Dans Le Noir

A sa fenêtre vermoulue
Depuis hier comme demain,
Son air semble dire : « inconnu,
Pourquoi donc me tiens-tu la main ? »
Tel le biscuit d’une gaufrette
Effrité par des vers voraces,
Un broc vide semble sa tête
D’où toute mémoire s’efface.
Tissant de métal son armure,
Le mal jour après jour avance
Invisible et à belle allure
Mutant sa présence en absence.
Pourtant, à ses jambes campé,
Il persiste, de monologues,
A leurs souvenirs ranimer,
Jouant les patients pédagogues…
Mais il voit bien dans ce regard
Que ses dignes efforts naufragent,
Contraints en quelque sombre hangar
Aux fers d’un trop puissant ancrage.
Sous ses persiennes descendues,
Comme au fin fond d’un bois le soir,
Ce fils qu’elle ne connait plus
L’appelle d’effroi dans le noir.
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Depuis hier comme demain,
Son air semble dire : « inconnu,
Pourquoi donc me tiens-tu la main ? »
Tel le biscuit d’une gaufrette
Effrité par des vers voraces,
Un broc vide semble sa tête
D’où toute mémoire s’efface.
Tissant de métal son armure,
Le mal jour après jour avance
Invisible et à belle allure
Mutant sa présence en absence.
Pourtant, à ses jambes campé,
Il persiste, de monologues,
A leurs souvenirs ranimer,
Jouant les patients pédagogues…
Mais il voit bien dans ce regard
Que ses dignes efforts naufragent,
Contraints en quelque sombre hangar
Aux fers d’un trop puissant ancrage.
Sous ses persiennes descendues,
Comme au fin fond d’un bois le soir,
Ce fils qu’elle ne connait plus
L’appelle d’effroi dans le noir.
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7 commentaires
milesmeyer · le vendredi 3 mai 2024 à 08:23
Vos vers sont magnifiques, sublimes et si difficiles.
mariepaule · le vendredi 3 mai 2024 à 10:37
Il est magnifique et poignant ton poème.
Cette maladie est une horreur au début pour la personne concernée, puis peu à peu pour les enfants que les parents ne reconnaissent plus.
C'est une douleur...
imparfaitlibre · le vendredi 3 mai 2024 à 11:47
Qu'il est triste mais beau à la fois ton poème sur cette maladie qui isole et finit par détruire le malade mais aussi son entourage tant les dégâts sont irréversibles et surtout qu'ils laissent l'entourage dans la stupeur et l'incompréhension. Pourquoi ma propre mère ne me reconnaît-elle pas? Pourquoi suis-je devenu un étranger qui semble la déranger dans ce monde qui est devenu le sien?
Suite à l4AVC de Domie, nous avons aussi été confrontés à toutes ses questions.
Je ne sais pas si ce poème est autobiographique et si tu es ce fils mais dans chacun de tes vers on ressent l'émotion d'un vécu qui te touche et qui nous touche beaucoup également.
Bises ami poète José
vertflo · le vendredi 3 mai 2024 à 23:21
J'ai d'autant plus été touché par ton poème, du fait que j'ai connu cette situation.
Ma maman est décédée il y a un peu plus de 2 ans et elle était atteinte de la maladie d'Alzheimer.
Trouver des mots poétiques pour décrire la vision et le ressenti d'une personne face à un être cher atteint de cette maladie, ce n'est pas facile.
A toutes les lignes, on voit le vécu et la souffrance aussi de celui qui est confronté à une telle situation.
C'est comme si il y avait deux mondes différents.
Un monde quasiment mort cérébralement et en face un mari, une femme, un fils ou une fille complètement désemparés et qui en effet comme le dit Patricia se posent plein de questions.
Il faut être confronté à ces situations pour bien cerner et comprendre la dégradation d'une personne et la souffrance de l'entourage qui se sent impuissant et souvent seul devant cette tragédie.
Amicalement
Claude
José · le dimanche 5 mai 2024 à 09:33
Bon dimanche à vous.
plumeflore · le dimanche 5 mai 2024 à 23:39
Marc!
cecel45 · le mercredi 15 mai 2024 à 11:09
Que de souvenirs ce texte si bien écrit où chaque mot est imprégné d'émotion.
Je retrouve cette interrogation, cette impuissance face à cette situation qui fige l'instant. Seule la maman malade, le sourire aux lèvres, semble sereine.
Partie dans un autre monde, un autre lieu, un autre temps cette personne que l’on aime vit ce moment.
« Bonjour monsieur.
- C'est moi maman, c'est Marcel !
Ah oui Marcel... »
Les premiers jours, je pensais naïvement qu'elle avait retrouvé le temps de ma visite ses esprits.
Loin de m'attrister en remontant ces moments délicats, ton poème me procure un bien énorme. Ça fait vingt-huit ans !
Je comprends donc ta douleur du moment (si c’est du présent dont il s’agit) mais le temps passant ces souvenirs s’adouciront en prenant de la distance.
Bon courage José et encore merci pour ce partage fort en émotion.
Amicalement,
Marcel
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