre, surtout pendant les premières heures). En effet, bien vu, ce n'est pas facile de la lâcher : dans le poème, l'enfant abuse du vent, dont la puissance finit par lui échapper et détruire la falaise sur laquelle il se trouve, et l'enfant est ensuite condamné à s'accrocher à l'air pour ne pas tomber... sauf que le vent ne peut le porter seul. Honnêtement, voilà encore un poème dont je n'ai pas saisi toutes les implications, mais du coup ça me plaira de le relire pour moi. Donc ton qualificatif de "délire" est approprié ! Mais les délires ont toujours quelque chose de vrai à dire. Quoi, c'est la question.
En ce qui concerne les -IES, non, tu as tout à fait raison : c'est intrdit dans le vers en classique. Mais je vais encore rappeler les 3 règles classiques que je ne suis plus depuis plus d'un an (je ne m'en cache pas, j'ai toujours dit que je faisais du "classique à ma sauce") ; donc je ne respecte plus :
-- les diérèses (sauf éventuellement celles qui sont naturelles au langage parlé)
-- l'interdiction de IES, EES, UES dans le vers
-- l'obligation de faire suivre d'une voyelle un mot en IE, EE, UE.
Quant à "parlers", c'est bien un nom comme son S l'indique, synonyme : "langages" (vérifie sur Google). Dans le contexte du poème, ça voulait plutôt dire "discussions", mais peu importe.
Amitiés à tous !
Loïc · le samedi 20 août 2011 à 15:12
domidom · le samedi 20 août 2011 à 15:33
Merci de m'avoir expliqué pour (Parler) j'ai pris note...
Mes amitiés....
Domie...
foliedouce · le samedi 20 août 2011 à 17:51
Loïc · le samedi 20 août 2011 à 20:32
A plus !
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