La dame dans le salon du docteur Freud

Paraître ou s’effacer dans la noirceur des lieux,
Qu’une droite ordonnance imposait le maintien ?
Et cacher sa folie sous les regards curieux.
Elle n’a pas d’autre choix qu’un soupir parnassien.
Son cerveau clair-obscur s’en va jouer la farce
De Vienne et sa rumeur, aux folles valses lentes
Comme un sourd tourbillon, elle en garde la trace.
Ses regards sont de glace et ses humeurs présentes.
Renaître ou pardonner sous des cieux insoucieux,
Et se figer, fragile, en consumant sa vie,
Attendre en oublieuse, un lendemain peureux,
En jouant l’invisible où se terre l’envie.
Et l’image s’efface et n’est plus qu’une ébauche
Où l’on devine encor les restes carnassiers
D’une fausse mondaine. Et soudain le temps fauche
Illusions et espoirs, sous des masques grossiers.
Illustration : peinture Philip
Qu’une droite ordonnance imposait le maintien ?
Et cacher sa folie sous les regards curieux.
Elle n’a pas d’autre choix qu’un soupir parnassien.
Son cerveau clair-obscur s’en va jouer la farce
De Vienne et sa rumeur, aux folles valses lentes
Comme un sourd tourbillon, elle en garde la trace.
Ses regards sont de glace et ses humeurs présentes.
Renaître ou pardonner sous des cieux insoucieux,
Et se figer, fragile, en consumant sa vie,
Attendre en oublieuse, un lendemain peureux,
En jouant l’invisible où se terre l’envie.
Et l’image s’efface et n’est plus qu’une ébauche
Où l’on devine encor les restes carnassiers
D’une fausse mondaine. Et soudain le temps fauche
Illusions et espoirs, sous des masques grossiers.
Illustration : peinture Philip
19 commentaires
Philip (Jardin de Lune) · le mardi 19 février 2019 à 09:32
Ici c'est le contraire. C'est une de mes toiles (que je n'aime pas trop d'ailleurs, car sans relief) qui m'a inspiré le poème. C'est cette austérité, avec le manque de relief qui m'a donné l'idée de faire de cette femme du portrait, une imaginaire patiente de Freud. Pour avoir visité le cabinet de Freud, à Vienne, en Autriche, je peux vous dire que l'on pouvait s'attendre à rencontrer ce genre de personnage, dans la salle d'attente de son cabinet. Ca a donné ce petit poème. Amitié à tous et à toutes. Philip.
La Mouche Nounouche · le mardi 19 février 2019 à 09:49
En plus tes mots "renaître ou pardonner" étaient alors au coeur de mon imbroglio et de mes questionnements. Tu comprends que ce texte a un écho inattendu chez moi et j'ai une pensée pour ce vieux toubib ex malade alcoolique lui-même que j'avais eu la chance de croiser et qui m'a sûrement aidé à renouer plus tard avec une vie plus saine grace à des petits cailloux qu'il a du semer dans ma tête pour que je retrouve le chemin de la raison. Merci beaucoup Philip car sans le savoir tu m'as ré-ouvert une porte sur mes souvenirs oubliés. Amitiés Yves
debbie · le mardi 19 février 2019 à 09:57
Je te souhaite une très belle journée Philip
Avec ma sincère Amitié
Debbie
joeydu30210 · le mardi 19 février 2019 à 10:47
scorpionne · le mardi 19 février 2019 à 11:13
Tes vers et ton tableau se marient harmonieusement. Ton poème prend aux tripes, il me parle au plus profond de moi.
Passe un agréable mardi, bien cher Philip.
Très amicalement,
Jocelyne
Rêveuse · le mardi 19 février 2019 à 11:46
Pour toutes sortes de raison, Freud "ce père de la psychanalyse"
reste un pionnier, un personnage fascinant qui a su mettre à jour l'inconscient et changer la donne!
De plus, la salle d'attente d'un psychanalyste est une sorte de SAS de décompression entre les turbulences du monde extérieur , en l'occurrence Vienne et les turbulences du "moi intérieur" livré à la maladie mentale, aux angoisses!
Pour toutes ces raisons, j'ai apprécié cet écrit très original !
Merci à toi avec mes meilleures amitiés, belle journée!
Philip (Jardin de Lune) · le mardi 19 février 2019 à 13:19
Voilà un élément intéressant des ressentis parfois divers (parfois ils sont presque unanimes aussi) des ami(e)s à la lecture d'un poème dont le lecteur n'a pas toujours les clés.
Voyons cela….
Pour DEBBIE :
Ma réponse servira un peu d'explication au contexte de l'élaboration de ce poème.
Dans certains de mes poèmes où je parle d'autres personnes (en principe célèbres), il arrive que l'esprit du lecteur s'échappe de lui-même du contexte poétique.
Alors, quand je parais être dans la peau d'une personne célèbre (Van Gogh, Baudelaire…) le lecteur est en terrain familier (car il connait à peu près la personne dont je parle. Ce fut le cas pour le récent poème sur Van Gogh) et peut-être que les lecteurs se pensent en même temps "ah on retrouve un peu de la sensibilité de l’auteur, quand même".
Mais là, avec cette femme austère, inconnue que j'ai imaginée (mon tableau est un portrait profil très froid !!!!) pouvant très bien être une femme de la bourgeoisie autrichienne sujet à des problèmes psychologiques (on consultait rarement les psychanalystes, à l'époque, il est évident qu'il était peu probable d’avoir une parcelle de mon tempérament plutôt chaleureux !
En fait, de l'idée de faire poème sur un autre tableau (dont j'avais écrit quelques vers après mon poème sur Van Gogh), je ne savais pas comment m'en sortir et le terminer.
Alors, je me suis dit : "allez, il faut terminer ça et passer à autre chose".
Quant au tableau, c'est de mes peintures, celle que j'aime le moins (pas joyeuse ni romantique).
Alors j'ai réglé son sort d'un coup : en finir avec l'idée du et en finir avec un poème qui allait être très froid et sombre.
Amitiés et bisous. Philip
Pour YVES (la Mouche) :
Ton approche interprétative ne pouvait qu'être différente.
Certains mots, et certaines ambiances suggérées ne pouvaient que t'évoquer, à quelque analogie près, de ton passé.
Tiens, tout en écrivant, cela me fait penser au célèbre tableau de Munch, le cri, dont j'ai vu un des exemplaires à Amsterdam. Un choc total !
Il est des lieux et des images qui imprime comme des évidences et traduise une sorte d'indicible.
J'ai visité le cabinet de Freud à Vienne.
Lugubre ! Le passionné de psychanalyse que je fus et qui connait à peu près la biographie de Freud n'a pas été étonné.
Ce qui est intéressant, c'est que j'ai bâti ce poème pour illustrer le portrait peint. J'ai de nombreuses photos prises du cabinet de Freud. Le décor ne vous aurait pas surpris !
Amitiés, cher Yves. Philip
Philip (Jardin de Lune) · le mardi 19 février 2019 à 13:31
Pour JOEY :
Hello, Joey, ta visite chez moi me fait bien plaisir. Mais pour un poème qui n'a ni les couleurs, ni les odeurs de ta garrigue !
Oui, ce tableau que j'ai peint comme un grand (ce n'est pas une copie) a une tout petit petit peu de Renoir (dans les couleurs sans doute). La comparaison s'arrête là !
Quand à ce bon Dr Freud, son cabinet lui ressemblait. Ce n'était pas un joyeux. Un Van Gogh a pourtant été jusqu'à Arles et ta Provence.
Non, laissons le fantôme de Freud dans Vienne, il n'a rien à faire près du Moulin de Daudet.
Amitiés, Joey. Philip
Pour REVEUSE :
Bonjour, chère Rêveuse.
Approche plus ….clinique du poème, chez toi. Il est vrai que - et pour une fois, je ne pense pas que mon poème soit le fruit de….l'inconscient (sourire !) - l'aspect narratif et descriptif de mes vers peuvent se regarder sous un angle plus psychanalytique. Mais c'est juste un poème. Alors restons-en là (re-sourire). Amitiés, Philip.
Pour JOCELYNE :
Ah, voici l'émotionnel poétique qui ta percuté, alors !
Le personnage imaginaire de mon poème n'est pas vraiment défini, en fait. C'est sans doute une femme tourmentée de la bourgeoisie viennoise du début du XXème siècle.
Enfin, c'est comme ça que je vois à peu près les choses.
Amitiés et belle journée à toi, Jocelyne. Philip.
Rêveuse · le mardi 19 février 2019 à 15:10
c'est juste de mes connaissances et de mon expérience que je voulais parler , sois en sûr et en aucun cas de toi en tant que personne, ni penser que c'est "ton inconscient" qui était en cause....sourires!
c'est quand même ce qui fut la grande découverte de Freud et qui a influencé la psychologie après lui
Et ce que tu dis de cette salle d'attente que tu as vue, lugubre m'a fait penser à cela en toute amitié et sans interprétation aucune
belle fin de journée et merci de nous offrir matière à réflexions bien sûr d'ordre personnelles
Philip (Jardin de Lune) · le mercredi 20 février 2019 à 07:16
Re-bonjour, Rêveuse,
Ne t'inquiète pas, ce n'était pas la peine de revenir prendre le temps de préciser ta pensée. J'avais bien compris. C'est gentil.
Oui, même si les points de vue sur la psychanalyse ont évolué de nos jours, Freud a ouvert une voie importante sur les mécanismes de l'inconscient et de ses origines et tout ce qui en découle.
Mais mon poème n'était pas une spéculation d'ordre clinique. C'était juste comment utiliser l'image du portrait pour en faire un poème.
Et je me suis dit : que vais-je faire de cette dame au portrait ? Qui est-elle ? Quel semblant de personnalité vais-je lui donner ?
Et l'aspect austère de son visage peint (et là, il n'y avait pas d'inconscient dans ma peinture, juste, je suis un peintre très très moyen) m'a donnée l'idée d'en faire une patiente du Dr Freud. Les souvenirs de son cabinet à Vienne m'ont confirmé que ça convenait très bien au poème.
Amitiés et belle journée, Rêveuse.
Philip.
Susan* Coquelicot * · le mercredi 20 février 2019 à 08:32
Cette femme a effectivement un visage triste et sévère …
Je pense que le personnage n’est pas vraiment austère, elle est habillée en rouge et bleu…
L’austérité aurait voulu que ses vêtements soient de couleurs sombres !
Tes vers évoquent très bien cette femme austère et fragile …
Mais j’ai préféré laissé aller mon imagination, plutôt que de penser qu’elle est une patiente de Freud !
Bisous.
Susan
Philip (Jardin de Lune) · le jeudi 21 février 2019 à 06:38
Bon, il est vrai que le profil peint de cette femme n'est pas particulièrement celui d'une femme joyeuse.
C'est dû au fait que je suis moins bon peintre - quand je ne fais pas un travail de copiste - que poète, sans doute (sourire !). Quant aux couleurs, c'était ici encore, ma manie de faire "à la manière de", et j'y avais mis des couleurs un peu comme Renoir. Mais il me manquait le talent bien sûr. Bon, c'était juste pour mon propre plaisir.
Et donc, comme je l'ai longuement expliqué, dans tous mes commentaires, c'est le poème qui s'est calqué sur le portrait et u trait d'imagination m'a fait imaginer cette femme chez le Dr Freud !
Bisous. Philip.
shine007 · le dimanche 24 février 2019 à 16:31
En aucun cas j'aurai laissé passer cette occasion de lire un poème relatif a freud....
Le tableau nous emportent dans notre imagination et se mettre dans la peau de la dame au chapeau qui attendait son tour ..
Un beau tableau pour un beau poeme ...
Bien le salut a toi petit frère
Philip (Jardin de Lune) · le mardi 26 février 2019 à 13:41
Oh tu sais, Freud n'est qu'en filigrane dans ce poème. Mais il peut-être intéressant de réfléchir au symbole psychanalytique de ce chapeau que porte la dame : protection ? Cacher son visage ? Porter des responsabilités ? On pourrait en discuter, bien sûr.
Ce qui parait plus cool, c'est que le tableau est somme toute assez coloré même si il n'y a pas de relief (autre sens psychanalytique, bien sûr !!!! En fait quand on parle psychanalyse on n'échange pas trop sur les symboles.
Et, sur un plan humain, on a toujours trouvé ce cher Dr Freud un peu lugubre. Et il l'était, comme tu le sais.
Hhhhh ! Merci à la spécialiste que tu es d'avoir eu les zeuils attirés par ce poème et cette dame.
Pensées à toi, petite sœur. Take care.
Philip
micheline1940 · le mardi 26 février 2019 à 13:58
Dans votre texte j'ai positivement adoré:
" Et l’image s’efface et n’est plus qu’une ébauche (très Baudelairien !)
Où l’on devine encor les restes carnassiers
D’une fausse mondaine. Et soudain le temps fauche
Illusions et espoirs, sous des masques grossiers. "
Et du peu que je puisse en voir, vous travaillez en impressionniste votre jolie palette ! Bravo à l'Artiste !
Pardonnez-moi, ami, d'avoir seulement aujourd'hui répondu à votre commentaire sur mon dernier envoi. Vous en saurez la raison en me lisant.
Avec toujours ma bien vive et fidèle amitié,
Micheline.
Philip (Jardin de Lune) · le mercredi 27 février 2019 à 06:24
Bonjour Micheline, ah vous évoquez une époque que ni vous ni moi n'avons connue. Soigner ces désordres de l'esprit n'en était qu'à d'empiriques balbutiements sans doute. Et puis, l'on ne savait pas tout sur ces choses.
Mais aujourd'hui, les petites pilules roses ou jaunes soignent-elles mieux les esprits que rongent trop souvent une civilisation où tout va si vite, trop vite que le cerveau n'a plus le temps d'analyser et de comprendre ?
Pour ce qui est des vers que vous avez adoré, oui, sans doute, il y a une petite touche baudelairienne. Vous me voyez sincèrement ravi de ce compliment.
Avec toutes ma fidèle amitié. Prenez soin de vous, chère Micheline. Philip.
cristalle · le mercredi 13 mars 2019 à 00:28
aimé beaucoup ton poème, c'est une très bonne idée d'avoir utiliser un de tes tableau qui te paraît "être sans relief" et d'en avoir fait une superbe poésie en osmose avec le personnage particulièrement austère avec autant de talent ,en la mettant dans la salle d'attente du dr Freud,un vrai "cabinet noir"cette femme semble porter un énorme poids dont on espère qu'elle pourra au moins se libérer auprès du père de la psychanalyse,à l'époque encore balbutiante,je lui trouve un visage un peu masculin,ce fut un bonne occasion de créer quelque chose de b
cristalle · le mercredi 13 mars 2019 à 00:36
Écrire un beau texte à partir de de quelque chose qui à priori n'inspire pas vraiment,c est difficile,donc merci pour le partage et l'agréable moment.
Bonne nuit
Amities sincères
Martine
Philip (Jardin de Lune) · le mercredi 13 mars 2019 à 07:07
Bonjour, Martine.
Merci d'avoir trouvé une originalité dans ce poème. Là, ma démarche était inverse. Je voulais utiliser une fois pour toute ce tableau peint que je n'aime vraiment pas (aucun talent !), si ce n'est peut-être quelques couleurs vaguement "Renoir".
Alors pour …"exorciser" ce rejet de mon tableau (qui pourtant est dans un couloir) j'ai décidé d'en faire le point de départ d'un poème. La suite, tu la connais et tu as tout compris : l'austérité du personnage (imaginaire) convenait très bien à mes yeux à une patiente s'aventurant (on était dans les débuts du siècle précédent) chez le Dr Freud.
Amitiés sincères et belle journée à toi. Philip.
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