PREMIER AMOUR " FIN"
Le ciel s’était brusquement assombri en cette matinée de samedi. De gros nuages noirs pesaient sur la ville de tous leur poids. J’étais étendu sur le lit, au bord de la dépression nerveuse. Cela faisait plus d’une semaine que je n’avais aucune nouvelle de Léonie. Pus d’une fois, j’avais interrogé mes amis mais eux non plus ne savaient rein de ce qu’était devenue la jeune fille. On ne la voyait nulle part. De drôles de pensées les unes plus absurdes que les autres trottaient dans ma tête. Une nuit, j’étais allé jusqu’à faire un cauchemar, représentant Léonie, séquestrée et abusée par son propre père.
Mes yeux à demi clos, mes pensées en plein voyage me ramenaient de temps en temps des bruits de tam-tam. Un mince sourire traversa mes lèvres, j’aimais le son du tambour. Au bout de quelques minutes, je distinguai maintenant de façon très nette le rythme cadencé des cortèges de mariage. Je fis un effort et me levai ; le cortège allait passer devant notre maison. Je voulais voir à quoi allait ressembler mon mariage avec Léonie. J’arrivai juste au moment où les mariés étaient entrain de traverser. Une foule de badauds s’était massée le long de la route ; je fendis la foule pour me retrouver devant. Le marié souriait, saluant joyeusement la foule qui le félicitait. Il portait des vêtements traditionnels faits à peau d’arbre. Il était coiffé d’une chéchia qui trahissait son côté villageois. Il était drôlement content d’être venu en ville avant de trouver une épouse. La mariée couverte d’un voile conformément à nos traditions, marchait tête baissée. Je voulus sourire tellement la démarche de la femme était nonchalante lorsqu’un détail attira mon attention.
Ce n’était pas possible, avais-je la berlue ? Rêvai-je ? Je fermai les yeux et me tambourinai le crâne. Seigneur, pourquoi ne m’aviez-vous pas fait rêvé ce jour-là alors que je ne vous demandais rien de plus ? Non, non. Cà ne pouvait être Léonie qui se trouvait là, derrière ce voile. Je faisais sûrement un cauchemar, je me mis à sourire, un vilain cauchemar. Il fallait que je me réveille et je m’étais réveillé pour me rendre compte que je n’avais pas dormi. C’était bel et bien Léonie. Le voile qui la recouvrait entièrement tel un tchador d’une petite musulmane m’avait empêché de la reconnaître du premier coup d’œil. Mais la démarche, sa démarche, cette démarche, je la reconnaîtrai au milieu de milliards d’autres ; tellement elle frôlait la perfection. Et même nonchalante, la démarche de Léonie n’avait pas son pareil sur la planète bleue. Sa démarche l’avait trahie, et son père, ce beau-père « traître » qui se trouvait juste derrière sa fille tout souriant, achevait de dissiper mes soupçons. Aux côtés de Léonie, un presque vieil homme d’une quarantaine d’années souillait l’Afrique de son sourire narquois. Une goutte de larme que je pris d’abord pour une goutte de sueur dégoulina du tchador et tomba lourdement sur le goudron. Je sus que c’était une goutte de larme lorsque je vis Léonie prendre le revers de sa main pour essuyer ses yeux. Mon dieu ! Comme c’était injuste. Elle pleurait. Elle pleurait la tête tournée vers moi, le regard sûrement aussi. Pendant un moment, je voulus bondir sur elle afin de l’enlever des griffes de cet homme et de l’emmener avec moi. Je me retournai, pris ma tête entre mes mains et commençai à verser toutes les larmes de mes yeux. Une main me toucha à l’épaule, je me retournai pour me retrouver devant José.
-Viens J-C, j’ai à te parler-Elle m’emmena à la maison et me remit une lettre-C’est de la part de Léonie.
Une lueur d’espoir se dessina sur mon visage. José s’était assise à côté de moi. Je dépliai le bout de papier à une vitesse exponentielle en me disant que Léonie allait certainement me dire qu’elle allait s’enfuir, que je l’attende, qu’elle arrive bientôt pour m’appartenir pour toujours. La lettre était vieille de deux jours.
J-C ! Mon seul et éternel amour ;
Lorsque tu recevras cette lettre, je serai toute couverte de honte.
J’aimerai tant que tu puisses comprendre ce que j’ai à te dire. J’aimerai tant que tu puisses m’excuser pour ce qui nous arrive aujourd’hui.
Avant de te connaître, je me savais déjà promise à Tchebo. Je suivais déjà auprès de ma mère les leçons d’initiations qui me préparaient à être une femme, une bonne épouse comme on dit chez nous. Jour et nuit, ma mère m’a préparé à ma nouvelle vie, elle m’a préparé à accepter mon futur mari, à apprendre à l’aimer avec le temps bien que nous nous trouvions si différents l’un de l’autre. On m’a appris à me comporter dans le foyer, on m’a appris à servir mon mari sans jamais le haïr. J’ai tout appris J-C, j’ai tout appris en pleurant. Mais que pouvais-je faire ? Il y’a longtemps que je me suis résignée, ne pouvant faire autrement d’autant plus que par mon mariage, mon père allie éternellement sa famille à celle de son presque frère Tchebo.
J-C, il y’a longtemps que je devais être mariée si tu n’étais arrivé pour enflammer mon cœur. Dès le premier jour, je suis follement tombée amoureuse de toi. J’ai demandé à ma mère sous prétexte que je n’étais pas encore prête d’intervenir auprès de mon père afin qu’on repousse la date de mon mariage. Tellement je t’aimais et ne voulais pas rater l’occasion de vivre avec toi ce que jamais plus je ne vivrais.
J-C, je t’ai aimé et me suis sentie toujours aimée. Auprès de toi, j’ai vécu heureuse, rêvant très souvent d’être un jour ta femme, la mère de tes enfants. Mais hélas, je savais que mon rêve était irréalisable. Nous ne pouvons aller contre nos traditions J-C, c’est ce qui fait de nous ce que nous sommes. Autant aveugles et dures sont-elles, autant sécurisantes elles le sont également. Nous ne pouvons changer ces lois qui ont vu grandir nos parents et qui verront certainement grandir nos enfants.
J-C, je te laisse en ce point en te souhaitant beaucoup de bonheur. J’ai demandé à José de s’occuper de toi afin que tu ne te sentes pas trop seul. Elle a accepté sans se faire prier. Je souhaite sincèrement que tu aies plus de chance avec elle qu’avec moi.
Je t’aime J-C et n’aimerai jamais que toi.
Celle qui jamais ne t’oubliera.
Léonie.
Je froissai le bout de papier que je tenais en main. José était toujours assise à côté de moi. Mais il y’avait longtemps que je ne sentais plus sa présence. Je pleurais, je pleurais toutes les larmes de mes yeux, je pleurais, je pleurais comme je n’avais jamais pleuré et comme jamais plus je ne pleurerai plus.
Qu’avais-je fait ? Qu’avais-je fait pour mériter cette punition ? Mon cœur versait des larmes de tristesse, de mélancolie, de deuil. J’avais été trahi, trahi au plus profond de mon être par l’être aimé. Oui, trahit ; car pour moi, ce n’était rien de plus qu’une trahison. J’étais anéanti, parce que j’avais osé aimer. Je me levai et me mis à marcher à travers les rues de la ville. J’avançais sans marcher, je marchais sans avancer. Je regardais sans voir et voyais sans regarder. Mon cœur était triste, il pleurait, il pleurait avec moi, nous avions tous les deux été trahis. Vers quels cieux nous réfugier ? Dans quels bas retrouver le confort ? Personne de nous ne le savait. Nous avions été pendant longtemps dupés, trahis, abusés ceci sans le savoir. Oserions-nous jamais encore aimer ? Je levai les yeux vers les cieux pour implorer je ne savais quel dieu. Car pour moi, tout était fini. Je vis deux files de proches habillés en blanc. Ils transportaient péniblement un cercueil, un mince sourire traversa mes lèvres. J’étais sauvé.
FIN
Mes yeux à demi clos, mes pensées en plein voyage me ramenaient de temps en temps des bruits de tam-tam. Un mince sourire traversa mes lèvres, j’aimais le son du tambour. Au bout de quelques minutes, je distinguai maintenant de façon très nette le rythme cadencé des cortèges de mariage. Je fis un effort et me levai ; le cortège allait passer devant notre maison. Je voulais voir à quoi allait ressembler mon mariage avec Léonie. J’arrivai juste au moment où les mariés étaient entrain de traverser. Une foule de badauds s’était massée le long de la route ; je fendis la foule pour me retrouver devant. Le marié souriait, saluant joyeusement la foule qui le félicitait. Il portait des vêtements traditionnels faits à peau d’arbre. Il était coiffé d’une chéchia qui trahissait son côté villageois. Il était drôlement content d’être venu en ville avant de trouver une épouse. La mariée couverte d’un voile conformément à nos traditions, marchait tête baissée. Je voulus sourire tellement la démarche de la femme était nonchalante lorsqu’un détail attira mon attention.
Ce n’était pas possible, avais-je la berlue ? Rêvai-je ? Je fermai les yeux et me tambourinai le crâne. Seigneur, pourquoi ne m’aviez-vous pas fait rêvé ce jour-là alors que je ne vous demandais rien de plus ? Non, non. Cà ne pouvait être Léonie qui se trouvait là, derrière ce voile. Je faisais sûrement un cauchemar, je me mis à sourire, un vilain cauchemar. Il fallait que je me réveille et je m’étais réveillé pour me rendre compte que je n’avais pas dormi. C’était bel et bien Léonie. Le voile qui la recouvrait entièrement tel un tchador d’une petite musulmane m’avait empêché de la reconnaître du premier coup d’œil. Mais la démarche, sa démarche, cette démarche, je la reconnaîtrai au milieu de milliards d’autres ; tellement elle frôlait la perfection. Et même nonchalante, la démarche de Léonie n’avait pas son pareil sur la planète bleue. Sa démarche l’avait trahie, et son père, ce beau-père « traître » qui se trouvait juste derrière sa fille tout souriant, achevait de dissiper mes soupçons. Aux côtés de Léonie, un presque vieil homme d’une quarantaine d’années souillait l’Afrique de son sourire narquois. Une goutte de larme que je pris d’abord pour une goutte de sueur dégoulina du tchador et tomba lourdement sur le goudron. Je sus que c’était une goutte de larme lorsque je vis Léonie prendre le revers de sa main pour essuyer ses yeux. Mon dieu ! Comme c’était injuste. Elle pleurait. Elle pleurait la tête tournée vers moi, le regard sûrement aussi. Pendant un moment, je voulus bondir sur elle afin de l’enlever des griffes de cet homme et de l’emmener avec moi. Je me retournai, pris ma tête entre mes mains et commençai à verser toutes les larmes de mes yeux. Une main me toucha à l’épaule, je me retournai pour me retrouver devant José.
-Viens J-C, j’ai à te parler-Elle m’emmena à la maison et me remit une lettre-C’est de la part de Léonie.
Une lueur d’espoir se dessina sur mon visage. José s’était assise à côté de moi. Je dépliai le bout de papier à une vitesse exponentielle en me disant que Léonie allait certainement me dire qu’elle allait s’enfuir, que je l’attende, qu’elle arrive bientôt pour m’appartenir pour toujours. La lettre était vieille de deux jours.
J-C ! Mon seul et éternel amour ;
Lorsque tu recevras cette lettre, je serai toute couverte de honte.
J’aimerai tant que tu puisses comprendre ce que j’ai à te dire. J’aimerai tant que tu puisses m’excuser pour ce qui nous arrive aujourd’hui.
Avant de te connaître, je me savais déjà promise à Tchebo. Je suivais déjà auprès de ma mère les leçons d’initiations qui me préparaient à être une femme, une bonne épouse comme on dit chez nous. Jour et nuit, ma mère m’a préparé à ma nouvelle vie, elle m’a préparé à accepter mon futur mari, à apprendre à l’aimer avec le temps bien que nous nous trouvions si différents l’un de l’autre. On m’a appris à me comporter dans le foyer, on m’a appris à servir mon mari sans jamais le haïr. J’ai tout appris J-C, j’ai tout appris en pleurant. Mais que pouvais-je faire ? Il y’a longtemps que je me suis résignée, ne pouvant faire autrement d’autant plus que par mon mariage, mon père allie éternellement sa famille à celle de son presque frère Tchebo.
J-C, il y’a longtemps que je devais être mariée si tu n’étais arrivé pour enflammer mon cœur. Dès le premier jour, je suis follement tombée amoureuse de toi. J’ai demandé à ma mère sous prétexte que je n’étais pas encore prête d’intervenir auprès de mon père afin qu’on repousse la date de mon mariage. Tellement je t’aimais et ne voulais pas rater l’occasion de vivre avec toi ce que jamais plus je ne vivrais.
J-C, je t’ai aimé et me suis sentie toujours aimée. Auprès de toi, j’ai vécu heureuse, rêvant très souvent d’être un jour ta femme, la mère de tes enfants. Mais hélas, je savais que mon rêve était irréalisable. Nous ne pouvons aller contre nos traditions J-C, c’est ce qui fait de nous ce que nous sommes. Autant aveugles et dures sont-elles, autant sécurisantes elles le sont également. Nous ne pouvons changer ces lois qui ont vu grandir nos parents et qui verront certainement grandir nos enfants.
J-C, je te laisse en ce point en te souhaitant beaucoup de bonheur. J’ai demandé à José de s’occuper de toi afin que tu ne te sentes pas trop seul. Elle a accepté sans se faire prier. Je souhaite sincèrement que tu aies plus de chance avec elle qu’avec moi.
Je t’aime J-C et n’aimerai jamais que toi.
Celle qui jamais ne t’oubliera.
Léonie.
Je froissai le bout de papier que je tenais en main. José était toujours assise à côté de moi. Mais il y’avait longtemps que je ne sentais plus sa présence. Je pleurais, je pleurais toutes les larmes de mes yeux, je pleurais, je pleurais comme je n’avais jamais pleuré et comme jamais plus je ne pleurerai plus.
Qu’avais-je fait ? Qu’avais-je fait pour mériter cette punition ? Mon cœur versait des larmes de tristesse, de mélancolie, de deuil. J’avais été trahi, trahi au plus profond de mon être par l’être aimé. Oui, trahit ; car pour moi, ce n’était rien de plus qu’une trahison. J’étais anéanti, parce que j’avais osé aimer. Je me levai et me mis à marcher à travers les rues de la ville. J’avançais sans marcher, je marchais sans avancer. Je regardais sans voir et voyais sans regarder. Mon cœur était triste, il pleurait, il pleurait avec moi, nous avions tous les deux été trahis. Vers quels cieux nous réfugier ? Dans quels bas retrouver le confort ? Personne de nous ne le savait. Nous avions été pendant longtemps dupés, trahis, abusés ceci sans le savoir. Oserions-nous jamais encore aimer ? Je levai les yeux vers les cieux pour implorer je ne savais quel dieu. Car pour moi, tout était fini. Je vis deux files de proches habillés en blanc. Ils transportaient péniblement un cercueil, un mince sourire traversa mes lèvres. J’étais sauvé.
FIN
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2 commentaires
Guy · le lundi 7 avril 2014 à 23:01
Merci pour ce récit très instructif.
Amicalement
http://www.mespoemes.net/renato
Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) · le mercredi 9 avril 2014 à 17:22
http://www.mespoemes.net/philipchevalier
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