LE VIEIL HOMME AU REGARD DE SOIE

LA ROUTE DE LA SOIE – 2
Je contemplais le lion d’airain, quand mon regard se porta sur le vieil homme au regard de soie. Et le Temps se figea, insolant, insolite.
………………………………………………………………………
J’ai cherché si souvent ces insondables chants
Faits de myrte et d’encens, pour apaiser ma fièvre
Et avancer encor, sur ces chemins brûlants,
Où se mirent souvent tous les ors de l’orfèvre.
Dans les bazars sournois, des mélopées perdues
Endormaient ma raison quand l’aube purpurine
Ouvrait son piédestal aux stèles défendues
Dont l’ombre qui se meurt m’effraie et me fascine.
Et, las, je m’enfuyais pour ces autres regards,
Dont les cris safranés rugissent sur le Gange,
Implorant dans le vent, de défier mes hasards,
De calmer mon délire au parfum si étrange.
Attiré par l’airain dont le reflet changeant
Eblouissait mon cœur et consumait mon âme
En ce lieu léonin, je m’approchais, tremblant,
Vers le fauve figé par un ultime drame.
Tout près de ce colosse endormi dans l’Aurore,
A l’écart des passants, le vieil homme est assis
Fixant l’Eternité, près du grand sycomore
Dont le parfum fiévreux donne au Temps son sursis.
Le Saddhu* attendait d’un regard innocent,
Que s’éteigne le jour ou se meure la pluie
Venue des Hauts Plateaux, qu’un casque iridescent
Embaumait de lumière à la trame alanguie.
Ce n’était sa vêture ou sa barbe de neige
Encadrant son visage asséché par les ans,
Qui donnait aux moussons un air de sortilège
Où se mêlent ces bruits qui grondent en dedans.
Rien que des yeux de soie, perdus sous des paupières,
Enfantés par les Dieux d’une rive incertaine
Au pied des Temples nus, des fragiles ornières,
Couleur de l’Infini et de la mer lointaine.
………………………………………………………………………….
Quel ce voyageur qui poursuit son chemin, l’âme toute emplie
De rêve et le cœur scintillant ?
(Souvenir personnel d’un voyage en solitaire en Inde, en 2003,
à partir de la plus belle photo que je n’ai prise là-bas)
* Un saddhu (se prononce « saddou ») est, en Inde, un homme en voie
de réalisation qui pratique la méditation et vit de l’aumône.
(Photo : Philip – Bénarès, Inde. 2003)
Illustration musicale :
https://www.youtube.com/watch?v=waldWijiQDs
(Karunesh – Call of the mystic)
Je contemplais le lion d’airain, quand mon regard se porta sur le vieil homme au regard de soie. Et le Temps se figea, insolant, insolite.
………………………………………………………………………
J’ai cherché si souvent ces insondables chants
Faits de myrte et d’encens, pour apaiser ma fièvre
Et avancer encor, sur ces chemins brûlants,
Où se mirent souvent tous les ors de l’orfèvre.
Dans les bazars sournois, des mélopées perdues
Endormaient ma raison quand l’aube purpurine
Ouvrait son piédestal aux stèles défendues
Dont l’ombre qui se meurt m’effraie et me fascine.
Et, las, je m’enfuyais pour ces autres regards,
Dont les cris safranés rugissent sur le Gange,
Implorant dans le vent, de défier mes hasards,
De calmer mon délire au parfum si étrange.
Attiré par l’airain dont le reflet changeant
Eblouissait mon cœur et consumait mon âme
En ce lieu léonin, je m’approchais, tremblant,
Vers le fauve figé par un ultime drame.
Tout près de ce colosse endormi dans l’Aurore,
A l’écart des passants, le vieil homme est assis
Fixant l’Eternité, près du grand sycomore
Dont le parfum fiévreux donne au Temps son sursis.
Le Saddhu* attendait d’un regard innocent,
Que s’éteigne le jour ou se meure la pluie
Venue des Hauts Plateaux, qu’un casque iridescent
Embaumait de lumière à la trame alanguie.
Ce n’était sa vêture ou sa barbe de neige
Encadrant son visage asséché par les ans,
Qui donnait aux moussons un air de sortilège
Où se mêlent ces bruits qui grondent en dedans.
Rien que des yeux de soie, perdus sous des paupières,
Enfantés par les Dieux d’une rive incertaine
Au pied des Temples nus, des fragiles ornières,
Couleur de l’Infini et de la mer lointaine.
………………………………………………………………………….
Quel ce voyageur qui poursuit son chemin, l’âme toute emplie
De rêve et le cœur scintillant ?
(Souvenir personnel d’un voyage en solitaire en Inde, en 2003,
à partir de la plus belle photo que je n’ai prise là-bas)
* Un saddhu (se prononce « saddou ») est, en Inde, un homme en voie
de réalisation qui pratique la méditation et vit de l’aumône.
(Photo : Philip – Bénarès, Inde. 2003)
Illustration musicale :
https://www.youtube.com/watch?v=waldWijiQDs
(Karunesh – Call of the mystic)
13 commentaires
fokoua jean carlos · le jeudi 9 juillet 2015 à 20:06
Splendide tableau.
J-C
domi · le jeudi 9 juillet 2015 à 21:06
domidom · le jeudi 9 juillet 2015 à 23:29
J'ai adoré entre autre ce vers délicieux, (ce n'était sa vêture ou sa barbe de neige), quelle superbe inspiration...
C'est avec beaucoup de plaisir que j'ai lu et relu cet écrit merveilleux, digne d'un grand auteur...
Bisous, Domie...
Pierre · le vendredi 10 juillet 2015 à 11:16
magnifique Poème et je suis encore
sous le charme ! Amitiés, Pierre
Philip (JARDIN DE LUNE) · le vendredi 10 juillet 2015 à 13:03
Merci d’avoir aimé. Ah ,je suis content d’avoir pu donner un peu d’émotion avec ce poème. J'ai vécu plus intensément l'émotion en écrivant ce poème, car il m'a rappelé un moment extraordinaire lorsque j'ai vécu cette scène en Inde. Quand je dis que ce fut une des plus belles photos-souvenir de mon périple, l'illustration que j'ai mise est toute petite et c'est un scan de la photo originale qui est en grand format et en papier glacé. Merveilleux. Sachant que cet homme était un Saddhu et vivait d'aumone, je me suis permis de le prendre en photo et de le remercier par une obole. Il n'y avait pas de touristes à cette époque et dans ce quartier de Bénarès. J'ai essayé de ne pas me sentir trop voyeur, mais genre photographe de National Geographic ! Amitiés, Pierre. Philip.
Pour JEAN-CARLOS :
Ah, le chemin de l'auto-réalisation ! Tout du moins se préserver des moments, à la fois d'apaisement et d'émotion. C'est comme cela que l'on ressent le mieux le monde et l'être humain. Amitiés. Philip.
Pour DOMIE(no) :
Oui il y a une part d'inspiration, car si cette scène, je l'ai vécue (il y a plus de 10 ans), et elle est encore présente à mes yeux, il est vrai que je n'ai pas eu l'impression d'un regard de soie. Quand je me suis approché de lui, et lui ai donné respectueusement mon obole, son regard semblait doux, un peu flou. Pour le reste, l'inspiration poétique m'a fait broder des ressentis. "Digne d'un grand auteur ?". Faut pas exagérer. Gros bisous, Domie. Philip
Pour DOMI (Amimots) :
Ah je suis content que tu aies aimé et que les premiers commentateurs aient aimé aussi, car je dois reconnaître que mon précédent poème sur une sonate de Scriabine était bien austère pour qui ne connait Scriabine et son virage musical mystique !
Si je remets de vers sur de la musique, ça sera sur des morceaux plus doux.
Reprenons le chemin de la sobriété, ce qui n'empêche nullement, au contraire, l'émotion. Bisous. Philip.
José · le vendredi 10 juillet 2015 à 13:14
La beauté de l'Inde tant dans sa dimension physique que mystique est finement ciselée à la lumière de ton vécu là-bas et de ce que tu venais y trouver "Implorant dans le vent, de défier mes hasards".
D'ailleurs le lecteur vit ton saisissement quasi extatique lors de cette Rencontre, et le contraste n'en est que plus poignant entre ton égarement presque du début ("J'ai cherché si souvent" "Calmer mon délire au parfum si étrange"...)
La photo est également superbe.
Amitiés.
marine · le vendredi 10 juillet 2015 à 15:10
je viens de voir la kumba mela
euphonie0 · le vendredi 10 juillet 2015 à 21:51
Je passe deux jours chez moi et mon marie et moi repartons à Reims faire la nounou une semaine.
Etre grand père et grand mère c'est le plus beau des cadeaux.
Je lis ton poème et oh Phiip il est encore plus beau, que le premier de la série de la route de la Soie.
Tu es vraiment un très bon conteur....
J'ai adoré.
Bisous Philip
Om
Marie
Ps: si tu passes visiter le musé de St Omer, n'oublie pas de me prévenir, et dans ma demeure tu serais les bien venue, une carbonade flamande te seras offerte accompagné d'une bonne bière mais pas celle de St Omer, une tarte aux pommes maison, un bon café le tout dans la bone humeur et la cordialité Nordiste.
A demain quoi!
Bise
Philip (JARDIN DE LUNE) · le samedi 11 juillet 2015 à 09:11
Tu veux dire que tu as eu la chance d’aller en Inde et de voir la Kumbh Mela ou que tu connais cette fête et que mon poème t’y a fait penser ? La Kumbh n’a pas lieu tous les ans hélas, mais par contre quand je suis allé en Inde, c’était la célébration annuelle de Diwalhi (fête des Lumières). Magnifique. Bises. Philip.
Pour MARIE :
Coucou Marie, normal que tu trouves plus beau ce poème de la route de la soie, le premier volet (Samarkande) était imaginé, car ne suis pas allé à Smarkande, mais là, la base ce sont mes souvenirs personnels de Bénarès qui sont intacts. Il y a l’émotion « vécue » en plus ! La bière de St-Omer, en effet n’est pas la meilleure. Je suis, pour un parisien, un très très très grand amateur de carbonnade flamande. Mais sur la route entre Lille et Dunkerque, un passage à Saint-Omer sera, même court, plus pour passer te voir, sans chichi, rien qu’un moment d’amitié, plutôt que de passer du temps précieux au Musée. La cordialité du Nord, je connais depuis bien longtemps. Magnifique. Comme dit la chanson « les gens du Nord »….ils ont dans le cœur le soleil qu’ils n’ont pas toujours (hélas) dans le ciel. Amitiés et gros bisous, Marie. Philip.
Pour JOSE :
Bien que je ne boude pas le plaisir que me procure l’amitié que me font les poètes du site quand ils aiment bien mes poèmes (c’est normal), je ne suis cependant pas sûr que des qualificatifs comme « sublime » soient à la hauteur. Mais, mille merci, cependant. Ce qui me réjouit c’est, semble-t-il d’avoir fait passer, comme tu le soulignes, « la Beauté de l’Inde avec sa double dimension ». Et c’est bien cela, je l’ai vécu et certainement mille fois plus imparfaitement que ces sages de l’Inde, et j’ai eu la chance, au hasard de mes pérégrinations, d’en rencontrer. Oui, ce poème était bien « à la lumière de mon vécu ». Merci cher José. Bien à toi. Amitiés. Philip.
Ivy · le samedi 11 juillet 2015 à 21:09
Merci du partage de ce regarde, que toi tu as su poser sur cette scène ! Un 'instantané de vie' sans doute inoubliable !
Bon week-end !
Bisous
Philip (JARDIN DE LUNE) · le dimanche 12 juillet 2015 à 08:47
Bon dimanche. Kissous. Phil.
imparfait · le mardi 14 juillet 2015 à 13:23
Je dirais comme beaucoup ici, c'est très beau!!
De bien belles images que celles de tes mots qui nous apportent toute la sagesse qui illumine le regard de cet homme si bien détaillé par ton propre regard.
Comme j'aimerai croiser un sage comme le tien un jour dans ma vie car je suis certaine que la bonté, la miséricorde, l’honnêteté et l'humilité qu'il dégagent ne peuvent que nous rappeler comme nous sommes petits à côté de lui et que long sera notre chemin pour atteindre le premier palier du savoir!!!
J'ai beaucoup aimé et merci pour ce grand moment de lecture.
Bises amicales Philip et au plaisir de te lite quand je trouve un peu de temps.
Philip (JARDIN DE LUNE) · le mercredi 15 juillet 2015 à 09:13
D'abord, passe, comme tu le dis "quand tu as un peu de temps", car je sais qu'en cette période de l'année, il y a mille choses à faire chaque jour à l'exploitation. Et puis, il y a aussi les autres ami(e)s du site à commenter. Mais je suis toujours content évidemment quand tu me fais un commentaire.
Venons-en au poème : oui, c'est tout à fait ça, cette rencontre fut un moment extraordinaire. Et moi, le Monsieur de la Ville Lumière, j'étais bien humble. J'aime quand ces moments me donnent de l'humanité (un exemple : il y a 10 jours, je regardais les créations des grands couturiers - la mode est de l'Art et de la Poésie parfois - dans leurs vitrines près des Champs Elysées. Prix inabordables, bien sûr, une paire de basquets, assez quelconque à.....1.890 euros !!!!). Alors, mon vieux sage de Bénarès était bien loin. Un autre moment exceptionnel fut, toujours à Bénarès la visite de l'Ashram où vécu Ma Amanda Moyi, une grande dame réalisée, où j'eus le privilège de m'entretenir avec celle qui fût sa confidente.
Oui, comme nous sommes petits à côté de ces gens exceptionnels, parce qu'ils sont simples et sages. Tu parles de "savoir". Nos savoirs livresque sont en fait bien dérisoires à côté de ce savoir/sagesse, soit inné où qu'ils acquièrent par d'autres voies qui passe par l'humilité. Bon courage dans toutes tâches estivales, Imparfait, et bises amicales à toi. Philip.
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