đ€Šââïžđâ 4 - La complainte des condamnĂ©s

Avant d'entreprendre l'inauguration de cette imprévisible ,
versification qui m'a subordonné à de multiples questions,
ayant fortement convulsé ma conscience, j'ai mûrement
réfléchi, pendant de trÚs longues heures, avant de me
lancer dans la rédaction de ce texte.
Bien entendu, je ne pouvais chloroformer les impulsions vives
et claironnantes, qui fustigeaient désagréablement mon esprit,
aussi ai-je décidé de saisir ma plume, quitte à déplaire à ces
grenouilles de bénitier, à ces intelligences bien pensantes, qui
courbent l'échine, en absorbant sottement les jugements
étriqués, sans changer une virgule aux conformités imposées
par la majorité.
Les événements tragiques, que je vais alléguer, ne sont pas
répertoriés dans un roman de science-fiction, non ils se sont
effectivement déroulés, bien souvent dans le désespoir et la
douleur, mĂȘme si cette surprenante odyssĂ©e prĂ©lude la nuit
des temps.
En effet, les faits remontent au vendredi vingt-sept mai mille
neuf cent vingt-et-un, jour de la publication des rÚgles régissant
le code de la route en France, néanmoins cette date coïncide
avec une toute autre conjoncture, du fait qu'elle annonce une
naissance dans la modeste ville de Saint-Joseph, située sur les
rives du lac Michigan
Le jeune trublion, dont je vais évoquer l'histoire, avait un avenir
prometteur, il aurait pu trÎner au panthéon des illustres auteurs
américains, et cÎtoyer l'immortalité, comme Mark Twain, Ernest
Hemingway, Jack London ou Tennessee Williams..., cependant
il fut comme son pÚre un éclopé du crash boursier de New-York,
qui, du jeudi vingt-quatre au mardi vingt-neuf octobre mille-neuf
cent-vingt-neuf, détruisit des millions de foyers américains.
Cette effroyable Grande Dépression signifiait la faillite, le
marasme incontestable de la doctrine libérale, non seulement
elle engendra la chute vertigineuse de la valeur des actions,
mais elle instaura un climat de défiance et de violence, un
ouragan d'angoisse et de panique, ce qui déclencha la
fermeture d'innombrables entreprises, ainsi que des
licenciements considérables et une perte incalculable d'emplois.
L'orthodoxie économique ne connaßt aucune complaisance, et
toute baisse de la demande impacte la production, et maints
descendants de l'oncle Sam se sont retrouvé à la rue, sans
logement, et ont dĂ» faire appel aux associations caritatives et
souscrire Ă n'importe quelle besogne.
Ne supportant plus cette existence pitoyable et misérable, notre
casse-cou grimpe allĂšgrement les divers marches de l'escalier
de la concussion, mais le papillon fougueux finit par se brûler les
ailes, et dÚs l'ùge de quinze ans, il est confié à un centre de
redressement, dont les méthodes musclées et les traitements
de choc forgent un caractĂšre endurci et aguerri.
A sa sortie, le dévoyé averti se métamorphose en un truand
notoire,qui n'hésite plus à se mesurer à des gibiers d'un autre
calibre, il dévalise les maisons de tolérance, moleste des
individus, dont la profession consiste Ă investir de fortes
sommes d'argent sur des événements essentiellement sportifs.
Toutefois ces preneurs de paris sont souvent contrÎlés et
protégés par des agents de l'ordre véreux et gangrenés par la
corruption, si bien que la rétorsion mobilise tout cet univers
vénal, et l'arrestation du soit disant bandit à la lumiÚre rouge
s'effectue lors de la fameuse poursuite du vendredi vingt-trois
janvier mille neuf-cent quarante-huit.
L'hypothétique damnable, Caryl Whittier Chessman, escorté par
son complice David Knowles est appréhendé au bord de sa
Ford T de couleur grise, véhicule dérobé deux heures avant le
cambriolage d'une boutique de vĂȘtements
L'imprudent souriceau a trop joué avec la chance, il est aussitÎt
capturé et est jeté dans une ratiÚre sans issue, dont il ne pourra
plus s'évader, il doit endosser les terribles chùtiments, que la
législation pénale de Californie lui réserve suite à l'affaire du
ravissement de l'enfant du célÚbre aviateur Lindbergh.
Le kidnapping est considéré comme un crime fédéral,
sanctionné par la peine capitale, surtout si l'enlÚvement a
occasionné de graves lésions physiques, en outre Caryl
Chessman ne peut plus bénéficier de circonstances
atténuantes, car lors de son arrestation, il était en liberté
conditionnelle aprÚs avoir purgé une condamnation à la
Prison d'Ătat de Folsom prĂšs de Sacramento.
L'épouvantable punition est fixée au trois juillet mille-neuf
quarante-hui, et il sera transféré dans un sanctuaire consacré
à l'anéantissement, une géhenne infernale, qui vous engloutit
pour l'éternité : l'inoubliable ergastule de San-Quentin, installée
dans le Comté de Saint Marin, au Nord de San-Francisco.
Il est enfermé au cinquiÚme étage, dans un réduit privé
de fenĂȘtre,d'une superficie plus que superfĂ©tatoire, dans une
cellule, qui deviendra célÚbres sous le numéro deux mille quatre
cent cinquante cinq, suite Ă la publication d'un livre reconnu,
fort dérangeant pour les autorités carcérales.
Il faut ajouter, que Caryl Chessman n'a pas été secouru par les
événements, effectivement la période de sa claustration talonne
à une faible encablure l'affaire du Dahlia Noir, hétéronyme
d'Elizabeth Ann Short, dont le corps, affreusement mutilé, fut
disséqué en deux parties au niveau au niveau de l'abdomen,
aprÚs avoir été sauvagement torturé et vidé de son sang.
La découverte de son cadavre, au matin du mercredi quinze
janvier mille-neuf-cent-quarante, choqua, et révolta l'opinion
publique américaine, si bien que l'omnipotent John Edgar
Hoover, premier directeur du F.B.I., traduit en français par
Bureau FĂ©dĂ©ral d'EnquĂȘtes, depuis sa nomination le vingt
deux mars mille-neuf-cent trente-cinq, se fit le porte parole
de la répression.
Auparavant, ce singulier et puissant personnage s'était distingué
le dix mai mille-neuf-vingt-quatre, date de son intronisation par
le prĂ©sident Calvin Coolidge au poste de chef suprĂȘme du
service de la justice, le Bureau of Investigation, institution
antérieure au F.B.I., qui fut portée sur les fonts baptismaux
le vingt-six juillet mille-neuf-cent-huit, par un descendant de
la famille de Napoléon premier, connu sous l'appellation de
Charles Joseph Bonaparte-Patterson.
Caryl Chessman ne se laisse pas impressionner par la devise
"fidélité, bravoure et intégrité", ciselée depuis le premier janvier
mille-neuf-cent-quarante-et-un, sur le sceau imaginé par
l'illustrateur Léo Joseph Gauthier, car dÚs le trois juillet
mille-neuf-cent-quarante-huit, il mĂšne une rigoureuse croisade
pour sa survie.
Le réquisitoire présenté par le putatif déséquilibré libidinal,
inapte à canaliser ses pulsions charnelles, bien qu'il soit établi
sur des prétextes et des confessions répétées d'innocence et
des déclarations d'ingénuité sont balayés par les raisonnements
rationnels du magistrat.
Comment neutraliser les irrépréhensibles dépositions effectuées
par les deux principales accusatrices : Régina Johnson et Mary
Alice Meza, dont on annoncera plus tard, peut-ĂȘtre Ă tort, qu'elle
était frappée d'une psychose schizophrénique, dÚs l'ùge de
douze ans,.
Un paramÚtre primordial avait facilité son identification,
l'éminente cassure de son appareil olfactif, pénible héritage,
qu'un malheureux accident de la route lui avait légué en
mille-neuf-cent-vingt-neuf, calamité,qui avait occasionné la
paralysie définitive de sa mÚre chérie : Hallie Lillian née Cottle.
Attendu que l'avocat désigné d'office se montre d'une
incompétence absolue, et que son sommier procédurier
s'avĂšre extrĂȘmement Ă©toffĂ©, le prĂ©venu doit prendre son destin
en mains, face Ă un redoutable adversaire, le substitut du
procureur, un certain J. Miller Leavy.
Rien ne lui sera épargné, car par exécrable infortune, l'audience
est orchestrĂ©e par un effroyable Ă©lagueur de tĂȘtes, le juge
Charles Fricke, notabilité légendaire quant au nombre
d'exécutions capitales, qu'il a comptabilisé au cours de sa
fructueuse carriĂšre.
Pendant onze ans, dix mois et sept jours, Caryl Chessman,
taxable de dix-sept méfaits de complexions hétéroclites,
sacrilÚges fondamentaux suscitant une appréhension accrue
dans la population, dont deux punissables de la sanction
suprĂȘme, introduit lors de son incarcĂ©ration une cinquantaine
d'appels, qui auront obtenu huit sursis.
Cependant, malgré une plaidoirie fantastique, et deux mille
changements dans le texte original des minutes, suite Ă de
multiples passages approximatifs, truffés d'inexactitudes, de
mots manquants dans les transcriptions sténographiques, son
sort est décidé le lundi deux mai mille-neuf-cent-soixante.
Le triste épilogue de cette tragique histoire s'anéantit dans
la catégorie des expectatives hitchcockiennes, car Georges
Davis et Rosalie Asher, les infatigables intercesseurs de Caryl
étaient parvenu contre vents et marrées à décrocher une
neuviÚme prorogation étayée d'arguments sérieux présentant
un comparse baptisé Charles Terranova, comme étant le
fameux brigand Ă la lumiĂšre rouge.
Lorsque le destin s'acharne, et qu'une mauvaise étoile vous
accompagne, une malencontreuse numérotation téléphonique,
de la ligne directe reliant le cabinet de Louis Earl Goodman,
juge fédéral à la Cour du Tribunal du District Nord de Californie
au bureau du responsable de la prison de San Quentin, ne fit
pas parvenir à temps la décision d'ajournement de l'assassinat,
puisque le mécanisme d'extermination avait été amorcé un
quarteron de secondes au préalable.
Le fourvoiement humain est compréhensible et pardonnable,
cependant la secrétaire Céleste Hickey, qui avait composé
un faux numéro devait mesurer toute la grave étendue de
sa regrettable erreur.
Non, rassérénez-vous, je ne suis ni devin, ni médium, étant
donné que j'ai entrepris d'incessantes recherches, afin de
débusquer quelques articles de presse poussiéreux, trop
souvent émaciés, relatant avec impartialité, franchise et
exactitude ce douloureux dilemme.
Il est dit, que Caryl Chessman, vĂȘtu d'une chemise blanche
s'était adressé une ultime fois à Fred R. Dickson, dirigeant
du pénitencier de San Quentin, en proclamant son innocuité
d'une voix ferme et assurée, vu que le mensonge n'est d'aucune
utilité, quand la messe est dite et que la situation ne peut plus
ĂȘtre remise en cause.
Les treize pas conduisant à l'alcÎve du repos éternel sont
accomplis dans un silence religieux, si bien qu'aux environs
de dix heures, selon le fuseau horaire californien, escorté de
quatre gardiens, il pĂ©nĂ©tra dans le rĂ©duit, oĂč ses mains et ses
pieds furent solidement attachés à un fauteuil.
Un déferlement d'anonymes me voueront aux gémonies, mais je
ne puis trahir sa souvenance, en ne vous m'abordant pas le
sujet de cette chambre à gaz. un étroite cabine, de couleur
vert-pomme, de forme octogonale, ceinturée de parois
mĂ©talliques, percĂ©e de grandes fenĂȘtres blindĂ©es permettant
à une soixantaine d'observateurs d'assister à ce désolant
'spectacle.
Les processus techniques élaborés par les Etats-Unis sont
rarement déficients, car aussitÎt des comprimés de cyanure
de potassium se désagrégÚrent dans un récipient d'acide
sulfurique, placé au-dessous du siÚge, si bien que cet
harmonieux mélange produisit des gaz délétÚres, dont le
subtil parfum avoisine les odeurs d'amande amĂšre et de fleurs
de pĂȘcher, qui vous agressent sauvagement les narines.
Bien qu'elle eût suivi scrupuleusement les consignes du
directeur de prison pour adoucir ses souffrances, l'agonie
de Caryl Chessman atteignit un peu plus de huit minutes,
certes, il disparut dans la dignitĂ©, mais sa tĂȘte accomplit un
macabre ballet, sa bouche grande ouverte ne peut retenir un
cri étouffé, et ses yeux s'embuÚrent de larmes, voilà la divine
justice des hommes avait fini par triompher.
-----------------------------1------------------------------------
LâĂąpre sĂ©vĂ©ritĂ© nous | griffe dâun coup de racloir.
La barbarie cave nos | cĆurs dâun Ă©clat de jabloir.
La cruauté arbore | nos restes sur un fichoir,
Aux bras dâune nomade, | fleur fragile de trottoir.
-----------------------------2--------------------------------------
Pourtant, des germes féconds, | des grains riches en espoir,
Avaient rondement empli | ou gorgĂ© plus dâun semoir,
Mais les folles paroles | dâun rĂ©putĂ© ange noir
Ne sont que des fourberies | confuses Ă concevoir.
------------------------------------3---------------------------------------
Quel fait, une˜ indocile | paralysie peut valoir ?
Quand un sort pernicieux| et fétide peut échoir,
Que le hasard vous pousse| dans un vilain avaloir,
Et vous soustrait du chemin | de lâhonneur et du devoir.
----------------------------------4----------------------------------------
Le dédain pulvérise| nos ardeurs dans un fouloir,
MineËœ et brĂ»le nos ferveurs | par le labeur dâun rifloir.
Constamment, elle nous troue | par clou, poinçon ou perçoir,
Elle nous noie dans un lac, | nous défend de nous mouvoir.
----------------------------5-----------------------------------------
Cet anĂ©antissement | est plus fatal quâun suçoir.
Ce chĂątiment engourdit | lâemploi des mots du terroir,
Car le destin nous exclue, | nous retire du parloir,
Des aveux, des tréfonds et | confidences du boudoir.
-------------------------------6---------------------------------------
Oui, du repos éternel, | nous guettons le bon vouloir,
Car la vie nous a jeté | en ce sépulcral couloir,
Pour lâhomĂ©lie finale| dans cet ultimeËœ abattoir,
Elle taira nos peurs et | nos pleurs sous un éteignoir.
-------------------------------7-------------------------------------
Elle nous a englouti | dans le secret dâun tiroir.
Mais, nos esprits briseront | lâopacitĂ© du miroir.
Pour hurler de conserve | ce déchirant au revoir,
Qui fuira dans les brumes | étincelantes du soir.
versification qui m'a subordonné à de multiples questions,
ayant fortement convulsé ma conscience, j'ai mûrement
réfléchi, pendant de trÚs longues heures, avant de me
lancer dans la rédaction de ce texte.
Bien entendu, je ne pouvais chloroformer les impulsions vives
et claironnantes, qui fustigeaient désagréablement mon esprit,
aussi ai-je décidé de saisir ma plume, quitte à déplaire à ces
grenouilles de bénitier, à ces intelligences bien pensantes, qui
courbent l'échine, en absorbant sottement les jugements
étriqués, sans changer une virgule aux conformités imposées
par la majorité.
Les événements tragiques, que je vais alléguer, ne sont pas
répertoriés dans un roman de science-fiction, non ils se sont
effectivement déroulés, bien souvent dans le désespoir et la
douleur, mĂȘme si cette surprenante odyssĂ©e prĂ©lude la nuit
des temps.
En effet, les faits remontent au vendredi vingt-sept mai mille
neuf cent vingt-et-un, jour de la publication des rÚgles régissant
le code de la route en France, néanmoins cette date coïncide
avec une toute autre conjoncture, du fait qu'elle annonce une
naissance dans la modeste ville de Saint-Joseph, située sur les
rives du lac Michigan
Le jeune trublion, dont je vais évoquer l'histoire, avait un avenir
prometteur, il aurait pu trÎner au panthéon des illustres auteurs
américains, et cÎtoyer l'immortalité, comme Mark Twain, Ernest
Hemingway, Jack London ou Tennessee Williams..., cependant
il fut comme son pÚre un éclopé du crash boursier de New-York,
qui, du jeudi vingt-quatre au mardi vingt-neuf octobre mille-neuf
cent-vingt-neuf, détruisit des millions de foyers américains.
Cette effroyable Grande Dépression signifiait la faillite, le
marasme incontestable de la doctrine libérale, non seulement
elle engendra la chute vertigineuse de la valeur des actions,
mais elle instaura un climat de défiance et de violence, un
ouragan d'angoisse et de panique, ce qui déclencha la
fermeture d'innombrables entreprises, ainsi que des
licenciements considérables et une perte incalculable d'emplois.
L'orthodoxie économique ne connaßt aucune complaisance, et
toute baisse de la demande impacte la production, et maints
descendants de l'oncle Sam se sont retrouvé à la rue, sans
logement, et ont dĂ» faire appel aux associations caritatives et
souscrire Ă n'importe quelle besogne.
Ne supportant plus cette existence pitoyable et misérable, notre
casse-cou grimpe allĂšgrement les divers marches de l'escalier
de la concussion, mais le papillon fougueux finit par se brûler les
ailes, et dÚs l'ùge de quinze ans, il est confié à un centre de
redressement, dont les méthodes musclées et les traitements
de choc forgent un caractĂšre endurci et aguerri.
A sa sortie, le dévoyé averti se métamorphose en un truand
notoire,qui n'hésite plus à se mesurer à des gibiers d'un autre
calibre, il dévalise les maisons de tolérance, moleste des
individus, dont la profession consiste Ă investir de fortes
sommes d'argent sur des événements essentiellement sportifs.
Toutefois ces preneurs de paris sont souvent contrÎlés et
protégés par des agents de l'ordre véreux et gangrenés par la
corruption, si bien que la rétorsion mobilise tout cet univers
vénal, et l'arrestation du soit disant bandit à la lumiÚre rouge
s'effectue lors de la fameuse poursuite du vendredi vingt-trois
janvier mille neuf-cent quarante-huit.
L'hypothétique damnable, Caryl Whittier Chessman, escorté par
son complice David Knowles est appréhendé au bord de sa
Ford T de couleur grise, véhicule dérobé deux heures avant le
cambriolage d'une boutique de vĂȘtements
L'imprudent souriceau a trop joué avec la chance, il est aussitÎt
capturé et est jeté dans une ratiÚre sans issue, dont il ne pourra
plus s'évader, il doit endosser les terribles chùtiments, que la
législation pénale de Californie lui réserve suite à l'affaire du
ravissement de l'enfant du célÚbre aviateur Lindbergh.
Le kidnapping est considéré comme un crime fédéral,
sanctionné par la peine capitale, surtout si l'enlÚvement a
occasionné de graves lésions physiques, en outre Caryl
Chessman ne peut plus bénéficier de circonstances
atténuantes, car lors de son arrestation, il était en liberté
conditionnelle aprÚs avoir purgé une condamnation à la
Prison d'Ătat de Folsom prĂšs de Sacramento.
L'épouvantable punition est fixée au trois juillet mille-neuf
quarante-hui, et il sera transféré dans un sanctuaire consacré
à l'anéantissement, une géhenne infernale, qui vous engloutit
pour l'éternité : l'inoubliable ergastule de San-Quentin, installée
dans le Comté de Saint Marin, au Nord de San-Francisco.
Il est enfermé au cinquiÚme étage, dans un réduit privé
de fenĂȘtre,d'une superficie plus que superfĂ©tatoire, dans une
cellule, qui deviendra célÚbres sous le numéro deux mille quatre
cent cinquante cinq, suite Ă la publication d'un livre reconnu,
fort dérangeant pour les autorités carcérales.
Il faut ajouter, que Caryl Chessman n'a pas été secouru par les
événements, effectivement la période de sa claustration talonne
à une faible encablure l'affaire du Dahlia Noir, hétéronyme
d'Elizabeth Ann Short, dont le corps, affreusement mutilé, fut
disséqué en deux parties au niveau au niveau de l'abdomen,
aprÚs avoir été sauvagement torturé et vidé de son sang.
La découverte de son cadavre, au matin du mercredi quinze
janvier mille-neuf-cent-quarante, choqua, et révolta l'opinion
publique américaine, si bien que l'omnipotent John Edgar
Hoover, premier directeur du F.B.I., traduit en français par
Bureau FĂ©dĂ©ral d'EnquĂȘtes, depuis sa nomination le vingt
deux mars mille-neuf-cent trente-cinq, se fit le porte parole
de la répression.
Auparavant, ce singulier et puissant personnage s'était distingué
le dix mai mille-neuf-vingt-quatre, date de son intronisation par
le prĂ©sident Calvin Coolidge au poste de chef suprĂȘme du
service de la justice, le Bureau of Investigation, institution
antérieure au F.B.I., qui fut portée sur les fonts baptismaux
le vingt-six juillet mille-neuf-cent-huit, par un descendant de
la famille de Napoléon premier, connu sous l'appellation de
Charles Joseph Bonaparte-Patterson.
Caryl Chessman ne se laisse pas impressionner par la devise
"fidélité, bravoure et intégrité", ciselée depuis le premier janvier
mille-neuf-cent-quarante-et-un, sur le sceau imaginé par
l'illustrateur Léo Joseph Gauthier, car dÚs le trois juillet
mille-neuf-cent-quarante-huit, il mĂšne une rigoureuse croisade
pour sa survie.
Le réquisitoire présenté par le putatif déséquilibré libidinal,
inapte à canaliser ses pulsions charnelles, bien qu'il soit établi
sur des prétextes et des confessions répétées d'innocence et
des déclarations d'ingénuité sont balayés par les raisonnements
rationnels du magistrat.
Comment neutraliser les irrépréhensibles dépositions effectuées
par les deux principales accusatrices : Régina Johnson et Mary
Alice Meza, dont on annoncera plus tard, peut-ĂȘtre Ă tort, qu'elle
était frappée d'une psychose schizophrénique, dÚs l'ùge de
douze ans,.
Un paramÚtre primordial avait facilité son identification,
l'éminente cassure de son appareil olfactif, pénible héritage,
qu'un malheureux accident de la route lui avait légué en
mille-neuf-cent-vingt-neuf, calamité,qui avait occasionné la
paralysie définitive de sa mÚre chérie : Hallie Lillian née Cottle.
Attendu que l'avocat désigné d'office se montre d'une
incompétence absolue, et que son sommier procédurier
s'avĂšre extrĂȘmement Ă©toffĂ©, le prĂ©venu doit prendre son destin
en mains, face Ă un redoutable adversaire, le substitut du
procureur, un certain J. Miller Leavy.
Rien ne lui sera épargné, car par exécrable infortune, l'audience
est orchestrĂ©e par un effroyable Ă©lagueur de tĂȘtes, le juge
Charles Fricke, notabilité légendaire quant au nombre
d'exécutions capitales, qu'il a comptabilisé au cours de sa
fructueuse carriĂšre.
Pendant onze ans, dix mois et sept jours, Caryl Chessman,
taxable de dix-sept méfaits de complexions hétéroclites,
sacrilÚges fondamentaux suscitant une appréhension accrue
dans la population, dont deux punissables de la sanction
suprĂȘme, introduit lors de son incarcĂ©ration une cinquantaine
d'appels, qui auront obtenu huit sursis.
Cependant, malgré une plaidoirie fantastique, et deux mille
changements dans le texte original des minutes, suite Ă de
multiples passages approximatifs, truffés d'inexactitudes, de
mots manquants dans les transcriptions sténographiques, son
sort est décidé le lundi deux mai mille-neuf-cent-soixante.
Le triste épilogue de cette tragique histoire s'anéantit dans
la catégorie des expectatives hitchcockiennes, car Georges
Davis et Rosalie Asher, les infatigables intercesseurs de Caryl
étaient parvenu contre vents et marrées à décrocher une
neuviÚme prorogation étayée d'arguments sérieux présentant
un comparse baptisé Charles Terranova, comme étant le
fameux brigand Ă la lumiĂšre rouge.
Lorsque le destin s'acharne, et qu'une mauvaise étoile vous
accompagne, une malencontreuse numérotation téléphonique,
de la ligne directe reliant le cabinet de Louis Earl Goodman,
juge fédéral à la Cour du Tribunal du District Nord de Californie
au bureau du responsable de la prison de San Quentin, ne fit
pas parvenir à temps la décision d'ajournement de l'assassinat,
puisque le mécanisme d'extermination avait été amorcé un
quarteron de secondes au préalable.
Le fourvoiement humain est compréhensible et pardonnable,
cependant la secrétaire Céleste Hickey, qui avait composé
un faux numéro devait mesurer toute la grave étendue de
sa regrettable erreur.
Non, rassérénez-vous, je ne suis ni devin, ni médium, étant
donné que j'ai entrepris d'incessantes recherches, afin de
débusquer quelques articles de presse poussiéreux, trop
souvent émaciés, relatant avec impartialité, franchise et
exactitude ce douloureux dilemme.
Il est dit, que Caryl Chessman, vĂȘtu d'une chemise blanche
s'était adressé une ultime fois à Fred R. Dickson, dirigeant
du pénitencier de San Quentin, en proclamant son innocuité
d'une voix ferme et assurée, vu que le mensonge n'est d'aucune
utilité, quand la messe est dite et que la situation ne peut plus
ĂȘtre remise en cause.
Les treize pas conduisant à l'alcÎve du repos éternel sont
accomplis dans un silence religieux, si bien qu'aux environs
de dix heures, selon le fuseau horaire californien, escorté de
quatre gardiens, il pĂ©nĂ©tra dans le rĂ©duit, oĂč ses mains et ses
pieds furent solidement attachés à un fauteuil.
Un déferlement d'anonymes me voueront aux gémonies, mais je
ne puis trahir sa souvenance, en ne vous m'abordant pas le
sujet de cette chambre à gaz. un étroite cabine, de couleur
vert-pomme, de forme octogonale, ceinturée de parois
mĂ©talliques, percĂ©e de grandes fenĂȘtres blindĂ©es permettant
à une soixantaine d'observateurs d'assister à ce désolant
'spectacle.
Les processus techniques élaborés par les Etats-Unis sont
rarement déficients, car aussitÎt des comprimés de cyanure
de potassium se désagrégÚrent dans un récipient d'acide
sulfurique, placé au-dessous du siÚge, si bien que cet
harmonieux mélange produisit des gaz délétÚres, dont le
subtil parfum avoisine les odeurs d'amande amĂšre et de fleurs
de pĂȘcher, qui vous agressent sauvagement les narines.
Bien qu'elle eût suivi scrupuleusement les consignes du
directeur de prison pour adoucir ses souffrances, l'agonie
de Caryl Chessman atteignit un peu plus de huit minutes,
certes, il disparut dans la dignitĂ©, mais sa tĂȘte accomplit un
macabre ballet, sa bouche grande ouverte ne peut retenir un
cri étouffé, et ses yeux s'embuÚrent de larmes, voilà la divine
justice des hommes avait fini par triompher.
-----------------------------1------------------------------------
LâĂąpre sĂ©vĂ©ritĂ© nous | griffe dâun coup de racloir.
La barbarie cave nos | cĆurs dâun Ă©clat de jabloir.
La cruauté arbore | nos restes sur un fichoir,
Aux bras dâune nomade, | fleur fragile de trottoir.
-----------------------------2--------------------------------------
Pourtant, des germes féconds, | des grains riches en espoir,
Avaient rondement empli | ou gorgĂ© plus dâun semoir,
Mais les folles paroles | dâun rĂ©putĂ© ange noir
Ne sont que des fourberies | confuses Ă concevoir.
------------------------------------3---------------------------------------
Quel fait, une˜ indocile | paralysie peut valoir ?
Quand un sort pernicieux| et fétide peut échoir,
Que le hasard vous pousse| dans un vilain avaloir,
Et vous soustrait du chemin | de lâhonneur et du devoir.
----------------------------------4----------------------------------------
Le dédain pulvérise| nos ardeurs dans un fouloir,
MineËœ et brĂ»le nos ferveurs | par le labeur dâun rifloir.
Constamment, elle nous troue | par clou, poinçon ou perçoir,
Elle nous noie dans un lac, | nous défend de nous mouvoir.
----------------------------5-----------------------------------------
Cet anĂ©antissement | est plus fatal quâun suçoir.
Ce chĂątiment engourdit | lâemploi des mots du terroir,
Car le destin nous exclue, | nous retire du parloir,
Des aveux, des tréfonds et | confidences du boudoir.
-------------------------------6---------------------------------------
Oui, du repos éternel, | nous guettons le bon vouloir,
Car la vie nous a jeté | en ce sépulcral couloir,
Pour lâhomĂ©lie finale| dans cet ultimeËœ abattoir,
Elle taira nos peurs et | nos pleurs sous un éteignoir.
-------------------------------7-------------------------------------
Elle nous a englouti | dans le secret dâun tiroir.
Mais, nos esprits briseront | lâopacitĂ© du miroir.
Pour hurler de conserve | ce déchirant au revoir,
Qui fuira dans les brumes | étincelantes du soir.
Pas encore de note
· connectez-vous pour noter
Aucun commentaire
Connectez-vous pour laisser un commentaire, ou créez votre site, c'est gratuit.