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L'Amère et le Doux

Traditions et légendes d'Alsace...

Le dimanche 16 juillet 2017 à 03:01, posté par Marcel · 85 lectures

Illustration du poème « Traditions et légendes d'Alsace... »
Noël en Alsace…

D’où vient notre sapin de Noël ?
Le sapin de Noël : le sapin de Noël naquit un jour en Alsace. Symbole ultime de Noël : le fameux sapin de Noël et ses guirlandes ! Son évolution dans l’histoire alsacienne est passionnante. On le sait, Sélestat met très officiellement en avant, le fait qu’elle soit la ville où l’on ait retrouvé la première mention écrite évoquant l’Arbre de Noël qui date de 1521, dans un registre de la ville. Il s’agit d’une mention qui stipule le droit d’aller couper des arbres en forêt pour les fêtes de Noël. Du simple droit forestier en somme.
Drôlerie historique,
En 1555, toujours à Sélestat, on retrouve une mention faisant état de l’interdiction dorénavant d’aller en couper (sans doute en raison d’abus les années précédentes !) « Cela dit, dans les Weistümer, sortes de listes médiévales qui fixaient les règles de la société rurale, on trouvait déjà des mentions de cette possibilité de couper du bois avant la période de Noël : mais il était fait état de bois, pas d’arbre de Noël »,. Ainsi, à Bergheim, en 1369, les Weistümer de la ville autorisaient la coupe du bois le soir de Noël, et en précisaient même les limites : « au maximum, la capacité d’un chariot tiré par deux chevaux ».
Il y eut même, auparavant, les jeux de paradis», genre de mystères joués devant les églises la veille de Noël.
Le sapin avec des pommes accrochées aux branches figurait le pommier, l'arbre de la création. Quand les mystères cessèrent, le sapin ainsi décoré fut adopté dans les salles de réunion des corporations, se métamorphosant du coup en arbre de Noël. Aux pommes vinrent s'ajouter des hosties, symboles de la naissance du Christ, puis des friandises, des fleurs de papier, etc. Progressivement, l'arbre de Noël entra dans la tradition familiale. Des gâteaux, les bredeles remplacèrent les hosties. Le sapin de Noël s'exporta en Allemagne et en Scandinavie, puis en France. De nombreux Alsaciens, fuyant l'annexion, le popularisèrent dans l'Hexagone. Puis, il gagna l'Angleterre, et le Nouveau Monde...

Longtemps un symbole protestant
Mais pourquoi un sapin ? Une ancienne légende du 12 ème siècle fait état d’un arbre du paradis. On y suspend logiquement des pommes symbolisant Adam et Ève et la chute du paradis. Puis des hosties non consacrées, évident symbole Christique. Noël étant arrêté au mois de décembre, l’hiver fait rage. La plupart des arbres n’ont plus de feuilles... mis à part le sapin, et le houx.
Survivant de la forêt, le sapin représente la régénération. Une autre tradition voulait également que l’on mette dans son foyer «quelque chose de neuf», car la période de l’Avent marque le début de la nouvelle année liturgique. Vers le 17 ème siècle, on s’est mis à suspendre des sucreries au sapin, bientôt données en cadeaux aux enfants.
Puis des bougies, ancêtres de la guirlande électrique. Des siècles durant, le sapin fut considéré comme un symbole protestant. Les catholiques étaient davantage «intéressés» par la crèche, placée dessous.

Pourquoi mange t-on de la bûche ?
La bûche de Noël réunissait autrefois tous les habitants de la maison, tous les hôtes du logis, parents et domestiques, autour du foyer familial. La bénédiction de la bûche avec les cérémonies traditionnelles dont elle se parait n’était que la bénédiction du feu, au moment où les rigueurs de la saison le rendent plus utile que jamais. Cet usage existait surtout dans les pays du Nord.
C’était la fête du feu, le Licht des anciens Germains, le Yule Log, le feu d’Yule des forêts druidiques, auquel les premiers chrétiens ont substitué cette fête de sainte Luce dont le nom, inscrit le 13 décembre au calendrier et venant du latin lux, lucis, rappelle encore la lumière. Il est tout naturel qu’on mette en honneur, au 25 décembre, au cœur de l’hiver, le morceau de bois sec et résineux qui promet de chauds rayonnements aux membres raidis sous la bise.
Mais, souvent, cette coutume était un impôt en nature, payé au seigneur par son vassal. A la Noël, on apportait du bois ; à Pâques, des œufs ou des agneaux ; à l’Assomption, du blé ; à la Toussaint, du vin ou de l’huile.
Qu’y a-t-il au dessert après le repas de Noël ? De la bûche, bien sûr. « La tradition voulait que l’on brûle très lentement une bûche dans son poêle le soir de Noël. On conservait les tisons puis les cendres. Les tisons devaient protéger la maison des incendies. Les cendres étaient dispersées au printemps sur les champs pour une bonne récolte.

La couronne de l'Avent :
Dans de nombreux foyers en Alsace, et aussi au sein des églises, on retrouve la coutume de la couronne de l’Avent, l’Advantskrantz. Les quatre semaines précédant la veille de Noël correspondent à l'Avent. "Avent" vient, du latin adventus, qui signifie "venue", "arrivée". Depuis le pape Grégoire 1 er, l'Avent représente la période de la préparation à la venue du Christ.
Elle commence avec le quatrième dimanche précédant Noël et marque le début de l'année ecclésiastique. Née au 16 ème siècle en Allemagne, la couronne de l'Avent, est en forme de cercle.
Elle devait rappeler aux Chrétiens le retour annuel et immuable du Christ au mois de décembre. L'histoire raconte que la couronne de l'Avent aurait été inventée au milieu du 19 ème siècle, dans un orphelinat
de Hambourg, par le pasteur Heinrich Wichern. Il avait fait réaliser un chandelier portant 23 bougies, une bougie figurant chaque jour précédant la veille de Noël, blanches pour les dimanches, rouges pour les autres jours.
Constituée par l'assemblage de plusieurs branches de sapin, de laurier, de houx, de gui, de pommes de pin et de rubans de couleur, elle comporte traditionnellement quatre bougies. Chacune d'entre elles doit être allumée chaque semaine précédant Noël. Traditionnellement, les bougies sont rouges, couleur du feu et de la lumière. En Suède, elles sont blanches et évoquent la pureté tandis qu'en Autriche, elles sont violettes et symbolisent la pénitence. Au fil du temps, la coutume s’est diffusée. Les bougies rappellent la venue du Christ sur terre.

Les marchés de Noël :
Les marchés de Noël, il symbolise le mieux la tradition en Alsace, c’est l’élément incontournable du mois de décembre partout en Alsace. C'est une orgie de lumière, d'animation, de couleurs scintillantes, d'effluves chauds et odorants. On vient y faire emplette de son sapin, de guirlandes, friandises, pains d'épice, gâteaux de Noël, crèches et santons, jouets en bois. Rien qu’au Christkindelsmärik de Strasbourg, cela représente deux millions de visiteurs, dont une bonne moitié de touristes venus du monde entier, 250 millions d’euros de retombées économiques pour la ville, des milliers de nuitées pour les hôteliers des environs...
Le premier marché de Noël de la ville s’est tenu en 1570. Le marché de Noël existait déjà sous une autre forme auparavant. Le Christkindelsmärik est venu remplacer le marché de Saint-Nicolas, jugé trop papiste d’après les protestants luthériens de l’époque. Les activités marchandes sont associées aux grandes fêtes religieuses depuis le Moyen-Âge ». Le personnage du Christkindel : la mythologie de Noël en Alsace compte, outre le bon saint Nicolas (patron des écoliers, entre autres) et le méchant Hans Trapp (père fouettard), un troisième personnage : le Christkindel ou l'Enfant Jésus. Son origine est à chercher dans la Réforme protestante qui, à la fin du 16 ème siècle, « boycotta » la fête de Saint-Nicolas dont les cortèges étaient jugés trop païens.
Nicolas fut remplacé par le Christkindel, qui devait rappeler ce don de Dieu fait aux hommes : la naissance du Christ. La tradition voulait que, le soir de Noël, les enfants attendent la venue du Christkindel qui, pour fêter son arrivée sur terre, leur distribuait des cadeaux. C'est sous la forme d'une gracieuse jeune fille vêtue d'une robe blanche (référence à la sainte Lucie des pays scandinaves) que le Christkindel se chargeait de cette mission. Il était accompagné du Père Fouettard qui punissait les enfants désobéissants. Cette tradition disparut progressivement et avec elle le personnage du Christkindel.

Hans Trapp (père fouettard) :
Quel est l'Alsacien qui, dans son enfance, n'a pas frissonné en entendant prononcer ces simples mots: " Der Hans Trapp Kommt "(Le Hans Trapp vient). Cette phrase, si laconique, produisait régulièrement le même effet quand une mère, impatientée et à bout d'arguments, s'en servait pour faire rentrer les enfants dans l'ordre et l’obéissance. Aussitôt les cris, les disputes cessaient, on baissait la tête en tremblant, on demandait pardon: la terrible formule avait opéré mieux que toutes les réprimandes et toutes les corrections.
Hans Trapp est le véritable croque-mitaine alsacien, création indigène de la fantaisie, ou plutôt de la justice populaire. Il ne faut pas le confondre avec l'ogre gaulois, auquel l'indépendance de l'esprit français a également attribué le pouvoir d’effrayer et de corriger les petits polissons récalcitrants. L'Alsace a fait de Hans Trapp un épouvantail, mais elle l'a soumis à l'autorité de l'enfant divin de Noël, Kristkindel, qui distribue les récompenses, jouets et bonbons, dans la nuit merveilleuse. Hans Trapp est l'esclave du Christ-Enfant et n'a de pouvoir que celui qu'il lui confère ; c'est en un mot un simple instrument chargé d'exécuter les punitions infligées. Quel est le point de départ de ce mythe étrange ? Voici ce que nous racontent les chartes initiales de la ville de Wissembourg :
"Vers la fin du 15 ème siècle vivait à la cour de l’Électeur palatin Philippe, de Thuringien Jean de Trapp. Vain, téméraire et débauché, il n'agissait que par la ruse et la cruauté. Il passait pour avoir acquis un ascendant complet sur son seigneur et maître, au moyen de philtres et de charmes sataniques. Non content de l'emprise qu'il exerçait, il voulut s'enrichir d'un seul coup. A cet effet, usant de son influence, il spolia l'abbaye de Wissembourg de ses forêts, de ses châteaux, de ses villages, de ses droits, franchises et privilèges. En présence de tous ces méfaits et de nombreux autres que je passe sous silence, la cour de Rome perdit patience. Il fut cité devant le tribunal apostolique et frappé d'excommunication comme sacrilège.
Repoussé de tout coté comme un maudit, il se retira dans le repaire qu'il s'était fait bâtir au haut du Geisberg et vécut loin de toute société humaine, comme une bête fauve que chacun fuit. La solitude fit naître en lui des goûts hors nature, contre lesquels il ne chercha pas à réagir; il était obsédé du désir de manger de la chair humaine et n'attendait qu'une occasion propice.
Un jour, apercevant dans la campagne en jeune pâtre de dix ans, il tombe sur lui à l'improviste, le transperce de son épée, le traîne dans sa retraite et là, après l'avoir découpé en morceaux, il se met à le cuire. Mais, tout à coup il tombe foudroyé à coté du monstrueux repas qu'il était prêt à dévorer; la justice divine n'avait pas voulu permettre l'achèvement d'un pareil forfait." Depuis ce temps, Jean de Trapp ou plutôt Hans Trapp est resté légendaire, et même de nos jours, il a conservé l'horrible privilège d'effrayer les enfants pour la tendre chair desquels il éprouvait tant d'avidité.

douceplume
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