SCAMPIA *

Tes voiliers de béton qu’un vent noir, immobile,
Arrache au dernier cri, l’empreinte déjà morte
Qu’emportent les flocons d’une neige indocile,
Ont la couleur du ciel quand le cœur lourd exhorte
Dans un dernier effort, encore une prière
Pour combler le silence où se cache l’ennui,
Dans son patient linceul, sans berceau ni frontière.
Enfin la nuit se damne en cherchant un appui.
Je guettais vos regards, consumant ma lumière
Pour écouter le soir fardé de cicatrices.
Mais vos yeux récitaient un parfum sans mystère,
En guettant chaque bruit comme un signe complice.
Là-bas, la baie scintille à l’ombre de Virgile,
Et Maria-Luisa** cherchera en rêvant
Son sourire d’enfant, bien caché dans l’argile
Pour tous les jours de cendre au cœur étincelant.
Et Naples l’insolente aux églises masquées
De leurs derniers sanglots quand le vide s’installe,
Invente au creux du jour, des folies insensées,
Pour effacer le poids qui fige l’intervalle.
-----------------------------------------------------------
Lei non parla mai
Lei non dice mai niente
E tutta la vita
Gira infinita
Senza un perché
(Elle ne parle jamais
Elle ne dit jamais rien
Et toute la vie
Tourne en rond
Sans un pourquoi) ***
Illustration : Scampia (Naples) & baie de Naples
Illustration musicale : « Senza un perché » - Nada
https://www.youtube.com/watch?v=_z498JqZD_k
* Scampia (se prononce scampi-a) : quartier de Naples
** Se prononce à l’italienne, avec la diérèse Mari-a Luisa
***Extraits de la chanson « senza un perché »
Arrache au dernier cri, l’empreinte déjà morte
Qu’emportent les flocons d’une neige indocile,
Ont la couleur du ciel quand le cœur lourd exhorte
Dans un dernier effort, encore une prière
Pour combler le silence où se cache l’ennui,
Dans son patient linceul, sans berceau ni frontière.
Enfin la nuit se damne en cherchant un appui.
Je guettais vos regards, consumant ma lumière
Pour écouter le soir fardé de cicatrices.
Mais vos yeux récitaient un parfum sans mystère,
En guettant chaque bruit comme un signe complice.
Là-bas, la baie scintille à l’ombre de Virgile,
Et Maria-Luisa** cherchera en rêvant
Son sourire d’enfant, bien caché dans l’argile
Pour tous les jours de cendre au cœur étincelant.
Et Naples l’insolente aux églises masquées
De leurs derniers sanglots quand le vide s’installe,
Invente au creux du jour, des folies insensées,
Pour effacer le poids qui fige l’intervalle.
-----------------------------------------------------------
Lei non parla mai
Lei non dice mai niente
E tutta la vita
Gira infinita
Senza un perché
(Elle ne parle jamais
Elle ne dit jamais rien
Et toute la vie
Tourne en rond
Sans un pourquoi) ***
Illustration : Scampia (Naples) & baie de Naples
Illustration musicale : « Senza un perché » - Nada
https://www.youtube.com/watch?v=_z498JqZD_k
* Scampia (se prononce scampi-a) : quartier de Naples
** Se prononce à l’italienne, avec la diérèse Mari-a Luisa
***Extraits de la chanson « senza un perché »
11 commentaires
Philip (Jardin de Lune) · le lundi 5 mars 2018 à 05:36
Un poème contraste....
Amitiés à tous et à toutes et bonne lecture. Philip.
Rêveuse · le lundi 5 mars 2018 à 07:26
Tes belles photos accolées rendent bien cela,
merci de nous entrainer à ta suite !
Et de nous faire partager tes ressentis de façon si poétique et forte!
bonne journée avec toute mon amitié!
Debbie · le lundi 5 mars 2018 à 08:32
Belle journée
Amitié poétique
Debbie
http://www.mespoemes.net/debbie/
taia · le lundi 5 mars 2018 à 10:13
Philip (Jardin de Lune) · le lundi 5 mars 2018 à 13:11
Certains d'entre vous ont touché du doigt, pour en connaître le background, l'environnement sociologique, le cadre de ce poème.
Une petite explication de texte sera édifiante :
Le quartier de Scampia, à Naples, est considéré comme l'endroit l plus criminogène et dangereux d'Europe.
Mafia et voyous y règnent en maîtres.
C'est la pllaque tournante européenne des drogues et drogues dures. Le taux de chômage y est de 60 %.
Pourtant des gens y vivent, la plupart y survivent.
Chacun a le droit de sourire et d'espérer...
Au loin, quand on habite dans les étages supérieurs de ces linceuls de béton, l'on peut apercevoir la mer, splendide image de carte postale de la baie de Naples.
Mon poème est tendresse pour ceux qui espèrent et y rêvent encore, en côtoyant l'indicible.
Le poème recèle avec pudeur des allusions :
- "la neige indocile" est une allusion à la cocaïne
- les "guetteurs silencieux aux signes complices" sont ces jeunes qui surveillent les importuns qui entrent dans ces lieux de trafics en tout genre.
- les "églises masquées" sont les complices volontaires ou involontaires des meurtres au quotidien, témoins de l'œuvre des marchands de mort"
Etc..etc...
Quant aux "voiliers de béton immobiles", ils figurent les "vele" (en italien : les voiles), immeubles délabrés et monstrueux (voir photo du haut).
Encore un poème sombre mais fait de compassion quand on est aux portes de l'Enfer. Philip
Pour REVEUSE :
Je me serais bien passé de vous faire à tous, la visite "en vraie". Mais c'est une des facettes de la réalité.
Pour avoir été toi aussi à Naples, tu as donc parfaitement compris ces terribles contrastes. Amitiés. Philip
Pour DEBBIE :
Eh bien sans connaître les lieux, mais hélas misère et douleur sociale sont présentes dans toutes les villes du monde, toi aussi tu as bien sûr vu ces contrastes qui révoltent. Bah, le partage ici, n'est beau que par la délicatesse que j'ai mis dans mes mots pour décrire l'inconcevable et souhaiter l'espoir. Amitiés. Philip
Pour TAIA :
Toi aussi, chère Taia, bien sûr uque tu as compris ce cri d'alarme, fondé sur des réalités quotidiennes.
Pourtant, Naples est si attachante.
Mais la Camorra et ses émules est omniprésente. A peine dissimulée.
Ton analyse est réaliste.
Amitiés Taia. Philip
mariepaule · le lundi 5 mars 2018 à 14:19
Cela pourrait être un havre de paix mais.....
La noirceur de la mafia et aussi de la beauté du paysage est visible dans ton poème...
On imagine un beau tabeau quand au dernier étage de ses blocs, la vue y est très bellle
Un poème très vivant
Bisous
Marie
Mickaël · le lundi 5 mars 2018 à 17:20
Tu nous offre une splendide lecture, malgré la dure réalité de ce quartier.
Amitiés Mickaël.
La Mouche Nounouche · le lundi 5 mars 2018 à 18:07
Chapeau devant cette description sulfureuse : tes voiliers en linceuls de béton font froid dans le dos et me donnent le frisson à la re-lecture ! Un grand merci à toi Philip pour avoir déterré le contraste de ce cimetière désespoir si près des plages et de l'opulence.
Moi j'entends ta colère contenue derrière une apparente neutralité de grand reporter. . .
.Amitiés Yves
Philip (Jardin de Lune) · le mardi 6 mars 2018 à 06:52
Coucou Marie. Oh oui, ce poème est....vivant, si l'on peut dire ! Réaliste (tristement) en tout cas. Contraste entre Paradis et Enfer, en quelque sorte. Quand, partant de Rome, on longe la Méditerranée pour aller à Naples le paysage est enchanteur, l'arrivée sur Naples laisse une sensation étrange, indéfinissable. Mais sans commune mesure avec cette réalité. Bisous et belle journée, Marie. Philip
Pour MICKAEL :
Bonjour, Mick. J'ai soigné ce poème en prenant conscience que le thème était dur (et parlait d'une sinistre réalité). Il fallait à la fois que les mots aient cette sorte de grâce qui sied à la poésie tout en traitant d'un thème sombre. Et puis, j'aime bien faire connaître des lieux, quels qu'ils soient et où qu'ils soient, aux ami(e)s poètes. Si j'aime tant voyager, et que j'ai la chance de pouvoir le faire depuis toujours, c'est sans doute, à la fois une sorte d'indéfinissable fuite en avant, mais aussi la soif de voir comment les hommes vivent.
Amitiés, Mick. Philip
Pour YVES (La Mouche) :
Bonjour Yves. Ton commentaire me fait très plaisir, pour une raison majeure : en percevant, en attendant "cette couleur contenue devant une apparente neutralité" cela révèle deux choses :
- que tu comprends tout à fait le sens de ma poésie souvent assez sombre, je sais. C'est peut-être l'écho de mon questionnement philosophique préféré : la rédemption de l'Homme. Possible ou impossible ?
- c'est aussi, le plus important, c'est qu'il y a en toi une sensibilité humaine aiguisée, un regard que tu portes sur les humains et la folie de leurs injustices. Mais de cela, je te "complimenterai" en commentaire sur ton site.
Avec toutes mes amitiés, Yves. Prends soin de toi. Philip.
susan* Coquelicot * · le vendredi 9 mars 2018 à 07:54
En lisant le premier quatrain on découvre tout de suite l'atmosphère pesant de Scampia !
Pour moi il est facile de comprendre ton poème puisque j'ai vu cette série télévisée *Gomorra *…
Excellent partage poétique et musical, sans oublier les photos qui ont été très bien choisies !
Bisous. Susan
http://www.mespoemes.net/susanchevalier
Philip (Jardin de Lune) · le vendredi 9 mars 2018 à 08:12
Oui, Naples est une ville stupéfiante.
Presque au pied du Vésuve, à deux pas de Pompéi...la Méditerranée qi la borde....et cette folie (si ce n'était que ça !) cette violence qui côtoie des misères. Souvenir de cette circulation désordonnée, digne du "Grand embouteillage" de Commencini.
Et puis....la Scampia...une apocalypse urbaine à peine croyable.
Même les faubourgs de Bombay ne lui ressemble pas !
Bisous. Philip
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