Le testament d'Azathoth (suite 5)

Je me souviens lui avoir brutalement posé la question, au risque de passer pour un esprit irrationnel :
-« Et la sorcière ? Je veux dire : Rebecca Reed était-elle vraiment une sorcière ? »
-« Ah, cette fascination pour les sorcières qu’ont les personnes qui aiment se donner des frissons dès qu’il s’agit d'Etrange. L’image du Mal est ailleurs. Bien au-delà des limites ! Bien au-delà même de celles de notre univers connu ! Le problème n’est pas là. Ces gens sont simplement des récepteurs cosmiques. Ils n’ont pas la meilleure place, croyez-moi ».
Cette discussion avec Abbott Clearwater me revint soudain en mémoire lorsque je débarquais à Dunwich sous un ciel lourd et orageux, tandis que dehors éclatait un oppressant concert des cris stridents d’une nuée d’engoulevents, invisibles à mon regard. L’heure n’était pas encore tardive, mais la luminosité paraissait si étrangement réduite que l’on s’imaginait soudainement aux portes de la nuit.
J’avais loué une chambre à la Valley Inn, un hôtel vieillot dont l’enseigne figurait, on ne savait pourquoi, deux corbeaux aux regards vaguement menaçants qui donnaient l’impression de vous suivre dès que vous sortiez de l’auberge. J’étais fatigué. J’avais quitté assez tard New Haven, dans le Connecticut. Le Pr Clearwater m’avait demandé de me rendre à la bibliothèque de l’Université afin de consulter et surtout recopier certains chapitres des rarissimes Fragments de G'harne, un document très peu connu, même des meilleurs spécialistes de l’Etrange, et qui serait utile à nos futurs entretiens. Le Dr Amory Carr, conservateur de la Connecticut Library qui m’avait reçu, avait d’ailleurs été très étonné de me voir consulter ce document. Il passait pour un ésotériste émérite, mais je sentais qu’il ne tenait pas à engager la discussion à propos des "Fragments".
Sitôt installé à l’auberge, je commandais un solide repas. Il y avait très peu d’hôtes étrangers, aussi je devinais bien vite que je faisais l’objet de l’attention des habitants de Dunwich qui venaient là prendre un verre. Je ne sais si c’était une impression de ma part, mais les regards des gens semblaient hostiles à mon encontre. Je n’étais pas seulement l’étranger. Je paraissais surtout être un intrus. Devais-je mettre cette impression sur le coup de la fatigue du voyage ? Mais j’étais presque persuadé que leur attitude s’était radicalisée à partir du moment où j’avais demandé le chemin pour me rendre chez Abbott Clearwater. Leurs conversations, dans un lieu pourtant convivial comme pouvait l’être une auberge, n’étaient que chuchotements, et à plusieurs reprises, j'observais que l’on se taisait lorsque je rapportais mon verre au bar.
C’est donc avec une impression de malaise que je regagnais ma chambre, mais cependant impatient d’être au lendemain pour rencontrer le vieux professeur. Je n’avais pas vraiment prêté attention au contenu des Fragments de G'harne que j’avais plutôt recopié automatiquement, pressé par le temps. Malgré la fatigue, et cette sensation sourde et diffuse qui ne me quittait pas, je décidais de jeter un œil sur ce que contenaient les documents dont j’avais restitué des extraits, à la demande d’Abbott. A la lecture et même à la relecture de mes notes, j’étais, je dois le dire autant perplexe qu’incrédule…..
-« Et la sorcière ? Je veux dire : Rebecca Reed était-elle vraiment une sorcière ? »
-« Ah, cette fascination pour les sorcières qu’ont les personnes qui aiment se donner des frissons dès qu’il s’agit d'Etrange. L’image du Mal est ailleurs. Bien au-delà des limites ! Bien au-delà même de celles de notre univers connu ! Le problème n’est pas là. Ces gens sont simplement des récepteurs cosmiques. Ils n’ont pas la meilleure place, croyez-moi ».
Cette discussion avec Abbott Clearwater me revint soudain en mémoire lorsque je débarquais à Dunwich sous un ciel lourd et orageux, tandis que dehors éclatait un oppressant concert des cris stridents d’une nuée d’engoulevents, invisibles à mon regard. L’heure n’était pas encore tardive, mais la luminosité paraissait si étrangement réduite que l’on s’imaginait soudainement aux portes de la nuit.
J’avais loué une chambre à la Valley Inn, un hôtel vieillot dont l’enseigne figurait, on ne savait pourquoi, deux corbeaux aux regards vaguement menaçants qui donnaient l’impression de vous suivre dès que vous sortiez de l’auberge. J’étais fatigué. J’avais quitté assez tard New Haven, dans le Connecticut. Le Pr Clearwater m’avait demandé de me rendre à la bibliothèque de l’Université afin de consulter et surtout recopier certains chapitres des rarissimes Fragments de G'harne, un document très peu connu, même des meilleurs spécialistes de l’Etrange, et qui serait utile à nos futurs entretiens. Le Dr Amory Carr, conservateur de la Connecticut Library qui m’avait reçu, avait d’ailleurs été très étonné de me voir consulter ce document. Il passait pour un ésotériste émérite, mais je sentais qu’il ne tenait pas à engager la discussion à propos des "Fragments".
Sitôt installé à l’auberge, je commandais un solide repas. Il y avait très peu d’hôtes étrangers, aussi je devinais bien vite que je faisais l’objet de l’attention des habitants de Dunwich qui venaient là prendre un verre. Je ne sais si c’était une impression de ma part, mais les regards des gens semblaient hostiles à mon encontre. Je n’étais pas seulement l’étranger. Je paraissais surtout être un intrus. Devais-je mettre cette impression sur le coup de la fatigue du voyage ? Mais j’étais presque persuadé que leur attitude s’était radicalisée à partir du moment où j’avais demandé le chemin pour me rendre chez Abbott Clearwater. Leurs conversations, dans un lieu pourtant convivial comme pouvait l’être une auberge, n’étaient que chuchotements, et à plusieurs reprises, j'observais que l’on se taisait lorsque je rapportais mon verre au bar.
C’est donc avec une impression de malaise que je regagnais ma chambre, mais cependant impatient d’être au lendemain pour rencontrer le vieux professeur. Je n’avais pas vraiment prêté attention au contenu des Fragments de G'harne que j’avais plutôt recopié automatiquement, pressé par le temps. Malgré la fatigue, et cette sensation sourde et diffuse qui ne me quittait pas, je décidais de jeter un œil sur ce que contenaient les documents dont j’avais restitué des extraits, à la demande d’Abbott. A la lecture et même à la relecture de mes notes, j’étais, je dois le dire autant perplexe qu’incrédule…..
8 commentaires
larose · le vendredi 22 juin 2012 à 15:37
Quelle belle plume, magnifique écrit, plus je me mets dans ton histoire, pire que c'est, l'histoire me plaise énormement, je m'imagine entrain de prendre le chemin de ta plume et de voir les personnages, c'est existant et envoûtant!!! J'attends la suite cher ami!!! Merci pour ce partage
Bonne journée
Biz
Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) · le vendredi 22 juin 2012 à 15:43
http://www.mespoemes.net/philipchevalier
larose · le vendredi 22 juin 2012 à 16:51
Bon WE
lesprosesdeslim · le vendredi 22 juin 2012 à 19:20
j'espère que toi aussi tu tiens bon pour la suite car il te faut de l'énergie pour entretenir un tel suspense. J'aime beaucoup ce que tu nous écris. Amicalement. Slim.
Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) · le vendredi 22 juin 2012 à 19:40
http://www.mespoemes.net/philipchevalier
Loïc · le mardi 26 juin 2012 à 19:49
Avec le passage concernant la méfiance des habitants concernant tout ce qui touche à Abbott (ce qu'on peut ajouter à leur refus d'écouter le fou du début), il est maintenant clair qu'ils sont "normaux" (ce n'est pas la population d'Innsmouth, quoi !), et il faudrait peu de choses pour qu'ils finissent par exploser et brûler du païen. A suivre !
Un truc au niveau de la conjugaison : tu confonds l'orthographe du passé simple (-ai) avec l'imparfait (-ais) à la première personne.
-- "je débarquAI à Dunwich", pas "débarquAIS"
-- et dans l'auberge, "je commandai", "je devinai", "j'observai", "je rapportai" doivent être sans S. Le reste est bon, c'est bien de l'imparfait.
Au 6 !
cerise · le lundi 23 juin 2014 à 15:55
Me revoilà pour la suite !
Ah la la ton héros n'est pas sorti de l'auberge ...hihi. A sa place j'aurais déjà pris la poudre d'escampette. Il a pas mal de signaux déplaisants. Mais bon, c'est un journaliste... il se doit d'être curieux. Je vais continuer à le suivre, cachée derrière son épaule et bien en sécurité chez moi...sourire.
ttp://www.mespoemes.net/cerise
cerise · le lundi 23 juin 2014 à 16:10
Je connais Lovecraft de nom seulement, il me semble qu'il trônait dans la bibliothèque familiale, mais je ne me rappelle pas l'avoir lu.
Ce n'est pas mon univers habituel...mais merci, je sais que je pourrais te demander de me recommander un titre si l'envie me venait.
Je m'apprête à commencer un roman dont on dit le plus grand bien : " La horde du contrevent" de Damasio. Peut-être l'as-tu lu ?
Par ailleurs, oui, c'est formidable de pouvoir échanger ainsi autour d'une passion commune. C'est enrichissant et assez stimulant. Et puis les règles de base ici engendrent un climat cordial et courtois très agréable. Le rythme me convient bien aussi. C'est très sympa, amical comme j'aime, sans prises de bec.
Encore merci de m'avoir si bien accueillie.
Très belle fin de journée...sourire
et à bientôt.
Béatrice
http://www.mespoemes.net/cerise
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