Le testament d'Azathoth (suite 7)

Il était relativement tôt lorsque je quittais l’auberge pour prendre la route d’Augusta Lane où demeurait Abbott. Dehors, un brouillard jaunâtre dû à la réfraction d’un pâle soleil, envahissait le village et donnait un aspect sinistre aux rues de Dunwich. Malgré le jour levé, presque aucun volet n’était ouvert aux fenêtres des habitations, et pour me rendre à la demeure d’Abbott, je devais emprunter Main Street en sens opposé, et la rue était en pente, une pente prononcée, ce qui me donnait l’impression de gravir un interminable Golgotha, sur un chemin aux pavés glissants qui semblait ne pas avoir de contours en raison du brouillard malsain qui m’entourait. Depuis que j’avais franchi la porte de l’auberge, tout était silencieux, comme si le village et la nature même étaient morts. Après dix interminables minutes de marche, j’atteignais l’embranchement d’Augusta Lane, une ruelle mal entretenue. Je m’étais à peine rendu compte que cela faisait plusieurs dizaines de yards qu’il n’y avait plus d’habitations à la ronde. Aussi fus-je surpris de découvrir, à l’angle de la ruelle, une cossue demeure victorienne qui semblait trancher avec la tristesse des lieux.
Soudain, succédant au silence, s’éleva un assourdissant concert de cris d’engoulevents qui me fit sursauter dès les premières notes. Au même instant, un homme à la vêture distinguée, la démarche flegmatique, ouvrit la porte de la grande demeure, ne paraissant nullement surpris de voir un étranger à cette heure matinale dans un lieu pratiquement inhabité, et sembla se diriger résolument vers moi.
« Bonjour ! Vous allez voir le vieux, n’est-ce pas ? Oh, pardonnez-moi, je me présente : Ryan O’Farrel.
Je suis à peu près le seul voisin du professeur. C’est que, petit à petit, les quelques rares habitants d’Augusta Lane sont partis les uns après les autres. Et bien avant que le vieux ne s’installe dans les lieux. Rapport aux racontars qui circulent. Moi, je ne suis pas de Dunwich. Alors les légendes et autres malédictions, ça ne me touche pas en principe. Je suis professeur de littérature anglaise. Enfin, je l’étais. J’ai pris un long congé. Je viens de Philadelphie où j’enseignais au Peirce College. Mais ma famille est originaire d’Irlande, du comté de Cork. Mais venez boire une bonne tasse de café bien chaud. Le vieux attendra bien un peu. D’ailleurs, je vous parlerai de lui. Vous êtes le journaliste de Providence, n’est-ce pas ? Vous savez, ici les nouvelles vont vite". O’Farrel était intarissable. D’un abord éminemment sympathique, il se déversait toutefois en un interminable épanchement logghorique qui ne laissait pas de répit à son interlocuteur. Soudain, le concert des engoulevents reprit de plus belle, encore plus strident, à vous vriller le cerveau.
« Ah, les engoulevents. Ce n’est pas bon du tout » fit remarquer O’Farrel. « Venez, entrez ! » Je m’aperçus soudain, que malgré le froid environnant, il était très rouge. Et l’on sentait le sang battre dans ses tempes.
Soudain, succédant au silence, s’éleva un assourdissant concert de cris d’engoulevents qui me fit sursauter dès les premières notes. Au même instant, un homme à la vêture distinguée, la démarche flegmatique, ouvrit la porte de la grande demeure, ne paraissant nullement surpris de voir un étranger à cette heure matinale dans un lieu pratiquement inhabité, et sembla se diriger résolument vers moi.
« Bonjour ! Vous allez voir le vieux, n’est-ce pas ? Oh, pardonnez-moi, je me présente : Ryan O’Farrel.
Je suis à peu près le seul voisin du professeur. C’est que, petit à petit, les quelques rares habitants d’Augusta Lane sont partis les uns après les autres. Et bien avant que le vieux ne s’installe dans les lieux. Rapport aux racontars qui circulent. Moi, je ne suis pas de Dunwich. Alors les légendes et autres malédictions, ça ne me touche pas en principe. Je suis professeur de littérature anglaise. Enfin, je l’étais. J’ai pris un long congé. Je viens de Philadelphie où j’enseignais au Peirce College. Mais ma famille est originaire d’Irlande, du comté de Cork. Mais venez boire une bonne tasse de café bien chaud. Le vieux attendra bien un peu. D’ailleurs, je vous parlerai de lui. Vous êtes le journaliste de Providence, n’est-ce pas ? Vous savez, ici les nouvelles vont vite". O’Farrel était intarissable. D’un abord éminemment sympathique, il se déversait toutefois en un interminable épanchement logghorique qui ne laissait pas de répit à son interlocuteur. Soudain, le concert des engoulevents reprit de plus belle, encore plus strident, à vous vriller le cerveau.
« Ah, les engoulevents. Ce n’est pas bon du tout » fit remarquer O’Farrel. « Venez, entrez ! » Je m’aperçus soudain, que malgré le froid environnant, il était très rouge. Et l’on sentait le sang battre dans ses tempes.
13 commentaires
Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) · le vendredi 14 septembre 2012 à 18:45
Voilà, bonne lecture et bon frissons. Enfin, ça repart gentiment, après ces deux mois de vacances. La suite s'annoncera des plus horrifiques. Mais tout ça, c'est bien sûr "pour de rire".
Amitiés à tous et à toutes. Philip.
http://www.mespoemes.net/philipchevalier
belespoirs · le vendredi 14 septembre 2012 à 19:21
http://www.mespoemes.net/belespoirs
oh ! j'adore !! j'irai vite voir les premiers chapitres sur ton site !! génial ! je lis énormément et ton chapitre ci dessus m'intrigue !
a bientot
Amitiés
worrell02 · le vendredi 14 septembre 2012 à 21:53
Bizz
Ivy
http://www.mespoemes.net/worrell02
Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) · le samedi 15 septembre 2012 à 09:37
Eh non, Ivy, this novel wasn't buried. Just, slowly sleepin'.
Pour BELESPOIRS :
Merci de ton intérêt. Eh bien repars au chapitre 1er et tu verras l'angoisse de ce récit horrifique (tout en suggestion) monter crescendo.
Amitiés. Philip.
http://www.mespoemes.net/philipchevalier
domidom · le samedi 15 septembre 2012 à 20:27
Bisous....Domie...
belespoirs · le dimanche 16 septembre 2012 à 09:51
http://www.mespoemes.net/belespoirs
j'ai repris depuis le début ! c'est de plus en plus mystérieux j'ai hâte de lire la suite ! je ne connaissais pas H P Lovecraft ! j'ai fais une recherche sur internet , et je suis agréablement surprise ! j'irai y voir de plus prés ! c'est fascinant ! j'aime découvrir de nouvelles choses , Merci
Amitiés
Loïc · le lundi 17 septembre 2012 à 14:59
Sa façon d'intercepter le héros dans la rue me semble louche, comme s'il essayait de l'empêcher d'atteindre la maison d'Abbott (s'y passe-t-il quelque chose ?)...
Bien décrit également, le concert obsédant des engoulevents ; à un détail près : ce sont des oiseaux nocturnes. Dans les Lovecraft, c'est toujours confirmé. Est-ce que tu as lu quelque part qu'ils pouvaient chanter après le lever du soleil ?
J'ai aussi un souci avec ce passage : "Après dix interminables minutes de marche, j’atteignais l’embranchement d’Augusta Lane, une ruelle mal entretenue. Je m’étais à peine rendu compte que cela faisait plusieurs dizaines de yards qu’il n’y avait plus d’habitations à la ronde."
Une ruelle sans habitations ?? C'est possible, si les bâtiments sont des entrepôts, mais ce n'est pas dit.
Fais toujours attention à la différence entre imparfait et passé simple ; "je quittais" est bien sûr "je quittai" au début, et plus tard tu emploies l'imparfait ("j'atteignais" au lieu de "j'atteignis") pour une action ponctuelle. Mais c'est tout !
Un dernier truc, qui est juste une observation : je sens que tu es comme moi, et que tu es tellement passionné par l'anglais que tu trouves parfois des phrases en anglais que tu transcris ensuite en français. C'est évident dans "Je suis à peu près son seul voisin" ("I'm about his only neighbor" !) alors qu'on dirait en français "presque" ou "quasiment" ! C'est amusant ! J'en chercherai d'autres comme ça.
Amitiés Philip, et ne laisse pas refroidir !
http://www.mespoemes.net/cellox
domidom · le lundi 17 septembre 2012 à 22:06
Que nous réserve-tu???
J'attends la suite avec impatience...
Bisous....Domie...
Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) · le mardi 18 septembre 2012 à 17:01
Ce que je te réserve ? Ben il te faudra patienter un peu. En attendant je vais te promener à Budapest avec la petite fille de Sissi !!!! Gros bisous. Philip.
Pour BELESPOIRS :
Eh bien, si tu aimes le mystère et l'étrange, je te conseille de te procurer en livre de poche, les romans et nouvelles de Lovecraft (il n'y a rien de sanglant ou autre, tout est dans la suggestion). Tu trouveras des livres de poche (comme "l'Appel de Ctulhu" collection J'ai Lu) pour 4 à 5 euros.
Bon, tu auras l'impression de lire mon Azathoth, car j'ai copié le maître dans le moindres détails de son style. En fait, je n'ai rien inventé. Amitiés. Phil.
http://www.mespoemes.net/philipchevalier
Philip de Berg (JARDIN DE L'EFFROI) · le mardi 18 septembre 2012 à 18:34
Bon, bien qu'il n'y ait pas, en principe, prolifération de personnages chez Lovecraft, j'ai fait intervenir O'Farrel, parce que, irlandais, il va permettre de faire la liaison avec des mythes et légendes d'outre-atlantique. Comme tu le sais, les Grands Anciens ne sévissent pas QUE sur le territoire de la Nouvelle Angleterre. En fait O'Farrel - que j'ai volontairement campé en personnage un peu trop spontané - va pouvoir nous apprendre des choses sur Abott et sur ce qui se passe à Augusta Lane (à ne pas confondre, loin de là, avec Wisteria Lane de "Desperate Housewives" !!!). Mais loin de là son intention d'empêcher le journaliste d'atteindre la maison d'Abott.
Bon, pour les engoulevents, c'est vrai ce sont de petit rapaces nocturnes. J'ai donc un peu triché. Bon, on dira que c'est l'aube et il fait très sombre avec ce brouillard à couper au couteau....
Au niveau de la densité des habitations : Augusta Lane est vraiment une petite ruelle, à l'extrémité de Main Street. C'est donc au bout de Main Street qu'il n'y a quasiment plus d'habitations. Pas d'entrepôts, puisque Dunwich, comme le décrivait HPL n'est en fait qu'un petit village. Augusta Lane était une sorte de lotissement dont il reste très peu d'habitations. A l'angle de Main St, la maison d'O'Farrel, un peu plus loin celle d'Abott. De toute façon, au bout de la ruelle, il n'y a...hé,hé, que le cimetière !
Enfin, last but not least, tu as remarqué que par une sorte d'habitude, je venais à franciser sans toujours m'en rendre compte, des expressions anglaises que je traduits presque en mot à mot. Combien de fois, par exemple, il m'arrive de dire aux gens "Creuse ça !", traduisant le "dig it !" qu'on utilisait aux states dans les années 70. Ou encore, et ça c'est les québecquois qui le disent "Prends ça facile", traduction purement littérale du "take it easy ! !". Ouais, tout ça c'est marrant. Tu as dû remarquer que dans mes nouvelles, il m'arrive de citer l'expression d'abord en anglais, parce que - dans le contexte de surcroît - elle me parle plus, puis, pour le lecteur de traduire. Par exemple, dans "Smile" quand Pip commande ses ribs, lorsque j'écris un "full rack" eh bien c'est très parlant pour moi, parce que c'est une énoooorme portion ! Pour le reste, quand je suis en Angleterre, dans certains endroits on ne va pas toujours me comprendre si j'utilise des mots comme to fix (au lieu de repair) et même "restrooms" pour des gens qui apparemment ne voyagent pas trop.
Voilà. Allez ! Chins up, on a encore du pain sur la planche. Amitiés. Philip.
http://www.mespoemes.net/philipchevalier
oliverjane1950 · le mardi 18 septembre 2012 à 22:07
Amitiés. Oliver
cerise · le mardi 24 juin 2014 à 13:45
https://www.youtube.com/watch?v=9eJi8PqB_Mk
belle journée à toi et merci pour tous ces partages.
amicalement
Béatrice
http://www.mespoemes.net/cerise
cerise · le mardi 24 juin 2014 à 19:48
Ne t 'en fais pas pour les coms, repose toi bien surtout.
à bientôt...
http://www.mespoemes.net/cerise
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