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LA BÊTISE PLUS GROSSE QUE SOI

Le lundi 28 février 2011 à 16:12, posté par raoul · 347 lectures

Illustration du poème « LA BÊTISE PLUS GROSSE QUE SOI »
LA BËTISE PLUS GROSSE QUE SOI

Roi de ma Bêtise
je suis
humilié
je ruisselle de honte

les clients me regardent
dissimulant derrière leur main
un sourire

je dois traverser le hall
rentrer dans la grande salle
accéder à mon effacement
en atteignant ma place

qui me paraît très loin

il y a des distances
comme ça insurmontables

ces distances dans la durée
elles peuvent remplir
des journées entières
et toute une vie

mes vêtements honteux
me collent à la peau

si je marche
mes pieds dans les chaussures
font des bruits clapoteux
je déborde de sueur
et j’urine
sur le tapis soyeux
d’un restaurant sélect

mais je me redresse
et je deviens Roi

je ralentis mon pas
que j’oblige à être léger

mes yeux
très important les yeux

je leurs autorise
à surplomber tous les crânes conformes
des clients
mes yeux balaient un champ planétaire et circulaire
et se perdent au lointain
dans la campagne
où les arbres et les animaux
ne condamnent pas les hommes
je suis le Roi
parfois je m’arrête
je consens à fixer mon regard
sur un client devant sa table obscène
remplie de victuailles

le rire du client moqueur se fige

je pue j’empeste
la vase
la fange verdâtre
des eaux stagnantes

mais je suis le Roi
celui qui inverse les règles

aucun domestique
ne me jette dehors

souverainement
je parviens à rejoindre
ma place

celle de ma famille
qui ne me reconnaît pas
et qui feint de m’ignorer

je suis debout
avant de décider de m’asseoir

je reste debout longtemps
à jouir de mon pouvoir

une frayeur indescriptible
règne sur les miens

aucune civilisation
ne pourra interdire
ce qui me traverse la tête
à cet instant

je suis le Roi qui vomit
debout
ses milliers de planctons
ses crapauds têtards orvets larves punaises araignées
invertébrés minus et dégoûtants
que mon inconséquente bêtise
m’a fait engloutir

une marée putride
grouillante sur la table se répand
en un don royal de ma générosité

ma vomissure coupable

je m’assois devant mon assiette
mais au menu
figurent des truites volumineuses

je ne suis plus Roi hélas
même plus de moi-même

la société vengeresse
plongent
ses truites bouffies
dans ma gorge
de garçon humilié

dogmes et savoir-vivre
ont des saveurs de blâme
pour tous les insoumis
et les pénitents honteux
qui se flagellent

voilà c’est une affaire
de déséquilibre
je hurle
le pied de mon imprudence
le bras de ma tentation
l’impulsion de mes rêves
harponner des crapauds verruqueux
puis c’est le déséquilibre
qui me chavira
dans les abysses
d’une mare immonde

je suis encore le Roi
dis-je
sous la verdict familiale
et seuls les rois
sont exemptés de jugement

mais une arête de truite
me cisaillant le palais
interrompit ma harangue

je suis le Roi
esclave de mes bêtises

au travers de la gorge
restent mes fautes ataviques

comme dans le conscience
de tous les enfants Rois

RAOUL
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1 commentaire

AFF · le mardi 1 mars 2011 à 14:56

Bonjour Raoul,
Voici un texte extrêment difficile, en contenu, en contenant et dans sa structure. Me voici découvrir, un nouveau style.Pourquoi pas ?
Pourquoi se condamner ? En portant son fardeau.
"Ne charge pas tes épaules d'un fardeau qui excède tes forces"(proverbe)
Je reste tout de même avec une incertitude sur le "paraître".
TU ES COMME TU ES !
Merci pour ce partage
Excellente journée
AFF

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