LA PÂQUERETTE ET LE GLAND

LA PÂQUERETTE ET LE GLAND
Par un soleil précoce de février,
quelques timides pâquerettes pointèrent leur bout du nez,
sur un frais gazon jonché de glands,
flétris et tout dégoutants.
Une pâquerette, tremblotante sur sa tige,
s’adressa au gland pour créer un litige ;
- Dis donc, fruit tout moisi,
pourquoi tu viens pourrir ici ?
Vos déchets écrasés salissent notre sol,
à nous pâquerettes avec notre si joli col.
Vieux glands décrépits, fichez le camp !
Dans un mois ce sera le printemps !
Le gland ne répondit rien
à ce dilemme forcément cornélien.
Il regarda d’un air lamentable
dans le ciel les branches du chêne, responsable
de sa chute, là sur ce maudit gazon.
Mais il espérait un peu que l’histoire lui donnerait raison.
La brise légère faisait danser les pâquerettes,
et les passants s’ébaudissaient de leur fine collerette.
Tout le monde prenait tant de précaution
pour ne pas gêner leur évolution.
Mais un matin, alors que la froidure
sur le gazon jetait sa blanche parure,
les pâquerettes, toutes roides de givre,
n’avaient plus quelques heures à vivre.
Elles s’écriaient gémissantes ;
- Pitié, pitié ! Nous sommes agonisantes !
Vieux gland, donne-nous un peu de ta force tumescente !
Pardonne-nous nos méchantes paroles !
Nous sommes toutes faibles et si frivoles !
Le gland, ratatiné sous le manteau de gel,
n’osait pas s’enorgueillir de cette situation nouvelle.
Il faisait bloc avec ses semblables,
éventrés, rabougris, dans cet enfer insupportable.
Il aura suffit seulement d’une journée, hélas,
pour que le délicat tapis de pâquerettes trépasse.
Le gland congelé et embarrassé
eut alors quelques pensées ;
« Bien sûr que je ne suis pas beau, gland tout aplati,
mais au moins je résiste mieux, tout déconfit.
Tandis que toi, pâquerette impatiente,
tu ne dures que l’instant bref d’une vie insouciante,
tu charmes trop vite et ta grâce s’étiole,
tandis que nous, les glands, notre grosse fiole,
nous la tenons molle pour durer longtemps. »
A peine avait-il terminé ses propos pertinents,
que vînt un pourceau grassouillet,
de son groin troussant le sol avec intérêt,
si bien que la colonie de glands pérenne
fût, par le cochon, en une bouchée souveraine,
avalée, ingurgitée, ainsi que l’herbe menue qui les couvrait.
Petit gland fatigué et rond,
méfie- toi du gros cochon,
puisqu’enfin par son bestial appétit,
il n’a que malveillance et mépris pour vous, les petits !
Raoul
Par un soleil précoce de février,
quelques timides pâquerettes pointèrent leur bout du nez,
sur un frais gazon jonché de glands,
flétris et tout dégoutants.
Une pâquerette, tremblotante sur sa tige,
s’adressa au gland pour créer un litige ;
- Dis donc, fruit tout moisi,
pourquoi tu viens pourrir ici ?
Vos déchets écrasés salissent notre sol,
à nous pâquerettes avec notre si joli col.
Vieux glands décrépits, fichez le camp !
Dans un mois ce sera le printemps !
Le gland ne répondit rien
à ce dilemme forcément cornélien.
Il regarda d’un air lamentable
dans le ciel les branches du chêne, responsable
de sa chute, là sur ce maudit gazon.
Mais il espérait un peu que l’histoire lui donnerait raison.
La brise légère faisait danser les pâquerettes,
et les passants s’ébaudissaient de leur fine collerette.
Tout le monde prenait tant de précaution
pour ne pas gêner leur évolution.
Mais un matin, alors que la froidure
sur le gazon jetait sa blanche parure,
les pâquerettes, toutes roides de givre,
n’avaient plus quelques heures à vivre.
Elles s’écriaient gémissantes ;
- Pitié, pitié ! Nous sommes agonisantes !
Vieux gland, donne-nous un peu de ta force tumescente !
Pardonne-nous nos méchantes paroles !
Nous sommes toutes faibles et si frivoles !
Le gland, ratatiné sous le manteau de gel,
n’osait pas s’enorgueillir de cette situation nouvelle.
Il faisait bloc avec ses semblables,
éventrés, rabougris, dans cet enfer insupportable.
Il aura suffit seulement d’une journée, hélas,
pour que le délicat tapis de pâquerettes trépasse.
Le gland congelé et embarrassé
eut alors quelques pensées ;
« Bien sûr que je ne suis pas beau, gland tout aplati,
mais au moins je résiste mieux, tout déconfit.
Tandis que toi, pâquerette impatiente,
tu ne dures que l’instant bref d’une vie insouciante,
tu charmes trop vite et ta grâce s’étiole,
tandis que nous, les glands, notre grosse fiole,
nous la tenons molle pour durer longtemps. »
A peine avait-il terminé ses propos pertinents,
que vînt un pourceau grassouillet,
de son groin troussant le sol avec intérêt,
si bien que la colonie de glands pérenne
fût, par le cochon, en une bouchée souveraine,
avalée, ingurgitée, ainsi que l’herbe menue qui les couvrait.
Petit gland fatigué et rond,
méfie- toi du gros cochon,
puisqu’enfin par son bestial appétit,
il n’a que malveillance et mépris pour vous, les petits !
Raoul
Note : 3/10
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1 commentaire
domidom · le mardi 22 février 2011 à 10:19
Je souhaite que beaucoup de membres viennent se pencher sur cet écrit, qui pour moi est une morale...
On peut, par certains vers, faire une comparaison avec la vie de l'être humain, enfin, c'est mon ressenti...
J'ai trouvé cette lecture un peu longue, mais c'est tellement touchante et bien écrite...
Vraiment, j'ai adoré, lu une première fois, pour en connaître le contenu, une deuxième fois, pour le plaisir, tout simplement...
Merci pour ce bel instant de lecture...
Au plaisir...
Amicalement...
http://www.mespoemes.net/domidom
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