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NOS LETTRES II

Le dimanche 8 juin 2014 à 14:44, posté par jean carlos · 148 lectures

Eliane ! Ma chère tendre et douce amie, comment avais-je pu espérer revivre des secondes aussi uniques, des heures aussi romantiques, ces journée de pure bonheur ? Comment-je ne puis m’empêcher de me poser cette question toutes les nuits maintenant-croyais-je que je remplacerais ces parties de football vespérales que je jouais juste pour toi, pour te séduire ? Et aussi ces dribles que je n’ai jamais pu refaire depuis que je n’entends plus ta voix langoureuse scander amoureusement mon nom dans la foule des spectateurs muets ?
Eliane, que pourrai-je dire ? Tellement j’ai une folle envie de te faire savoir que j’ai passé des moments inoubliables qui aujourd’hui peuplent entièrement mes souvenirs.
Tiens par exemple ; te rappelles-tu de ce soir où couchés sur le gazon, bien à l’abri des regards indiscret, derrière la maison du percepteur nous admirions ensemble le magnifique coucher de soleil ? Et je dois te dire franchement, je n’ai plus jamais rien vu d’aussi beau. Aujourd’hui ma mie, que deviens-tu ? As-tu une vie aussi difficile que la mienne ? Ici dans la capitale économique, je mène une vie de clochard. Je crèche dans un taudis au centre d’un quartier populaire et populeux et ne dîne que si j’ai pu avoir quelques piécettes dans la journée.
Certes, je suis déjà un homme, je ne suis plus ce fougueux gamin qui te faisait rire à longueur de journée. Ce garçon presqu’imprévisble qui a passé quatre années dont deux de bonheur dans ton village que je considère désormais comme le mien aussi. J’y suis malgré moi enraciné. Non Eliane, je ne suis plus ce brillant garçon que tout le monde enviait tant. Je ne suis plus qu’une loque humaine, un être encré dans la réalité de notre pays, un jeune homme sacrifié par les rouages d’un système.
Tiens, je ne voudrais surtout pas que tu t’apitoies sur mon sort. Dis-moi plutôt lorsque tu auras reçu mon pli demain peut-être, car Kyselle m’a affirmé que qu’elle devra le remettre au chauffeur du car de « Papa Nsopgoué » qui devra te rencontrer samedi, jour du grand marché de Tonga. Eliane, j’ai des tonnes de choses à te raconter. Mais par quel bout commencer ? Seulement, j’aimerai savoir si la ville de Tonga a beaucoup changé, et surtout si Edith s’y trouve toujours. Edith, la fille de Tabo, celle sans qui on ne se serait jamais rencontré.
J-Karl
Celui qui avait cru pouvoir t’oublier mais qui s’est trompé sur toute la ligne.
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