Correspondance
Te souviens-tu ? Ce soir là nous étions attablés au comptoir de l'ennui à disserter sur ces petites ruisseaux qui irriguent le cours de l'existence. Ta figure était ravagée par je ne sais quel trop plein de mélancolie. La cinquantième cigarette achevait de se consumer dans le cendrier et ça puait le rance. Mais de cela on s'en foutait. Tu me parlas longuement des femmes qui parsemaient le fil des pages que tu écrivais. Ce sujet te lassait et pourtant il revenait inlassablement dans tes écrits. Infatigablement elles repoussaient comme des chardons, les milles morts de la vertu, des nymphes meurtries à l'œillet rougi. Au fond tu te te disais que quitte à en parler, il valait autant y mettre un pan salace. Je te rejoignis sur ce point car tu as raison, il n'y rien de plus ennuyeux que toutes ces considérations sur l'amour guimauve ; et, en effet, parler de sexe permet souvent d'éviter le piège gluant des émois métaphysiques sur l'échec amoureux.
Plus tard tu me confias ton insatisfaction à la lecture que tu faisais de tes poèmes. A ton sens il y manquait un coin lumineux pourtant tout semblait être en place, la rime, le vers, la virgule. Une comète s'était écrasée dans le ciel de tes idées et tu semblais chercher à en capter la lumière. Las tu te perdais dans les reflets de ton esprit et tu avais le sentiment de nager dans un océan de conneries. Mais peut-être était-ce simplement le résultat de ta pensée sur l'existence. N'était-il pas vrai que pour toi le monde finirait englouti sous des flots de merde ? Tu acquiesças, tu savais que j'avais raison : il est difficile de fabriquer de l'or à partir d'un torrent de boue. Mais ça aussi tu le savais.
Tu m'interpellas brièvement sur la reconnaissance. Devait-on avoir le souci de plaire ou devait-on s'en moquer quitte à déplaire ? Dans les deux cas il y a une forme de snobisme, pour le surmonter il faudrait exposer ses lignes de fracture en toute simplicité, au risque de provoquer un profond sentiment d'indifférence. Au fond il y a beaucoup d'orgueil à penser sa bêtise universelle et attendre de l'autre qu'il s'y reconnaisse.
La cinquantième cigarette achevait de s'éteindre dans d'obscures volutes et c'est les yeux mi-clos que nous nous quittâmes. Les rêves toxiques de la nuit charrieraient leurs lots de questions et leurs réponses évasives...
Plus tard tu me confias ton insatisfaction à la lecture que tu faisais de tes poèmes. A ton sens il y manquait un coin lumineux pourtant tout semblait être en place, la rime, le vers, la virgule. Une comète s'était écrasée dans le ciel de tes idées et tu semblais chercher à en capter la lumière. Las tu te perdais dans les reflets de ton esprit et tu avais le sentiment de nager dans un océan de conneries. Mais peut-être était-ce simplement le résultat de ta pensée sur l'existence. N'était-il pas vrai que pour toi le monde finirait englouti sous des flots de merde ? Tu acquiesças, tu savais que j'avais raison : il est difficile de fabriquer de l'or à partir d'un torrent de boue. Mais ça aussi tu le savais.
Tu m'interpellas brièvement sur la reconnaissance. Devait-on avoir le souci de plaire ou devait-on s'en moquer quitte à déplaire ? Dans les deux cas il y a une forme de snobisme, pour le surmonter il faudrait exposer ses lignes de fracture en toute simplicité, au risque de provoquer un profond sentiment d'indifférence. Au fond il y a beaucoup d'orgueil à penser sa bêtise universelle et attendre de l'autre qu'il s'y reconnaisse.
La cinquantième cigarette achevait de s'éteindre dans d'obscures volutes et c'est les yeux mi-clos que nous nous quittâmes. Les rêves toxiques de la nuit charrieraient leurs lots de questions et leurs réponses évasives...
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