Le testament d'Azathoth (suite 4)

« Et encore, vous ne savez pas tout mon jeune ami ! », me déclara un jour Abbott Clearwater, sur un ton où je croyais déceler, peut-être me trompais-je, une sourde terreur.
Je ne sus comment j’abordais l’anecdote qui racontait qu’il existait à l’origine, une seconde chapelle qui faisait partie de l’emprise superficielle du couvent et qui, on ignorait pourquoi, avait cessé d’être consacrée. Il se disait que les mères supérieures qui se succédaient, interdisaient formellement aux novices de se recueillir dans ces lieux, et aucune messe n’y fut plus célébrée. Je crois me souvenir que la conversation était venue sur ce sujet lorsque je faisais remarquer au professeur que certains documents d’époque relatant l’incendie des Ursulines, précisaient que la deuxième chapelle, en brûlant, très rapidement d’ailleurs, dégageait des flammes étranges, musicales et d’une intense et anormale luminosité verdâtre qui s’ élevait très haut dans le ciel. Ces faits inhabituels avaient été consignés sur le procès-verbal établi par l’autorité locale. J’avais pu consulter ces rares pièces d’archives à la bibliothèque municipale de Charleston, et le conservateur m’avait demandé de prendre grand soin de ces documents. Je me souviens de mon inquiétude à restituer ce vieux rapport après l’avoir examiné, car je remarquais qu’un large morceau de page semblait avoir été volontairement arraché, celui-là même qui relatait l’étrange manifestation de ces flammes vertes, et je craignais que l’on ne m’en rende responsable. Mais il restait, accroché au manuscrit, un extrait du rapport qui précisait que des personnes présentes avaient cru entendre, simultanément à l’écroulement de l’ossature de la chapelle, un stupéfiant et sourd hululement, presque imperceptible du fait du fracas de l’incendie.
« Ah, oui ! L’incendie de la chapelle. Tous ces faits sont avérés.» me répondit Abbott.
Et, je m’en souviens encore, il me sortit un vieux dossier dans lequel s’entassaient toutes sortes de documents, souvent en piteux état et en apparence hétéroclites par leurs aspects.
« Tout est là, tout est là ! »
Il me fit la lecture d’un récit qui, selon ses dires, provenait du journal d’un certain docteur Mullington qui était un des rares voyageurs à avoir fait plusieurs expéditions dans le Grand Nord :
« Tard dans la nuit. L’incendie est à son paroxysme. Les habitants de Charleston sont massés, silencieux, devant ce qui, une heure auparavant était un paisible lieu de méditation et n’est maintenant qu’un immense brasier. Une lueur, vaste comme une aurore, domine les hauteurs de la ville. Cependant, quelque chose d’étrange et d’incongru est survenu. Là où se trouvait la petite chapelle abandonnée, les restes de l’édifice ne se consumaient pas normalement. Pour avoir pénétré dans les contrées les plus septentrionales du globe, j’ai cru reconnaître un phénomène lumineux qui s’apparente à ce que les savants appellent des aurores boréales. Il est impossible que de telles manifestations se produisent sous nos latitudes. De toute façon, ce sont des flammes bien rouges et de la fumée qui auraient dû se manifester comme dans les autres endroits où l’incendie faisait rage ».
J’étais fortement intrigué, d’autant plus que le Pr Cleawater passait pour un chercheur extrêmement rigoureux, ne faisait jamais une affirmation à la légère, ne présentait jamais un quelconque témoignage sans être sûr de ses sources. C’était un homme à la rigueur épistémologique poussé à l’extrême.
Je me souviens lui avoir brutalement posé la question, au risque de passer pour un esprit irrationnel :
-« Et la sorcière ? Je veux dire : Rebecca Reed était-elle vraiment une sorcière ? »
Je ne sus comment j’abordais l’anecdote qui racontait qu’il existait à l’origine, une seconde chapelle qui faisait partie de l’emprise superficielle du couvent et qui, on ignorait pourquoi, avait cessé d’être consacrée. Il se disait que les mères supérieures qui se succédaient, interdisaient formellement aux novices de se recueillir dans ces lieux, et aucune messe n’y fut plus célébrée. Je crois me souvenir que la conversation était venue sur ce sujet lorsque je faisais remarquer au professeur que certains documents d’époque relatant l’incendie des Ursulines, précisaient que la deuxième chapelle, en brûlant, très rapidement d’ailleurs, dégageait des flammes étranges, musicales et d’une intense et anormale luminosité verdâtre qui s’ élevait très haut dans le ciel. Ces faits inhabituels avaient été consignés sur le procès-verbal établi par l’autorité locale. J’avais pu consulter ces rares pièces d’archives à la bibliothèque municipale de Charleston, et le conservateur m’avait demandé de prendre grand soin de ces documents. Je me souviens de mon inquiétude à restituer ce vieux rapport après l’avoir examiné, car je remarquais qu’un large morceau de page semblait avoir été volontairement arraché, celui-là même qui relatait l’étrange manifestation de ces flammes vertes, et je craignais que l’on ne m’en rende responsable. Mais il restait, accroché au manuscrit, un extrait du rapport qui précisait que des personnes présentes avaient cru entendre, simultanément à l’écroulement de l’ossature de la chapelle, un stupéfiant et sourd hululement, presque imperceptible du fait du fracas de l’incendie.
« Ah, oui ! L’incendie de la chapelle. Tous ces faits sont avérés.» me répondit Abbott.
Et, je m’en souviens encore, il me sortit un vieux dossier dans lequel s’entassaient toutes sortes de documents, souvent en piteux état et en apparence hétéroclites par leurs aspects.
« Tout est là, tout est là ! »
Il me fit la lecture d’un récit qui, selon ses dires, provenait du journal d’un certain docteur Mullington qui était un des rares voyageurs à avoir fait plusieurs expéditions dans le Grand Nord :
« Tard dans la nuit. L’incendie est à son paroxysme. Les habitants de Charleston sont massés, silencieux, devant ce qui, une heure auparavant était un paisible lieu de méditation et n’est maintenant qu’un immense brasier. Une lueur, vaste comme une aurore, domine les hauteurs de la ville. Cependant, quelque chose d’étrange et d’incongru est survenu. Là où se trouvait la petite chapelle abandonnée, les restes de l’édifice ne se consumaient pas normalement. Pour avoir pénétré dans les contrées les plus septentrionales du globe, j’ai cru reconnaître un phénomène lumineux qui s’apparente à ce que les savants appellent des aurores boréales. Il est impossible que de telles manifestations se produisent sous nos latitudes. De toute façon, ce sont des flammes bien rouges et de la fumée qui auraient dû se manifester comme dans les autres endroits où l’incendie faisait rage ».
J’étais fortement intrigué, d’autant plus que le Pr Cleawater passait pour un chercheur extrêmement rigoureux, ne faisait jamais une affirmation à la légère, ne présentait jamais un quelconque témoignage sans être sûr de ses sources. C’était un homme à la rigueur épistémologique poussé à l’extrême.
Je me souviens lui avoir brutalement posé la question, au risque de passer pour un esprit irrationnel :
-« Et la sorcière ? Je veux dire : Rebecca Reed était-elle vraiment une sorcière ? »
13 commentaires
bluegirl · le mardi 19 juin 2012 à 13:17
Bisous du coeur Philip.
didou · le mardi 19 juin 2012 à 21:19
A bientot et bonne soirée..
amitié didier --
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larose · le mercredi 20 juin 2012 à 00:51
amitié!
Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) · le mercredi 20 juin 2012 à 09:02
http://www.mespoemes.net/philipchevalier
Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) · le mercredi 20 juin 2012 à 12:44
Oups, je vous avais zappé, comme me l'a fait remarqué Bluegirl Désolé !!
DIDOU : ah, ah ! Tu voudrais bien savoir quel rôle joue la sorcière, dans cette histoire. Ben, à la minute présente, je ne le sais pas encore avec précision, car cette histoire de couvent incendié, c'est un petit pas de côté (comme la découverte du tentacule à Boston), seulement pour démontrer que Abbott est un érudit et un touche à tout pour tout ce qui concerne le domaine de l'étrange.
Pour BLUEGIRL : oui, les ingrédients du fantastique sont bien là. Mais moi qui ne sait pas bien cuisiner, il ne suffit pas d'avoir tous les ingrédients pour réussir la recette. Enfin, on va s'appliquer.
Amitiés et bisous. Philip.
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Loïc · le jeudi 21 juin 2012 à 01:37
Je récapitule ma vision globale :
-- Le lieu de l'action est Dunwich
-- Les persos sont le narrateur et Abbott, qu'il va observer
-- Il se passe des trucs étranges sous le village
Comme je disais, ces points de références semblent un peu trop abandonnés au profit d'un background qui enfle et enfle et les enterre peu à peu. Tu réalises que le nom "Dunwich" ne figure même pas dans tes pages 3 et 4, alors que la page 2 commence par "C’est pour ces raisons que lorsque je débarquai à Dunwich" ?.... On risque de perdre le fil.
Rien de grave en somme, mais il faut juste commencer maintenant à entrer dans l'action, dans les choses nouvelles qui se produisent sous l'oeil du narrateur plutôt que de rester dans l'évocation de ce qui s'est passé avant.
Je veux voir où va ton histoire ! J'aime ton style et j'ai envie de connaître le chemin (tortueux, j'en suis convaincu) qui va guider les personnages plus ou moins innocents jusqu'à l'apogée promettant d'être fracassante (ah si, tu l'as dit).
Il faut lancer l'impitoyable machine à écraser du naïf ! C'est le moment ou jamais !
Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) · le jeudi 21 juin 2012 à 15:57
J'ai d'ailleurs décidé de zapper pour le moment, le passage où Abbott parle de son adolescence dans les forêts du Wisconsin. Mais il y sera fait allusion à un moment de la nouvelle. Car, tout va se recouper. La longueur de mon intro ? Sais pas. Ce que j'écris au fur et à mesure n'est pas un roman, mais pas non plus une courte nouvelle. Donc, les 4 posts mis bout à bout ne constituent pas uniquement une intro, mais plutôt un chapitre premier "introductif", dans lequel il est nécessaire de faire la connaissance des deux protagonistes et savoir qu'ils se sont déjà croisés dans le passé sur le chemin de l'Etrange. Voilà pour te rassurer. Désormais toute l'action de déroulera essentiellement à Dunwich (Dunwich qui, au passage, n'est qu'un village, tout juste une bourgade). Je vais lui donner plus de population, pour les besoins de la cause. Amitiés Loïc, et à bientôt pour la suite de "Tintin en Nouvelle Angleterre" (sans Milou ni le capitaine Haddock, peut-être avec les Dupond & Dupont, détectives de l'Etrange, comme Hary Dickson !! Philip.
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Loïc · le vendredi 22 juin 2012 à 02:14
Tout à fait, c'est très bien ainsi. Et justement, tu peux te demander (je n'en sais rien, c'est toi qui vois) si une partie des nombreuses choses étranges exposées jusqu'ici n'aurait pas été plus efficace durant la narration, plutôt que l'intro ? A terme, tu peux éventuellement couper telle ou telle rumeur de l'intro et la caser plus loin, de façon à ce que ça participe activement à l'échafaudage de la tension... Enfin je dis juste ça comme ça, puisque je ne sais pas encore quelle route va prendre ton scénar et de quoi tu auras besoin.
Pour Dunwich, comme je ne vois pas de raison évidente d'augmenter sa population, je me doute que le nombre de gens a une importance pour l'action à venir... Ah-haa... J'échafaude des théories, qui vont du sacrifice humain en masse à la conversion/corruption de tous les habitants pour alimenter le pouvoir d'un Ancien, en passant par la fusion de tous leurs corps pour créer une monstruosité, un "super-minion".
Tu vois, je suis dans l'ambiance !
J'attends la suite ! Amitiés Philip.
Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) · le vendredi 22 juin 2012 à 08:49
Rrrrrrah ! Soit tu connais parfaitement Lovecraft, soit tu commences à me connaître parfaitement, ou bien c'est les deux, mais de supputations en supputations tu as un vision anticipatoire du déroulé d'Azathoth ! Je peux te dire quand même une chose : no, no, no, je ne ferais pas dans le "sacrifice humain en masse". Quand même !!!! See you boogeyman ! Amitiés. Philip.
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lesprosesdeslim · le vendredi 22 juin 2012 à 09:55
un joli transport des sens et du corps durant lequel l'on reste absolument contemplatif devant tant de mystère. En dépit de la longueur des textes merveilleusement écrits, on reste tout de même confronté à cette conviction que l'on va rester tout de même sur notre faim. Je ne me suis à aucun moment arrêté de lire ces nouvelles tant tu as su aiguiser ma curiosité grandissante. Je te remercie pour tous les efforts que tu as du déployer pour nous offrir le partage de ce monde de l'étrange et je crois que c'est pour toi une opportunité que tu devrais creuser davantage. Amitiés. Slim.
Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) · le vendredi 22 juin 2012 à 14:24
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oliverjane1950 · le mardi 18 septembre 2012 à 21:57
Amitiés. Oliver
cerise · le vendredi 20 juin 2014 à 17:58
Bon alors pour la musique je propose donc ...https://www.youtube.com/watch?v=9aEFAqR_lVc
à bientôt pour la suite...sourire
Très bon we.
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