Les ornières de la nuit

J’avais épié le jour, dans sa rude embolie,
Comme un menteur qui rode en cherchant l’inconnu
Sentiment qui s’endort sous un chant qu’on oublie,
Quand se traine à regret un serment convenu.
Mais au creux de la nuit, la chair fait ses adieux
A l’immortel présage enfanté sans envie,
Comme surgit l’oracle aux contours oublieux,
Sans ciel et sans abîme ; c’est le vent qui s’ennuie.
J’avais rêvé la vie, ses chemins incertains,
Comme un marin attend que l’augure s’affole
Sous le fracas béant qui, au bout des lointains,
Sait confondre en rêvant la dernière boussole.
Et, tapi dans l’ornière où s’effondre la pluie,
Comme une vague rude où se crispe mon cœur,
Ma parole et mon ombre accordent leur folie.
Tandis que meurt l’écho et son pas déserteur.
-----------------------------------------------------------------------
« On n’enferme pas un rêve, même s’il est fou »
(Grégoire Lacroix)
Illustration musicale : Debussy – Nocturne.
https://www.youtube.com/watch?v=F5dK6rO3fbY
Comme un menteur qui rode en cherchant l’inconnu
Sentiment qui s’endort sous un chant qu’on oublie,
Quand se traine à regret un serment convenu.
Mais au creux de la nuit, la chair fait ses adieux
A l’immortel présage enfanté sans envie,
Comme surgit l’oracle aux contours oublieux,
Sans ciel et sans abîme ; c’est le vent qui s’ennuie.
J’avais rêvé la vie, ses chemins incertains,
Comme un marin attend que l’augure s’affole
Sous le fracas béant qui, au bout des lointains,
Sait confondre en rêvant la dernière boussole.
Et, tapi dans l’ornière où s’effondre la pluie,
Comme une vague rude où se crispe mon cœur,
Ma parole et mon ombre accordent leur folie.
Tandis que meurt l’écho et son pas déserteur.
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« On n’enferme pas un rêve, même s’il est fou »
(Grégoire Lacroix)
Illustration musicale : Debussy – Nocturne.
https://www.youtube.com/watch?v=F5dK6rO3fbY
17 commentaires
La Mouche Nounouche · le vendredi 2 mars 2018 à 20:54
Debbie · le vendredi 2 mars 2018 à 22:56
Bonne fin de soirée
Amitié
Debbie
http://www.mespoemes.net/debbie/
Philip (Jardin de Lune) · le samedi 3 mars 2018 à 06:31
Bonjour Yves. Ah, je n'avais absolument pas pensé au ressenti et à l'imaginaire que tu décris.
En fait, c'est le titre d'un film de Marcel Carné (les portes de la nuit) qui m'est venu, je ne sais pourquoi, en tête et d'un seul coup j'ai pensé "ornières de la nuit", sans savoir ce que j'allais écrire.
Le poème veut - à peu près - évoquer ces recoins des rêves, éveillés ou pendant notre sommeil, dans lesquels on se cache pour être tranquille, mais qui n'empêche pas les réalités de venir nous voir.
Oui, le poème est sombre, c'est très souvent mon style d'écriture, pas MA réalité, mais juste une influence indélébile que m'ont laissés, sur un plan poétique Baudelaire et Verlaine.
La photo (trouvée sur Internet) montrant des ornières boueuse, sous la pluie, en noir et blanc, souligne le côté sombre et....effectivement peut faire penser aux tranchées de la guerre de 14-18.
Bon week-end à toi, Yves. Amitiés.
Philip
Pour DEBBIE :
Bonjour Debbie. En lisant ci-dessus l'explication de texte et la genèse de ce poème que je donne à Yves, tu comprendras pourquoi, comme lui, tu as ressenti cette impression que tu qualifies de "forte". Merci d'avoir aimé.
Je précise bien sûr que c'est un écrit imaginatif, écrit avec ces "mises en condition" que peuvent avoir les comédiens pour s'imprégner d'un rôle, et n'a aucun rapport avec un mal être. D'ailleurs, le texte n'était pas conçu comme une pièce sombre (mais en sachant consciemment que certaines tournures apportaient une couleur sombre à l'écrit). Amitiés et beau week-end, Debbie. Philip.
joeydu30210 · le samedi 3 mars 2018 à 07:17
Debbie · le samedi 3 mars 2018 à 07:42
Bon samedi
Debbie
http://www.mespoemes.net/debbie/
Philip (Jardin de Lune) · le samedi 3 mars 2018 à 08:38
Coucou, Joey.
Rassure-toi, j'adore rire et souvent.
Le problème c'est que, je ne sais pourquoi (peut-être parce que les grands poètes que j'admire écrivent des choses à la tonalité triste, et par mimétisme je déteins dessus !!!!).
Mon vrai challenge est d'écrire de la poésie joyeuse, alors que je suis quelqu'un de joyeux et même "déconneur" pour qui me connaît !
Mais, oui, oui, oui...repeints mon poème en rose, en bleu, de toute les couleurs de l'arc-en-ciel. Tu as mon autorisation. Le petit fils a un an maintenant !
Beau week-end à toi, Joey. Amitiés souriantes et riantes. Philip
Pour DEBBIE :
Merci d'être repassée, Debbie.
Oui, le plus souvent, je donne la source de mon imaginaire poétique.
En faisant un pré-commentaire, parfois. Et l'origine est parfois aléatoire ou surprenante, sans rapport avec mon état d'esprit.
Oui, je pense avec la sensibilité qui permet de jouer sur différents tableaux émotionnels quand j'écris.
Tiens, toi qui aime Rimbaud, je te donnerai les coordonnées de deux de mes poèmes, l'un qui imagine une auto-confession d'Arthur sur sa jeunesse douloureuse. L'autre sur une lettre imaginaire qu'aurait pu faire Verlaine en prison après avoir blessé Rimbaud lors d'une fameuse dispute.
Le problème, comme me disait un ami poète, c'est que ça ne peut être que des exercices de style, car en fait, on ne peut savoir ce qui s'est passé vraiment dans la tête de nos maîtrises en poésie. Amitiés, Debbie. A bientôt.
Philip
Rêveuse · le samedi 3 mars 2018 à 10:37
mais cela m'a permis de lire les commentaires, et tes réponses!
J'avais lu ton poème hier, alors que j'étais au creux de "ma " tempête, et il m'avait envoyé un écho douloureux ...
notamment cette strophe:
"J’avais rêvé la vie, ses chemins incertains,
Comme un marin attend que l’augure s’affole
Sous le fracas béant qui, au bout des lointains,
Sait confondre en rêvant la dernière boussole."
Parfois on pense avoir perdu la dernière "boussole"... oui cela a du sens pour moi, comme pour toi
mais je laisse mes pensées personnelles
pour te dire que c'est une très belle poésie!!!!!!!!!!!!!
merci aussi pour cette phrase sur le rêve qu'il ne faut pas enfermer, c'est pourquoi j'essaye de faire partager les miens
bon samedi et bravo avec mon amitié!
mariepaule · le samedi 3 mars 2018 à 11:48
Bisous
Marie
guillaume · le samedi 3 mars 2018 à 13:51
Philip (Jardin de Lune) · le samedi 3 mars 2018 à 17:21
Bonsoir, Rêveuse. Tout d'abord je suis sincèrement désolé que tu aies reçu un écho douloureux à mes vers. Je resterai donc sur la relative qualité que j'ai voulu donner à cette poésie, certes un peu sombre, qui est plus axé sur toutes les formes de folies dans nos rêves, dans nos actes parfois.
C'est ce qui m'a fait rajouter la citation finale.
Prends soin de toi, Rêveuse, et à très bientôt. Amitiés. Philip
Pour GUILLAUME :
Merci d'avoir aimé, et sans superlatifs s'il te plait, mes vers n'ont rien de prodigieux. J'ai simplement voulu donner plus de force dans le choix des mots. Ce qui fait que, d'ailleurs, il n'y a pas de quatrain qui se détache plus qu'un autre. Je dirais même que chaque quatrain a une vie autonome mais que l'ensemble, bien sûr forme un tout. Je ne manquerai pas de passer le bonjour aux ami(e)s.
Amitiés, Guillaume. Philip.
Debbie · le samedi 3 mars 2018 à 22:14
Bonne soirée
Amitié
Debbie
Susan (Coquelicot ) · le dimanche 4 mars 2018 à 07:38
Sans doute parce que nous avons traversé ces lieux dernièrement ,nous y avons évoqué mon grand - père qui était un poilu !
Et le dernier quatrain, m’a confortée dans ma pensée, enfin, c’est ce que j’ai ressenti en lisant ton poème très sombre, qui est ton style poétique !
J’aime beaucoup ce quatrain :
*Mais au creux de la nuit, la chair fait ses adieux
A l’immortel présage enfanté sans envie,
Comme surgit l’oracle aux contours oublieux,
Sans ciel et sans abîme ; c’est le vent qui s’ennuie.*
Bisous. Susan
http://www.mespoemes.net/susanchevalier
mariepaule · le dimanche 4 mars 2018 à 17:10
Un poème qui met le rêve d'une vie, dans la noircieur...
Et pourtant le rêve devrait toujous être dans la création d'une vie différente et plus joyeuse
Belle soiréé Philip
Bisous
Marie
Philip (Jardin de Lune) · le lundi 5 mars 2018 à 05:51
Pour toi aussi, ce poème évoque les tranchés sinistre de la Première Guerre Mondiale. Sans doute la photo en noir et blanc, d'ornières remplies de boue y contribue. Mais ce n'est pas ça du tout !
Les ornières sont évoquées ici de façon allégorique, pour désigner peut-être ces recoins de nos rêves nocturnes qui pourtant n'échappent pas aux réalités ainsi qu'en décide notre inconscient. Ce poème serait juste un constat psychanalytique "en vers" et de surcroît n'est pas un reflet personnel, à l'instar de mon tout dernier post de ce matin "Sampia".
Bisous. Philip
Pour MARIE :
Coucou, Marie.
En lisant le commentaire ci-dessus, tu verras que je n'ai juste décrit, en poésie, que l'une des faces des rêves - de façon "psychanalyso-poétique" (!!!) : celle des cauchemars, sans doute.
Belle semaine à toi. Bisous. Philip.
Isabelle · le mercredi 7 mars 2018 à 12:08
C'est vrai que la photo trouble un peu, mais on ressent dans ton poème qu'il y a autre chose dans ta pensée!
J'aime ce passage, il est profond et émouvant!
*J’avais rêvé la vie, ses chemins incertains,
Comme un marin attend que l’augure s’affole
Sous le fracas béant qui, au bout des lointains,
Sait confondre en rêvant la dernière boussole.*
Merci de ce beau partage!
Belle journée
Amitiés
Isabelle :-)
Philip (Jardin de Lune) · le jeudi 8 mars 2018 à 04:55
Bonjour Isabelle.
Oui, tout à fait ! Si tu as lu plus haut mon explication de texte, ce sont d'abord les mots du titre "ornières de la nuit" qui sont arrivés à mon esprit. Sans idée précise de ce que j'allais écrire. Puis je me suis laissé entrainé en écriture presque automatique sur une piste vaguement psychanalytique qui s'est transformée en vers assez sympa - comme le quatrain que tu cites - par cette magie, toujours renouvelée qu'est la poésie.
Belle journée à toi. Philip
debbie · le jeudi 8 mars 2018 à 14:53
Belle journée à toi
Amitié poétique
Debbie
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