LE PAYS QUI N'EXISTE PAS

"I've seen many shores
I hug the land, but nothing more"
(J'ai vu tant de rivages,
J'ai étreint leur sol, mais rien de plus)
Morrissey
-----
Je vous écris d’un pays
Qui a oublié son nom,
A la croisée d’abbayes
Où s’efface le pardon
Et se meurent les soleils
Trop fatigués pour souffrir
Quand l’aube n’a plus sommeil
Et ne sait plus revenir
------
Je vous écrit de ce pays
Aux lézardes silencieuses,
Qui confond tous ses jours haïs
Avec les rumeurs furieuses
Surgies soudain des jours si longs,
Des chants barbares, cahotant
Du feu gravé sur nos fronts
Qui s’effare en tremblotant
------
C’est un pays qui me ressemble,
Où l’implacable verticale
Accroche sa loi, et je tremble
Quand, las, mon souffle enfin s’étale
Sur les rivages turbulents
De ces fleuves impossibles
Où se fracassent les grands vents
Sous les colonnes impassibles
------
Ô mon âme, espère encor
Je vais vers cet Ailleurs,
Sans nom ni horizon !
Illustration : photo Philip (Miami à l’aube)
Illustration musicale :
https://www.youtube.com/watch?v=mibfRl_TTHw
(Morrissey - Home Is a Question Mark )
I hug the land, but nothing more"
(J'ai vu tant de rivages,
J'ai étreint leur sol, mais rien de plus)
Morrissey
-----
Je vous écris d’un pays
Qui a oublié son nom,
A la croisée d’abbayes
Où s’efface le pardon
Et se meurent les soleils
Trop fatigués pour souffrir
Quand l’aube n’a plus sommeil
Et ne sait plus revenir
------
Je vous écrit de ce pays
Aux lézardes silencieuses,
Qui confond tous ses jours haïs
Avec les rumeurs furieuses
Surgies soudain des jours si longs,
Des chants barbares, cahotant
Du feu gravé sur nos fronts
Qui s’effare en tremblotant
------
C’est un pays qui me ressemble,
Où l’implacable verticale
Accroche sa loi, et je tremble
Quand, las, mon souffle enfin s’étale
Sur les rivages turbulents
De ces fleuves impossibles
Où se fracassent les grands vents
Sous les colonnes impassibles
------
Ô mon âme, espère encor
Je vais vers cet Ailleurs,
Sans nom ni horizon !
Illustration : photo Philip (Miami à l’aube)
Illustration musicale :
https://www.youtube.com/watch?v=mibfRl_TTHw
(Morrissey - Home Is a Question Mark )
11 commentaires
Philip (Jardin de Lune) · le mardi 16 février 2021 à 15:11
Mais je tenais à imprimer les mots forts du narrateur imaginaire : "Je vous écrit d'un pays" puis "Je vous écrit de CE pays". Je me trouvais ainsi tributaire de la rythmique des vers.
Eh bien il ne me reste plus qu'à souhaiter que ces quelques verts ne soient pas trop désagréables à lire.
Amitiés à tous et à toutes.
Philip
mariepaule · le mardi 16 février 2021 à 16:42
les deux premiers quatrains sont neutres, car tu es dans un endroit que tu ne connais pas.
Cherches tu à ce moment là, une autre façon de vivre...
Puis tu retombes dans la douleur, la souffrance du monde actuel...
Pour le tercet final, tu respars à la recherche d'un endroit, qui irait plus à ta façon de consevoir la vie.
Les vers sont forts et pour l'intérieur du poème violent de souffrance.
Un grand bonheur de t'avoir lu...
Om Phliop
Bisous
Marie
debbie · le mardi 16 février 2021 à 18:26
Belle soirée à toi
Bisous avec ma tendre amitié
Debbie
nisti · le mercredi 17 février 2021 à 00:41
Il y a à peine 2 minutes j'étais sur la page de Loïc (que devient-il d'ailleurs ?) à lire certaines de ces pièces, quand je me suis dit "tant qu'à faire, autant repasser du côté de chez Philippe". C'est donc avec joie que je vois que tu as posté à nouveau - joie d'autant plus forte que je ne m'y attendais pas hehe.
Déjà, rassure toi, ton souhait est exaucé : c'est très agréable à lire. De toutes façons les changements dans la forme ne m'ont jamais dérangé (et le contraire aurait été malvenu vu ce que j'ai toujours écrit).
J'aime beaucoup le second quatrain, avec cette douloureuse humanisation du Soleil, qui fait démarrer le poème sur une note un peu sombre que j'apprécie beaucoup. Le reste est cohérent avec le début et forme un poème très joli mais assez triste dans le fond - reflet de l'état d'âme du narrateur j'imagine.
Bref, encore une fois un très beau texte.
Content de pouvoir continuer à te lire !
Mes amitiés
Philip (Jardin de Lune) · le mercredi 17 février 2021 à 09:10
Salut Nisti.
Tout d'abord, je te prie de m'excuser de n'avoir pas répondu a tes commentaires sur mes précédents poèmes. Je suis resté de nombreuses semaines si occupées que non seulement je ne passais pas sur le site, mais ne prenait pas le temps de répondre.
Pour ce qui est de ton dernier com' :
Pour ce qui est de la forme, il est vrai que ce qui prime est le plaisir de la liberté totale d'écrire. Rester à jamais - même si j'aime bien - dans les canons de la poésie classique, avec ses règles, peut nuire à ce plaisir et à cette liberté.
Ceci étant dit, c'est le fond qui m'importait dans ce poème. Mais quand tu dis "c'est le reflet de l'état d'âme du narrateur", ce narrateur est imaginaire, ce n'est pas mon propre état d'âme.
Mais tu le sais, je suis meilleur dans l'écriture romantique un peu sombre.
Pourtant, sur un plan philosophique, je suis beaucoup fan des philosophies optimistes. Bon, allez, je dirai de façon un peu "savante", pardon d'avance, que dans ce poème, on est plutôt dans une philosophie de la déconstruction, rompant l'image du salut divin, et laissant l'homme maîtriser son destin qu'il soit sur la bonne voie ou non.
Ce qui m'a inspiré ce poème ? C'est l'écoute des premiers mots de la chanson de Morissey, dont j'ai mis le lien musical J'ai vu tant de rivages,
J'ai étreint leur sol, mais rien de plus"
La quête, le rêve du pays imaginaire c'est peut être celui d'un monde différent.
En poésie, je paraphrase souvent les paroles de Bazin dans le générique du film de Bazin, remplaçant "cinéma" par "poésie" : "la poésie substitue à notre regard l'image d'un monde qui s'accorde à nos désirs".
Merci de ta fidélité à me lire, Nisti.
Prends soin de toi. Je vais allez te lire. C'est Brett ton pseudo ?
Amitiés. Philip
Philip (Jardin de Lune) · le mercredi 17 février 2021 à 09:18
Coucou Marie.
Coucou Marie. Ton analyse est parfaite quant à la progression de mon petit écrit et son ..."séquençage" (Désolé, le mot n'est pas poétique). Bien vu !
Bien sûr, JE ne tombe pas dans la douleur, JE ne suis pas dans la souffrance....
Tout ça est dans les sentiments que je fais exprimer au narrateur imaginaire du poème.
Tu liras ci-dessus l'explication un peu "philosophique" que j'en donne à Nisti.
Mais, en relisant ton commentaire, tu as sans toute raison en disant :
"tu repars à la recherche d'un endroit, qui irait plus à ta façon de concevoir la vie".
Je, nous sommes obligés de vivre dans le monde tel qu'il est, avec en plus de ça les jours sombres que nous vivons tous, et je dirai, qu'en ce moment, il n'y a pas de rivage accueillant. Même mes chères Amériques sont mal en point.
Mon poème est peut-être une métaphore de la place de l'humain dans un monde qi pourrait être si beau.
Gros bisous, chère Marie, et prends bien soin de toi.
Philip.
Philip (Jardin de Lune) · le mercredi 17 février 2021 à 09:27
Merci d'être passée, chère Debbie.
J'espère pouvoir être plus présent sur le site.
Pour toi également, la vision et le ressenti que tu as de mon poème est assez juste.
C'est un peu comme si le poète, avec son idéalisme et sa conception du Beau comme un Absolu ou un Eden à atteindre, ne trouve plus sa place dans notre monde.
Comme s'il avait le sentiment d'être "apatride"
Ai-je revisité, mieux, explicité ces mots merveilleux de Baudelaire, dans son poème en prose du Spleen de Paris, "l'étranger" :
"-Qu'aime tu le mieux, homme énigmatique ?(...) Ta Patrie ?
- J'ignore sous quelle latitude est elle situé !"
C'est peut-être ça, le pays qui n'a pas de nom ? Quête d'un impossible idéal.
Avec toute mon amitié, gros bisous, chère Debbie.
Philip
worrell02 · le mercredi 17 février 2021 à 17:25
Bon retour au pays de Mespoemes.
Home is where the heart is.
Au plaisir.
Bisous. Ivy
nisti · le mercredi 17 février 2021 à 22:41
Pour ce qui est du romantisme et du caractère sombre de tes poèmes, je dois avouer que c'est ce qui me plaît le plus (avec tes pièces plus oniriques, aussi, qui me transportent à chaque fois), et encore une fois je pense que c'est lié à ce que j'écris aussi : les ténèbres, l'obscurité, ou encore cette simple touche de noirceur qui vient ternir un tableau... Mais mieux vaut écrire la souffrance et sentir "en vrai", pleinement, le bonheur, plutôt que l'inverse.
Ah et, oui, mon pseudo c'est Brett, effectivement (je devrai sûrement le changer quand je laisse des commentaires d'ailleurs)
Philip (Jardin de Lune) · le jeudi 18 février 2021 à 14:06
Hello Ivy. Yeah, you're right : Home is were the heart is.
Kissous. Philip
Philip (Jardin de Lune) · le jeudi 18 février 2021 à 14:11
Salut again, Nisti !
Je ne sais pourquoi l'écriture "sombre" (en apparence) parait plus facile (c'est mon cas et ton cas) à certains. Je t'avoue bien franchement que la vraie difficulté serait pour moi d'écrire des poésie joyeuse parlant des fleurs et des petits oiseaux.
Pour ma part, je sais que j'ai trop lu Baudelaire, Lovecraft et quelques autres et ça a fait "tilt" : ah, je vais écrire sombre, ça crée un "climat". Mais rassurons-nous, la vraie vie sait être belle ! (euh, sans le virus).
Amitiés. Philip
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