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🐕🩋🏠 20.6 - Souvenirs d'enfance (fin)

Le mardi 10 novembre 2020 à 17:23, posté par FRANCOIS · 31 lectures

Illustration du poĂšme « 🐕🩋🏠 20.6 - Souvenirs d'enfance (fin) »
Avant que l’évocation | ne me change en laide friche,

Et que je disparaisse | de ce serpentin chemin,

EmpĂȘtrĂ© de navrement, | pavĂ© de chagrin carmin,

Du conclu, je déroule | le grand linceul sans pastiche.




De l’antre, je confisque| cette angoisse de gamin,

Que j’expose doucement | en bordure de corniche,

Pour que l’amnĂ©sie fige | sur les satins de l’affiche

Larme infinie de rose, | pleur éternel de jasmin.




Muni d’un brin de ressort, | et d’un filament d’audace,

J’escompte saisir la vie | relĂ©guĂ©e dans un mouchoir,

RĂ©trocĂ©dant la terreur | dans le fĂ»t d’un dĂ©potoir

Pour guĂ©rir et rajeunir | l’antĂ©cĂ©dent qui s’efface.




Car à longueur de saison, | par faiblesse et désespoir

Je pĂ©trifie l’occasion | d’éventrer la carapace

D’un souvenir expirant, | d’un pressentiment fugace,

D’accepter le crĂ©puscule | pour regagner mon perchoir.




Puis, un instant, je me noie | dans des léthargies hùtives,

Pour voltiger en rĂȘve, | tel mon ami, l’agrotis,

Sur des flots de jeunesse | lovés en volubilis,

Mon Ɠil transis, tavelĂ© | d’idĂ©es commĂ©moratives.




Parler de mes géniteurs | est une nécessité,

Un engagement moral, | un cri de reconnaissance,

Un ocĂ©an de respect, | un office d’allĂ©geance,

Car leur amour est trésor | et point trait de pauvreté.




De la seconde guerre, | ils comprirent le manĂšge

De tous ces mercenaires, | dont maintes interventions

Tuaient, hachaient, décimaient | durant les déprédations

Des esprits indociles, | des probités de teint grÚge.




Quand l’armement surmonta | le sommet des perfections,

Les forces militaires, | les génies des balistiques,

Les caprices délictuels | de ces cohues fanatiques

Parvinrent Ă  distiller | aversions et abjections.




Les natures sommaires | des philosophies drastiques,

Les crépitements nourris, | les salves, les projections,

Les bordées, les flux rasants | bouleversaient les nations

Au grand dam des marmousets, | des conseilleurs pacifiques.




Tous ces brandons ubuesques, | ces lancers universaux,

Ces canons gigantesques, | ces monstres d’artilleries,

Ces objets titanesques, | n’engendrant que fñcheries

Fermentées dans industries, | ou arsenaux colossaux.




Bien sûr, peurs et hantises | de camarillas savantes,

Piocheuse sanguinaire | fignolait les instruments

De mort, peaufinait les plans, | ciselait les documents,

Pour paramétrer calculs | et assouvir épouvantes.




Lors des conflits, les mortiers, | pareils Ă  de longues faux

Amoncelaient les soldats, | comme des gerbes d’avoine,

Les semaient sur des terrains | de tonalité pivoine,

Flancs éventrés, reins brisés, | tels carcasses de chevaux.




AprĂšs que les ennemis | eussent signĂ© l’amnistie,

Que la folie de l’ĂȘtre | fut contenue, Ă  foison,

Que l’entente triompha | en bridant la dĂ©raison,

Mes parents durent laisser | l’anĂ©mique Campanie.




AccompagnĂ©e de mes sƓurs, | ma valeureuse maman,

Se réfugia vers Arbois, | pour gßter dans une ferme

Des contreforts jurassiens, | loin du chenal, de la berme,

OĂč bruissait la Cuisance, | fĂ©e ondine pour roman.




J’imaginais son tourment, | abandonnant sa famille,

S’extirpant de ses sources, | de ses bases, de son ber,

Avec quelques bagages, | dont une valise en fer,

Pour retrouver mon pÚre | dans un tréfonds de broutille.




Je n’ai nullement connu | ce tempĂ©rament rural,

OĂč le travail de l’aube | se terminait en soirĂ©e,

Quand, assis prĂšs du chaudron, | comptant des cƓurs de poirĂ©e,

Le tĂącheron attendait | son repas sobre et frugal.




Aimer les plaines, les prés, | les rubis de la nature,

Ne suffit pas pour nourrir| les besoins, les appétits

De pinsons faméliques, | de geais chétifs et petits.

Ainsi, il fut dĂ©cidĂ© | d’abjurer l’agriculture.




En ces temps de carence, | pas de droit pour l’étranger,

Que de labeur harassant | pour une maigre pitance,

Dans un couloir exigu | de mine, puits de souffrance,

Pour languir en cloporte | dans le froid et le danger.




Vers le versant d’un coteau | gisait une Ă©trange bure,

OĂč, Ă  la pointe du jour | pĂ©nĂ©trait un boutefeu,

Offrant son existence| dans un inconséquent jeu,

Un concours paradoxal | de bon ou vilain augure.




Les filons de minerais | dĂ©daignaient l’affleurement,

De ce fait, le belluaire | servant aux arts du sondage,

ParĂ© de sa barrette, | s’aventurait dans la cage

AnimĂ©e par les poulies | d’un pesant chevalement.




S’approchant selon ronron, | d’une pompe centrifuge,

Tel un cureur affecté, | il filait dans le puisard,

Pour persister, convenir, | et chagriner le hasard,

Nulle erreur ou clémence, | il devenait son seul juge.




Un raccommodeur posĂ©, | environnĂ© d’un morion,

Surveillait le boisage | des embrasures d’aĂ©rage.

Wagonnet, lorry, binard, | au niveau de l’accrochage,

Se croissaient sous le regard | mĂ©ticuleux d’un porion.




Fatum soumis Ă  tiges, | vis, Ă©crous, boulons d’ancrage,

Fréquentant emplacements, | aires de déflagrations,

Avoisinant blocs détruits, | farouches détonations,

Parfois, le sort ne valait | qu’un rĂ©cĂ©pissĂ© de voyage.




Bousculées manuellement | dans un trou, dit culbuteur,

Prélevées des sédiments, | mi siliceux, mi calcaires

De l’ombilic de l’enfer, | des entrailles populaires,

Les roches minérales | fusaient tel un percuteur.




Menant une chargeuse | de perpétration anglaise,

Equipée de potence, | bras, et godet directeur,

Bougeant sur patins, munie | d’un contrĂŽle supĂ©rieur,

Un conducteur manƓuvrait | le dinosaure avec aise.




Une lĂ©gĂšre Ɠillade | pour dĂ©terminer l’état

Des parements à l’aide| d’une lampe personnelle,

AprÚs, vérification | par cordeliÚre industrielle

Pour détecter les endroits | pouvant voler en éclat.




Le fait suivant consistait, | par le truchement d’amorces

D’écartement, Ă  entrer | les becs, par le biais d’outils

À purifier, en acier, | faisant froncer les sourcils,

Des valeureux mirmillons | requis, d’excellentes forces.




Dans les files de berlines | chagrinées par démentiels

Et multiples matériels : | conduits, explosifs, aiguilles,

Objets de soutĂšnement, | glissaient comme des anguilles,

D’intrĂ©pides muridĂ©s : | messagers pestilentiels.




Cherchant la présence des | gueules jaunes, des musettes,

S’acclimatant promptement | aux modalitĂ©s des fonds,

Les conquĂ©rants s’élançaient, | par de sensationnels bonds

Vers des bords surélevés | pour asservir leurs disettes.




Dans ces gouffres réprouvés : | ponceuses, racloirs à air,

Combustibles, cartouches, | poussoirs, socles pneumatiques,

BourrĂ©s d’ennuis se taisaient | prĂšs des engins Ă  portiques,

Qui, en de permanentes | furies, maculaient la chair.




L’homme inhumĂ© dans la boue, | se noyait dans la misĂšre :

PestifĂ©rĂ© enfournĂ© | par l’univers en son noyau,

Serf maudit, rat rabougri, | captif d’un sinistre boyau.

Sa gorge roussie grondait | des rĂąlements de colĂšre.




Que de bouchées dérobées, | prestement, au saut du lit !

DĂ©jeuner lĂ©ger conçu | de pain, d’une noix de beurre,

D’un bol de cafĂ© musclĂ©, | d’un filet de lait en leurre.

Aux fĂȘtes, les mets nombraient : | lard, Ɠufs au plat, fruit bĂ©nit.




Aux temps du jardinage, | dans la colonie miniĂšre,

Chacun tentait de finir, | aussi soudain qu’un typhon.

La famille cultivait | tomate, thym, potiron,

FabacĂ©e, solanacĂ©e, | revers rompu, tĂȘte fiĂšre.




Puis dans une cantine, | groupĂ©s autour d’un comptoir,

Des agents controversaient, | d’autres s’exerçaient aux cartes,

TempĂȘtant rageusement, | tout en observant les chartes,

Les mƓurs et civilitĂ©s | des pivots de l’assommoir.




De nature allogÚne, | et de généalogie rustre,

Tel l’oisillon, je naquis, | nu, sans valeur, et sans prix,

IlluminĂ© par les feux | d’un l’éclatant crucifix,

Sauvegardant l’immigrĂ©, | supputĂ© sournois et frustre.




L’indicible pouillerie, | tout autour de nos hĂ©lix,

Grouillait dans nos nids piteux, | et nos galetas palustres,

OĂč nous Ă©tions murĂ©s | par des philistins illustres,

Pour ne point contaminer | l’autel sacrĂ© des phĂ©nix.




Je perçois la bourrasque | traumatisant la charpente,

CloĂźtrĂ© durant l’enfance | dans l’hideux baraquement

De vétuste conception, | apogée du dénuement,

Aux penchements indécis | gémissant dans la tourmente.




Blottis contre un four à bois, | hoché par le jappement

D’un courroux exubĂ©rant, | d’une rigueur Ă©minente,

Nous espérions, grelottants, | la rémittence indulgente

De notre poignant malheur | pour connaĂźtre un doux moment.




Que de peurs allusives, | que de terreurs abusives,

Qui me renvoient le reflet | du futile clapotis

De la pluie caracolant | sur les gris caillebotis

D’une morne chaumine aux | colorations fugitives.




Notre reg sur pilotis, | aux délicats artimons,

Avec nƓuds de faütage, | madriers, chevrons, voliges,

Singeait le simulacre, | la parodie des vestiges,

Aux points vitaux des poteaux, | aux mamelons des poinçons.




Clandestin dans le recoin, | sur l’aire plus que prĂ©caire,

Dont les parfums renversaient | l’exhalaison du benjoin,

En gangrĂ©nant, sans tĂ©moin, | l’exquise senteur du foin,

Pataugeait, sans retenue, | un porcelet débonnaire.




DÚs que dans cet appentis, | tout en sourdine et bémol,

Giguaient mes herbivores, | prĂšs des narines obliques,

En compagnie des toisons, | et fourrures prolifiques,

Mes hùbleries empaillées | recommençaient leur envol.




Ma planÚte était peuplée | de beaux lapins domestiques,

Aux vibrisses soyeuses, | humant grandement le sol,

A la recherche d’orge et | de graines de tournesol,

Avec pieds élastiques | opérant des bonds magiques.




Un jour d’hiver polaire, | trompeta un renouveau.

Je me rappelle ce cou, | vĂȘtu d’une collerette,

Je revois ce prodige | de contenance coquette.

J’étais coi, Ă©mu, sans voix | devant cet exquis museau.




Un diablotin assorti | d’une adorable houppette,

Dont l’arrivĂ©e suscita | fracas, dĂ©sordre, micmac,

Quand l’étrange miracle | survint et jaillit d’un sac :

Un ange aux yeux fulgurants, | une truffe mignonette.




Devant ce céleste don, | ostracisé de son lac,

Imitant les farfadets, | nous formĂąmes farandoles,

Ivres de fĂ©licitĂ©, | mĂȘlant exploits et paroles,

Tant cette solennité | ébranla notre bivouac.




Au cours de nos ballades | en des contrées solitaires,

Je suis ses joues pimpantes, | au croquis fort arrondi,

Et son dénouement caudal, | au dessein approfondi,

Au sein des conifĂšres | aux sommets triangulaires.




Dans cet éden palatin, | favorisé par le flanc

Abrupt d’une colline | dont les brumes Ă©toilĂ©es

Déchiraient les dentelles | des incartades voilées,

Sommeillait durablement | l’aristocratique banc.




Je graverais dans les ans, | au giron de ma mémoire,

Ton front bien ordonné | au profil trÚs abouti,

Tes lÚvres diantrement | sculptées sans méchant repli,

Puisque tu m’escorteras | jusqu’au terme de l’histoire.




J’ai perdu plus qu’un ami, | sincĂšre, gĂ©nĂ©reux, franc,

Victime de la haine | d’un inhumain coup de pique,

Car tu devins maraudeur, | et malandrin anarchique.

Repose en paix maintenant, | mon immortel loulou blanc.
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