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Rythmique abusive pour papillon désincarné

13 - Cercueil de lumière

Le jeudi 7 juin 2007 à 00:19, posté par Meraziel · 311 lectures

Le dernier, qui clôt pour le moment le châpitre Mélusine

Structure monolithique, implacable, une tour d’acier froide comme la mort. J’imagine la sculpture, le monument, écrasé par sa puissance sans limite. A la suite, je m’imagine au-dedans. Ne faire corps qu’avec lui. Fantaisie onirique. La musique s’écoule dans mes oreilles comme une fontaine de jouvence. La Mort a un goût de miel, curieuse journée. J’ai bien peur que ce monde ne me réussisse guère, de quelque point de vue qu’on le constate. Cynisme habituel, comme chaque dimanche soir. Rythmique abusive imaginaire, souvenirs imparfaits, trame abyssal. Etrangeté, faut l’admettre. Admettons en cœur que le monde s’effondre. Tout va trop vite, disais la succube, quand les gens vivent, aiment, se battent et meurent. Mourrez, pauvres fous, ainsi aurait-il dût parler avant de s’enfoncer dans Khazâd-dûm, si seulement il avait vu l’étendue de ce qu’il se préparait. Participer aux épopées, quel folie, car enfin, TUEZ DONC TOUT VOS HEROS !
Ecrasé par sa majesté, par la noirceur, j’admire le cercueil. Je suis ce cercueil, il m’emplit, Plisse autour de mon âme, comme une seconde peau. Il n’est pas tissé d’ombre et de chaos, comme je l’avais envisagé. Il s’agit de la sourde et claire caresse du soleil qui se pose sur mon visage, esprit damné. Un fort bel objet, plus encore un concept, une cage aux reflets dorés d’ambroisie et de nacre. Se fondre dans les parois mouvantes, ne faire qu’un, être la chair quand il est l’enveloppe. Enfermé au-dedans, piégé, cocon maternel. Un mythe, retrouver Blanche-neige qui, en quête de son héros, se retrouva dans la Nuit. La vile sorcière m’offre une compagne dans le cercueil, on dirait.
Ainsi donc une rose de saphir pousse entre mes doigts, joyaux vivant aux pétales assassines. Des champs de fleurs vampiriques, des épines bleues comme l’azur, tachées de mon sang plus frais que les embruns venus de la mer. Lentement je me vide sous la morsure lente implacable fleuve carmin aux senteurs de drogues raffinées. Un opium malsain dont je me délecte. A défaut d’être un héros, entrerez-je dans la légende en devenant mon propre vampire ? Vivre de son hémoglobine, toujours les lèvres souillées de pourpre. Le goût deviendra exécrable, tôt ou tard. Ainsi devra peut-être mourir le monde, sous l’assaut vicieux de mes crocs acérés. Je suis un champs de roses de saphir tachées, enfermés dans un cercueil de lumière
Sens pour moi que le monde se rétrécie, sens comme je brûle à l’infinie. Encore et encore, jusqu’à en mourir ! Allègrement, fataliste , insensé, mille brûlures et lames ensanglantées. Je trace sur ma chair des sillons vermeils, l’hémoglobine coule en lentes rivières carmines. Ainsi je détaille cette cartographie approximative, du taillé sur mesure par l’outil de confiance, le confident d’acier, celui qui soulage les peines. Une prière adressée à notre mère la Terre, qui fait naître le fer, et au père Soleil, qui lui créé le cercueil de lumière.
Ne pas t’oublier, petite Fée, Mélusine. Les lames courent, progressivement, avec détachement parfois. Elles s’amusent un peu, je crois entendre leurs rires pervers. Des papillons sanglants, à l’instar de ma deuxième rythmique. Cet arrière-goût, ce relent d’ombre et de ténèbres, laisse une trace palpable d’un cynisme devenu règle d’or. Voit ton œuvre, ma chère, voit le résultat de ton mépris. Contemple pour une fois ce tableau d’une seule couleur, comme mon cœur maintenant obscurcit. Un monstre d’écarlates ténèbres dont tu es la seule responsable. Je m’incline ma chère, c’est un beau chef d’œuvre, un travail d’orfèvre, car il faut beaucoup de talent pour détruire avec autant de discernement. La beauté d ‘une fée comparable aux pouvoirs de la plus viles des sorcières. Car tu fais pousser les ronces. Car tu tiens la lame. Car tu me brise à main nue. Et comme si cela ne suffisait pas, comme si ce n’était pas assez, je me doit de continuer à te contempler, à t’admirer dans les bras d’un autre. Et comble d’ironie, je te conseille, ma pauvre chérie, sur ta vie si… difficile. Amusant, comme retournement de situation. Tragique sarcasme de l’univers.
Il fut un temps où je disais que je te pardonnais, car je peux tout pour toi. Mais hélas, la haine est bonne conseillère, bien que malsaine. Ces traces sur mes bras, c’est à toi que je les doit, tout comme cette spirale infernale, ce maëlstrom scintillant où je me noie quand tu ris devant mes yeux. Enfermé dans ma sphère incandescente, en compagnie de mes roses de jais ou de saphir, du rubis en arrière plan. Mon âme en offrande à la Nuit quand mon corps est au Soleil, quand la nuit transcende mes sens, s’incarne par mes doigts et invoque une prose brûlante, incandescente, une autre forme de douleur alors que je ne crains plus vraiment les lames, car tes yeux me terrifies encore, quand je les revois dans mes rêves et que je me réveille en sursaut , terrifié. Le froid s’insinue peu à peu, avec souplesse et précaution, car il a bien le temps de faire son œuvre. A l’instar de Mélusine, la femme serpente des légendes, qui avait le dons d’édifier des villes mais aussi celui, effroyable, de les réduire à néant. Je contemple ton œuvre, Mélusine, une cathédrale dantesque, grandiose, baroque, mais ruinée par l’âge et l’oublie, sous un ciel de méthane que la lueur des étoiles a bien du mal à percer. Ma lumière seule me suffira. Derrière le cercueil de lumière, derrière mon édifice monolithique fait de photons et d’acier, derrière les coulées de mercure, se terre la plus grande des noirceurs. Mélancholia.
Ne m’en veut pas, petite Fée Mélusine. Neuf mois ont passés, il était temps que naisse enfin cette œuvre de la Nuit, dont tu es la Mère et dont je suis le créateur. Cela, tu ne pourras me le retirer, évidemment. Tu ne peux que le contempler et c'est bien suffisant. Nous avons créé ceci ensemble, même si tu ne t’en doutais pas. Et maintenant, de cette subtile alchimie, tu peux voir le résultat.

Contempler les ténèbres qui se terrent au fin fond du cercueil de lumière.

Faux’ly Arlequin. Nequesh. Meraziel
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