L' Ecrou

L'ECROU
Ainsi tu nourris l’indicible
Et vicieuse impulsion qui prend
L’acteur qui croit vivre, impassible,
Ce que l’auteur désirait tant ?
Mais il y a dans les mensonges
Soufflés par l’être ou par le trou
La folie dont brûlent les songes,
Qui lentement tourne l’écrou
Et plus vite que tu ne crois
T’ensevelit sous ta peau blanche ;
Une ombre rôde à l’acte trois
Avec un couteau dans sa manche.
C’était de l’ordre du possible :
Le chemin était tout tracé ;
Mais le bonheur était la cible
Que tu refusais de percer
En admirant son arc-en-ciel
De loin, des loges du pouvoir
Où chaque plaisir potentiel
Ne devait rester qu'un espoir
Pour que rien ne le déshonore.
Des collections tu en as eues,
Tu sais que tu en as encore,
Crachant leur fumée par les rues
Quand à leur brasier s’assouplissent,
Pour un soir perdu dans l’hiver,
Les doigts gelés qui s’accomplissent
En griffes fermées sur l’éther.
Et le zoo de ces salins,
Brillants animaux de l’aurore,
Laissera croître ses poulains
Aux champs verts que la mort décore ;
Mettras-tu fin à ce sommeil ?
Prendras-tu pied sur une grève ?
L’âme est plus libre à son éveil
Lorsque survient la fin du rêve.
Lun 17 - Lun 24 Octobre 2011
Fish,"A Gentleman's Excuse Me" : http://www.youtube.com/watch?v=E-llki5Wvro
Ainsi tu nourris l’indicible
Et vicieuse impulsion qui prend
L’acteur qui croit vivre, impassible,
Ce que l’auteur désirait tant ?
Mais il y a dans les mensonges
Soufflés par l’être ou par le trou
La folie dont brûlent les songes,
Qui lentement tourne l’écrou
Et plus vite que tu ne crois
T’ensevelit sous ta peau blanche ;
Une ombre rôde à l’acte trois
Avec un couteau dans sa manche.
C’était de l’ordre du possible :
Le chemin était tout tracé ;
Mais le bonheur était la cible
Que tu refusais de percer
En admirant son arc-en-ciel
De loin, des loges du pouvoir
Où chaque plaisir potentiel
Ne devait rester qu'un espoir
Pour que rien ne le déshonore.
Des collections tu en as eues,
Tu sais que tu en as encore,
Crachant leur fumée par les rues
Quand à leur brasier s’assouplissent,
Pour un soir perdu dans l’hiver,
Les doigts gelés qui s’accomplissent
En griffes fermées sur l’éther.
Et le zoo de ces salins,
Brillants animaux de l’aurore,
Laissera croître ses poulains
Aux champs verts que la mort décore ;
Mettras-tu fin à ce sommeil ?
Prendras-tu pied sur une grève ?
L’âme est plus libre à son éveil
Lorsque survient la fin du rêve.
Lun 17 - Lun 24 Octobre 2011
Fish,"A Gentleman's Excuse Me" : http://www.youtube.com/watch?v=E-llki5Wvro
20 commentaires
Amercenaire · le lundi 24 octobre 2011 à 19:07
Une invitation a fuir l'ideal, pour échapper à la folie et trouver le bonheur ( ou alors j'ai vraiment rien compris ).
C'est vrai que trop chercher à se placer au dessus de la réalité est destructeur pour l'esprit, Le faisant toujours espérer trop pour ne jamais le satisfaire, mais peut on dire que l'on vit libre, loin du reve? La peine et l'insatisfaction ne sont elles pas le prix, et ce qui donne tout sens à la liberté?
Ce sont les questions que je me suis posé apres lecture meme si, encore une fois je ne suis pas bien sur d'avoir tout saisi.
Superbe poème en tout cas, avec des passages impressionnants, surtout cette image des " brillants animaux de l'aurore", qui m'a vraiment saisi.
Amitiés.
Loïc · le lundi 24 octobre 2011 à 20:00
"Peut-on dire que l'on vit libre, loin du rêve"... Bien sûr que non. Mes derniers vers sont réducteurs et caricaturaux ; un poème a besoin d'une chute percutante. Il s'agit simplement de dire ici que le rêve pollue, selon moi, plus qu'il ne soutient (à noter que j'ai dit "l'âme est PLUS libre", pas "libre" tout court). Combien d'univers parallèles créons-nous, qui nous détournent de la réalité en nous offrant un peu de réconfort, mais en faisant qu'on vit dans un monde virtuel ce qui pourrait être (tiens, c'est quasiment tiré de ton dernier poème ça... et également d'un passage d'un roman que j'écris), au lieu de faire ce qui devrait être fait, à savoir presser le présent comme un citron pour en tirer ce qu'il a de bon, même si ce n'est pas grand-chose ?
Quant à la peine et l'insatisfaction, elles ne sont pas forcément à relier à un rêve jamais concrétisé. Ce sont des instincts profonds qui existent aussi chez d'autres animaux un tant soit peu évolués.
Mais bref ; tout ça est une sorte d'énigme à double entrée (le réfléchi et le subconscient) dont je ne donnerai pas la solution ici, mais plutôt une sorte d'avertissement concernant l'abus de rêves. L'abus, donc. Pas le rêve en soi. Une nuance acceptable sans doute.
Amitiés Amercenaire, merci de ton passage !
Agrippa (Thierry Demercastel) · le lundi 24 octobre 2011 à 21:04
Loïc
Imparfait · le lundi 24 octobre 2011 à 23:27
L'auteur invente le rêve et l'acteur le joue mais que nous soyons le mélange de l'un et de l'autre, le maitre du jeu reste notre subconscient qui lentement tourne l'écrou pour nous enfermer un peu plus dans le rêve.
Mais le rêve se déroule-t-il toujours comme nous souhaiterions qu'il se déroule?
Avons-nous le pouvoir de changer l'histoire de nos rêves?
Je suis étonnée de te voir parler d'espoir car c'est un mot que tu n'aimes pas en général, et dans un rêve, peut-on parler d'espoir ou de désespoir puisque finalement il n'est qu'imaginaire et ne ressemble en rien à la réalité de notre quotidien.
A quoi nous sert cette part de rêve qui existe en nous et qui se réveille quand nous dormons?
Est-elle simplement le fruit d'une envie, d'un désir, d'une fustration?
Est-t-elle simplement l'errance d'un esprit qui méne nulle part car tout n'est qu'un rêve?
Peut-on dire que l'on vit libre dans un rêve?
Non puisque le rêve a pour frontière la durée de notre sommeil, il est donc enfermé dans la prison de nos nuits et s'envolera dès que nous ouvrirons les yeux.
Pour moi le rêve est le bien-être dans lequel nous vivions lorsque nous ne dormons pas.
Il est souvent impossible de faire de nos rêves une réalité alors pourquoi rêver....
Je suis d'accord avec la chute de ton poéme, l'âme est plus libre à son réveil car elle n'est plus étouffée par le rêve.
Une belle construction poétique très variée à la rime ce qui nous apporte beaucoup de plaisir à la lecture.
Amitié sincère Loïc.
plumeflore · le lundi 24 octobre 2011 à 23:49
petite question: avec l'écrou peut-on faire la coupe Davis? lol
amitiés!
Loïc · le mardi 25 octobre 2011 à 00:34
Amercenaire avait vu juste : c'est des illusions et des défauts de l'espoir que je parlais ici, donc des rêves éveillés, non des *vrais* rêves nocturnes ! Evidemment, il y a quand même des similitudes entre les deux parfois.
Thierry : Tu te résumes sans doute dans ton com, en une belle phrase qui pourrait devenir un poème ! Mais je ne m'y retrouve pas, ou plutôt, plus. Comme tes espoirs t'ont fait ou te font souffrir, tu ne seras pas tellement étonné que je professe ne plus en avoir. Et c'est vrai. Rêver dans mon sommeil, ça m'arrive quasiment toutes les nuits, mon imagination est toujours intacte, voire s'améliore ; rêver éveillé, c'est fini. En gros, je ne tends plus vers tel ou tel futur qui n'existe pas et dont il n'y a pas moyen de savoir s'il existera un jour. Par contre, je reste ouvert. Comme je dis toujours, tout peut arriver, bien ou mal, à n'importe quel moment.
Imparfait : Tout ce que tu dis dans tes 5 ou 6 premières lignes est exactement ce que je voulais dire, sauf qu'il faut l'appliquer à... l'espoir, eh oui, ce mot qu'en effet je n'aime toujours pas, comme on n'aime pas quelqu'un qui nous a sans arrêt déçu. C'est un désamour personnel, et je ne veux donc pas prétendre que ce poème est universel ; c'est juste mon point de vue. Concernant le *vrai* rêve, maintenant (qui est très rarement une projection illusoire dans le futur, contrairement à l'espoir), tous tes points d'interrogation résument à eux seuls l'impossibilité de cerner la nature des balades oniriques déjantées, ou leur but ou leur sens. Et je n'entrerai même pas ici dans l'extraordinaire aventure des rêves lucides, qui comme je te disais une fois me feront un jour écrire un poème sur eux.
Plumeflore : Ton com est ambigu : je ne sais pas exactement si tu parles du rêve nocturne ou de l'espoir. Dans le premier cas : j'adore rêver. Mes rêves sont la plupart du temps dingues et pleins d'aventure, et mes cauchemars très rares. De temps en temps, j'ai en plus le bonus d'avoir un rêve lucide (c'est-à-dire un rêve dans lequel on sait qu'on rêve, et sur lequel on a donc tous les pouvoirs). Je n'ai donc pas peur de mon sommeil... Oui, ça me fait du bien à moi aussi !
Si tu parles des espoirs, c'est autre chose. Pour moi, les Grands Espoirs c'est non, je refuse. Par contre, j'espère toujours que ma caisse va démarrer le matin quand il fait froid ou que mes gamins seront suffisamment endormis en classe le matin pour que je puisse faire un cours normal. Ou que ce radar était hors service quand je suis passé devant à 150. Dans ce poème, je veux juste essayer de dire qu'il y a un problème quand on s'enferme dans un palais de rêves à côté duquel le réel ne peut qu'être vil, alors qu'il ne l'est pas tant que ça, ou pas *seulement*.
Quant à la Coupe Davis, on lui *espère* un meilleur destin que la Coupe du Monde de rugby ! Il faudra que l'entraîneur serre... la vis.
Amitiés à tous trois, merci de votre passion, et bonne nuit à tous ! avec rêves ou sans.
larose · le mardi 25 octobre 2011 à 12:56
Allez, plus de blague, tes poèmes sont très beaux et très bien contruit mais il y a un X, pour comprendre c'est la croix et la banière!! Mais bon, ne rêve pas trop car la chute sera dur!!! lol
Merci pour ce beau partage mon cher poète!!
Bonne journée à toi
Amitiés
larose · le mardi 25 octobre 2011 à 12:59
domidom · le mardi 25 octobre 2011 à 14:14
Prendre pied sur la grève,
L'âme est plus libre à son éveil,
Lorsque survient le rêve)...
Voilà ce que j'appelle une chute formidable et qui résume parfaitement ce poème, un poème qui semble fluide et qui pourtant reflète une immense profondeur.....
(L'âme est plus libre à son éveil)
Comme j'aimerais que ce soit vrai,
comme j'aimerais que cet écrou tourne , s'enfonce et écrase mes rêves ou cauchemars.....
Lorsque tu es en plein rêve, tu subis, tu ne peux rien faire pour t'évader, tu es comme prisonnier de tes gestes, tu n'es plus maître de tes réflexions, de ta respiration, il existe des cauchemars qui t'étouffent, t'empêchent de respirer, et tu vas malgré toi, où le rêve t'emporte, et ce n'est qu'au réveil qu'enfin tu réalises...
(Les deux pieds sur la grève)....
Tu réalises et tu retrouves l'équilibre, cet équilibre que tu as perdu au milieu de tes rêveries, alors, pendant quelques instants, tu redeviens toi même, enfin, presque, car même éveillé, tu te poses cette question.....
Pourquoi ce rêve???
Et tu cherches la raison, tu te demande pourquoi tu as vécu dans ton sommeil telle ou telle situation, et jamais tu ne trouves la réponse....
Que sait on vraiment du rêve, pour moi, le rêve c'est l'inconnu, c'est sans doute un désir, un cliché, une envie d'être autre chose....
J'adore le rêve, mais j'ai peur des cauchemars, qui pour moi, j'en demeure persuadée, sont le reflet de mes souvenirs d'enfance....
La nuit, très souvent, trop souvent, ce sont des monstres qui m'agressent, sous toutes sortes de formes, alors, la peur m'angoisse, la mort me poursuit....
J'ai adoré te lire, et je pourrais parler des heures entières sur ce sujet, car chaque rêve, chaque cauchemar que je fais, ne s'effacent pas à mon réveil, même éveillée, le cauchemar se poursuit, je revois tout et dans le moindre détail, les formes, les visages, les actes, c'est sans doute ce qui pour moi est le plus terrifiant, je rêve la nuit, et le jour, je revis mes rêves et mes cauchemars...
Pourquoi????
J'ai adoré te lire, ce poème pour moi, est le sujet de mes profondes réflexions...
Mes amitiés....
A bientôt....Domie...
Loïc · le mardi 25 octobre 2011 à 15:00
PS : Aïe, tu auras du mal à boucher le trou de ma porte avec un écrou. Cherche ce que c'est sur Google !
Domidom : Comme pour celui d'Imparfait, la première moitié de ton com (qui parle pourtant des rêves nocturnes alors que je parle des rêves éveillés), peut parfaitement être appliquée aux rêves excessifs (voire carrément idiots) que certains peuvent avoir dans la vie. Ils le sont quand leur réalisation impliquerait de façon évidente des talents que leur auteur n'a pas. C'est d'ailleurs pour contourner ce triste constat que les jeux de hasard ont été inventés. Pas besoin de talent pour gagner au Loto ; ainsi les malins peuvent continuer à se faire de l'argent sur le dos des gens. Pareil pour la voyance ; elle entretient le rêve, à un prix.
Souvent le rêve va de pair avec le désespoir et sert de drogue. Peut-être qu'il faut d'abord trouver une certaine stabilité afin de pouvoir s'en passer, ou se forcer à s'en passer pour trouver une stabilité.
Je te réponds maintenant un peu sur les "vrais" rêves, ceux qu'on fait la nuit : bon, d'abord il va de soi que tout ce qu'on y vit vient du subconscient (bravo Loïc, vite un prix Nobel), et que donc, tu es dans chacun des personnages qui s'y trouvent. Alors pendant une interaction, intervient la notion de puissance qu'on donne à telle ou telle projection : ce monstre qui t'attaque, si tu le fuis, c'est que tu as implicitement décidé qu'il était plus fort que toi. Alors est-ce que ça veut dire qu'une fois éveillée, la peur quelconque qu'il a représentée domine en fait ta vie ? Pas forcément. Tout un chacun, même éveillé, peut prendre des décisions idiotes sur le moment, qui ne sont pas représentatives de l'ensemble de sa personne. Pour tes monstres : est-ce que tu ne peux pas, avant de t'endormir, essayer de te persuader que même s'ils sont effrayants, tu es plus forte qu'eux ? Personnellement, j'ai parfois échappé à des monstres en rêve, ou bien je les ai même mis en déroute. Dans le premier cas, je suis plus malin, dans le deuxième, plus fort. Je pense, pour résumer, que ça pourrait t'aider de croire en ta supériorité sur tes démons.
Mais bref, c'est un débat sans fin, je vais m'arrêter ici. Merci à vous deux pour votre passage !
larose · le mardi 25 octobre 2011 à 16:41
Loïc · le mardi 25 octobre 2011 à 16:54
Allez, retournons tous les deux bricoler des poèmes... Avec les vacances, je suis en forme en ce moment !
mandoespartero · le samedi 12 novembre 2011 à 20:10
ecroués par la force de tes mots, l'éphémère se fait violence, de ne pouvoir partager ce bonheur qui habille nos songes palinodiques .
Merci de ce bonheur, cher Loïc!
@rm@nd
Loïc · le samedi 12 novembre 2011 à 20:55
Amitiés !
Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) · le lundi 28 novembre 2011 à 18:56
Amitiés. Phil
http://www.mespoemes.net/philipchevalier
Loïc · le jeudi 1 décembre 2011 à 15:14
Même le dernier quatrain n'était pas clair ; beaucoup l'ont pris pour une référence au réveil véritable d'un rêve nocturne, alors que je voulais dire qu'il fallait garder les pieds sur terre.
C'est donc un échec, parce qu'autant j'écris parfois des poèmes surréalistes complètement dingues, autant ici je voulais vraiment transmettre un message compréhensible.
J'aime beaucoup ta phrase sur "les flics dans la tête". Et ça aussi s'applique à mon sujet... Quand on est guidé par le glamour exagéré, qu'on devient dépendant d'une vision du bonheur imposée (et totalement illusoire), on peut en devenir prisonnier, et être aveugle au côtés positifs du réel qui n'est laid que si on décide de le voir laid (un sous-thème de mon poème précédent, "Deux Vies").
Tiens, je vais mettre en lien musical sous le poème une autre chanson de Fish (en solo après Marillion) : "A Gentleman's Excuse-Me", une ballade qui parle d'une femme tellement retranchée dans ses rêves de mieux qu'elle en a dégoûté son compagnon.
Amitiés Philip !
bluegirl · le vendredi 4 janvier 2013 à 23:06
en ayant prit connaissance, je n'ai pu qu'aprécier le sens que je n'aurais sans doute pas décellé sans tes explications.
j'ai beaucoup aimé la trame de ton poème ...et sa conclusion, bien sur!
...conclusion, qui est en est une surtout pour celui ou celle qui connait la liberté éprouvée dans l'éveil!
amitiés Loïc.
Loïc · le lundi 7 janvier 2013 à 15:45
Quant à ma conclusion, sans doute une des seules choses assez claires ici, oui, elle prône la lucidité et la fin de la fuite en avant. On est plus libres lorsque nos illusions ne nous mènent pas par le bout du nez.
Bises !
salus · le dimanche 23 juin 2013 à 15:20
Je vais te faire une confidence :
j'adore l'octosyllabe quand il swingue !
Amitié,
Salus
Loïc · le lundi 24 juin 2013 à 12:44
Amitiés !
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