Fable
LE CHANT DU CYGNE
XLIII
FABLE
Le maître d’un baudet s’en allait à la ville
Porter tout le rendu de son champ de navets.
L’âne n’était point jeune, et progressait, tranquille,
D’un économe pas, sûr d’arriver au guet.
La charge balançant sur l’esquine de l’âne,
Il songeait rallier sans presse le marché.
À quelques pas de là, un messire se damne,
Descendu de son blanc destrier, empêché.
Le sabot s’est tordu. Le Sieur argue et présente
Une affaire urgente, et, contre baudet brayant,
Échangerait en sus d’une somme sonnante,
Son cheval harnaché et son beau mors d’argent.
Le maître du baudet s’interroge en silence.
Il perd certes l’ânée, en sus de l’animal,
Et qu’à tout prendre, il lui faudrait belle créance
Pour effacer du troc un affect viscéral !
Dame ! Ils étaient depuis un long temps en présence,
L’âne et lui, et ensemble, et comme inversement,
Faisant compagnonnage, usé de patience,
Ils étaient, pour la vie, accordés tout autant !
Le cheval à charger, de plus, n’est point facile,
Car bien haut et bien fort pour me laisser confort.
Séjournant dans l’étable, il sera peu tranquille,
Entre vache et son veau, le mouton et le porc !
Pour nourrir l’animal, moult avoine, un peu d’orge,
Mais du foin, du maïs, comme aussi le flatter !
Il m’en coûtera de l’argent, à rendre gorge,
Pour lui donner tout son content… Alors, tricher ?
Sur le poids des produits jetés sur la balance ?
Quand il est difficile d’attirer le chaland !
La suspicion lors, viendrait contrer ma chance,
M’imposant, dès matin, d’être moins nonchalant !
À l’auge, mon baudet, de bien peu se contente.
Le pré pour principal, du foin sans trop peser,
Du son, quelques caresses pour une bonne entente,
La bête étant rustique, en ça la puis charger !
Quand à tirer bon an, mal an, rentes modestes,
À subir grand soleil, trop de pluies ou point d’eau,
Il faut vivre de peu, de soupes et galettes,
Ne rêver d’ortolans ni de pigeon nouveau !
Le paysan ne se voyait sur la monture,
Comme il ne voyait le Sieur sur l’âne bâté !
Le quémandeur, nerveux, ajustant sa vêture,
Rajoutait de beaux louis, sentant l’homme appâté.
Les pièces maintenant donnaient sonnaille belle !
Que croyez-vous que le paysan décida ?
Difficile de dire, au poids de l’escarcelle,
Son choix, ou le sort qu’à lui-même il s’appliqua.
M.A.B.M.
Cannes le 25 Mai 2017
Page 45
Droits Réservés.
XLIII
FABLE
Le maître d’un baudet s’en allait à la ville
Porter tout le rendu de son champ de navets.
L’âne n’était point jeune, et progressait, tranquille,
D’un économe pas, sûr d’arriver au guet.
La charge balançant sur l’esquine de l’âne,
Il songeait rallier sans presse le marché.
À quelques pas de là, un messire se damne,
Descendu de son blanc destrier, empêché.
Le sabot s’est tordu. Le Sieur argue et présente
Une affaire urgente, et, contre baudet brayant,
Échangerait en sus d’une somme sonnante,
Son cheval harnaché et son beau mors d’argent.
Le maître du baudet s’interroge en silence.
Il perd certes l’ânée, en sus de l’animal,
Et qu’à tout prendre, il lui faudrait belle créance
Pour effacer du troc un affect viscéral !
Dame ! Ils étaient depuis un long temps en présence,
L’âne et lui, et ensemble, et comme inversement,
Faisant compagnonnage, usé de patience,
Ils étaient, pour la vie, accordés tout autant !
Le cheval à charger, de plus, n’est point facile,
Car bien haut et bien fort pour me laisser confort.
Séjournant dans l’étable, il sera peu tranquille,
Entre vache et son veau, le mouton et le porc !
Pour nourrir l’animal, moult avoine, un peu d’orge,
Mais du foin, du maïs, comme aussi le flatter !
Il m’en coûtera de l’argent, à rendre gorge,
Pour lui donner tout son content… Alors, tricher ?
Sur le poids des produits jetés sur la balance ?
Quand il est difficile d’attirer le chaland !
La suspicion lors, viendrait contrer ma chance,
M’imposant, dès matin, d’être moins nonchalant !
À l’auge, mon baudet, de bien peu se contente.
Le pré pour principal, du foin sans trop peser,
Du son, quelques caresses pour une bonne entente,
La bête étant rustique, en ça la puis charger !
Quand à tirer bon an, mal an, rentes modestes,
À subir grand soleil, trop de pluies ou point d’eau,
Il faut vivre de peu, de soupes et galettes,
Ne rêver d’ortolans ni de pigeon nouveau !
Le paysan ne se voyait sur la monture,
Comme il ne voyait le Sieur sur l’âne bâté !
Le quémandeur, nerveux, ajustant sa vêture,
Rajoutait de beaux louis, sentant l’homme appâté.
Les pièces maintenant donnaient sonnaille belle !
Que croyez-vous que le paysan décida ?
Difficile de dire, au poids de l’escarcelle,
Son choix, ou le sort qu’à lui-même il s’appliqua.
M.A.B.M.
Cannes le 25 Mai 2017
Page 45
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6 commentaires
Plumeflore · le mardi 30 mai 2017 à 18:34
j'aime votre âme délicate!!
Marc!
Pierre · le mardi 30 mai 2017 à 21:39
Je suis subjugué par votre talent et votre écriture !!! Bravo !!! Amitiés
aurorefloreale · le mercredi 31 mai 2017 à 21:08
Micheline 1940 · le samedi 3 juin 2017 à 07:30
Mille bonnes pensées pour Marie et vous même !
Micheline.
Micheline 1940 · le samedi 3 juin 2017 à 07:40
Micheline.
Bien amicalement,
Micheline.
Micheline 1940 · le samedi 3 juin 2017 à 07:46
Belle et bonne journée à vous et bien amicalement,
Micheline.
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