EYLAU (dédicace à PlumedeFou) - repost

LA BATAILLE D’EYLAU
(Récit imagé de la bataille d'Eylau, 8 février 1807)
Respect au grand Victor Hugo
Dans l’exil insoumis où dorment les colosses,
Embaumés et lointains comme aux soirs ennuyés
Meurent les jours promis aux appétits féroces
De ces flots incertains aux soupirs agacés.
Dans l’effroi écumant des blafardes campagnes,
Le canon immobile affronte le silence
Qui traîne en s’abîmant, sa sinistre compagne
Amaigrie et fragile au cœur sans pertinence.
Dans leurs linceuls dorés aux blondeurs tibérines
Les pâles fantassins dorment d’un songe étrange
Aux tourments maniérés de leurs nuits purpurines,
Quand les fiers assassins s’enlisent dans la fange.
Au tumulte précoce où s’endort, souverain,
Un empire grandiose au cardinal orgueil,
Répond une âme atroce au très amer dédain
Qui fléchit et qui ose un pitoyable deuil
Quand la fournaise blême à l’indicible jour
Egaré, gémissant, accuse les bannis
D’un méprisant blasphème au rythme des tambours
L’empereur vieillissant sonde les Infinis.
Dans son hasard hautain, il oublie la mitraille,
Le canon qui réclame un tombereau de chair,
Les obus abradants, émondant les murailles
Pour que le cœur entame un indécent éclair.
Quand, aux portes d’Eylau, en gueux pestiféré,
La soldatesque aboie au milieu des cosaques
S’effondre le drapeau de l’honneur enterré,
Qui meurt et s’apitoie d’un mystérieux cloaque.
Sur mon vieux galetas, témoin de ma misère,
Je me revois, hurlant, appelant la victoire
Rêvant de Magenta sous mes vaines prières,
Mais, lentement, pleurant mon pauvre désespoir
En plongeant dans l'enfer j’ai vu les feux sanglants
Que triste couronnade avait anticipé
En ignorant le crime absurde et aveuglant
Pour que la canonnade emporte nos péchés.
…………………………………………………………….
Depuis Eylau, l'Empereur adressera une lettre à l'Impératrice Joséphine :
"Mon amie, je suis toujours à Eylau. Ce pays est couvert de morts et de blessés. Ce n'est pas la plus belle partie de la guerre ; l'on souffre, et l'âme est oppressée de voir tant de victimes. Je me porte bien. J'ai fait ce que je voulais, et j'ai repoussé l'ennemi, en faisant échouer ses projets. Tu dois être inquiète, et cette pensée m'afflige. Toutefois, tranquillise-toi, mon amie, et sois gaie. Tout à toi".
(Récit imagé de la bataille d'Eylau, 8 février 1807)
Respect au grand Victor Hugo
Dans l’exil insoumis où dorment les colosses,
Embaumés et lointains comme aux soirs ennuyés
Meurent les jours promis aux appétits féroces
De ces flots incertains aux soupirs agacés.
Dans l’effroi écumant des blafardes campagnes,
Le canon immobile affronte le silence
Qui traîne en s’abîmant, sa sinistre compagne
Amaigrie et fragile au cœur sans pertinence.
Dans leurs linceuls dorés aux blondeurs tibérines
Les pâles fantassins dorment d’un songe étrange
Aux tourments maniérés de leurs nuits purpurines,
Quand les fiers assassins s’enlisent dans la fange.
Au tumulte précoce où s’endort, souverain,
Un empire grandiose au cardinal orgueil,
Répond une âme atroce au très amer dédain
Qui fléchit et qui ose un pitoyable deuil
Quand la fournaise blême à l’indicible jour
Egaré, gémissant, accuse les bannis
D’un méprisant blasphème au rythme des tambours
L’empereur vieillissant sonde les Infinis.
Dans son hasard hautain, il oublie la mitraille,
Le canon qui réclame un tombereau de chair,
Les obus abradants, émondant les murailles
Pour que le cœur entame un indécent éclair.
Quand, aux portes d’Eylau, en gueux pestiféré,
La soldatesque aboie au milieu des cosaques
S’effondre le drapeau de l’honneur enterré,
Qui meurt et s’apitoie d’un mystérieux cloaque.
Sur mon vieux galetas, témoin de ma misère,
Je me revois, hurlant, appelant la victoire
Rêvant de Magenta sous mes vaines prières,
Mais, lentement, pleurant mon pauvre désespoir
En plongeant dans l'enfer j’ai vu les feux sanglants
Que triste couronnade avait anticipé
En ignorant le crime absurde et aveuglant
Pour que la canonnade emporte nos péchés.
…………………………………………………………….
Depuis Eylau, l'Empereur adressera une lettre à l'Impératrice Joséphine :
"Mon amie, je suis toujours à Eylau. Ce pays est couvert de morts et de blessés. Ce n'est pas la plus belle partie de la guerre ; l'on souffre, et l'âme est oppressée de voir tant de victimes. Je me porte bien. J'ai fait ce que je voulais, et j'ai repoussé l'ennemi, en faisant échouer ses projets. Tu dois être inquiète, et cette pensée m'afflige. Toutefois, tranquillise-toi, mon amie, et sois gaie. Tout à toi".
9 commentaires
Philip (Jardin de Lune) · le lundi 9 septembre 2019 à 11:53
Ici, j'avais à ma manière, "imaginé" une autre version poétisée de la Bataille d'Eylau. Le grand Victor Hugo avait laissé de son empreinte, le récité de cette bataille, dont le style de ce génie littéraire m'avait impressionné.
Amitié à toutes et à tous. Philip.
mariepaule · le lundi 9 septembre 2019 à 13:21
J'aime tous tes quatrains, même si la mort des hommes est présente "vu la guerre",..
Tes vers sont très prenants et nous plongent dans la peur car on ressent fortement la souffrance et la rudesse de cette guerre.
Ce quatrain est lancinant du moins pour moi "Dans l’effroi écumant des blafardes campagnes,
Le canon immobile affronte le silence
Qui traîne en s’abîmant, sa sinistre compagne
Amaigrie et fragile au cœur sans pertinence."
Heureusement que ces machines de mort ne sont pas intelligentes;..Quoique Philip des robots sont construits et ces machines là, sont presque humaines...
Gros bisous
OM
Marie
Philip (Jardin de Lune) · le lundi 9 septembre 2019 à 14:23
Bien sûr, les poèmes descriptifs de ces folies de l'Homme - la guerre - appellent tant l'émotion, que l'effroi.
Le but était surtout, quand je l'ai écrit, de rebondir en écho, sur le cri de Prévert (repris par Eluard) : "quelle connerie la guerre".
Mais là, à la faveur de cet exercice de style, c'était aussi un hommage au génie littéraire de Victor Hugo.
Pour humbles que soient mes vers, mon admiration pour Hugo y est bien présente.
Gros bisous. Philip
Rachelle,guillaume · le lundi 9 septembre 2019 à 18:43
José · le lundi 9 septembre 2019 à 20:04
Très beau texte qui n'a pris aucune ride.
Amitiés
debbie · le lundi 9 septembre 2019 à 20:32
Belle soirée
Amitiés
Debbie
Philip (Jardin de Lune) · le mardi 10 septembre 2019 à 07:22
Merci, cher José, d'être, de nouveau, passé me lire. Ton point de vue est pertinent. La vision de l'Histoire, contemporaine ou non se réduit hélas à, quand on connait la personnalité des "grands" (vraiment ??) hommes à la démesure de leur égo. C'est ainsi que se décline bien trop souvent le Pouvoir. Mais à la clé, pour asseoir ce Pouvoir, se prendre pour des Césars adulés, la guerre devient pour eux ce qui justifie le moyen.
Quant à mon texte, malgré la satisfaction que j'ai eu à l'écrire; est-il vraiment si personnel, dès lors où j'ai "louché" sur le style hugolien en me contentant de ce qui ne peut être qu'une pâle imitation.
Mais merci infiniment. Amitiés. Philip
Pour DEBBIE :
Coucou Debbie. Je conçois que l'atmosphère du poème n'appelle pas à la sérénité de l'esprit. C'est juste une petite tranche d'un Histoire, d'un enfer, comme tant d'enfers furent les guerres. Qu'importe le vainqueur, l'Honneur, la barbarie plane toujours dans le cœur de l'Homme, pas seulement le dictateur.
Belle journée à toi. Amitiés. Philip.
Pour GUILLAUME :
Bonjour mon ami.
Bien sûr, il est évident que je suis de ceux qui abhorrent la guerre. Et je ne lis jamais les récits qui en parlent. Mais, admiration hugolienne prenant le pas, je décidais un jour d'écrire sur la bataille d'Eylau. Je l'avais fais également sur celle de Gettysburg, pendant la Civil War (Guerre de Sécession) américaine. Alors, réalisme oblige, il me fallait m'immerger et immerger les ami(e)s lecteurs dans l'action, si barbare fut elle.
Pour ce qui est de Woodstock, je pourrais t'en parler pendant des heures, et de faire l'exégèse de l'évènement de sa conception jusqu'aux dernières lueurs de l'aube où Jimi Hendrix, devant une poignée de hippies crottés et fatigués (le "beautiful people") il déchirait l'air de son Hymne National torturé à la guitare….pour, sans doute, dire que l'excès de patriotisme, le Viet Nam était aussi une stupide et abominable barbarie. Tout se rejoint tu vois. Amitiés sincères. Philip.
Susan* Coquelicot * · le mardi 10 septembre 2019 à 15:40
Finalement et malheureusement ton poème est toujours d’actualité …
L’enfer était présent à cette époque, nos parents ont connu ces atrocités et d’autres aujourd’hui les subissent encore !
Merci du beau partage poétique. Un témoignage réussi !
Gros bisous.
Susan
Philip (Jardin de Lune) · le mardi 10 septembre 2019 à 16:20
La poésie est hélas pleine de témoignages des guerres. Et la plupart, issus de témoignages vécus.
Je n'ai fait que fermer les yeux et imaginer le bruit de la canonnade et les cris des malheureux.
Plus tard, ce fut le vrombissement aigü, annonciateur de mort des Stukas et des Messershmitt, puis sous d'autre lieu, l'odeur du napalm et la ronde des hélicoptères. Et partout l'affreux spectacle de l'Humanité, la haine devenant comme une habitude.
Bisous. Philip
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