A Seville (la demeure du vice)
Quoi ? Les contractions de la rue ont cessé ! La rue, ce cimetière en sursis, ce champ de croix à l'érection latente, je l'avais pourtant vue perdre les eaux dans le hall des ténèbres où accouraient déjà les étoiles en blouse blanche, les conversations et les rires avaient l'allure vive et soignée de ceux qui naissent à la nuit, ils se mêlaient alors au chaos des musiques éventrant les devantures des cafés pour discorder comme un orchestre saoul sur les trottoirs. Je l'avais vu pourtant mais je suis seul à présent, seul avec les chiens errants dans le liquide crevé de cette fausse couche engluant les immeubles, avec déjà le pressentiment des camions poubelles et de tous les annonceurs du jour, effaceurs des dernières traces d'obscurité avant les regards cinglants des trajectoires inextricables aux ordres de l'horloge. Je marche et marche encore, à l'affût au milieu de ce désert sans proie, les fantasmes tordus mués en désirs et se tenant debout maintenant sur le seuil de l'action. Et je les laisse faire, raidir l'axe en mon ventre qui décide mon pas vers leur seule direction car, si les mauvais chemins sont parfois fausses routes, désir de nos cimes radieuses menant au reflet d'ampoules flasques sur l'émail de latrines, cette nuit je les prends droit dans les yeux, je n'attends d'eux que leur franchise ; le sens se trace, invincible, dans le péché et l'abandon à son culte : une idée de bonheur en la demeure supérieure du vice, où les sourires révèlent la violence orgueilleuse de l'initié.
Le sens s'y trace mais qu'en sera-t'il demain ? Demain, vaincu, à genoux sur ma terre dévastée, violé par le retour triomphal de la lumière obscène, sans doute m'abaisserai-je à faire confessionnal de cuvettes où je vomirai mes remords et, comme toujours, écrasé de douleur pénétrant au coeur la moindre de mes cellules, fruit pourri de mes méfaits et arme d'expiation que j'exacerberai peut-être par la chair tailladée, je prierai pathétiquement d'autres divinités pour laver mon souffle et blanchir mon linceul. Jusqu'à la prochaine conversion : s'il est des Hommes qui s'interdisent, se livrant au djihad contre leurs forces contraires, s'il y a des hommes d'effort, les favoris de Dieu, moi je suis un pantin aux mains irrépressibles de mes désirs, toujours exsangue de volonté. Quand je tends vers la vertu ? Juste désir vertueux ! Et lorsque je combats ? Ma résistance est lâcheté de la fuite !
Et je marche et marche encore, mais rien ! Une porte s'ouvre tout de même à mon opiniâtreté, un casino dont les sourires baveux et les yeux brillants peinent à se dissimuler dans l'opacité de la nuit, un casino les cuisses ouvertes attendant que je me donne à lui : un piètre péché, à peine sous-sol de la demeure perchée sur son promontoire d'abîme, mais un péché quand même.
Le sens s'y trace mais qu'en sera-t'il demain ? Demain, vaincu, à genoux sur ma terre dévastée, violé par le retour triomphal de la lumière obscène, sans doute m'abaisserai-je à faire confessionnal de cuvettes où je vomirai mes remords et, comme toujours, écrasé de douleur pénétrant au coeur la moindre de mes cellules, fruit pourri de mes méfaits et arme d'expiation que j'exacerberai peut-être par la chair tailladée, je prierai pathétiquement d'autres divinités pour laver mon souffle et blanchir mon linceul. Jusqu'à la prochaine conversion : s'il est des Hommes qui s'interdisent, se livrant au djihad contre leurs forces contraires, s'il y a des hommes d'effort, les favoris de Dieu, moi je suis un pantin aux mains irrépressibles de mes désirs, toujours exsangue de volonté. Quand je tends vers la vertu ? Juste désir vertueux ! Et lorsque je combats ? Ma résistance est lâcheté de la fuite !
Et je marche et marche encore, mais rien ! Une porte s'ouvre tout de même à mon opiniâtreté, un casino dont les sourires baveux et les yeux brillants peinent à se dissimuler dans l'opacité de la nuit, un casino les cuisses ouvertes attendant que je me donne à lui : un piètre péché, à peine sous-sol de la demeure perchée sur son promontoire d'abîme, mais un péché quand même.
6 commentaires
Loïc · le dimanche 4 avril 2010 à 23:04
Quelques coquilles: "désir" 2 fois à 3 lignes d'intervalles (oui, j'ai que ça à faire), "qu'en sera-t-il", "une porte" (vers la fin).
Par ailleurs, je n'ai pas compris "lorsque je combats". Combats quoi? Pas le péché, puisque ça voudrait dire la même chose qu'une ligne plus haut "tends vers la vertu", alors qu'il s'agit manifestement du 2e aspect d'une certaine dualité.
J'ai un poème dont je suis en train de refaire la carrosserie en ce moment, concernant la perte totale de repères bien-mal, remplacés par des pulsions que le héros décérébré ne serait même plus capable de classer dans l'une ou l'autre catégorie (c'est la fin du choix et de la rébellion).
C'est un sujet qui devrait te plaire.
Citation (sagesse universelle): "Nous emportons notre paradis et notre enfer où que nous allions"... même à Séville.
patrice · le lundi 5 avril 2010 à 01:34
Pour le "je tends" et "je combats", je voulais dire que si parfois mes actes étaient vertueux, c'était simplement que mes désirs l'étaient aussi, c'était "naturel" et que si, de temps en temps, j'étais capable de combattre les désirs vicieux, cela s'exprimait toujours par la fuite. Mais le "je tends" ne va pas.
Pour ton texte, oui, cela doit être intéressant, mais il n'y a pas trop de rapport avec le mien, car justement le bonheur "ésotérique" dans le vice vient de la conscience qu'on agit mal.
Si j'avais vraiment quelque chose à creuser dans ce texte, ce serait les "fantasmes tordus", mais là, âme sensible s'abstenir !
Pour la citation, tout à fait d'accord, d'ailleurs, je contredis toujours ceux qui disent "le voyage c'est génial", non, ce n'est pas génial, on se traine toujours partout, même si certains lieux et situations sont forcément plus propices que d'autres, et la seule place du paradis, c'est le coeur - pour paraphraser Hugo----
http://www.mespoemes.net/patrice
Loïc · le lundi 5 avril 2010 à 11:02
Loïc · le lundi 5 avril 2010 à 11:29
Sinon, je sais que mon sujet n'est pas le même que le tien; ton texte est limpide, tu as clairement conscience des choix proposés et tu es maître de tes décisions, tandis que mon personnage ne l'est pas dans mon poème à venir ("Les Choses Qui n'Intéressent pas"). Il ne sera pas à relier à mon oursin, qui était mon avatar; ce sera juste une forme de coup de triste constat sur l'état d'une partie de la société.
Loïc · le lundi 5 avril 2010 à 11:32
patrice · le mardi 6 avril 2010 à 22:46
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http://www.mespoemes.net/patrice
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