Les Chaises Usées

LES CHAISES USÉES
Si le réveil est dur, si l’avenir s’éloigne,
Si le mouchoir serrant les rêves s’est perdu,
Dérobé dans la nuit par le temps et sa poigne
Qui savent infiltrer ce carré défendu,
Si les croissants n’ont plus leur saveur de l’enfance,
Si le chemin est long de l’aube jusqu’au soir,
Si les chants de l’extase ont fait place au silence
Laissant à un écran l’ultime défouloir,
Si le monde est en feu, si la vie n’est pas drôle,
Tout n’ira pas toujours de drames en travers ;
Des lunes et soleils veillent à tour de rôle
Sur une bille bleue roulant dans l’univers,
Car devant les cafés où un serveur bâillant
Sort les chaises usées qui soutiendront la ville,
Un nouveau matin naît, qu’il soit terne ou brillant
Comme une absolution pour le temps qui défile ;
Et parmi tous les bus encore à moitié vides
Qui naviguent les flots d’un fleuve artificiel,
Certains s’évaderont pour enjamber, avides,
Les monts ébouriffés sous leur chapeau de ciel.
Sam 12 Novembre 2011
Les Cowboys Fringants, "Rue Des Souvenirs" : http://www.youtube.com/watch?v=wJb--Ajnvgg
Si le réveil est dur, si l’avenir s’éloigne,
Si le mouchoir serrant les rêves s’est perdu,
Dérobé dans la nuit par le temps et sa poigne
Qui savent infiltrer ce carré défendu,
Si les croissants n’ont plus leur saveur de l’enfance,
Si le chemin est long de l’aube jusqu’au soir,
Si les chants de l’extase ont fait place au silence
Laissant à un écran l’ultime défouloir,
Si le monde est en feu, si la vie n’est pas drôle,
Tout n’ira pas toujours de drames en travers ;
Des lunes et soleils veillent à tour de rôle
Sur une bille bleue roulant dans l’univers,
Car devant les cafés où un serveur bâillant
Sort les chaises usées qui soutiendront la ville,
Un nouveau matin naît, qu’il soit terne ou brillant
Comme une absolution pour le temps qui défile ;
Et parmi tous les bus encore à moitié vides
Qui naviguent les flots d’un fleuve artificiel,
Certains s’évaderont pour enjamber, avides,
Les monts ébouriffés sous leur chapeau de ciel.
Sam 12 Novembre 2011
Les Cowboys Fringants, "Rue Des Souvenirs" : http://www.youtube.com/watch?v=wJb--Ajnvgg
30 commentaires
Didou · le samedi 12 novembre 2011 à 12:26
bluegirl · le samedi 12 novembre 2011 à 14:09
mon esprit est parti dans les étoiles...avec un fond de Pink Floyd et ta poésie.
...pour mon plus grand plaisir : )
belle journée a toi Loic
Amercenaire · le samedi 12 novembre 2011 à 14:30
Ni temps passé
Ni les amours reviennent
Mais il en reste d'autres a découvrir, et a creer.
Quoi qu'il arrive ne pas se laisser aller au désespoir, se dire que demain il fera jour
Et que les cafés seront ouverts. Tes deux derniers quatrains sont les plus géniaux de l'ensemble, le passage du petit destin tourmenté à la marche inexorable des choses, ni bonne ni mauvaise, où il " suffit " de trouver sa place.
Impressionnant, magnifique, comme toujours, la derniere métaphore surtout, arrive le plus naturellement du monde, belle conclusion a l'élévation progressive suivie par le poème
Amities.
mandoespartero · le samedi 12 novembre 2011 à 14:49
Une photo qui affirme l'assurance et donne au verbe la musique de la métaphore...
Absolu et profond...
Merci de ce beau partage!
@rm@nd
Loïc · le samedi 12 novembre 2011 à 16:13
Lola : Ce tour de rôle est le chaos total (malgré ma métaphore cosmique qui peut faire croire à une "alternance régulière jour/nuit") ; je voulais en fait dire que le bon et le mauvais peuvent surgir n'importe quand et nous prendre totalement par surprise ; rien n'est jamais acquis, mais rien n'est perdu non plus.
Allez, bon Pink Floyd... Avec "Echoes", tu devrais pouvoir lire ce poème 50 fois...
Amercenaire : Toujours le com dans le mille ! La marche des choses n'est ni bonne ni mauvaise, ni neutre, en effet ; elle est les trois à tour de rôle, si tant est que le "neutre" existe.
Armand : "Quel confort" ? Alors tu vois déjà la vie du bon côté !
Merci de votre passage et amitiés à tous ! Je passerai vous lire ce soir.
Agrippa (Thierry Demercastel) · le samedi 12 novembre 2011 à 18:42
http://www.mespoemes.net/cauria
larose · le samedi 12 novembre 2011 à 19:30
ont peut être malheureux dans un château et heureux dans une grotte!
c'est bien là le problème réussir à être au top le plus possible!
savoir qu'il y a toujours plus malheureux que soit même c'est un peu la philosophie bouddhiste !
la positive attitude!
bonne soirée cher poète!
amitié!
Loïc · le samedi 12 novembre 2011 à 21:05
Larose : Sage commentaire, qui aurait été d'ailleurs encore plus parfait sur mon poème "Deux Vies" ! Ici, ce n'est pas tant la perception de l'instant qui compte ; j'essayais surtout de faire passer l'idée que rien n'est figé dans le bonheur ou le malheur (surtout dans le malheur). Mais bien sûr il y a cette part d'optimisme que tu évoques... Comment quelqu'un pourrait-il saisir une chance s'il refuse de la voir quand elle passe ?
Amitiés à tous deux !
bluegirl · le samedi 12 novembre 2011 à 23:39
comme dit Amercenaire "il suffit de trouver sa place"...
je connaissais echoes mais pas la super video sur you tube avec une quinzaine de minutes de vagues, de bulles, de mouvements bleu, agrémentés de parme et d'ambre...
bien que ni le son, ni l'image soient top, c'était un bon moment d'évasion bleu.
bah, ça nous mène loin des terrasses de café, bien que.
amicalement.
lola
Imparfaitlibre · le dimanche 13 novembre 2011 à 14:19
Rien n'est éternel ni le soleil d'un été, ni le froid d'un hiver mais il peut aussi faire froid en été et doux en hiver.
Le bonheur ou le malheur, le blanc ou le noir, le jour ou la nuit sont le reflet des états d'âme d'un moment et si trop de malheur fait peur, trop de bonheur ne semble pas véritable car rien n'est jamais une perfection.
La roue tourne au rythme de nos coups de pédales alors quand la chaine saute, il vaut mieux s'arrêter un instant afin de la remettre en place plutôt que d'essayer d'avancer en pédalant dans le vide. et il suffit parfois d'un peu de bonne volonté pour que les mauvais moments ne durent qu'un instant.
Le soleil se lève comme un point dans le ciel sur un jour en point d'interrogation parce que personne ne peut savoir quand sonne le réveil de quoi sa journée sera faite car rien n'est écrit, tout est une question de choix et justement tu as choisi ce bus à moitié vide plutôt qu'à moitié plein!!!! Choix pessimiste ou choix de rime??? rire
Un poème qui est le miroir de la pensée de beaucoup dans lequel chacun y trouvera ses pensées.
Question technique, tu ne peux faire rimer "qui défilent" avec "ville" parce que les verbes en "ent" ne peuvent rimer qu'avec des verbes en "ent", ils sont considérés comme des féminins pluriels alors que "ville" est un féminin singulier....
En tout cas, j'aime beaucoup ce quatrième quatrain malgré la petite erreur comme de quoi elle ne change en rien toute son émotion.
Toute ma sincère amitié Loïc
---
http://www.mespoemes.net/imparfaitlibre
Loïc · le dimanche 13 novembre 2011 à 14:39
J'aime bien ta métaphore de la "chaîne qui saute" ! Et je suis tout à fait d'accord avec ta réflexion : inutile de continuer à se créer plus de problèmes avant de régler les autres.
Quant au bus, pas d'intention particulière au niveau smbolique (mais sait-on jamais) : je décrivais simplement les premiers bus du matin, qui en général sont à moitié vides, ou moins.
Lola : Comme je disais plus haut, je ne suis pas partisan de "l'ordre des choses". Sûr, l'homme fait ce qu'il peut pour établir un socle à ses civilisations, mais où qu'on regarde, la confusion règne dans l'esprit... sans parler de la nature, dont les détails changent sans arrêt, et on ne peut y voir de l'ordre que dans les grandes lignes (retour des saisons, mouvements cosmiques, lois de la physique... et encore ! les deux premiers exemples sont en changement permanent, et les lois de la physiques ne sont fixes que sous certaines conditions). Mais j'aime bien cette idée de chaos, puisqu'elle garantit que la vie reste imprévisible. De mon point de vue, c'est mieux comme ça. Mais je sais qu'on trouve un appui dans divers systèmes.
Amitiés à toutes deux, merci de votre passage !
domidom · le dimanche 13 novembre 2011 à 18:59
Tout d'abord, je m'excuse du retard dans mes lectures, pour moi chaque week-end est comme une tornade, je suis emportée dans le souffle de mes obligations...
Ceci dit, un poème très intéressant, depuis que le monde et monde, le soleil s'est toujours levé, et grâce à lui, les ombres ont toujours existé, pourtant, tout change, tout bouge, c'est ça la vie, une sorte de routine, la roue tourne, mais pas toujours dans le même sens, je dirai même pas toujours dans le bon sens...
Approfondir ce poème n'est pas évident, à première vue, tout est simple, pourtant il est chargé de rébus pas facile à déchiffrer....
Les chaises sont représentatives de notre vie il me semble, à force de trop servir, elles souffrent et se dégradent, comme l'humain, à force de travail et de souffrances, il finit par perdre sa vitalité...
Un poème qui te ressemble, un brin de fantaisie qui fascine et nous oblige à réfléchir...
Amitiés...Domie...
Loïc · le dimanche 13 novembre 2011 à 19:11
Oui, la roue tourne et pas forcément dans le bon sens (j'en sais quelque chose) mais pas uniquement dans le mauvais sens non plus, c'est ce qui fait son intérêt.
Très bien vu pour les chaises, tu as tout compris... Elles symbolisent la vie qu'on "ressort devant le café" tous les matins. Mais le symbole ne se voulait pas aussi négatif que tu l'as vu ; "usé" peut simplement indiquer que nous avons davatage d'expérience, même si elle vient à un prix.
Amitiés sincères Domie !
----
http://www.mespoemes.net/cellox
Vesta · le dimanche 13 novembre 2011 à 19:26
Les monts ébouriffés sous leur chapeau de ciel. J'adore. Amitiés
domidom · le dimanche 13 novembre 2011 à 21:27
Je te le répète, ton poème est un vaste rébus, surtout pour moi, qui passe ma vie à me poser des questions...
Amitiés...Domie...
Loïc · le lundi 14 novembre 2011 à 12:43
Domidom : je ne remettais pas en cause ton expérience personnelle, je voulais juste clarifier *mes* intentions dans ce poème. Il faut nourrir la part d'optimisme en nous, je suis sûr que tu me comprends...
Amitiés à toutes deux, merci de votre passage !
Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) · le jeudi 24 novembre 2011 à 18:26
Me voici ENFIN sur ton site. Je commence donc par ton dernier poème en date.
Bon , allons y :
Intéressante progression/construction de l'intrigue poétique pour qui, après les Si (qui sont des Lorsque, donc n'ont rien de conditionnel), nous avons une possible explication à partir du quatrième quatrain, seulement, avec le CAR qui le commence. L'objet (les chaises) n'est plus seulement un objet, mais un témoin - qui a vu tant de choses déjà, puisque ces chaises sont usées - qui voit passer la vie, passer le temps, passer les choses. Une sorte de désespérance/résignation très "soft" qui souligne la vacuité d'un monde qui parait soudain désert : les chaises sont vides, les bus sont presque vides. "Ils" ont quitté la Ville, ils sont tous partis ailleurs. Magnifique les "chapeaux de ciel du final".
Mon analyse de ton poème est peut être "technique", mais c'est le premier regard que je porte sur ton écriture (mis à part Cellox2).
Amitiés. Philip
Loïc · le jeudi 24 novembre 2011 à 22:52
"Car" est la démonstration ; l'argument est en fait le vers 2 (assez plat) du 3e quatrain : "Tout n'ira pas toujours de drames en travers". Et c'est une démonstration par l'optimisme... Si tu lis le com de Domidom, elle percevait la même chose que toi : usure = quasi-destruction. Mais non, moi je voyais plutôt le verre à moitié plein : usure = expérience enrichissante, même travers les soucis.
Note bien le distinguo : tu vois des chaises "déjà vides", alors que dans mon esprit, c'est le matin, elles n'attendent que d'être remplies au contraire ! Elles "soutiendront la ville". Quant aux bus, j'ai déjà répondu à Imparfait sur le sujet : je n'avais pas d'intention particulière dans cette image, mais si je devais donner une interprétation, ce serait que s'ils sont à moitié vides, c'est que peu de monde n'y embarque immédiatement ; une sorte de reprise de "l'avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt", peut-être ?
Et quand ils quittent la ville, le tourbillon qui noie les pensées dans le bruit, ils partent en effet "ailleurs"... thème de la liberté et de l'évasion assez courant dans mes fins de poèmes.
Merci infiniment de ton feedback, Philip ; ce n'est pas parce que je corrige ta perception que je donne à la mienne la déité. Je dis souvent que ce que disent les commentateurs ne doit jamais être rejeté... au cas où ce serait finalement la vérité cachée.
Mes amitiés !
Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) · le vendredi 25 novembre 2011 à 12:41
http://www.mespoemes.net/philipchevalier
Loïc · le vendredi 25 novembre 2011 à 13:18
Oui, les échanges en coms sont passionnants, et toujours beaucoup plus que les poèmes eux-mêmes. C'est ça le partage !
Amitiés !
phantom · le samedi 26 novembre 2011 à 22:38
Loïc · le dimanche 27 novembre 2011 à 13:16
Content de ton enthousiasme !
poesie101 · le samedi 7 janvier 2012 à 22:34
À_un (hiatus)... écran
Sinon, c'est très bien et aussi très différent de ce que j'ai lu de toi! Peut-être parce que c'est un poème plus simple à comprendre.
Merci,
Maxime
Loïc · le dimanche 8 janvier 2012 à 05:40
Plus simple... ah... ce n'est pas le premier, j'ai déjà fait encore plus simple, mais il est vrai que celui-ci est sans doute le plus facile dans ma production récente.
Amitiés
oliverjane1950 · le mercredi 18 janvier 2012 à 13:11
Loïc · le jeudi 19 janvier 2012 à 12:47
Amitiés !
marcek · le mardi 27 mars 2012 à 18:48
Comme une absolution pour le temps qui défile "
Voici mes deux vers préférés : chaque jour qui s'ouvre pour nous est prétexte à découverte et nous donne l'occasion de repartir "à neuf" , oubliant les erreurs de la veille, ou du moins s'en détachant pour ne pas se lester de négatif...
Comme tu le dis plus haut, la magie de la poésie et le pouvoir du poète s'est de réveiller en chacun de nous des émotions propres à notre vécu et ce qui est intéressant comme ici, c'est l"étude de texte" que chacun a pratiquée vis à vis de ton poème qui avait juste l'hermétisme qu'il fallait pour ne pas être abscons ! (A Dieu ne plaise que nous versions dans ce travers...lol !)
http://www.mespoemes.net/marcek
Loïc · le mardi 27 mars 2012 à 20:30
Si tu veux voir des réactions intéressantes sur un écrit complètement surréaliste, lui, tu peux faire un tour sur "Les Salons Rouges" ; la diversité des interprétations était suprenante ! Au point que j'avais prévu de donner la mienne au bout d'un moment, mais je ne l'ai pas fait pour ne rien enlever à ce que les commentateurs avaient dit. Mais ça m'est arrivé sur d'autres poèmes de le faire, quand je le jugeais important.
Quant à "repartir à neuf", laisser le passé derrière soi et savoir (ce n'est pas une question d'espoir) que tout peut arriver est un de mes thèmes préférés...
Merci de ton passage ! Amitiés Marcek.
melifica · le mardi 19 juin 2012 à 09:15
Les deux derniers quatrains se suffisent à eux même ils figurent l'espoir et l'avenir inconnu mais positif du monde qui démarre avec comme ombrelle les rayons du soleil.
Loïc · le mardi 19 juin 2012 à 12:01
Très jolie, la fin du com !
Amitiés Melifica !
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