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Les chemins de la vie

La cérémonie du café dans les corons

Le samedi 11 juin 2011 à 10:29, posté par Jacques · 94 lectures

Se conformant aux directives de la défense passive les habitants de la cité avaient collé sur les vitres de leurs fenêtres, des bandeaux de papiers en croix de Saint André.


Les fenêtres étaient la fierté et la carte de visite de nos mineurs, car ici, on aimait à soigner ses rideaux, et l’on donnait à ceux-ci différents aspects en jouant avec les dentelles où avec les différents fronsages.


Les vitres étaient régulièrement astiquées car elles faisaient souvent l’objet de critique de la part des passants et c’était aussi entre voisins l’occasion de faire un brin de causette qui souvent se terminait devant une tasse de café noir.

Ici le café était l’objet d’un véritable culte, une cérémonie d’accueil, et à toute heure de la journée, la vieille casserole en fer blanc culottée au fil des ans, était sur le bout extrême du poêle flamand.

En parlant, ma mère rapprochait la vieille casserole sur la platine brûlante du poêle, en regardant la personne en visite, et sans perdre le fil de la conversation, elle mettait à bouillir dans un peu d’eau, une pincée de chicorée.

Sans laisser tomber l’intérêt du discours, elle s’asseyait en face de la personne, tout en tournant la manivelle du petit moulin à café qu’elle serrait entre ses genoux. Une bonne odeur s’exhalait déjà dans la pièce donnant à la conversation un peu plus d’animation.

Puis elle prenait la fameuse cafetière émaillée, souvent héritée d’un parent et y déposait la poudre odorante sur laquelle elle faisait couler religieusement un filet d’eau de chicorée bouillante.

Puis c’était quelques instants de recueillement, la main sur le petit couvercle de la cafetière, elle attendait que le café est donné tout son arôme.


En remplissant les tasses, ma mère ne parlait plus, et la personne qu’elle accueillait regardait en silence les tasses se remplir avec un petit bruit agréable.

Les senteurs exotiques se libéraient alors dans la pièce. Se penchant sur la table, ma mère et son amie prenaient avec délicatesse leur tasse en porcelaine et après l’avoir humée un instant, et approuvé du regard la qualité du breuvage, elles dégustaient en soufflant un peu sur le café noir et bouillant.

Quand les tasses étaient vides, la conversation reprenait car les tasses suivantes n’avaient plus la même vigueur aromatique, elles n’étaient que le rappel de l’ivresse de la première ingestion.

L’on se quittait, alors avec plus d’amitié et avec dans la bouche le goût encore persistant de l’accueil que l’on avait reçu.

Il faut dire que pour atteindre ce degré de saveur, ma mère, comme beaucoup d’autres femmes de notre cité avait soigneusement sélectionné son marchand de café vert, et le dimanche, quand elle était libérée de ses tâches ordinaires, elle installait sur la platine du feu, le moulin à griller le café, alors en plaisantant, elle tournait lentement la manivelle de son moulin.

Lorsqu’elle jugeait le café suffisamment grillé, elle étalait dans la cour dans une tourtière, le café fumant, dont les senteurs envahissaient les demeures voisines.

Certains jours en fin de repas, il n’était pas rare que certains mineurs se laissaient séduire par la traditionnelle bistouille qui était une façon moins puriste de déguster le café, mais qui donnait beaucoup de plaisir au palais.

Quand le rhum intimement uni au café venait réchauffer l’esprit, et délier les langues, alors il y avait nos chansons et nos histoires comme celles de notre camarade J. Mousseron plus connu chez nous sous le nom de Cafougnette, citoyen de la bonne ville de Denain, poète patoisant trop peu connu au gré de mon père.
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