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La nécessité d'une île

Les ombres portées

Le lundi 5 avril 2010 à 11:41, posté par Patrice

Un texte très allégé par rapport à la première version postée (merci Alto).
Je me dis que je n'ai pas été sympa en effaçant tous mes textes et avec eux tous les commentaires, mais que voulez-vous, j'ai été victime d'une pulsion nocturne devant les trop nombreuses imperfections que mes textes contenaient, une manière de faire (presque) table rase du passé pour repartir du bon pied, enfin, autant que faire se peut quand on a deux jambes de bois.

Les ombres portées

Dans les violons de l'herbe d'une vieille montagne
qui pénètre oubliée l'hostile intimité du ciel
je m'époumone nu
vers les oiseaux captifs de leur cage d'azur
et leur offre mes mains

Des nuages ça et là lentement s'exilent
ils glissent sur la peau d'un temps indivisé
dont l'aiguille à mon bras
cherche en vain la fracture
un temps presque palpable
enchâssant cet îlot où s'est posée ma fuite
comme la pie se pose sur la plus haute branche
pour narguer le métal qui jaillit du fusil

Je suis seul comme un dieu dans l'âpreté du vent
nul donc ne peut me voir
nul donc ne peut m'entendre
si ce n'est
discrète
la brindille cassant qui figure la biche
et je resterai là encore
sur ce chemin d'absence
jusqu'à l'apocalypse
jusqu'à mes yeux vidés
l'ultime seconde de l'ultime journée

Et je resterai là dans cette solitude

Mais des nuages lentement s’exilent
et leurs ombres portées sont les ombres portées
des autres
et de l'amour
qui ne seront jamais
jusqu'à l'apocalypse
jusqu'à mes yeux vidés
l'ultime seconde de l'ultime journée
que d'impossibles deuils
Illustration du poème « Les ombres portées »

9 commentaires

Loïc · le lundi 5 avril 2010 à 12:01

Plus léger que la prose, plus éthéré, même si certains thèmes (emprisonnement, solitude, brouillage des repères temporels) restent les mêmes. Le recours occasionnel aux alexandrins donne des changements de rythme intéressants. J'aime bien "Pour narguer le métal qui jaillit du fusil".
Amusant: ça doit être subliminal, mais j'ai d'abord lu: "la brindille pour casser la figure qui biche"!!

alto · le lundi 5 avril 2010 à 12:31

----Comme Loïc:"Pour narguer....fusil" alexandrin parfait!Ce n'est pas "plus léger...c'est DE la "La prose poétique!!
"la brindille...biche"est un "alexandrin ..."de
13 pieds...!C'est ton éloquence !Vigoureuse!Mais au vieux...l'absence de la virgule coupe le souffle!pas le plaisir!
Salut!
http://www.mespoemes.net/alto

José · le lundi 5 avril 2010 à 13:28

De très jolies images, une forme poétique novatrice, j'aime beaucoup. Merci.

Loïc · le lundi 5 avril 2010 à 23:38

Jolies? Ah José, tu ne sais pas qu'il ne faut jamais dire qu'une oeuvre est belle, mais qu'elle est intéressante? Fascinante? :-)

patrice · le mardi 6 avril 2010 à 21:33

C'est sûr que "joli" n'est pas forcément le terme qui fait le plus plaisir. Mais intéressant non plus... Pour moi ça veut dire "il y a de l'idée mais...". Et puis "j'aime bien" aussi, ne fait qu'à moitié plaisir, car j'aime bien moi aussi ce texte, mais cela ne me parait pas suffisant. Par contre Loîc, "fascinant", là je dis oui, saisissant aussi, c'est pas mal. Belle me convient assez, ou alors : "monsieur, vous mériteriez qu'on transfère vos cendres au panthéon, en ayant pris soin auparavant de virer tout ceux qui y sont déjà".
Si José Repasse dans le coin, j'aimerais qu'il me dise par rapport à quoi il juge cette forme poétique novatrice, par rapport aux autres poèmes postés sur mespoemes ou alors à la poésie d'une manière générale ?
Je n'avais pas remarqué avoir fait des alexandrins.
Merci à tous - et à alto pour "l'éloquence vigoureuse".
----
http://www.mespoemes.net/patrice

José · le mercredi 7 avril 2010 à 16:32

De "jolies" images pour moi sont des métaphores réussies qui servent et s'inscrivent parfaitement dans un propos, soit-il poétique, et qui renforce son appréhension. Je maintiens ce terme car je vois une intention (mais peut-être je me trompe) de Patrice de séduire son lecteur (ce qu'il a réussi avec moi) et que ne décrirait pas le mot "belles".
Patrice, je trouve cet écrit novateur sur la forme (mi prose mi poème, peu lue en effet sur le site) que surtout sur le fond, où chaque élément environnemental entretient à travers justement ces "jolis" enchevêtrements métaphoriques un rapport mytonymique avec le "je" du poème, au point que sa pensée en acquiert la puissance. Une symbiose auusi loin poussée, il ne m'a encore jamais été donné de lire, d'où ce qualificatif de "novateur"

patrice · le mercredi 7 avril 2010 à 22:56

Merci José pour ces précisions. Séduire le lectorat, toute création cache un désir sous-jacent de séduire, ou plutôt de plaire - car la séduction dans mon esprit peut être mensonge et ça, dans mes textes, il n'y en a pas, tout au plus l'imagination, qu'on lui donne le sens baudelairien ou celui de René Char, l'imagination qui s'inspire toujours du réel, du vécu. Au moment de la création, j'essaie juste d'exprimer au mieux les images persistantes dans mon esprit.
En revanche je ne sais pas ce que veut dire mytonymique, et mon dictionnaire non plus. Enfin, je crois comprendre, et tant mieux si mon rapport à l'environnement est si bien rendu. Il y a tout de même deux petites choses un peu bancales dans ce texte. ----
http://www.mespoemes.net/patrice

José · le jeudi 8 avril 2010 à 11:59

métonymique, excuse-moi.

patrice · le samedi 10 avril 2010 à 12:35

Il n'y a pas de mal, José. Ce mot, je ne le connaissais pas, mais mon dictionnaire, oui. Pour le mélange de poésie libre et de poésie mesurée, je ne m'en étais pas vraiment rendu compte, bien que je fasse attention au rythme je ne compte pas les pieds, mais je m'apercois que c'est une règle qui régit la plupart de mes textes, même la prose pure. ----
http://www.mespoemes.net/patrice

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