đđŠđ 20.6 - Souvenirs d'enfance (fin)

Avant que lâĂ©vocation | ne me change en laide friche,
Et que je disparaisse | de ce serpentin chemin,
EmpĂȘtrĂ© de navrement, | pavĂ© de chagrin carmin,
Du conclu, je déroule | le grand linceul sans pastiche.
De lâantre, je confisque| cette angoisse de gamin,
Que jâexpose doucement | en bordure de corniche,
Pour que lâamnĂ©sie fige | sur les satins de lâaffiche
Larme infinie de rose, | pleur éternel de jasmin.
Muni dâun brin de ressort, | et dâun filament dâaudace,
Jâescompte saisir la vie | relĂ©guĂ©e dans un mouchoir,
RĂ©trocĂ©dant la terreur | dans le fĂ»t dâun dĂ©potoir
Pour guĂ©rir et rajeunir | lâantĂ©cĂ©dent qui sâefface.
Car à longueur de saison, | par faiblesse et désespoir
Je pĂ©trifie lâoccasion | dâĂ©ventrer la carapace
Dâun souvenir expirant, | dâun pressentiment fugace,
Dâaccepter le crĂ©puscule | pour regagner mon perchoir.
Puis, un instant, je me noie | dans des léthargies hùtives,
Pour voltiger en rĂȘve, | tel mon ami, lâagrotis,
Sur des flots de jeunesse | lovés en volubilis,
Mon Ćil transis, tavelĂ© | dâidĂ©es commĂ©moratives.
Parler de mes géniteurs | est une nécessité,
Un engagement moral, | un cri de reconnaissance,
Un ocĂ©an de respect, | un office dâallĂ©geance,
Car leur amour est trésor | et point trait de pauvreté.
De la seconde guerre, | ils comprirent le manĂšge
De tous ces mercenaires, | dont maintes interventions
Tuaient, hachaient, décimaient | durant les déprédations
Des esprits indociles, | des probités de teint grÚge.
Quand lâarmement surmonta | le sommet des perfections,
Les forces militaires, | les génies des balistiques,
Les caprices délictuels | de ces cohues fanatiques
Parvinrent Ă distiller | aversions et abjections.
Les natures sommaires | des philosophies drastiques,
Les crépitements nourris, | les salves, les projections,
Les bordées, les flux rasants | bouleversaient les nations
Au grand dam des marmousets, | des conseilleurs pacifiques.
Tous ces brandons ubuesques, | ces lancers universaux,
Ces canons gigantesques, | ces monstres dâartilleries,
Ces objets titanesques, | nâengendrant que fĂącheries
Fermentées dans industries, | ou arsenaux colossaux.
Bien sûr, peurs et hantises | de camarillas savantes,
Piocheuse sanguinaire | fignolait les instruments
De mort, peaufinait les plans, | ciselait les documents,
Pour paramétrer calculs | et assouvir épouvantes.
Lors des conflits, les mortiers, | pareils Ă de longues faux
Amoncelaient les soldats, | comme des gerbes dâavoine,
Les semaient sur des terrains | de tonalité pivoine,
Flancs éventrés, reins brisés, | tels carcasses de chevaux.
AprĂšs que les ennemis | eussent signĂ© lâamnistie,
Que la folie de lâĂȘtre | fut contenue, Ă foison,
Que lâentente triompha | en bridant la dĂ©raison,
Mes parents durent laisser | lâanĂ©mique Campanie.
AccompagnĂ©e de mes sĆurs, | ma valeureuse maman,
Se réfugia vers Arbois, | pour gßter dans une ferme
Des contreforts jurassiens, | loin du chenal, de la berme,
OĂč bruissait la Cuisance, | fĂ©e ondine pour roman.
Jâimaginais son tourment, | abandonnant sa famille,
Sâextirpant de ses sources, | de ses bases, de son ber,
Avec quelques bagages, | dont une valise en fer,
Pour retrouver mon pÚre | dans un tréfonds de broutille.
Je nâai nullement connu | ce tempĂ©rament rural,
OĂč le travail de lâaube | se terminait en soirĂ©e,
Quand, assis prĂšs du chaudron, | comptant des cĆurs de poirĂ©e,
Le tĂącheron attendait | son repas sobre et frugal.
Aimer les plaines, les prés, | les rubis de la nature,
Ne suffit pas pour nourrir| les besoins, les appétits
De pinsons faméliques, | de geais chétifs et petits.
Ainsi, il fut dĂ©cidĂ© | dâabjurer lâagriculture.
En ces temps de carence, | pas de droit pour lâĂ©tranger,
Que de labeur harassant | pour une maigre pitance,
Dans un couloir exigu | de mine, puits de souffrance,
Pour languir en cloporte | dans le froid et le danger.
Vers le versant dâun coteau | gisait une Ă©trange bure,
OĂč, Ă la pointe du jour | pĂ©nĂ©trait un boutefeu,
Offrant son existence| dans un inconséquent jeu,
Un concours paradoxal | de bon ou vilain augure.
Les filons de minerais | dĂ©daignaient lâaffleurement,
De ce fait, le belluaire | servant aux arts du sondage,
ParĂ© de sa barrette, | sâaventurait dans la cage
AnimĂ©e par les poulies | dâun pesant chevalement.
Sâapprochant selon ronron, | dâune pompe centrifuge,
Tel un cureur affecté, | il filait dans le puisard,
Pour persister, convenir, | et chagriner le hasard,
Nulle erreur ou clémence, | il devenait son seul juge.
Un raccommodeur posĂ©, | environnĂ© dâun morion,
Surveillait le boisage | des embrasures dâaĂ©rage.
Wagonnet, lorry, binard, | au niveau de lâaccrochage,
Se croissaient sous le regard | mĂ©ticuleux dâun porion.
Fatum soumis Ă tiges, | vis, Ă©crous, boulons dâancrage,
Fréquentant emplacements, | aires de déflagrations,
Avoisinant blocs détruits, | farouches détonations,
Parfois, le sort ne valait | quâun rĂ©cĂ©pissĂ© de voyage.
Bousculées manuellement | dans un trou, dit culbuteur,
Prélevées des sédiments, | mi siliceux, mi calcaires
De lâombilic de lâenfer, | des entrailles populaires,
Les roches minérales | fusaient tel un percuteur.
Menant une chargeuse | de perpétration anglaise,
Equipée de potence, | bras, et godet directeur,
Bougeant sur patins, munie | dâun contrĂŽle supĂ©rieur,
Un conducteur manĆuvrait | le dinosaure avec aise.
Une lĂ©gĂšre Ćillade | pour dĂ©terminer lâĂ©tat
Des parements Ă lâaide| dâune lampe personnelle,
AprÚs, vérification | par cordeliÚre industrielle
Pour détecter les endroits | pouvant voler en éclat.
Le fait suivant consistait, | par le truchement dâamorces
DâĂ©cartement, Ă entrer | les becs, par le biais dâoutils
Ă purifier, en acier, | faisant froncer les sourcils,
Des valeureux mirmillons | requis, dâexcellentes forces.
Dans les files de berlines | chagrinées par démentiels
Et multiples matériels : | conduits, explosifs, aiguilles,
Objets de soutĂšnement, | glissaient comme des anguilles,
DâintrĂ©pides muridĂ©s : | messagers pestilentiels.
Cherchant la présence des | gueules jaunes, des musettes,
Sâacclimatant promptement | aux modalitĂ©s des fonds,
Les conquĂ©rants sâĂ©lançaient, | par de sensationnels bonds
Vers des bords surélevés | pour asservir leurs disettes.
Dans ces gouffres réprouvés : | ponceuses, racloirs à air,
Combustibles, cartouches, | poussoirs, socles pneumatiques,
BourrĂ©s dâennuis se taisaient | prĂšs des engins Ă portiques,
Qui, en de permanentes | furies, maculaient la chair.
Lâhomme inhumĂ© dans la boue, | se noyait dans la misĂšre :
PestifĂ©rĂ© enfournĂ© | par lâunivers en son noyau,
Serf maudit, rat rabougri, | captif dâun sinistre boyau.
Sa gorge roussie grondait | des rĂąlements de colĂšre.
Que de bouchées dérobées, | prestement, au saut du lit !
DĂ©jeuner lĂ©ger conçu | de pain, dâune noix de beurre,
Dâun bol de cafĂ© musclĂ©, | dâun filet de lait en leurre.
Aux fĂȘtes, les mets nombraient : | lard, Ćufs au plat, fruit bĂ©nit.
Aux temps du jardinage, | dans la colonie miniĂšre,
Chacun tentait de finir, | aussi soudain quâun typhon.
La famille cultivait | tomate, thym, potiron,
FabacĂ©e, solanacĂ©e, | revers rompu, tĂȘte fiĂšre.
Puis dans une cantine, | groupĂ©s autour dâun comptoir,
Des agents controversaient, | dâautres sâexerçaient aux cartes,
TempĂȘtant rageusement, | tout en observant les chartes,
Les mĆurs et civilitĂ©s | des pivots de lâassommoir.
De nature allogÚne, | et de généalogie rustre,
Tel lâoisillon, je naquis, | nu, sans valeur, et sans prix,
IlluminĂ© par les feux | dâun lâĂ©clatant crucifix,
Sauvegardant lâimmigrĂ©, | supputĂ© sournois et frustre.
Lâindicible pouillerie, | tout autour de nos hĂ©lix,
Grouillait dans nos nids piteux, | et nos galetas palustres,
OĂč nous Ă©tions murĂ©s | par des philistins illustres,
Pour ne point contaminer | lâautel sacrĂ© des phĂ©nix.
Je perçois la bourrasque | traumatisant la charpente,
CloĂźtrĂ© durant lâenfance | dans lâhideux baraquement
De vétuste conception, | apogée du dénuement,
Aux penchements indécis | gémissant dans la tourmente.
Blottis contre un four à bois, | hoché par le jappement
Dâun courroux exubĂ©rant, | dâune rigueur Ă©minente,
Nous espérions, grelottants, | la rémittence indulgente
De notre poignant malheur | pour connaĂźtre un doux moment.
Que de peurs allusives, | que de terreurs abusives,
Qui me renvoient le reflet | du futile clapotis
De la pluie caracolant | sur les gris caillebotis
Dâune morne chaumine aux | colorations fugitives.
Notre reg sur pilotis, | aux délicats artimons,
Avec nĆuds de faĂźtage, | madriers, chevrons, voliges,
Singeait le simulacre, | la parodie des vestiges,
Aux points vitaux des poteaux, | aux mamelons des poinçons.
Clandestin dans le recoin, | sur lâaire plus que prĂ©caire,
Dont les parfums renversaient | lâexhalaison du benjoin,
En gangrĂ©nant, sans tĂ©moin, | lâexquise senteur du foin,
Pataugeait, sans retenue, | un porcelet débonnaire.
DÚs que dans cet appentis, | tout en sourdine et bémol,
Giguaient mes herbivores, | prĂšs des narines obliques,
En compagnie des toisons, | et fourrures prolifiques,
Mes hùbleries empaillées | recommençaient leur envol.
Ma planÚte était peuplée | de beaux lapins domestiques,
Aux vibrisses soyeuses, | humant grandement le sol,
A la recherche dâorge et | de graines de tournesol,
Avec pieds élastiques | opérant des bonds magiques.
Un jour dâhiver polaire, | trompeta un renouveau.
Je me rappelle ce cou, | vĂȘtu dâune collerette,
Je revois ce prodige | de contenance coquette.
JâĂ©tais coi, Ă©mu, sans voix | devant cet exquis museau.
Un diablotin assorti | dâune adorable houppette,
Dont lâarrivĂ©e suscita | fracas, dĂ©sordre, micmac,
Quand lâĂ©trange miracle | survint et jaillit dâun sac :
Un ange aux yeux fulgurants, | une truffe mignonette.
Devant ce céleste don, | ostracisé de son lac,
Imitant les farfadets, | nous formĂąmes farandoles,
Ivres de fĂ©licitĂ©, | mĂȘlant exploits et paroles,
Tant cette solennité | ébranla notre bivouac.
Au cours de nos ballades | en des contrées solitaires,
Je suis ses joues pimpantes, | au croquis fort arrondi,
Et son dénouement caudal, | au dessein approfondi,
Au sein des conifĂšres | aux sommets triangulaires.
Dans cet éden palatin, | favorisé par le flanc
Abrupt dâune colline | dont les brumes Ă©toilĂ©es
Déchiraient les dentelles | des incartades voilées,
Sommeillait durablement | lâaristocratique banc.
Je graverais dans les ans, | au giron de ma mémoire,
Ton front bien ordonné | au profil trÚs abouti,
Tes lÚvres diantrement | sculptées sans méchant repli,
Puisque tu mâescorteras | jusquâau terme de lâhistoire.
Jâai perdu plus quâun ami, | sincĂšre, gĂ©nĂ©reux, franc,
Victime de la haine | dâun inhumain coup de pique,
Car tu devins maraudeur, | et malandrin anarchique.
Repose en paix maintenant, | mon immortel loulou blanc.
Et que je disparaisse | de ce serpentin chemin,
EmpĂȘtrĂ© de navrement, | pavĂ© de chagrin carmin,
Du conclu, je déroule | le grand linceul sans pastiche.
De lâantre, je confisque| cette angoisse de gamin,
Que jâexpose doucement | en bordure de corniche,
Pour que lâamnĂ©sie fige | sur les satins de lâaffiche
Larme infinie de rose, | pleur éternel de jasmin.
Muni dâun brin de ressort, | et dâun filament dâaudace,
Jâescompte saisir la vie | relĂ©guĂ©e dans un mouchoir,
RĂ©trocĂ©dant la terreur | dans le fĂ»t dâun dĂ©potoir
Pour guĂ©rir et rajeunir | lâantĂ©cĂ©dent qui sâefface.
Car à longueur de saison, | par faiblesse et désespoir
Je pĂ©trifie lâoccasion | dâĂ©ventrer la carapace
Dâun souvenir expirant, | dâun pressentiment fugace,
Dâaccepter le crĂ©puscule | pour regagner mon perchoir.
Puis, un instant, je me noie | dans des léthargies hùtives,
Pour voltiger en rĂȘve, | tel mon ami, lâagrotis,
Sur des flots de jeunesse | lovés en volubilis,
Mon Ćil transis, tavelĂ© | dâidĂ©es commĂ©moratives.
Parler de mes géniteurs | est une nécessité,
Un engagement moral, | un cri de reconnaissance,
Un ocĂ©an de respect, | un office dâallĂ©geance,
Car leur amour est trésor | et point trait de pauvreté.
De la seconde guerre, | ils comprirent le manĂšge
De tous ces mercenaires, | dont maintes interventions
Tuaient, hachaient, décimaient | durant les déprédations
Des esprits indociles, | des probités de teint grÚge.
Quand lâarmement surmonta | le sommet des perfections,
Les forces militaires, | les génies des balistiques,
Les caprices délictuels | de ces cohues fanatiques
Parvinrent Ă distiller | aversions et abjections.
Les natures sommaires | des philosophies drastiques,
Les crépitements nourris, | les salves, les projections,
Les bordées, les flux rasants | bouleversaient les nations
Au grand dam des marmousets, | des conseilleurs pacifiques.
Tous ces brandons ubuesques, | ces lancers universaux,
Ces canons gigantesques, | ces monstres dâartilleries,
Ces objets titanesques, | nâengendrant que fĂącheries
Fermentées dans industries, | ou arsenaux colossaux.
Bien sûr, peurs et hantises | de camarillas savantes,
Piocheuse sanguinaire | fignolait les instruments
De mort, peaufinait les plans, | ciselait les documents,
Pour paramétrer calculs | et assouvir épouvantes.
Lors des conflits, les mortiers, | pareils Ă de longues faux
Amoncelaient les soldats, | comme des gerbes dâavoine,
Les semaient sur des terrains | de tonalité pivoine,
Flancs éventrés, reins brisés, | tels carcasses de chevaux.
AprĂšs que les ennemis | eussent signĂ© lâamnistie,
Que la folie de lâĂȘtre | fut contenue, Ă foison,
Que lâentente triompha | en bridant la dĂ©raison,
Mes parents durent laisser | lâanĂ©mique Campanie.
AccompagnĂ©e de mes sĆurs, | ma valeureuse maman,
Se réfugia vers Arbois, | pour gßter dans une ferme
Des contreforts jurassiens, | loin du chenal, de la berme,
OĂč bruissait la Cuisance, | fĂ©e ondine pour roman.
Jâimaginais son tourment, | abandonnant sa famille,
Sâextirpant de ses sources, | de ses bases, de son ber,
Avec quelques bagages, | dont une valise en fer,
Pour retrouver mon pÚre | dans un tréfonds de broutille.
Je nâai nullement connu | ce tempĂ©rament rural,
OĂč le travail de lâaube | se terminait en soirĂ©e,
Quand, assis prĂšs du chaudron, | comptant des cĆurs de poirĂ©e,
Le tĂącheron attendait | son repas sobre et frugal.
Aimer les plaines, les prés, | les rubis de la nature,
Ne suffit pas pour nourrir| les besoins, les appétits
De pinsons faméliques, | de geais chétifs et petits.
Ainsi, il fut dĂ©cidĂ© | dâabjurer lâagriculture.
En ces temps de carence, | pas de droit pour lâĂ©tranger,
Que de labeur harassant | pour une maigre pitance,
Dans un couloir exigu | de mine, puits de souffrance,
Pour languir en cloporte | dans le froid et le danger.
Vers le versant dâun coteau | gisait une Ă©trange bure,
OĂč, Ă la pointe du jour | pĂ©nĂ©trait un boutefeu,
Offrant son existence| dans un inconséquent jeu,
Un concours paradoxal | de bon ou vilain augure.
Les filons de minerais | dĂ©daignaient lâaffleurement,
De ce fait, le belluaire | servant aux arts du sondage,
ParĂ© de sa barrette, | sâaventurait dans la cage
AnimĂ©e par les poulies | dâun pesant chevalement.
Sâapprochant selon ronron, | dâune pompe centrifuge,
Tel un cureur affecté, | il filait dans le puisard,
Pour persister, convenir, | et chagriner le hasard,
Nulle erreur ou clémence, | il devenait son seul juge.
Un raccommodeur posĂ©, | environnĂ© dâun morion,
Surveillait le boisage | des embrasures dâaĂ©rage.
Wagonnet, lorry, binard, | au niveau de lâaccrochage,
Se croissaient sous le regard | mĂ©ticuleux dâun porion.
Fatum soumis Ă tiges, | vis, Ă©crous, boulons dâancrage,
Fréquentant emplacements, | aires de déflagrations,
Avoisinant blocs détruits, | farouches détonations,
Parfois, le sort ne valait | quâun rĂ©cĂ©pissĂ© de voyage.
Bousculées manuellement | dans un trou, dit culbuteur,
Prélevées des sédiments, | mi siliceux, mi calcaires
De lâombilic de lâenfer, | des entrailles populaires,
Les roches minérales | fusaient tel un percuteur.
Menant une chargeuse | de perpétration anglaise,
Equipée de potence, | bras, et godet directeur,
Bougeant sur patins, munie | dâun contrĂŽle supĂ©rieur,
Un conducteur manĆuvrait | le dinosaure avec aise.
Une lĂ©gĂšre Ćillade | pour dĂ©terminer lâĂ©tat
Des parements Ă lâaide| dâune lampe personnelle,
AprÚs, vérification | par cordeliÚre industrielle
Pour détecter les endroits | pouvant voler en éclat.
Le fait suivant consistait, | par le truchement dâamorces
DâĂ©cartement, Ă entrer | les becs, par le biais dâoutils
Ă purifier, en acier, | faisant froncer les sourcils,
Des valeureux mirmillons | requis, dâexcellentes forces.
Dans les files de berlines | chagrinées par démentiels
Et multiples matériels : | conduits, explosifs, aiguilles,
Objets de soutĂšnement, | glissaient comme des anguilles,
DâintrĂ©pides muridĂ©s : | messagers pestilentiels.
Cherchant la présence des | gueules jaunes, des musettes,
Sâacclimatant promptement | aux modalitĂ©s des fonds,
Les conquĂ©rants sâĂ©lançaient, | par de sensationnels bonds
Vers des bords surélevés | pour asservir leurs disettes.
Dans ces gouffres réprouvés : | ponceuses, racloirs à air,
Combustibles, cartouches, | poussoirs, socles pneumatiques,
BourrĂ©s dâennuis se taisaient | prĂšs des engins Ă portiques,
Qui, en de permanentes | furies, maculaient la chair.
Lâhomme inhumĂ© dans la boue, | se noyait dans la misĂšre :
PestifĂ©rĂ© enfournĂ© | par lâunivers en son noyau,
Serf maudit, rat rabougri, | captif dâun sinistre boyau.
Sa gorge roussie grondait | des rĂąlements de colĂšre.
Que de bouchées dérobées, | prestement, au saut du lit !
DĂ©jeuner lĂ©ger conçu | de pain, dâune noix de beurre,
Dâun bol de cafĂ© musclĂ©, | dâun filet de lait en leurre.
Aux fĂȘtes, les mets nombraient : | lard, Ćufs au plat, fruit bĂ©nit.
Aux temps du jardinage, | dans la colonie miniĂšre,
Chacun tentait de finir, | aussi soudain quâun typhon.
La famille cultivait | tomate, thym, potiron,
FabacĂ©e, solanacĂ©e, | revers rompu, tĂȘte fiĂšre.
Puis dans une cantine, | groupĂ©s autour dâun comptoir,
Des agents controversaient, | dâautres sâexerçaient aux cartes,
TempĂȘtant rageusement, | tout en observant les chartes,
Les mĆurs et civilitĂ©s | des pivots de lâassommoir.
De nature allogÚne, | et de généalogie rustre,
Tel lâoisillon, je naquis, | nu, sans valeur, et sans prix,
IlluminĂ© par les feux | dâun lâĂ©clatant crucifix,
Sauvegardant lâimmigrĂ©, | supputĂ© sournois et frustre.
Lâindicible pouillerie, | tout autour de nos hĂ©lix,
Grouillait dans nos nids piteux, | et nos galetas palustres,
OĂč nous Ă©tions murĂ©s | par des philistins illustres,
Pour ne point contaminer | lâautel sacrĂ© des phĂ©nix.
Je perçois la bourrasque | traumatisant la charpente,
CloĂźtrĂ© durant lâenfance | dans lâhideux baraquement
De vétuste conception, | apogée du dénuement,
Aux penchements indécis | gémissant dans la tourmente.
Blottis contre un four à bois, | hoché par le jappement
Dâun courroux exubĂ©rant, | dâune rigueur Ă©minente,
Nous espérions, grelottants, | la rémittence indulgente
De notre poignant malheur | pour connaĂźtre un doux moment.
Que de peurs allusives, | que de terreurs abusives,
Qui me renvoient le reflet | du futile clapotis
De la pluie caracolant | sur les gris caillebotis
Dâune morne chaumine aux | colorations fugitives.
Notre reg sur pilotis, | aux délicats artimons,
Avec nĆuds de faĂźtage, | madriers, chevrons, voliges,
Singeait le simulacre, | la parodie des vestiges,
Aux points vitaux des poteaux, | aux mamelons des poinçons.
Clandestin dans le recoin, | sur lâaire plus que prĂ©caire,
Dont les parfums renversaient | lâexhalaison du benjoin,
En gangrĂ©nant, sans tĂ©moin, | lâexquise senteur du foin,
Pataugeait, sans retenue, | un porcelet débonnaire.
DÚs que dans cet appentis, | tout en sourdine et bémol,
Giguaient mes herbivores, | prĂšs des narines obliques,
En compagnie des toisons, | et fourrures prolifiques,
Mes hùbleries empaillées | recommençaient leur envol.
Ma planÚte était peuplée | de beaux lapins domestiques,
Aux vibrisses soyeuses, | humant grandement le sol,
A la recherche dâorge et | de graines de tournesol,
Avec pieds élastiques | opérant des bonds magiques.
Un jour dâhiver polaire, | trompeta un renouveau.
Je me rappelle ce cou, | vĂȘtu dâune collerette,
Je revois ce prodige | de contenance coquette.
JâĂ©tais coi, Ă©mu, sans voix | devant cet exquis museau.
Un diablotin assorti | dâune adorable houppette,
Dont lâarrivĂ©e suscita | fracas, dĂ©sordre, micmac,
Quand lâĂ©trange miracle | survint et jaillit dâun sac :
Un ange aux yeux fulgurants, | une truffe mignonette.
Devant ce céleste don, | ostracisé de son lac,
Imitant les farfadets, | nous formĂąmes farandoles,
Ivres de fĂ©licitĂ©, | mĂȘlant exploits et paroles,
Tant cette solennité | ébranla notre bivouac.
Au cours de nos ballades | en des contrées solitaires,
Je suis ses joues pimpantes, | au croquis fort arrondi,
Et son dénouement caudal, | au dessein approfondi,
Au sein des conifĂšres | aux sommets triangulaires.
Dans cet éden palatin, | favorisé par le flanc
Abrupt dâune colline | dont les brumes Ă©toilĂ©es
Déchiraient les dentelles | des incartades voilées,
Sommeillait durablement | lâaristocratique banc.
Je graverais dans les ans, | au giron de ma mémoire,
Ton front bien ordonné | au profil trÚs abouti,
Tes lÚvres diantrement | sculptées sans méchant repli,
Puisque tu mâescorteras | jusquâau terme de lâhistoire.
Jâai perdu plus quâun ami, | sincĂšre, gĂ©nĂ©reux, franc,
Victime de la haine | dâun inhumain coup de pique,
Car tu devins maraudeur, | et malandrin anarchique.
Repose en paix maintenant, | mon immortel loulou blanc.
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